Henri Justel

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Henri Justel est un érudit français né à Paris en 1620, mort à Londres le 24 septembre 1693.

Fils du savant canoniste protestant Christophe Justel (mort en juin 1649) et de sa femme Olympe Delorme (morte en 1674), il fut leur seul enfant qui survécut à son père, et il lui succéda dans sa charge de secrétaire du roi. Possesseur d'une riche bibliothèque, avec notamment des manuscrits précieux hérités de son père, il fut à partir des années 1660 une figure éminente du monde cosmopolite des savants européens, organisant des réunions régulières (plusieurs fois par semaine[1]) dans son domicile parisien, mettant sa bibliothèque à la disposition des savants, et entretenant une correspondance avec de nombreuses personnalités, notamment des pays protestants (Henry Oldenburg, avec qui ses échanges épistolaires commencent fin 1663, Christian Huygens, parmi les Français Balthasar de Monconys, Melchisédech Thévenot, Pierre Petit, Adrien Auzout, Pierre-Daniel Huet, Jean Baptiste Denis[2]...). Gottfried Wilhelm Leibniz (qui le tenait en haute estime[3] et resta en correspondance avec lui) et John Locke fréquentèrent également son cercle à Paris. En bons termes avec de nombreux savants catholiques, il eut le projet, qui ne put aboutir, d'une traduction œcuménique de la Bible. En 1675, il fit don de trois manuscrits anciens très précieux à la Bibliothèque bodléienne[4], en reconnaissance de quoi il reçut le grade de Doctor of Civil Law de l'Université d'Oxford le 23 juin 1675. Attaché à la religion protestante, il n'en était pas moins en mauvais rapports avec les pasteurs de Charenton, qui lui reprochaient entre autres sa trop grande proximité avec des personnalités catholiques.

Selon le témoignage de son ami le théologien anglais George Hickes, il eut tôt le pressentiment d'une prochaine révocation de l'Édit de Nantes. En 1681, il vendit sa bibliothèque dans des termes avantageux et passa en Angleterre, où il fut nommé inspecteur des manuscrits de la Bibliothèque royale de Saint-James (le 3 décembre), poste qu'il conserva jusqu'à sa mort (y compris sous le catholique Jacques II), et il devint fellow de la Royal Society. Il serait enterré à Eton.

Il publia avec Guillaume Voël (théologien de la Sorbonne) une Bibliotheca juris canonici veteris in duos tomos distributa (Paris, Louis Billaine, 1661, 2 vol. in-folio), qui est formée de l'ensemble des documents rassemblés par son père sur l'histoire ancienne du droit canon. Il édita aussi un Recueil de divers voyages faits en Afrique et en l'Amérique, qui n'ont point été encore publiés, contenant l'origine, les mœurs, les coutumes et le commerce des habitants de ces deux parties du monde, avec des traits curieux touchant la haute Éthiopie, le débordement du Nil, la Mer Rouge, et le Prêtre Jean, &c[5] (Paris, Louis Billaine, 1674).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « célèbre, et par son mérite, et par le commerce qu'il a avec tout ce qu'il y a de plus grands esprits dans l'Europe, particulièrement avec ceux de Londres [...] un des plus excellents génies, et un des plus honnêtes hommes de la terre [...] l'on s'assemble chez lui plusieurs fois la semaine, et [...] ces assemblées sont composées des plus illustres et des plus qualifiés de Paris, qui vont s'y entretenir agréablement de tout ce que l'occasion leur offre » (Pierre Le Gallois, Conversations de l'Académie de M. l'Abbé Bourdelot, Paris, 1675, Entretien servant de Préface, p. 44-45).
  2. Voir Alfred Rupert Hall, « Henry Oldenburg et les relations scientifiques au XVIIe siècle », Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, vol. 23, n° 4, 1970, p. 285-304.
  3. Selon le témoignage de Charles Ancillon, Mémoires concernant les vies [...] de plusieurs modernes, célèbres dans la république des lettres, Amsterdam, 1709, p. 220-232.
  4. Trois manuscrits en onciales du VIIe siècle, contenant des actes de conciles, etc.
  5. Volume avec des cartes qui contient des traductions françaises de l'Histoire de l'île de la Barbade, de l'Anglais Richard Ligon, de la Relation de la rivière du Nil de Jerónimo Lobo, de l' Histoire de l'Éthiopie de Baltazar Telles, de la Description de l'empire du Prêtre Jean de Manuel de Almeida, et la Relation du voyage fait sur les côtes d'Afrique et la Relation de l'origine, mœurs, coutumes, religion, guerres et voyages des Caraïbes du sieur de La Borde, et la Relation de la Guyane et la Description de l'île de la Jamaïque de Richard Blome.