Henri Giraud (militaire)

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Officier général francais 5 etoiles.svg Henri Giraud
Henri Giraud, en 1943.
Henri Giraud, en 1943.

Naissance
Paris
Décès (à 70 ans)
Dijon
Origine Drapeau de la France France
Arme Armée de terre
Grade Général d'armée
Années de service 18981946
Conflits Première Guerre mondiale
Guerre du Rif
Seconde Guerre mondiale
Commandement 4e régiment de zouaves
17e régiment de tirailleurs algériens
7e armée
9e armée
Armée d'Afrique
Distinctions Grand-croix de la Légion d'honneur[1]
Médaille militaire
Croix de guerre 1914-1918
Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs
Médaille des évadés
Médaille coloniale
(France)

Croix de guerre 1914-1918
Croix de guerre 1940-1945
Grande-croix de l'ordre de la Couronne
(Belgique)

Grand-croix de la Legion of Merit
(États-Unis)

Grand-croix de l'ordre du Ouissam El Alaouite
Mérite militaire chérifien
(Maroc)

Ordre de l'Aigle blanc
(Serbie)
Officier général francais 5 etoiles.svg Henri Giraud
Fonctions
Parlementaire français
Député
Juin-novembre 1946
Gouvernement IVe République
Groupe politique Parti républicain de la liberté
Biographie
Résidence Moselle

Le général Henri Honoré Giraud[2], né le à Paris 13e[3] et mort le à Dijon[4] (Côte-d'Or), est un militaire et homme politique français, général de brigade à partir de 1930, puis général d'armée à partir de 1936. Henri Giraud a servi durant la Première Guerre mondiale, la guerre du Rif et la Seconde Guerre mondiale ; dans le cadre de ce dernier conflit, il est considéré comme l'une des principales figures du processus qui a mené à la Libération[4].

Partisan de la reprise de la lutte contre l'Allemagne nazie et sans lien avec la France libre, il reçut le soutien des Américains et fit figure de rival du général de Gaulle pour la direction des forces alliées françaises.

Après le débarquement allié de novembre 1942 et suite à la mort de l'amiral Darlan, Giraud fut durant plusieurs mois au pouvoir en Afrique française du Nord à la tête d'abord du Haut-commissariat de la France pour l'Afrique, puis du Commandement en chef français civil et militaire ; il eut sous ses ordres l'Armée d'Afrique, engagée aux côtés des Alliés dans les opérations contre les Allemands et les Italiens.

Une partie de la Résistance intérieure se réclama également de son patronage et de son inspiration : ce fut notamment le cas des organisations résistantes initialement sympathisantes de Vichy[5], ou qui rejetaient l'autorité du général de Gaulle, comme le réseau Alliance ou l’Organisation de résistance de l'armée[6] (ORA).

Giraud maintint dans un premier temps en Afrique du Nord la législation de Vichy, mais fut ensuite convaincu par Jean Monnet de rompre définitivement avec Pétain.

Les Alliés poussèrent Giraud et de Gaulle à s'entendre, pour unifier les forces françaises : de juin à novembre 1943, les deux généraux furent coprésidents du Comité français de Libération nationale (CFLN). Giraud fut cependant évincé par de Gaulle, qui le priva progressivement de toute responsabilité, politique puis militaire, au sein des forces alliées[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Henri Giraud, de souche alsacienne et d'origine modeste, est né à Paris. Il est le fils d'un marchand de charbon. Il suit une scolarité classique brillante aux lycées Stanislas, Bossuet et Louis-le-Grand, avant de rejoindre l'École militaire de Saint-Cyr, dont il suit les cours de 1898 à 1900. Il est ensuite affecté à plusieurs reprises en Afrique du Nord[4].

Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Il est affecté en France métropolitaine en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, et y commande le 4e régiment de zouaves[7]. Sérieusement blessé au combat du fait d'une pleurésie purulente, il est capturé le à la bataille de Guise[4], mais s'échappe deux mois plus tard de l'hôpital d'Origny-Sainte-Benoite avec le capitaine Charles Schmitt, et rentre en France par les Pays-Bas, grâce au réseau établi par le docteur Frère, chirurgien à l'hôpital de Bruxelles[8].

Il rejoint La Haye et se met en correspondance avec le colonel Desprez, nouvel attaché militaire français[9]. Envoyé en Angleterre, il y rejoint un ami, le capitaine Wallner, du service de renseignements français. Les deux officiers regagnent ensuite la France, à bord du croiseur qui ramène Théophile Delcassé, ministre des Affaires étrangères, et Piotr Bark, ministre des Finances de la Russie[10]. Giraud reprend sa place à l'État-major de la 5e armée, aux côtés du général Franchet d'Espèrey[11] ; il retourne au front et, en 1917, participe à la bataille du Chemin des Dames et à la prise du fort de Malmaison[4],[12].

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Giraud est en poste à Constantinople au sein des troupes de Franchet d'Espèrey[13], puis au protectorat français au Maroc sous les ordres du maréchal Lyautey, qui l'a personnellement réclamé à ses côtés[4]. Comme lieutenant-colonel[4], il participe à la guerre du Rif[14] et reçoit la reddition d'Abd el-Krim, le [4]. Il est professeur à l'École de guerre de 1927 à 1929. Quand le gouvernement crée, le 1er mars 1930, la région militaire des confins algéro-marocains, il en confie le commandement au colonel Giraud avec mission de les pacifier. Il le nomme général de brigade en décembre 1930[15].

Jusqu'en 1934, Giraud combat la résistance berbère aux abords du Tafilalet et dans le djebel Sargho. Ayant achevé la pacification de l'Afrique du Nord[4], il reçoit sa troisième étoile de général de division et est affecté en mai 1934 à Oran où il reste jusqu'en mars 1936.

Promu général d'armée en 1936[4], il devient la même année gouverneur militaire de Metz[16], puis commandant de la 3e armée[14] : à ce titre, il est le supérieur hiérarchique du colonel de Gaulle, commandant du 507e régiment de chars de combat[14]. Les carrières des deux officiers se croisent à plusieurs reprises avant la Seconde Guerre mondiale : leurs relations sont mauvaises et, lors des exercices de stratégie, Giraud s'oppose vivement aux idées de De Gaulle en matière d'utilisation des blindés[17].

