Henri Rieunier

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Amiral Henri Rieunier

Henri, Adrien, Barthélemy, Louis Rieunier est un amiral et un homme politique français, né le à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) et décédé le à Albi (Tarn).

Grand-croix de la Légion d’honneur, médaillé militaire, Commandant en chef et Préfet maritime de Rochefort (1889), Commandant en chef et Préfet maritime de Toulon (1890), commandant en chef de la 1re Armée navale (1891-1892), Ministre de la Marine (1893), Président du Conseil supérieur de la Marine, Président du Comité des inspecteurs généraux de la Marine de 1893 à 1898, député républicain de Rochefort (1898-1902).

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier est né le 6 mars 1833 à Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne. Adrien, Barthélemy, Louis pour l'état-civil, il est prénommé Henri lors de son baptême. Cette différence vient du fait qu'au temps du roi Louis-Philippe, un fonctionnaire - son père, François Étienne Rieunier (1794-1867), enseignant - aurait été mal vu d'appeler son fils Henri, prénom cher aux Bourbons renversés après Charles X en 1830 et porté par Henri V, duc de Bordeaux, comte de Chambord, prétendant malheureux au trône de France. Rieunier ne signera jamais au cours de sa vie autrement que Henri Rieunier.

Le Borda ex-Valmy, successeur du Commerce-de-Paris

Son père de vieille souche albigeoise, est d'abord professeur d'humanités et régent au lycée La Pérouse d'Albi de 1826 à 1827 puis muté pour raison de service, comme principal de collège à Castelsarrasin de 1828 à 1839. Puis, en la même qualité, il passe à Moissac, où il reste jusqu'en 1851. Henri Rieunier fait ensuite ses études au lycée de Toulouse[1].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

L'École navale[modifier | modifier le code]

Il décide très tôt de préparer l'École navale à Brest. Âgé de 16 ans et 10 mois, il embarque à Bordeaux le 27 décembre 1849 comme "novice" à bord du trois mâts barque le Primauguet. Il débarque à Montevideo en Uruguay le 15 avril 1850. Dès le lendemain, il rembarque sur l'Orthézien et est de retour à Bordeaux le 12 juillet 1850. Henri Rieunier se rendra ensuite à Paris en diligence, pour une année préparatoire (classe de math élémentaire) au lycée Charlemagne de célèbre réputation, qui avait été ouvert par Napoléon 1er en octobre 1804, l'un des tout premiers lycées parisiens. Puis il fait l'École navale, et embarque en 1851 sur le Borda, ex Commerce de Paris vaisseau à trois ponts construit sur les plans de l'ingénieur maritime le baron Jacques-Noël Sané (1740-1831), inspecteur général du génie maritime surnommé "le Vauban de la Marine". Citation amiral Théodore Ducos.

L'Asie[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier participe sur le Charlemagne aux affaires d'Orient et à la guerre de Crimée de 1853 à 1856 dont notamment au bombardement du fort d'Odessa, la bataille de l'Alma, le siège de Sébastopol (au camp des marins)[2] et la prise du fort de Kinburn sur le Labrador où il servira encore, après avoir hiverné dans la mer Noire dans des conditions très rude par des froids de -27 °C, plus de dix mois en "guerre" puis en "paix".

Sur la Némésis de l'amiral Charles Rigault de Genouilly, puis sur l'aviso Marceau et sur la canonnière Mitraille (dont il dirige les batteries d'artillerie et dont l'équipage fut décimé), il assiste à toutes les opérations de la 1re phase de l'expédition de Chine de la seconde guerre de l'opium, de 1857 à 1858 : prise d'assaut de Canton et des forts de Ta-Kou à l'embouchure du Peï-ho[3], dans la province du Petchili, opérations qui s'achèveront par la signature du traité de Tianjin les 26 et 27 juin 1858.

L'amiral de Genouilly porte alors ses forces sur la Cochinchine (ou royaume d'Annam) et se dirige vers Tourane. Henri Rieunier ne quitta la Cochinchine qu'après une campagne de près de sept années consécutives, dans l'Extrême-Orient, où il devait revenir deux fois dans sa carrière maritime, comme capitaine de vaisseau puis contre-amiral. Il apprend à parler le vietnamien et, en septembre 1861, pour la première fois de l'histoire de la Cochinchine, il fait nommer par l'amiral Charner un annamite à la dignité de sous-Préfet dans l'arrondissement de Cái Bè (près de Mỹ Tho).

