Henri d'Astier de La Vigerie

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Henri d’Astier de La Vigerie, né le 11 septembre 1897 à Villedieu-sur-Indre et mort le 10 octobre 1952 à Genève, était un résistant royaliste[1] français, Compagnon de la Libération.

Il est le frère d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie et de François d'Astier de La Vigerie.

Avant 1940[modifier | modifier le code]

Henri d'Astier de La Vigerie est né le 11 septembre 1897 à Villedieu-sur-Indre, au sein d'une famille originaire du Vivarais anoblie en 1829 sous la Restauration. Son père, le baron Raoul d'Astier de La Vigerie, ancien élève de l'École polytechnique, était officier d'artillerie. Sa mère, Jeanne, née Masson-Bachasson de Montalivet, était la petite-fille de Camille, comte de Montalivet, qui avait été ministre de l'Intérieur et ministre de l'Instruction Publique de Louis-Philippe et arrière-petite-fille de Jean-Pierre de Montalivet, ami et ministre de l'Intérieur de Napoléon.

Il est engagé volontaire en 1915 et, en sa qualité d’admissible à Polytechnique, il est élève-officier à Fontainebleau et servit au 1er Régiment d'Artillerie Coloniale (1er RAC). Trois fois blessé et trois fois cité, il termine la guerre comme lieutenant et chevalier de la Légion d'honneur, à titre militaire.

Pendant l'entre-deux-guerres, Henri d'Astier est très engagé politiquement dans les milieux d'extrême-droite. Il apprécie peu le régime républicain et estime que la France serait plus forte sous l'autorité d'un monarque. Il n'est pas indifférent à la doctrine maurrassienne. Il passe pour avoir comploté contre les pouvoirs en place, dans les Ligues, et peut-être même d'avoir trempé dans La Cagoule.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale[modifier | modifier le code]

Mobilisé en 1939, en qualité de lieutenant de réserve, il entre dans la Résistance dès septembre 1940, en métropole, avec Justin Fatigue du réseau Alibi. À l'instar de bien des résistants de la première heure, Henri d'Astier est mu par ses convictions patriotiques et nationalistes. Si bien qu'à la différence de la plupart des disciples de Maurras, et de Maurras lui-même, il passe immédiatement à la lutte clandestine contre les Allemands. Ainsi parvient-il à s'introduire dans un camp de la Luftwaffe en Normandie pour y recueillir des informations secrètes, puis fonde-t-il le réseau Orion. Son camarade Henri Piron étant arrêté, et se sachant lui-même, soupçonné, il passe en zone non occupée, d'où il rejoint l'Afrique du Nord en janvier 1941.

  • En Afrique du Nord

Il s'installe d’abord à Oran, et réengagé, se fait verser, en mars 1941, au Deuxième Bureau de l'armée d’armistice. Puis il entre en contact avec le groupe de résistance fondé en septembre 1940 par Roger Carcassonne, jeune industriel juif et officier de réserve, qui l'accueille à bras ouverts. Tous deux s'orientèrent alors, à partir de décembre 1941, dans la préparation d'un débarquement allié.

Au début de 1942, Henri d'Astier se rend à Alger où il prend d'abord contact avec le jeune José Aboulker, cousin de Roger Carcassonne, qui y avait constitué, lui-aussi depuis septembre 1940, un chapelet de groupes d'action clandestins parfaitement cloisonnés. Parallèlement, il entre aussi en rapport, grâce au commissaire de police résistant, Achiary, avec un certain nombre de personnalités vichystes comme Jacques Lemaigre Dubreuil, son collaborateur privé Rigault, et le colonel Van Hecke, commissaire régional du mouvement maréchaliste des Chantiers de jeunesse. Avec le soutien de ce dernier, Henri d'Astier se fait muter en juillet 1942 à Alger, où il entre comme cadre aux Chantiers de jeunesse, ce qui lui permet de bénéficier d'ordres de mission de Van Hecke. Ainsi a-t-il la possibilité de se déplacer sans problème en Afrique du Nord, où il étend son réseau.

  • L'établissement des contacts avec les États-Unis, la conférence de Cherchell

À Alger, Henri d'Astier et José Aboulker établissent aussi des contacts suivis avec Robert Murphy, consul des États-Unis, et approuvent le choix du général Giraud, proposé par Lemaigre-Dubreuil pour diriger la rentrée en guerre de l'armée française, en cas de débarquement allié. Il n'est pas question de De Gaulle, les Alliés considérant que l'affaire de Dakar avait montré qu'il n'avait pas la personnalité nécessaire pour rallier l'ensemble des Français. Au milieu de 1942, Murphy informe Henri d’Astier et José Aboulker de la décision de Roosevelt et Churchill de débarquer en Afrique du Nord.

En octobre 1942, le général Clark, adjoint d'Eisenhower, rencontre clandestinement dans une villa de Cherchell les représentants de la résistance d'Algérie pour mettre au point, dans les derniers détails, l'action de la résistance lors du débarquement et les accords garantissant le respect de la souveraineté française par les forces alliées.

Le putsch du 8 novembre 1942[modifier | modifier le code]

Le 8 novembre, en pleine nuit, Henri d'Astier et José Aboulker déclenchent, avec l'aide du colonel Jousse, l'opération qui donne à leurs 400 volontaires civils la maîtrise de tous les lieux stratégiques d'Alger et permet la capture de Juin, commandant en chef, et de Darlan. Ce coup d'État neutralise le XIXe Corps d’Armée d’Alger pendant 15 heures, permettant ainsi aux forces armées alliées de débarquer sans opposition, d'encercler Alger, et d'obtenir, le soir même, la capitulation de la ville avec son port intact.