Selon Pierre Péan, Giraud aurait reçu en novembre 1936 la visite d'Eugène Deloncle, l'un des responsables de la « Cagoule » : informé des activités de l'organisation, le général aurait promis à Deloncle son appui en cas de « soulèvement communiste ». Deloncle, quant à lui, aurait déclaré à Giraud que lui et ses hommes étaient prêts le cas échéant à se mettre sous ses ordres[18].

En 1939, Giraud reçoit le commandement de la 7e armée[4].

Bataille de France et captivité[modifier | modifier le code]

Quand la Seconde Guerre mondiale commence, Giraud est membre du Conseil supérieur de la guerre, il y figure parmi les partisans résolus de la guerre, en cas d’invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie[19]. Il désapprouve alors la tactique, préconisée par de Gaulle, d'emploi offensif des blindés en formations groupées pour percer les lignes ennemies.

Le général Giraud, prisonnier de guerre, durant sa promenade quotidienne en Allemagne (date exacte inconnue).

Le , Giraud doit, dans le cadre du plan Dyle-Bréda, atteindre le plus vite les Pays-Bas à la tête 7e armée. Il parvient à retarder les troupes allemandes à Bréda le 13 mai. Plus tard, il prend le commandement de la 9e armée. Mais c'est lorsqu'il essaie de bloquer l'attaque blindée allemande par les Ardennes, qu'il est capturé par l'ennemi à Wassigny par le général von Kleist le 19 mai. Il est d'abord conduit près de Vervins, puis à Bonn avec son officier d'ordonnance, le lieutenant Tannery. Rapidement, il est envoyé seul en Silésie.

Il est interné au Kœnigstein[4] près de Dresde, employé au centre d'internement de haute sécurité pour les prisonniers de guerre de marque, nommé aussi « la Bastille de Saxe ». Son logement est composé de deux pièces, au second étage d'un bâtiment dominant à pic la cour intérieure, avec de petites fenêtres grillagées.

Lors de son arrivée, le commandant de la forteresse, le général Genthe, lui indique qu'il est emprisonné « en représailles, pour la conduite inqualifiable qu'a tenue en 1918 le maréchal Foch vis-à-vis du lieutenant-colonel von Gersdorf »[20].

De sa prison, Giraud adresse des marques de sympathie au gouvernement de Pétain : en juillet 1940, il envoie à ce dernier une longue note sur les causes de la défaite de la France, à laquelle ont contribué à ses yeux la dénatalité, les congés payés, le parlementarisme, les syndicats, la faillite de l'enseignement public, et la perte de la notion d'autorité[21].

Le , Giraud, toujours emprisonné, se voit décerner la Grand-croix de la Légion d'honneur[4].

Selon l’historien Robert Paxton, Giraud se singularise vis-à-vis d’une grande partie des officiers français, assez impressionnés par l'armée allemande ; il « [s'engage] à ne plus porter ses décorations tant qu’il ne serait pas rentré en vainqueur à Metz[22]. »

La lettre de Giraud à ses enfants[modifier | modifier le code]

Une lettre, que le général Giraud captif en Kœnigstein adresse à ses quatre garçons et à ses filles en septembre 1940, est largement diffusée à l'époque[23]. Giraud y expose, en termes généraux, ses idées sur les remèdes à apporter aux problèmes de la France. Le général de Gaulle, lui-même, participe à la diffusion de cette missive ; il en adresse notamment une copie au prince Félix de Bourbon-Luxembourg en la préfaçant : « vous verrez ainsi que, dans sa captivité, le général Giraud est bien resté tel que nous l'avons connu »[23].

« Kœnigstein, septembre 1940
Je ne sais combien de temps je resterai ici, des mois, des années peut-être. Il est possible que je sois enterré à côté de mon ami Dame. Je suis prêt à tout : peu importe.
Je vous confie le soin de me remplacer dans une tâche sacrée, le relèvement de la France. Je vous interdis de vous résigner à la défaite, et d'admettre que la France puisse passer après l'Italie, l'Espagne ou la Finlande. Peu importe les moyens. Le but seul est essentiel. Tout doit lui être subordonné. [...] Au début, il ne s'agit pas de heurter de front un ennemi qui s'est assuré la possession de notre sol et nous a totalement désarmés. Stresemann a défini la méthode à employer : nous n'avons qu'à copier intelligemment.
En première urgence, la libération du territoire à l'intérieur des frontières qui nous sont laissés. Ensuite la reconstruction physique, morale et sociale. [...] En troisième lieu [...] pouvoir refaire une armée moderne. Ceci suppose un programme à exécuter, par qui de droit :
– les esprits sont faits en France ;
– l'instruction est faite aux colonies ;
– le matériel est fait à l'étranger.
Malgré tous les contrôles, un pareil programme est possible, le camouflage étant de règle. Rien ne ressemble au « service en campagne » comme l'instruction des scouts. Rien ne ressemble à un avion militaire comme un avion de transport. Un tracteur à chenilles n'a besoin que de sa cuirasse pour devenir un char, etc., etc.
Mais avant tout, que les esprits soient à la hauteur de leur tâche. Qu'ils veuillent être Français totalement. Que personne ne s'expatrie des pays occupés ou temporairement détachés : il s'agit d'y maintenir la pensée française. Mais que personne n'hésite à s'expatrier si on lui offre à l'étranger une situation où il peut être utile à la France. Vous tous [...] rappelez-vous qu'une bourrasque passe mais que la Patrie reste. Une Nation vit quand elle veut vivre. [...] Forcez les autres à penser comme vous, à travailler comme vous. Nous sommes sûrs du succès, si nous savons vouloir.
Résolution. Patience. Décision.
Général H. Giraud[23]. »

Pour l'historien Henri Michel, Giraud expose dans cette lettre, en matière politique, des idées « simples, pour ne pas dire simplistes » : le général s'y déclare favorable à « une autorité assez forte et assez sage » pour « défendre la liberté et interdire la licence », et préconise, pour la reconstruction « physique, morale et sociale » de la France, d'« aider ceux qui ont des enfants » à élever ceux-ci, et d'« assurer à chacun une place au soleil ». Avant toute chose, Giraud veut être un soldat, au service de la patrie : à cet égard, il se montre indifférent à la politique, voire à la forme de l'État. Pour lui, servir la France représente l'essentiel, que la Nation soit incarnée par un « Roi », une « République » ou un « Empire »[24].