Henri Rieunier participe à la prise de Tourane le 1er septembre 1858 à bord de la Némésis avec l'amiral de Genouilly, à l'attaque de la citadelle de Saïgon le 17 février 1859 et par la suite à sa défense, lorsqu'elle fût assiégée de mars 1860 à février 1861 par les douze mille hommes du maréchal Nguyen Tri Phuong. Il participe également à la prise d'assaut des forts du Donnaï et des lignes de Ki-Hoa sous les ordres de l'amiral Jean Bernard Jauréguiberry, de la citadelle de Mỹ Tho et celles de Vĩnh Long, Biên Hòa[4]. Il sert les amiraux Charles Rigault de Genouilly, Théogène François Page, et sera aide de camp et directeur des affaires indigènes de Léonard Victor Charner, Louis Adolphe Bonard et de Pierre-Paul de La Grandière. Il assiste à la signature du traité de Saïgon à bord du vaisseau Duperré le 5 juin 1862 et à sa ratification à la cour de Hué sur une table d'or par l'empereur Tu Duc, le 16 avril 1863. C'était la première fois que l'empereur Tu Duc recevait des étrangers et que l'on voyait une troupe européenne dans la capitale de l'Annam, à Hué.

Il est décoré de l'ordre militaire de Saint Ferdinand d'Espagne de 1re classe[5] et de chevalier de l'ordre d'Isabelle la Catholique d'Espagne[6], pour sa participation au Siège de Tourane, à la Prise de Mỹ Tho, et pour son action en Cochinchine avec le contingent espagnol et les Tagals de Manille.

Henri Rieunier visite à un moment de répit, en septembre 1862, à la suite de l'amiral Bonard, le "Grand Fleuve", Vĩnh Long et le Cambodge dont Oudong est la capitale, rencontre le roi Norodom. Bonard, Rieunier et l'escorte visitent ensuite le grand lac salé de Tonlé Sap et les ruines d'Angkor, peu après la reconnaissance des monuments Khmers par le naturaliste Alexandre Henri Mouhot, en 1860.

Henri Rieunier conduit à bord du navire Européen, au départ de Saigon le 4 juillet 1863, l'ambassade extraordinaire annamite (2 mandarins et une suite de 63 personnes) du grand mandarin Phan-Thanh-Giang de la cour de Hué, auprès de Napoléon III aux Palais des Tuileries pour tenter une renégociation du traité de Saigon. Le canal de Suez n'étant pas encore creusé, le navire arrive à Suez le 17 août 1863. L'ambassade parcourt en chemin de fer le trajet de Suez à Alexandrie, où ils seront transbordés sur le Labrador pour Toulon. Henri Rieunier et les mandarins séjourneront en Égypte jusqu'à fin août 1863. Ils seront reçus au Caire, par Ismaïl Pacha, ex vice-roi et Khédive d'Égypte.

Henri Rieunier est présenté à l'empereur Napoléon III dans la salle des maréchaux du Palais des Tuileries par le gouverneur de la Cochinchine, et il assistera dans la fastueuse salle du trône à la réception des ambassadeurs annamites, le jeudi 7 décembre 1863. Le 31 décembre 1863, il est promu officier de la Légion d'honneur par l'Empereur Napoléon III.

On doit à Henri Rieunier une première Statistique du Port de Saigon, en 1861, et Le Commerce de Saigon, en 1862, qui faisait déjà pressentir l'importance de la région, et la publication de deux brochures sur les ressources et l'avenir de la Cochinchine, brochures publiées la même année en 1864, sous le pseudonyme de H. Abel[7] intitulées : La Question de Cochinchine au Point de Vue des Intérêts Français et Solution Pratique de la Question de Cochinchine ou Fondation de la Politique Française dans l'Extrême-Orient qui eurent une influence considérable sur le gouvernement et l'opinion en France, au moment où, en avril 1864, il était question d'abandonner la Cochinchine. C'est donc à Henri Rieunier que l'on attribue, à la tête d'une action de communication d'envergure nationale et d'une campagne prépondérante d'information, la conservation de la Cochinchine à la France.