  • Le succès de l'Opération Torch

Ainsi les contacts noués avec la résistance française par les douze vice-consuls américains implantés en Algérie grâce à l'accord de Weygand et de Murphy assurent-ils le succès de l’Opération Torch, très compromise à Oran et au Maroc, où les Français, non prévenus et mis devant le fait accomplis, accueillaient les alliés à coups de canons. Sur ce point, le manque de coordination avec les Français était tel que même le général De Gaulle n'avait pas été mis au courant de l'opération Torch et s'était écrié "Eh bien ! j'espère que les gens de Vichy vont les foutre à la mer ! On n'entre pas en France par effraction."[2] Giraud qui craignait pour la souveraineté française en Algérie et ne voulait pas que la France soit réduite au second rôle, avait demandé le commandement suprême de l'opération Torch et se l'étair vu refuser. Il avait refusé de venir à Alger le 8 novembre 1942, les alliés durent traiter avec Darlan pour obtenir le cessez-le-feu à Oran et au Maroc.

L'affaire Darlan[modifier | modifier le code]

  • Le maintien du régime de Vichy en Afrique du Nord

Au terme de ce combat, Darlan, contraint et forcé de changer de camp, instaure à Alger un Haut Commissariat de France en Afrique et reprend la guerre, tout en maintenant en Afrique du nord les lois discriminatoires de Vichy et les déportés politiques dans leurs camps du sud. (Voir l'article Situation politique en Afrique libérée (1942-1943)). Darlan nomme Giraud commandant en chef, et introduit dans son gouvernement quelques résistants nationalistes, hostiles à de Gaulle en raison des attaques contre d'autres Français à Dakar et en Syrie.

  • D'Astier contre Darlan

Henri d’Astier organise alors, avec l’aide de jeunes officiers anglais écœurés de voir maintenu le régime de Vichy[réf. nécessaire] dans le camp allié, une force de choc, regroupant des volontaires du 8 novembre, force qui allait devenir, ultérieurement, le Corps franc d’Afrique. C'est alors que Darlan, lui propose la direction de la police, en qualité de Secrétaire-adjoint à l'Intérieur du Haut-Commissariat. Henri d’Astier accepte cette proposition, mais avec la volonté bien arrêtée de mettre fin au pouvoir de Darlan et de mettre en avant le Comte de Paris, prétendant orléaniste au trône de France, qu’il avait fait venir à Alger pour qu'il prenne le pouvoir et unifie les autorités françaises de Londres et d'Alger, avec de Gaulle comme chef du gouvernement et Giraud comme chef des forces armées. Le 22 décembre 1942, avec l'abbé Cordier, il convainc Fernand Bonnier de La Chapelle de tuer Darlan[3] ; l'abbé lui déclare qu'il était d'avance pardonné par Dieu et d'Astier avance que la prise de pouvoir qui suivrait ferait qu'il ne serait pas inquiété.

  • L'assassinat de Darlan

Bonnier de La Chapelle, volontaire au Corps Franc d’Afrique, résistant du 8 novembre, abattit Darlan, le 24 décembre, à coups de revolver. Le général Charles Noguès, en tant que doyen du Conseil impérial, se proclame haut commissaire par intérim et donc autorité compétente en la matière. Il n'accorde pas la grâce à Bonnier, condamné à mort le 25 et fusillé le 26 décembre 1942 à l'aube.

  • L'enquête ordonnée par Giraud

Nommé à la tête du Commandement civil et militaire d'Alger après l'exécution, Giraud fit rouvrir une nouvelle enquête sur le meurtre de Darlan qui mèna à l'arrestation de d'Astier en janvier 1943. Il ne fut libéré qu'après la constitution du Comité français de la Libération nationale (CFLN) et la prise du pouvoir à Alger par le général de Gaulle, en septembre de la même année.

Henri d'Astier parlementaire et commando de France[modifier | modifier le code]

En novembre 1943, Henri d'Astier est nommé membre à l'Assemblée Consultative d'Alger et entre à la Commission de la Défense Nationale. Il crée, en avril 1944, les « Commandos de France », constitués uniquement de volontaires recrutés au sein des évadés de France[4]. Lors du débarquement en Provence, il prend le commandement du Détachement Spécial, équipe constituée de 45 hommes prélevés parmi les unités des Commandos de France et destinée à précéder les troupes en opérant à l'intérieur des lignes ennemies. Il s'embarque, en août 1944, sur la Marietta Madre qui, en attendant le jour J, fait escale en Corse. Le 17 août, il débarque avec son détachement à Saint-Tropez et affronte les Allemands aux Pennes-Mirabeau. Le Détachement Spécial rejoint ensuite le reste des Commandos de France et participe aux combats des Vosges et d'Alsace. Bien que Parlementaire, Henri d'Astier resta sur les champs de bataille et continua le combat jusqu'en Allemagne, après avoir pris en décembre 1944, le commandement de l'ensemble des Commandos de France. Henri d'Astier de la Vigerie est décédé à Genève le 10 octobre 1952, et est inhumé à Vaucresson (Hauts-de-Seine). Son épouse Louise est décédée en 1982.

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François-Marin Fleutot, Des royalistes dans la Résistance, Flammarion, 2000 - 514 pages, p. 253
  2. notamment cité par Max Gallo, "De Gaulle, la solitude du combattant", Laffont, 1998, page 253
  3. Henri d'Astier de la Vigerie
  4. Sébastien Barrère, Pyrénées, l'échappée vers la liberté. Les évadés de France, Editions Cairn, 2005

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]