L'évasion de Königstein[modifier | modifier le code]

Un complot se forme pour faire évader le général Giraud. Le général Mesny (qui en 1945, peu avant la chute de la forteresse, sera tué pour avoir aidé à l'évasion du général[25]), le général Mast (qui prévient sa femme de son intention d'évasion), son ex-chef d'état-major, le général Baurès, le général Le Bleu, le général Joseph de Verdilhac et le seul colonel de la forteresse, l'aident à s'échapper. Giraud prépare soigneusement son évasion pendant deux ans. Il pratique l'allemand et apprend par cœur une carte des abords de la forteresse. Le [4], il se laisse descendre le long de la falaise de la forteresse de montagne[14]. Ayant rasé sa moustache, et s'étant coiffé d'un chapeau tyrolien, il voyage jusqu'à Schandau pour y rencontrer son contact du SOE. Par diverses ruses, il atteint la frontière suisse ; après un périple rocambolesque de 800 km en chemin de fer, il arrive en Alsace le et par la suite se rend à Vichy, en zone libre française[26]. Himmler ordonne à la Gestapo de le retrouver et de le tuer. Hitler, qui croit par ailleurs que Giraud est l'auteur du livre Vers l'armée de métier (en réalité publié par de Gaulle en 1934)[26] entre dans une violente colère, reprochant à Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne en France, d'avoir « laissé courir » un général aussi dangereux à lui seul que « trente divisions »[27].

L'évasion de Giraud, rapidement connue en France, y fait l'objet d'un large retentissement. Les mouvements de la Résistance intérieure et la France libre accueillent avec enthousiasme la nouvelle de l'évasion de Giraud, en qui ils voient une recrue potentielle de choix. De Gaulle demande aux Britanniques d'essayer de le faire venir à Londres[28]. Arrivé à Vichy le 27 avril, Giraud y rencontre Pétain deux jours plus tard, accompagné du général Aubert Frère[29]. Le chef du gouvernement français Pierre Laval se montre quant à lui particulièrement irrité de cette évasion qui, en constituant un véritable affront pour Hitler, met en danger la politique allemande du gouvernement de Vichy[30].

Pétain, sur la demande pressante de Laval, contraint un Giraud rétif à rencontrer son chef du gouvernement. L'entrevue entre Giraud et Laval est orageuse : ce dernier, qui souhaite affirmer son autorité qu'il juge menacée, reproche au général d'avoir, par son évasion, empêché la libération de 200 000 autres prisonniers. Il propose à Giraud de retourner « noblement » à Königstein, mais le général demande qu'Hitler libère en retour tous les prisonniers mariés. Laval pense avoir obtenu gain de cause auprès de Giraud mais ce dernier, quelques jours plus tard, refuse de retourner en Allemagne[31], à moins de recevoir en ce sens un ordre écrit du maréchal Pétain, message que ce dernier a peu de chances de lui adresser du fait de l'état de l'opinion[26]. Les Allemands tentent d'obtenir un retour de Giraud en Allemagne, et envoient Scapini et Benoist-Méchin pour faire pression sur le général : mais avant que les deux intermédiaires des Allemands aient pu le rencontrer, Giraud quitte Vichy à bord d'un avion mis à sa disposition par l'amiral Darlan, chef des forces armées de Vichy[26].

L'ambassadeur Abetz, qui juge son crédit atteint par l'affaire, exige de rencontrer Giraud. Ce dernier ayant obtenu un sauf-conduit, s'entretient avec Abetz à Moulins, à la Ligne de démarcation. Giraud affirme à nouveau qu'il n'accepterait de rentrer en Allemagne qu'à une seule condition : que le Reich libère les 600 000 prisonniers mariés et pères de famille. Abetz envisage de faire enlever ou assassiner Giraud, puis se résout finalement à le laisser repartir en zone libre. En représailles à l'affaire Giraud, les Allemands bloquent les libérations envisagées de prisonniers français : aucun officier, même malade, ne sera plus rapatrié, les négociations portant sur la libération de 75 000 agriculteurs emprisonnés sont suspendues, et la mission Scapini ne peut plus inspecter les camps, où la discipline est durcie. Pétain se montre affecté par la situation, mais ne fait pas davantage pression sur Giraud pour qu'il retourne en Allemagne[32],[4],[26],[30],[31]. Laval en appelle quant à lui à l'amiral Darlan pour qu'il sévisse contre Giraud : mais Darlan, heureux de la déconvenue infligée à Laval qui vient de lui succéder à la tête du gouvernement, se contente d'abaisser à soixante ans la limite d'âge des généraux, ce qui a pour effet de mettre Giraud à la retraite[30].

Le , sur l'insistance de Laval[30], Giraud adresse une lettre à Pétain, dans laquelle il affirme son loyalisme à l'égard du maréchal, en lui promettant qu'il n'ira pas à l'encontre de l'action de son gouvernement[14],[33] ; il se jugera cependant délié de sa promesse en , après que Laval ait proclamé dans un discours radiodiffusé souhaiter la victoire de l'Allemagne. Si les idées de Giraud en matière de politique intérieure sont très proches de celles de Pétain, il refuse la collaboration, ce qui creuse un fossé entre Vichy et lui[21]. Entretemps, les autorités de Vichy le laissent, après l'envoi de sa lettre à Pétain, disparaître dans une « semi-clandestinité » : il bénéficie de la protection de membres du service de renseignement de l'armée de terre[30],[28].

Giraud, contacté par des organisations de la Résistance intérieure qui souhaitent s'assurer de sa participation, repousse les propositions qui lui sont faites. Les raisons exactes de ce refus ne sont pas connues, Giraud ne les détaillant pas dans ses mémoires : elles semblent avoir reposé sur une méfiance vis-à-vis du camp gaulliste, ou sur une crainte du poids excessif des communistes[28].

Giraud s'installe en zone libre, près de Lyon, au domaine de Fromente, propriété d'un ami industriel[31] où la police de Laval le fait surveiller, ce qui ne l'empêche pas de prendre des contacts avec diverses personnalités françaises et américaines, en vue d'une reprise de la guerre par l'armée française auprès des Alliés[34],[5],[31]. Envisageant un débarquement allié dans le Sud de la France, qui serait appuyé par l'armée d'armistice placée sous son autorité[29],[31], il demeure notamment en liaison avec des officiers français membres de réseaux clandestins comme Cogny et Frère ; il prend également contact avec le général Weygand, revenu d'Afrique du Nord, et incite ce dernier à prendre la tête d'un mouvement de libération[31]. Selon le témoignage de Giraud, Weygand se dit lui-même trop âgé pour pareille entreprise, mais l'incite à résister à la tête des forces françaises[35],[29],[31].