Port de la Pallice à la Rochelle dont l'emplacement a été désigné par Henri Reunier[réf. nécessaire]

Affaires du Mexique[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier est nommé aux Affaires du Mexique et participe à la fin de la campagne du Mexique de 1865 à 1867 comme second à bord de la Thémis pour 28 mois d'embarquement en suivant un périple maritime le menant à Terre-Neuve, au Canada, aux États-Unis et aux Antilles. Le 18 septembre 1865, il est au mouillage de New York.

École de pilotage des côtes ouest de France[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier est commandant de l'aviso à hélice Argus de 1868 à 1870, école de pilotage des côtes ouest de France avec la Rochelle comme base d'attache. C'est à Henri Rieunier que l'on doit la désignation de l'emplacement du Port de la Pallice à la Rochelle en 1868[8], cette idée a été reprise après 1870.

En octobre 1868, au cours des frégates de Biarritz, les équipages du Chamois et de l'Argus accueillent à bord sa majesté l'Impératrice Eugénie de Montijo et son fils le Prince Impérial. Henri Rieunier, commandant du navire, aide le petit prince impérial à monter sur le pont.

En 1869, à l'Île de Ré il participe au sauvetage d'une goëlette.

La guerre de 1870[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de 1870.

La guerre de 1870 le trouve une fois de plus aux avants postes dans le corps des marins détaché pour la défense de Paris, comme capitaine de frégate, chef d'état-major de la flottille de la Seine, puis chargé de diriger les batteries de la marine à Montretout. Il sera blessé en commandant les canonnières en avant du pont d'Austerlitz au cours du second siège de Paris pendant la Commune de Paris. Il est nommé capitaine de vaisseau, à 38 ans, pour sa belle conduite et deux blessures, après onze mois de grade de capitaine de frégate. Citations des amiraux Camille Clément de La Roncière-Le Noury et Charles de Dompierre d'Hornoy.

Mission diplomatique en Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier fut deux fois major de la marine à Cherbourg. Il participe ensuite à une mission non guerrière et diplomatique en Extrême-Orient, en Chine et au Japon de 1875 à 1878 comme commandant du croiseur le Laclocheterie. Il arrive au Japon avant Émile Guimet. Sa visite au dernier roi indigène Sho Taï à Naha dans l'archipel et le petit royaume des Ryūkyū (Okinawa) est historique. Il s'entretient avec l'empereur Mutsu-Hito. Il escorte avec le Laclocheterie la flottille du Mikado, qui est à bord du Takawo-Maru, de Yokohama à Kōbe. Il rencontre pour des entretiens diplomatiques les plus hauts dignitaires du Japon comme Yoshinobu Tokugawa, puis ceux de la Chine. Il opère avec Le Laclocheterie et son équipage, le 11 octobre 1877, le sauvetage de pêcheurs japonais, tous voués à une mort certaine un jour de tempête dans les passes du détroit de Shimonoseki. Henri Rieunier fut le premier navigateur français au XIX° siècle, en 1876, - après les équipages de Lapérouse de la "Boussole" et de L'"Astrolabe" - à revisiter le détroit de la Manche de Tartarie, à bord du Le "Laclocheterie". Il contribua aux Relations entre la France et le Japon.

Occupation de la Tunisie[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier est membre de toutes les commissions spéciales de la marine en 1878 et du conseil de perfectionnement de l'École des langues orientales ; membre du conseil d'Amirauté. Il prend ensuite au Pirée, port d'Athènes, le commandement de la corvette cuirassée Jeanne d'Arc dans la division navale du Levant - sur la proposition de Jean Bernard Jauréguiberry, ministre de la marine -, et prépare les opérations contre Tunis de 1880 à 1881. Il rencontre, à plusieurs reprises pour des entretiens diplomatiques, Sadok Bey, le Bey de Tunis et Georges Ier de Grèce, roi des Hellènes, en son palais d'Athènes. Une entrevue historique a lieu, le jeudi 16 décembre 1880, à Tunis entre le commandant de la corvette cuirassée Jeanne d'Arc et monseigneur Charles Martial Lavigerie alors archevêque d'Alger.