Giraud et le débarquement en Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Article connexe : Opération Torch.

Lorsque les Alliés envisagent un débarquement en Afrique du Nord, leurs dirigeants, décidés à écarter de Gaulle après son échec de Dakar, et incertains de l'accueil que leur réserveraient les généraux vichystes, cherchent un général français prestigieux pour prendre le commandement de l'armée d'Afrique ; les Américains comptent sur les « comploteurs algérois[36] » et sur Giraud « pour rallier les troupes vichystes[36] ». Plusieurs partisans de la reprise des combats, désignés a posteriori sous le nom de « groupe des cinq » — l'industriel et ancien « cagoulard » Jacques Lemaigre Dubreuil, le journaliste Jean Rigault, le diplomate Jacques Tarbé de Saint-Hardouin, le colonel Alphonse Van Heycke et le lieutenant et militant royaliste Henri d'Astier de La Vigerie — se sont en effet réunis dans le but de favoriser une intervention alliée en Afrique française du Nord (AFN) : ce groupe, très informel, fait cependant figure d'« état-major sans troupes » et agit essentiellement au niveau diplomatique. La liaison entre les « cinq » et les groupes de résistants présents en AFN est assurée par d'Astier de la Vigerie, qui se charge d'unifier les réseaux de la Résistance nord-africaine en partenariat avec le jeune José Aboulker. Lemaigre Dubreuil, qui avait servi sous les ordres de Giraud, prend en mai 1942 contact avec ce dernier, qui accepte de se joindre à la conspiration et apporte à la « Résistance diplomatique » le chef militaire qui lui manquait[37],[38].

Les contacts du général Giraud, s’étaient limités jusque là à des conversations avec des officiers qu’il avait commandés en 1940 et une entrevue avec la général de Lattre, à Montpellier, le 21 juin 1942[31]. Il mise essentiellement sur l'appui militaire des États-Unis[31] et apparaît à partir de l'été 1942 comme le « chef », ou du moins comme le « symbole de ralliement », des différents groupes composant une tendance, issue en partie de l'armée d'armistice, de la Résistance française. Cette forme de Résistance, qui a préexisté à l'évasion de Giraud mais se rallie ensuite à lui, est composée pour l'essentiel de personnes sympathisantes des idées de la Révolution nationale mais déçues par l'évolution de Vichy, hostiles à la collaboration et désireuses de reprendre le combat[34]. Henri Michel, spécialiste de la Résistance, donne, « faute de mieux », le nom de « giraudisme » (guère utilisé à l'époque) à cette tendance résistante anti-gaulliste, qui « s'insinue comme un coin entre le vichysme et le gaullisme ». Le camp giraudiste, apparu comme une « sécession » du pétainisme, a comme point commun de miser sur l'aide américaine et sur une armée reformée sur le sol national, et non précairement installée à l'étranger comme les Forces françaises libres. Giraud croit Pétain entravé par l'action de son gouvernement, et envisage une action commune entre le maréchal et la Résistance : il élabore un « projet d'organisation de la lutte contre l'Allemagne », où le signal du soulèvement sur le sol français serait donné par un message codé contenu dans un discours de Pétain[34].

Le général est approché par des agents consulaires américains, qui le rencontrent dans la forêt de Randan, près de Vichy[31]. Il répond favorablement au message de Roosevelt qui lui propose de travailler avec les États-Unis à la libération de la France[31].

Le , des accords entre les États-Unis et la Résistance française sont conclus au cours d'une conférence secrète tenue à Messelmoun près de Cherchell, non loin d'Alger[38],[39],[40], le diplomate américain Robert Murphy, le général Clark (adjoint d'Eisenhower) et divers représentants militaires et civils de la Résistance, dont le colonel Jousse, le général Mast, et Bernard Karsenty (adjoint de José Aboulker), Jean Rigault et Henri d'Astier de La Vigerie[38].

Après que la décision de débarquer en AFN a été prise, Robert Murphy négocie avec Tarbé de Saint-Hardouin sur un accord, sans en tenir informé Giraud. Ce dernier entérine tout de même finalement l'accord le 2 novembre, malgré le « manque de confiance du commandement allié[31] ». En réalité, Murphy négocie à un niveau subalterne, car tous les contacts de Giraud en France sont alors surveillés par les Allemands qui connaissent ses plans[41]. Giraud accepte de participer à l'Opération Torch à condition que le débarquement ait lieu simultanément au Sud de la France et en Afrique du Nord, et qu'il en soit le commandant en chef. Le général Eisenhower, avant de partir pour le QG allié de Gibraltar, rejette la prétention de Giraud à exercer le commandement ; Murphy, craignant que Giraud ne se retire de l'opération, laisse entendre que ses demandes seront acceptées. Giraud demande pour sa part que la France libre soit exclue des opérations, et ne puisse pénétrer en AFN qu'après entente entre les Américains et les autorités françaises locales[42]. Dans l'ignorance des intentions précises des Alliés, Giraud élabore un plan d'offensive fondé sur un débarquement des Alliés dans le Sud de la métropole pour le printemps 1943 auquel l'armée d'armistice apporterait son soutien, grâce aux stocks d'armes camouflées, par des attaques depuis la région de Lyon, vers le nord et l'Alsace puis vers la Belgique, « afin de semer le désordre dans les arrières allemands ». Ces actions seraient appuyées par une intervention des Britanniques sur les côtes de la Manche et l'occupation des aéroports de la zone Sud. Ce plan ambitieux est finalement abandonné mais, dans les derniers jours d'octobre, Giraud envisage toujours un débarquement allié à Port-Vendres et à Toulon ; ce n'est que le 31 octobre que Lemaigre-Dubreuil apprend que l'Opération Torch est enclenchée[43]. Le 2 novembre, Giraud est à son tour informé qu'un débarquement, limité à l'Afrique du Nord, aura lieu dans les six jours qui suivent[31],[44]. On fait finalement admettre au général un débarquement qui aurait lieu sur le seul territoire de l'AFN. Giraud désigne comme représentants sur place le général Mast à Alger et le général Béthouart au Maroc. Il écrit, dans une lettre adressée à l'un des ses partisans, « Nous ne voulons pas que les Américains nous libèrent, nous voulons qu'ils nous aident à nous libérer »[45],[43].

Pour quitter secrètement la France métropolitaine et rejoindre les Alliés en vue de participer à l'opération Torch, Giraud bénéficie de l'aide du général Robert de Saint-Vincent[46], membre de l'Armée secrète, ainsi que de celle du réseau Alliance, qui l'exfiltre et le conduit jusqu'au sous-marin britannique HMS Seraph[47]. Avant son départ, Giraud désigne le général Aubert Frère comme son représentant en France, en tant que chef des réseaux de résistance au sein de l'armée française[48],[49]. Il adresse par ailleurs une lettre, datée du 2 novembre, au maréchal Pétain, dans laquelle, arguant que la France ne saurait demeurer « spectatrice » dans le conflit, il déclare se libérer de son serment de ne pas entraver l'action du gouvernement de Vichy[43].

De ses derniers entretiens avec Lemaigre Dubreuil, Giraud a déduit qu'il allait exercer le commandement du débarquement allié en Afrique du Nord. N'en ayant cependant pas reçu l'assurance explicite, il décide, contre l'avis de Lemaigre Dubreuil, de se rendre d'abord au quartier général allié de Gibraltar pour en discuter avec Eisenhower[42]. Le HMS Seraph embarque Giraud au Lavandou et le transporte jusqu'à Gibraltar, le . Une fois arrivé sur place, Giraud apprend que l'opération sera commandée par le général américain Eisenhower[14]. Giraud impose à ce dernier une longue discussion — rendue d'autant plus difficile par la nécessité de recourir à un interprète — et réclame le commandement de l'opération Torch, arguant de son grade supérieur et du prestige de son pays. Eisenhower, qui ne sait rien des accords passés avec Murphy, veut que Giraud gagne le plus vite possible Alger pour que les troupes françaises se rallient à lui. Il explique à Giraud qu'il n'a jamais été envisagé de lui confier la responsabilité du débarquement, à la tête duquel sa présence poserait divers problèmes : en effet, les troupes alliées ne comporteront aucun militaire français et risquent fort, au contraire, de devoir affronter des troupes françaises. Ce que les Alliés attendent de Giraud est que sa présence à leurs côtés puisse convaincre les troupes et les autorités françaises d'Afrique du Nord de se joindre à eux. Giraud, irrité à l'idée de ne tenir aucun rôle dans les opérations militaires, menace de s'en tenir à un rôle de spectateur ; Eisenhower lui répond que s'il persiste dans ses demandes, les Américains prendront le parti de se passer de lui. Le lendemain, Giraud finit par se ranger aux arguments d'Eisenhower[50],[51] : il est convenu que ce dernier gardera le commandement en chef des troupes anglo-américaines, en cours de débarquement, jusqu'à ce que l'opération soit achevée. Les troupes françaises ne recevront ensuite d'ordres que du général Giraud (compromis qui se révèlera efficace par la suite pour toute la campagne de Tunisie). Giraud obtient également l'assurance d'être placé à la tête de l'administration française en Afrique du Nord après le débarquement[45]. Dans le même temps, certains hauts gradés de l'armée de Vichy, dont les généraux Revers et Verneau qui connaissent les projets de Giraud et sont en contact avec Londres, croient que les Alliés se préparent à suivre le plan initial de Giraud et sont convaincus qu'un débarquement au Sud de la France est imminent[43],[52]

La veille du débarquement, Béthouart informe au Maroc le résident général Noguès et l'amiral Michelier de l'imminence du débarquement et du fait que Giraud va prochainement arriver pour prendre le commandement de l'Armée d'Afrique : il leur demande de ne pas opposer de résistance. Noguès fait au contraire arrêter Béthouart et ordonne aux forces françaises de repousser les Alliés. En Algérie, Murphy informe le général Juin du débarquement et lui demande d'accepter le commandement de Giraud ; Juin se montre cependant réticent à accepter l'autorité de ce dernier et souhaite d'abord obtenir l'avis de l'amiral Darlan, qui se trouve fortuitement présent à Alger[53],[54].

Dans la nuit du 7 au 8 novembre, quatre cents résistants — en grande majorité des Juifs français déchus de leur nationalité — menés par José Aboulker, occupent les points stratégiques d'Alger et arrêtent les plus hauts dirigeants civils et militaires vichystes. Juin et Darlan se trouvent momentanément mis en état d'arrestation[55]. L'un des résistants lance depuis les studios de Radio-Alger un appel au nom du général Giraud[45], incitant les Français à reprendre la guerre aux côtés des Alliés et se terminant par : « Nous n'avons qu'une seule passion, la France, qu'un seul but, la victoire. Souvenez-vous que l'Armée d'Afrique tient entre ses mains le destin de la France. » L'appel est diffusé à plusieurs reprises durant le débarquement, à raison d'une fois tous les quarts d'heure, sur les ondes de Radio-Alger[56] La phrase « Un seul but, la victoire ! » devient par la suite la devise de Giraud jusqu'à la Libération, et sert de titre à ses Mémoires. Le message radiodiffusé lancé au nom de Giraud, dont les Alliés attendaient des retombées décisives, ne produit cependant aucun effet sur la suite des opérations et ne facilite en rien l'avance des troupes de débarquement[57]. L'absence de Giraud, retardé par son escale à Gibraltar, complique également la situation : Lemaigre Dubreuil l'attend en vain à l'aérodrome de Blida et les résistants demeurent sans nouvelle de lui ; entretemps, les autorités fidèles à Pétain entreprennent de reconquérir Alger[51].

Alors que les régiments vichystes perdent leur temps à reconquérir Alger contre les résistants français, les forces de débarquement alliées peuvent débarquer, encercler Alger presque sans opposition, et obtenir la reddition de la garnison vichyste à 17 h 30, le même jour. L'amiral Darlan finit par transmettre un ordre de cessez-le-feu aux troupes vichystes ; les combats se poursuivent cependant à Oran et Casablanca. Parti de Gibraltar où il était resté suite à son entrevue avec Eisenhower, Giraud n'arrive à Alger que le 9 novembre, à 14 h 30, avec quatre jours de retard par rapport à la date prévue. Il fait préalablement redécorer le sous-marin britannique qui le transportait pour lui faire arborer des couleurs françaises. En son absence, le général Clark a commencé à traiter avec l'amiral Darlan[14] pour obtenir la fin des combats à Oran et au Maroc, et obtenu de lui un cessez-le-feu sur toute l'AFN. Le fait d'apprendre la présence de Giraud aux côtés des Alliés semble avoir contribué à décider Darlan à négocier, afin d'éviter une prise du pouvoir à Alger par le général « félon ». Arrivé en compagnie de son fils, du capitaine Beaufre et de son ordonnance, Giraud gagne la propriété de Lemaigre Dubreuil. Darlan, mis au courant, interdit qu'on lui donne des bons d'essence et fait couper son téléphone. Isolé et mis à l'écart des premières négociations alliées avec Darlan, Giraud est, brièvement, pratiquement prisonnier : il en arrive à craindre que Darlan ne le fasse fusiller[58],[59],[51]. Il découvre alors que les Américains misent désormais avant tout sur l'alliance avec l'amiral, qui fait figure de carte maîtresse. Les Américains et les Britanniques considèrent en effet que Darlan, dont personne n'avait prévu la présence en Algérie et qui a plus de poids politique que Giraud, est le seul homme capable de rallier aux Alliés les Français d'Afrique du Nord[60],[61],[62].