Il est major général à Brest à compter du 27 avril 1882, après sa nomination au grade de contre-amiral le 31 mars 1882, puis membre du conseil des travaux de la marine de 1883 à 1885. Il est fait commandeur de la Légion d'honneur le 5 juillet 1882.

Missions en Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Au préalable de son départ pour l'Asie, Henri Rieunier eut des longs entretiens avec le président du Conseil Jules Ferry, à Paris. Henri Rieunier est nommé en 1885 adjoint au commandant en chef de l'escadre de l'Extrême-Orient en Chine à bord du Turenne. Il prend peu après la mort de l'illustre vice-amiral Courbet les fonctions de commandant en chef de la division navale des mers de Chine et du Japon et montrera le pavillon français au Japon, où il n'avait pas paru depuis deux ans. Il effectue en Extrême-Orient plusieurs missions pour le compte du gouvernement, notamment au Tonkin et en Cochinchine, et rencontre des dirigeants et hauts dignitaires des pays visités de 1885 à 1887, principalement la Chine, le Japon, la Corée, la Cochinchine et le Tonkin. Il rentra son pavillon dans la rade de Hong Kong[9].

Henri Rieunier aura notamment des entretiens diplomatiques en Chine, à Tcheefoo le 22 mai 1886, avec :

  • le prince Ch'un, en sa qualité de père de l'héritier présomptif, qui deviendra plus tard le régent du dernier empereur de Chine Puyi - après qu'un évènement exceptionnel se produisit, en 1908, avec le décès simultané de deux figures considérables : l'empereur de Chine Kouang-Siu et sa tante l'impératrice douairière Cixi (Ts'eu-hi) ;
  • Li Hongzhang vice-roi du Zhili et vice grand censeur de l'Empire du Milieu ;
  • le grand maréchal tartare Chan-Tsing.

Le 5 juin 1886, Henri Rieunier rencontre, lors d'une visite diplomatique, le Daï-In-Kung, régent de Corée à Séoul, père du roi Li Honi (de la dynastie de Hau) qui lui dédicacera sa photo.

Dans la baie de Yokohama, le 24 janvier 1886, il accueille à bord de son vaisseau-amiral le Turenne la famille Bertin. Louis-Émile Bertin (1840-1924) est le célèbre ingénieur général du Génie maritime français, qui est invité par l'Empereur Mutsu-Hito et le gouvernement japonais, à construire la marine de guerre moderne du Japon, à réorganiser l'existant (arsenal de Yokosuka) et à établir de nouveaux chantiers navals (Kure et Sasebo). Henri Rieunier rencontra notamment Yorimitchi Saigo, Yamagata Aritomo, Hirobumi Ito et Kaoru Inoue, ministre des Affaires étrangères du Japon.

En janvier 1887 à Hué, Henri Rieunier fait don de sa lorgnette en aluminium au roi d'Annam de la dynastie des Nguyen, sa majesté Dông Khanh

Retour de mission[modifier | modifier le code]

Dès son retour en France Henri Rieunier reçoit « ...du gouvernement tout entier de très vives félicitations pour les services éminents rendus au Pays... ».

De mars 1887 à juin 1889, Henri Rieunier est membre du conseil d'amirauté à Paris. Il siégea, à partir d'août 1888 à la commission d'études de la défense du littoral. Le 13 avril 1887, Henri Rieunier est reçu à l'Élysée le mardi de Pâques, par le président Jules Grévy afin de lui faire un rapport sur sa mission en Extrême-Orient. Il sera reçu presque un an plus tard par le président Sadi Carnot.

Escadre de la Méditerranée occidentale et du Levant[modifier | modifier le code]

Le grade de vice-amiral le récompense de cette longue et brillante campagne, le 5 mai 1889, après laquelle il devient commandant en chef et préfet maritime du 4e arrondissement à Rochefort, en 1889. De la préfecture de Rochefort, Henri Rieunier passa, en la même qualité en 1890, à commandant en chef et préfet maritime du 5e arrondissement, à Toulon. Se reporter à la réception du maire de Bastia, en 1892, de l'escadre de la Méditerranée.