Du débarquement aux négociations avec les gaullistes[modifier | modifier le code]

L'alliance Giraud-Darlan[modifier | modifier le code]

Des pourparlers entre Français et Américains aboutissent à mettre en place une combinaison politique. Charles Noguès, résident général de France au Maroc, refuse de se mettre sous les ordres de Giraud, mais finit par accepter que ce dernier soit associé au pouvoir s'il est lui-même subordonné à l'amiral Darlan. De Gaulle reste par ailleurs exclu du jeu en AFN[63]. Un accord s'étant dégagé autour de lui, Darlan prend alors la direction politique de l'Afrique française du Nord et de l'Afrique-Occidentale française avec le soutien de Roosevelt[64]. Darlan lui-même porte les titres de haut-commissaire et de commandant en chef des forces navales ; Giraud est nommé commandant en chef des forces terrestres et aériennes[65]. Bien qu'initialement surpris par le fait que les Alliés misent sur Darlan, Giraud ne semble pas avoir pensé à refuser son concours, et paraît même avoir été soulagé de ne pas avoir à exercer le pouvoir politique, pour lequel il ne montre guère d'appétence. Le 13 novembre, il accepte officiellement de recevoir le commandement en chef des mains de Darlan, se mettant sous ses ordres « au nom du Maréchal »[66]. Il ne reste alors plus rien des accords négociés par le « groupe des cinq » et Murphy[67].

Le Haut-commissariat de France en Afrique du Nord, dont Darlan prend la direction, maintient la législation et les camps de concentration de Vichy : Darlan refuse notamment de rétablir le décret Crémieux, dont l'abolition a privé les Juifs d'Algérie de leur nationalité française. Bien que désavoué par Vichy, l'amiral Darlan continue d'affirmer qu'il gouverne au nom de Pétain « empêché » : le contexte militaire lui permet d'imposer un statu quo politique, toute réforme éventuelle étant renvoyée à l'après-guerre. Du 30 novembre au 2 décembre, Darlan se réunit avec Giraud, Noguès, Bergeret, et Pierre Boisson, gouverneur général de l'AOF, pour une « conférence impériale » destinée à examiner les problèmes du moment : l'allégeance envers l'État français est réaffirmée, Darlan déclarant « Nous avons tous admis que le Maréchal était toujours notre chef, mais que ce chef était moralement prisonnier ». Le Comité national français, organe de direction de la France libre, refuse entretemps de reconnaître le Haut-commissariat de Darlan. La situation de ce dernier demeure par ailleurs précaire, l'opinion publique et les médias britanniques et américains condamnant le pacte avec l'amiral « pro-nazi ». L'Armée d'Afrique, placée sous le commandement de Giraud qui décrète la mobilisation générale des Français et des Musulmans d'Algérie et du Maroc[29], est mise à contribution pour aider les Alliés à chasser Allemands et Italiens lors de la campagne de Tunisie[68],[69].

Giraud au pouvoir à Alger[modifier | modifier le code]

Le général Eisenhower, commandant en chef des armées alliées en Afrique du Nord, et le général Giraud commandant des Forces françaises (et « favori » des Américains), saluant les drapeaux des deux nations au quartier général des Alliés à Alger (1943).

Le 24 décembre 1942, Fernand Bonnier de La Chapelle assassine l'amiral Darlan ; Giraud insiste pour que Bonnier soit rapidement jugé[70]. Après la mort de Darlan, les membres vichystes du Conseil impérial élisent, le 26 décembre, le général Giraud pour succéder à l'amiral. D'abord élu Haut-commissaire, Giraud prend, par une ordonnance du 5 février 1943, le titre de « Commandant en chef civil et militaire »[71] ; le nom de Commandement en chef français civil et militaire se substitue par la suite à celui de Haut-commissariat pour désigner l'exécutif français en AFN et AOF. Le général Giraud conserve le même adjoint que son prédécesseur, le général Bergeret, ancien ministre de l'Air de Pétain ; dans l'ensemble, il garde à ses côtés les collaborateurs de Darlan, au détriment même de ses propres partisans. Giraud entreprend de faire connaître à la population africaine son visage, et à populariser sa devise, « Un seul but, la victoire » : cette formule lui permet également de souligner le primat qu'il accorde aux questions militaires, et d'éluder les questions politiques. Ainsi, aurait-il répondu à une question d'un journaliste : « Monsieur, je suis un soldat, je ne fais pas de politique »[72],[73]. Jugeant qu'il n'a aucune aptitude en matière d'affaires publiques, il écrit par la suite dans ses mémoires que son élection du 26 décembre constitue l'« un des plus mauvais souvenirs de [sa ] vie »[51].

Giraud s'abstient dans les premiers temps de toute innovation politique : sa position aboutit à cautionner les efforts effectués par Darlan pour maintenir en Afrique du Nord les principes de la Révolution nationale pétainiste. Pour l'historien Jacques Cantier, le « giraudisme », « état d'esprit plus que doctrine rigoureuse, apparaît donc comme une volonté de synthèse entre une position vigoureusement antiallemande et une allégeance maintenue aux valeurs de la Révolution nationale ». Giraud s'abstient ainsi d'abroger les lois d'exclusion de Vichy auxquelles il trouve de nouvelles applications, en interdisant par exemple l'accès des officiers et soldats juifs aux unités combattantes de l'armée d'Afrique[74]. Il fait rapidement ouvrir une nouvelle enquête sur le meurtre de Darlan et ordonne l'arrestation le 30 décembre 1942 de vingt-sept chefs de la résistance française du 8 novembre — dont Henri d'Astier de la Vigerie — qui avaient permis le succès du débarquement allié, et sont très fortement soupçonnés d'être impliqués dans l'assassinat de l'amiral. Ils sont envoyés quelque temps en internement dans le Sahara. La politique de Giraud, notamment du fait de son opposition apparente à toute épuration, lui permet de rallier une partie des cadres militaires et civils de l'Afrique française libérée[75].

Giraud se trouve dès lors à la tête de forces françaises rangées aux côtés des Alliés et plus importantes que celles de la France libre[76]. En métropole, par ailleurs, une partie des gradés de l'armée de Vichy ont cru un temps que les Alliés allaient débarquer dans le Sud de la France comme prévu initialement par Giraud : ce débarquement n'a finalement pas lieu et l'invasion de la zone libre par les Allemands est suivie de la dissolution de l'armée d'armistice. Des officiers, parmi lesquels les généraux Verneau et Revers, constituent alors en janvier 1943 l'Organisation de résistance de l'armée (ORA), dont le général Frère prend le commandement, et qui reconnaît Giraud comme son chef[77],[49] ; le réseau Alliance, dirigé par Marie-Madeleine Fourcade, fait également partie de la résistance « giraudiste »[78]. Revendiquant une approche uniquement militaire du conflit et refusant de « faire de la politique », Giraud contribue à faire sortir de l'attentisme une partie des cadres de l'armée et de l'administration, qui rejoignent dès lors le combat contre l'Axe. Les chefs des services secrets de Vichy, le colonel Rivet, et les commandants Paillole et Crest de Villeneuve, ayant rejoint Alger, se rallient à Giraud. Ce dernier réorganise à cette occasion les services de renseignements militaires en plaçant l'ensemble de leurs branches (Air, Terre et Mer) sous l'autorité d'un nouvel organisme, la Direction des services spéciaux (DSS)[49].

Le giraudisme apparaît, au printemps 1943, nettement en position de force. La présence aux côtés des Alliés du général Giraud permet de délégitimer Vichy en le privant de ses soutiens conservateurs ; de nombreux responsables français, séduits par l'apolitisme revendiqué du général, ont ainsi la possibilité de rompre avec le régime de Pétain, tout en gardant leurs distances avec la France libre dont ils se méfient. Les Alliés, de leur côté, attendent du général Giraud qu'il fasse office de chef rassembleur, qui leur permettrait de rallier les Français. Giraud a le double avantage de paraître fournir une alternative sérieuse à la France libre et de se conformer aux instructions des Américains[49].

Bien que dénoncé comme traître par le gouvernement de Vichy, et déchu de sa nationalité par Pétain, Giraud continue initialement de reconnaître la légitimité de ce dernier[79],[80]. Malgré une certaine indifférence de principe aux questions politiques, Giraud n'en garde pas moins des préférences pour l'idéologie de la Révolution nationale : bien que constituant une « dissidence » du pétainisme, le « giraudisme » se traduit par la permanence, en AFN, d'un régime autoritaire. Dans les faits, Giraud concentre entre ses mains des pouvoirs « dictatoriaux » : l'exécutif, le législatif et le judiciaire sont confondus et il n'est nulle part prévu que le commandant en chef civil et militaire doive répondre de ses actes devant quiconque. Le général maintient en outre l'essentiel de l'appareil administratif précédent et s'entoure d'anciens cadres du régime de Pétain : Marcel Peyrouton, ancien ministre de l'Intérieur de Vichy, est ainsi nommé gouverneur général de l'Algérie[81], Giraud respectant le vœu de Darlan en ce sens[82]. Soucieux de rallier les vichystes « repentis », Giraud se montre hostile à toute épuration et s'emploie à trouver des portes de sortie honorables aux personnages trop controversés pour être maintenus dans leurs fonctions : l'ancien gouverneur général de l'Algérie, Yves Châtel, remplacé par Peyrouton, est ainsi envoyé au Portugal pour mener une mission auprès de la Croix-Rouge[83].

Pierre Pucheu, ancien ministre de l'Intérieur de Pétain, ayant fui la France à travers l'Espagne, écrit à Giraud, qu'il avait préalablement rencontré à Lyon[84], pour demander à venir au Maroc s'engager comme officier de réserve dans une unité combattante[85]. Giraud lui donne son accord par une lettre du 15 février 1943, à condition que Pucheu prenne un nom d'emprunt et s'abstienne de toute activité politique[85]. Il lui fait adresser à cet effet un sauf-conduit par l'un de ses collaborateurs, le colonel Malaise[85]. C'est ainsi que Pucheu arrive, au début de mai 1943, en Afrique du Nord[85]. Suite au non-respect des deux conditions formelles posées par Giraud à l'ancien ministre, et afin d'empêcher toute agitation en Afrique du Nord alors que la campagne de Tunisie se termine[86], le général le fait placer en résidence surveillée le 12 mai 1943[87],[85]. Pucheu lui adresse alors une seconde lettre, de protestation cette fois, à laquelle il n'obtient pas de réponse[85].

Charles de Gaulle (à droite) serrant la main de Henri Giraud, devant Roosevelt et Churchill le 17 janvier 1943 lors de la conférence d'Anfa.

Au début de 1943, après l'assassinat de Darlan, des premiers contacts s'établissent entre Giraud et de Gaulle : les deux hommes sont conviés, au mois de janvier, à participer à la conférence alliée de Casablanca. Si les deux généraux acceptent de se serrer la main devant les photographes, ils campent sur leurs positions respectives et ne parviennent pas à s'entendre sur l'organisation politique à mettre en place. L'envoi de missions de liaison chargées de négocier le rapprochement entre Alger et Londres est néanmoins décidé : le général Catroux est chargé de représenter la France libre à Alger[88]. Lors de la conférence et par la suite, Giraud se fait auprès des Américains l'avocat de l'Armée d'Afrique, qu'il juge capable de fournir une aide décisive aux Alliés pourvu qu'elle soit correctement équipée ; il demande au général Marshall de lui fournir des armes modernes permettant d'équiper 12 divisions, dont 3 blindées, afin de constituer un corps expéditionnaire de 300 000 hommes[89], ainsi qu'un nombre important d'avions de chasse (500), de bombardiers (300) et d'avions de transports (200)[90]. Bien que peu convaincus par les capacités politiques de Giraud, Eisenhower et Roosevelt lui maintiennent leur appui[91].