De 1890 à 1892, Henri Rieunier est commandant en chef de l'escadre de la Méditerranée Occidentale et du Levant et de son escadre de réserve, commandant en chef de la 1re armée navale à bord du cuirassé d'escadre à deux tourelles de 12 000 tonnes Formidable (la principale force navale de la France).

Henri Rieunier est président du comité des inspecteurs généraux de la Marine de 1893 à 1898 et président - au titre de ministre - puis vice-président du conseil supérieur de la Marine.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier est élevé à la dignité de grand-officier de la Légion d'honneur en décembre 1891, et il a eu l'insigne honneur d'être chargé d'une mission de courtoisie à l'égard de l'Italie par le Président de la République et le gouvernement, en septembre 1892. Il est le représentant de la France et du Président de la République aux fêtes de Gênes, en septembre 1892, pour la commémoration du IVe centenaire de la découverte et exploration de l'Amérique par Christophe Colomb. Henri Rieunier reçoit à ce moment le roi Humbert Ier d'Italie sur le Formidable ; celui-ci lui accorda les plus grands témoignages d'estime, et le nomma Grand-croix de l'Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. Henri Rieunier ouvrit le bal avec la reine d'Italie Marguerite de Savoie, lors des réceptions protocolaires. À Gênes, il est invité à déjeuner, le 15 septembre 1892, par son altesse sérénissime le Prince Albert Ier de Monaco sur son trois-mâts Princesse Alice.

L'amiral Henri Rieunier participera à la visite en France de l'Empereur Nicolas II de Russie (1894-1917) et de l'Impératrice de Russie en octobre 1896 et assistera à la pose, le 7 octobre 1896, de la première pierre du Pont Alexandre-III, à Paris.

Il décoré de la médaille militaire en décembre 1895 est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur, le 11 juillet 1897, récompense d'une grande carrière militaire et diplomatique au service de la France. Il a assisté à toutes les opérations militaires depuis l'année 1853. Il placé dans la 2e section du cadre de l'état-major de l'armée navale le 5 mars 1898, réunissait à cette date quarante-six ans, cinq mois et un jour de services effectifs, dont quinze ans cinq mois dix-neuf jours à la mer en paix et huit ans six mois vingt-six jours à la mer en guerre - et deux blessures.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier
Fonctions
Parlementaire français
Député 1898-1902
Gouvernement IIIe république
Groupe politique Action libérale
Biographie
Date de naissance 6 mars 1833
Date de décès 10 juillet 1918
Résidence Charente-Inférieure

Hôtel de la Marine[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier est nommé ministre de la Marine du 11 janvier au 3 décembre 1893 du Président Sadi Carnot dans les gouvernements Alexandre Ribot (2) et Charles Dupuy (1) jusqu'à la chute du cabinet et sa démission. Il fut pressenti pour devenir une première fois ministre de la marine et des colonies dès 1887 pour succéder au vice-amiral Aube, mais déclina cette offre.

Fêtes et alliances franco-russe[modifier | modifier le code]

En octobre 1893, Henri Rieunier, dans le cadre de l'alliance franco-russe, accueille à Toulon et Paris comme ministre de la Marine les officiers et l'escadre impériale de Russie de la Méditerranée de l'amiral Avellan et du grand duc Alexis, commandant en chef de la flotte impériale de Russie, frère du Tsar Alexandre III. Le Tsar et autocrate de toutes les Russies Alexandre III lui décerne la décoration rarissime de chevalier, grand-croix de l'Aigle blanc de Russie. Il aura de nombreux entretiens diplomatiques avec le baron de Mohrenheim, ambassadeur de Russie à Paris et le grand duc Alexis, Alexis Alexandrovitch de Russie, grand maître de la marine impériale de Russie. Il accueille, de retour du Dahomey, le général Alfred Dodds qui lui offrira, dès son arrivée à Paris, à titre amical et personnel un trône monoxyle du sacre de la famille royale d'Abomey ayant appartenu au dernier roi libre Béhanzin.

Le lundi 23 octobre 1893 Henri Rieunier ministre de la marine et les officiers russes sont reçus par Gustave Eiffel qui prennent place, au premier étage de la Tour Eiffel, dans la tribune d'honneur préparée à leur intention pour admirer le féerique feu d'artifice, offert aux hôtes de la France et aux Parisiens, tiré par Ruggieri notamment du Champ de Mars et du Palais du Trocadéro. L'enthousiasme est porté à son comble par l'embrasement du Trocadéro et de la Tour Eiffel.

Henri Rieunier refusera du Président de la République Félix Faure, en décembre 1895, le poste de grand chancelier de la Légion d'honneur et Président du Conseil de l'ordre national de la Légion d'honneur au Palais de Salm à Paris pour entrer en politique. Ce sera le général de division Léopold Davout, duc d'Auerstaedt qui sera nommé, en lieu et place de Henri Rieunier, grand chancelier de décembre 1895 à septembre 1901.

Palais Bourbon - Chambre des députés[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier est député républicain de Charente-Inférieure de 1898 à 1902 sous les couleurs de l'Action libérale populaire, parti des catholiques « ralliés ». Il ne se représentera pas à la fin de la législature. Il défendit âprement l'arsenal menacé de fermeture, et réussit à donner du travail aux milliers d'ouvriers des chantiers et arsenaux navals en obtenant, non sans mal, la construction dans le port de Rochefort du dernier vaisseau important le Dupleix croiseur cuirassé, construit sur les plans d'Émile Bertin. Il fit également voter par la chambre les crédits nécessaires à l'approfondissement de la Charente.

L'amiral Henri Rieunier pendant les quatre années de sa législature a pris une part active aux discussions importantes sur les questions de défense nationale, de l'Armée, de la Marine, de la Marine marchande, et même des Affaires étrangères et de l'Instruction publique. Il a défendu avec son énergie habituelle les intérêts des officiers-mariniers, des marins et des ouvriers des arsenaux.

Représentation[modifier | modifier le code]

L'amiral Henri Rieunier fut chargé par le gouvernement de la République de tenir l'un des cinq cordons du char funèbre lors des obsèques nationales du maréchal Edme, Patrice comte de Mac-Mahon, duc de Magenta (1808-1893) héros de Malakoff, ancien Président de la République, et du maréchal François Certain de Canrobert (1809-1895) commandant du corps expéditionnaire de Crimée. Il fut aussi chargé par le gouvernement de la République de représenter la Marine aux obsèques de Louis Pasteur.

Henri Rieunier, en raison de son attachement avec l'Indochine et le Tonkin, eut des échanges et des correspondances soutenus avec Paul Bert (1833-1886), Paul Doumer (1857-1932), et les maréchaux de France Joseph Gallieni (1849-1916) et Hubert Lyautey (1854-1934).

Henri Rieunier est convié en l'Hôtel de Beauharnais, à Paris, dans l'ancien Palais d'Eugène de Beauharnais, suivant le carton d'invitation : L'Ambassadeur d'Allemagne et la Comtesse Marie de Münster prient Monsieur le Vice-amiral Rieunier et Madame Rieunier de leur faire l'honneur de venir passer la soirée chez eux le Mercredi 4 avril à 9 heures 1/2 - 78 Rue de Lille. Il s'agit là, de l'Ambassadeur d'Allemagne le comte Georg Münster Zu Derneburg en poste, à Paris, de 1885 à 1900.

Au cours des conseils des ministres d'avril 1893, les premiers contacts se font entre Henri Rieunier et Raymond Poincaré, le futur Président de la République; ils resteront très amis par la suite.

À la fête donnée au Palais du Trocadéro, le 27 mai 1893, par la "Société de Secours aux familles des Marins Français Naufragés", fondée par Monsieur Alfred de Courcy, une copie du discours d'inauguration de Monsieur Jean Aicard (1848-1921) fut remis au ministre de la marine avec la mention manuscrite suivante : A Monsieur l'amiral Rieunier hommage de très vive et très respectueuse sympathie, Paris le 27 mai 1893, signature Jean Aicard.

Henri Rieunier se rendra à l'invitation du Prince Roland Bonaparte : 10, Avenue d'Iéna - Le Prince Roland Bonaparte, Membre de l'Institut, Président de la Société de Géographie prie Monsieur le Vice-amiral Rieunier de lui faire l'honneur de venir passer la soirée chez lui, le Mercredi 16 juillet 1913, à 21 heures 30, à l'occasion de la XXXIème Session du Congrès National des Sociétés Françaises de Géographie. R.S.V.P. le Prince Roland Bonaparte offrira lors d'une réunion savante ordinaire qu'il organisait dans son luxueux et fasteux hôtel particulier du 10, Avenue d'Iéna à l'amiral Henri Rieunier une édition originale dédicacée, de l'un de ses ouvrages daté de 1884, intitulée : Les habitants de Suriname à Amsterdam décorée de l'Aigle impérial de 227 pages d'un poids de 6,5 kg (dimensions : 46 cm de hauteur - 33 cm de largeur - 5 cm d'épaisseur).

L'amiral Henri Rieunier, ministre de la Marine, préside le 13 août 1893 à Chinon l'inauguration de la statue équestre de Jeanne d'Arc, œuvre du sculpteur Roulleau.

L'Ambassade d'Angleterre, en 1897, au 35 Rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris convie Henri Rieunier : En l'honneur du Jubilé de sa Majesté la Reine Victoria Victoria du Royaume-Uni Sir Edmund et Lady Manson prient Monsieur le Vice-amiral, Madame, Mesdemoiselles Rieunier de leur faire le plaisir de venir passer à l'Ambassade d'Angleterre l'Après-midi du jeudi 17 juin. 4 heures 1/2. 1897 - Victoria 60e année de règne !

Palais de Salm - Grande chancellerie de la Légion d'honneur[modifier | modifier le code]

Le Président de la République appréciait beaucoup Henri Rieunier. Félix Faure mit au service de ses nouvelles fonctions une infatigable activité et une intelligence ouverte. Il aimait avec passion les exercices physiques, l'escrime, l'équitation, la chasse, et les voyages: Il avait visité l'Italie, l'Autriche, la Perse, l'Asie Mineure et l'Égypte - Président exceptionnel, à ce dernier point de vue, pour l'époque -. Félix Faure avait été ministre de la marine. Félix Faure aurait donc vivement souhaité, pour sa première année de Présidence, que l'amiral Henri Rieunier accepte sa proposition de prendre le poste de Grand Chancelier de la Légion d'honneur à l'hôtel de Salm, à Paris, au départ du général de division Victor février.

L'amiral Henri Rieunier avait décliné cette haute et prestigieuse charge et avait préféré entrer en politique. Le Président de la République Félix Faure n'élèvera donc à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur Henri Rieunier que quelques mois plus tard, cette fois, sur une proposition de son ministre de la marine, l'amiral Armand Besnard.

Au Palais de l'Élysée, le 13 juillet 1897, le Président de la République Française Félix Faure, Grand-Maître de l'ordre de la Légion d'honneur, décore des insignes de la grand-croix de la Légion d'honneur le vice-amiral Henri Rieunier.

Reconnaissance du mérite[modifier | modifier le code]

Grades et honneurs[modifier | modifier le code]

Henri Rieunier était vice-amiral (le plus haut grade dans la hiérarchie militaire de l'époque), grand-croix de la Légion d'honneur, titulaire de la Médaille militaire, nombreuses décorations françaises et étrangères (quatre grand-croix). C'est un pionnier de la Chine et du Japon, à l'époque où l'empire du Soleil Levant s'ouvrit au monde de l'occident. Il a été un marin et navigateur hors pair, grand voyageur, polyglotte, diplomate, ambassadeur, explorateur d'Asie et écrivain. En 1876, il est le premier navigateur français de la marine nationale, commandant à bord du Laclocheterie, à revisiter le golfe de la Manche de Tartarie, après les équipages de Lapérouse de l' Astrolabe et de la Boussole au XVIIIe siècle. Il a été commandant de nombreux bâtiments, puis commandant en chef et préfet maritime de Rochefort puis de Toulon, commandant en chef la division navale des mers de Chine méridionale, orientale et du Japon, commandant en chef l'escadre de la Méditerranée Occidentale et du Levant, commandant en chef la 1re Armée navale (la principale force navale de la France, composée de 50 bâtiments fortement armés).

L'amiral Henri Rieunier, ministre de la marine et le général Loizillon, ministre de la guerre furent ensemble coprésident du cercle militaire des armées qui se trouvait, à cette époque avenue de l'Opéra, à Paris.

L'amiral Henri Rieunier est décoré de la Légion d'honneur, à 22 ans - nommé capitaine de vaisseau, à 38 ans - et sera le plus jeune et le plus actif des amiraux de la marine française.

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommage[modifier | modifier le code]

Au musée des châteaux de Versailles et de Trianon existe une peinture à l'huile sur toile ayant pour titre : Le roi Humbert 1er d'Italie passant en revue l'escadre française commandée par l'amiral Rieunier, en rade de Gênes, le 9 septembre 1892, à l'occasion des fêtes données en l'honneur de Christophe Colomb. L'artiste de cette œuvre monumentale est Pompeo Mariani (Monza, 1857 - Bordighera, 1927) qui fut propriétaire de la villa Bordighera (Alpes maritimes) et de son parc, l'un des plus prestigieux de la Ligurie, où Claude Monet y a peint certaine œuvre.

Une rue de l'ex ville de Saigon portera le nom de "Rieunier", en vietnamien : Luong Nhu Hoc, jusqu'aux années 1949/1951. Plusieurs rues en France portent également ce nom.

Deux ouvrages intitulés Les Traits Éternels de la France et En Regardant au Fond des Crevasses furent offerts en 1917, à l'amiral Rieunier par Monsieur Maurice Barrès (1863-1923) avec une dédicace de l'auteur ainsi rédigée : au vice-amiral Rieunier hommage de Maurice Barrès de l'Académie Française, signature Maurice Barrès.

Le livre du Pionnier de l'aviation Clément Ader intitulé L'Aviation militaire avec 55 figures dans le texte et deux planches hors texte édité par Berger-Levrault Paris-Nancy, en 1911, est offert par son Auteur à l'amiral Rieunier avec la dédicace, à l'encre, suivante : A monsieur l'Amiral Rieunier Hommages respectueux, Signé Clément Ader.

Une carte de visite du Général Boulanger Commandant la 14e Brigade de Cavalerie Valence Georges Boulanger adressée à l'amiral Rieunier avec le texte suivant : prie l'amiral Rieunier d'agréer toutes ses bien vives et bien sincères félicitations. L'ancien capitaine de Turcos n'a pas oublié le lieutenant de vaisseau avec lequel il a entretenu de si excellentes relations en Cochinchine il y a vingt ans, hélas ! -.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Amiral Rieunier », www.military-photos.com (consulté en 14/12/2007)
  2. Contusionné, il est décoré sur le champ de bataille de la Légion d'honneur pour acte de bravoure, à 22 ans
  3. Il fut chargé de miner et de faire sauter les forts de Ta-Kou
  4. C'est aux manœuvres aussi habiles que hardies du Shamrock ex Pei-Ho, commandé par l'enseigne de vaisseau Henri Rieunier que l'on dut le sauvetage des 400 passagers du Weser et de la majeure partie de l'équipage naufragé sur les bancs du Mékong, le 16 janvier 1861
  5. le 6 septembre 1861, brevets avec la signature de la Reine Isabelle II d'Espagne
  6. ordre américano-espagnol, 7 novembre 1862
  7. Le ministre de la marine, M. Prosper de Chasseloup-Laubat n'autorisa pas la publication avec le nom de l'auteur, qui défendait ouvertement contre lui la conservation de la Cochinchine, dont le gouvernement négociait l'abandon
  8. Dictionnaire biographique de la Charente-Inférieure édité par Ernest Flammarion, en 1901, p. 651
  9. Voir citation de l'amiral Hyacinthe Aube, ministre de la marine et des colonies
  10. Notice LH/2328/27 sur la Base Léonore

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hervé Bernard, Revue des Amis du Musée de la Marine à Paris, Neptunia no 235, septembre 2004, La vie d'un grand marin : le vice-amiral Henri Rieunier (1833-1918)
  • Hervé Bernard, Albi. Patrie de Rieunier - Un homme illustre de la marine française, édition Atlantica 2007.

Lien externe[modifier | modifier le code]