La politique menée par Giraud en Afrique du Nord, qui se traduit par le maintien des lois antisémites et l'absence de démocratisation dans un territoire libéré, mettent cependant vite les Alliés dans l'embarras, surtout le président américain : aux États-Unis, une campagne de presse dénonce dès le début de 1943 la situation dans les camps d'internement français. Le maintien en place de Noguès est également critiqué, du fait de son attitude lors du débarquement. Les interlocuteurs américains de Giraud s'efforcent alors de convaincre ce dernier qu'une libéralisation du régime en vigueur ne peut que servir sa cause auprès des Alliés et encourager le gouvernement américain à augmenter l'aide au réarmement français. Giraud esquisse alors des gestes de bonne volonté et, au début du mois de février, fait libérer les 12 gaullistes arrêtés en décembre 1942 et les 27 députés communistes internés. Les conditions de vie dans les centres de séjour surveillés sont nettement améliorées. Des mesures symboliques commencent à marquer une prise de distance avec Vichy : les effigies de Pétain et les allusions à l'État français dans les documents officiels sont progressivement retirées, pour ne disparaître tout à fait qu'au mois de mai[92],[93]. Entretemps, la politique menée par Giraud, vue comme une « renaissance » du pétainisme, est condamnée par une grande partie des organisations de la Résistance intérieure, qui se rapprochent dès lors du général de Gaulle[94] Loin d'avoir les effets rassembleurs escomptés par les Alliés, l'action de Giraud tend à diviser les Français, y compris au sein des organisations de Résistance[49].

L'évolution de la politique menée par Giraud est accélérée au début de mars 1943, quant Roosevelt envoie Jean Monnet à Alger. Chargé officiellement de représenter le Bureau de répartition des armements, Monnet est en réalité chargé de conseiller le commandant en chef civil et militaire. Rapidement, il gagne la confiance de ce dernier, le convainc que l'aide militaire des américains dépend de la démocratisation de son administration, et le mène à l'abandon progressif de la législation de Vichy[95]. Le , Giraud prononce, à la salle Pierre-Bordes d'Alger, une allocution radiodiffusée dont le texte a été écrit par Monnet sous l'étroit contrôle de Robert Murphy et du britannique Harold Macmillan[96], et qu'il qualifie lui-même ironiquement de « premier discours démocratique de sa vie » : dans cette allocution, qui constitue un tournant, Giraud renonce à la fiction du pouvoir exercé au nom de Pétain : il rompt en effet avec Vichy en annonçant que l'armistice du 22 juin 1940 n'a pas engagé la France et que la législation promulguée depuis est sans effet. Giraud annonce que la victoire s'accompagnera d'un retour à la démocratie : il déclare « Je suis le serviteur du peuple français, je ne suis pas son chef. [...] Quand le peuple de France redeviendra maître de ses destinées, il formera alors son gouvernement provisoire d'après les lois constitutionnelles de la République ». La tonalité du discours de Giraud provoque un séisme dans son entourage : Lemaigre Dubreuil, Bergeret et Rigault démissionnent. Le discours de Giraud est suivi d'effets : le 18 mars, une série d'ordonnances rétablit le régime républicain en annonçant la fin des conseils nommés et le rétablissement en AFN des assemblées élues qui siégeaient avant 1940 ; les biens confisqués aux Juifs leur sont par ailleurs restitués. Si Giraud rétablit les libertés individuelles et annonce la fin des lois de discrimination raciale, il se montre en revanche intraitable sur le décret Crémieux, qu'il refuse de rétablir. Sur décision du général, une des ordonnances prises le 18 mars confirme la fin du décret Crémieux : l'ordonnance est mise en application par Peyrouton, qui avait déjà aboli le décret en tant que ministre de l'Intérieur de Vichy. Le texte se trouve donc abrogé deux fois de suite par le même homme, et les Juifs d'Algérie demeurent par conséquent privés de la nationalité française : Giraud souhaite en effet « éliminer toute discrimination entre indigènes musulmans et israélites », jugeant qu'« en Afrique du Nord les Juifs ne doivent pas être considérés autrement que les Musulmans. Ce sont des indigènes pratiquant une religion différente de celle de leurs voisins, pas autre chose ». Le statut imposé aux Juifs n'est aboli qu'en ce qui concerne la possession de leurs biens, la profession et l'instruction : les élus juifs demeurent exclus des Conseils généraux rétablis[97],[98],[99]. À la fin du mois de mai, plusieurs pans de la législation de Vichy sont abrogés, notamment la charte du travail et la loi sur la presse[100].

Le discours prononcé par Giraud le 14 mars lève le principal obstacle à un rapprochement avec de Gaulle : au lendemain de son allocution, Giraud invite ce dernier à rejoindre Alger. Dès lors, les forces françaises entreprennent de trouver une formule permettant leur fusion[101].

La situation semble, sur le plan politique, nettement basculer en faveur du camp gaulliste lorsque Jean Moulin, délégué général en France du général de Gaulle, transmet à Londres un télégramme (daté du 8 mai 1943, il est reçu le 14) dans lequel il annonce la création du Conseil national de la Résistance. Celui-ci confirme que l'ensemble des mouvements de résistance reconnaissent le général de Gaulle comme chef de la Résistance, n’admettront jamais sa subordination au général Giraud, et réclament l’installation rapide d’un gouvernement provisoire, sous la présidence du général de Gaulle, le général Giraud devant en être le chef militaire[102].

Le Comité français de la Libération nationale[modifier | modifier le code]

La difficile alliance de Gaulle-Giraud[modifier | modifier le code]

Après d'âpres négociations entre le général Catroux, Giraud et Jean Monnet — ce dernier poussant à la réconciliation entre les camps gaulliste et giraudiste[103] — un compromis est trouvé pour former entre les forces françaises une alliance qui reposerait sur un principe de coprésidence. De Gaulle arrive le à Alger pour mener à leur terme les négociations avec Giraud. Les rapports entre les deux généraux — Giraud soupçonnant de Gaulle d'aspirer à une dictature personnelle — sont encore très tendus, au point que des rumeurs de coup d'État militaire circulent dans Alger durant les négociations[88],[104]. De Gaulle exige d'emblée les départs de différents cadres compromis avec Vichy, notamment Noguès et Peyrouton, ainsi que celui de Boisson qui avait repoussé les Forces françaises libres en septembre 1940 lors de la bataille de Dakar. Giraud défend médiocrement les cadres de son administration, dont plusieurs — Peyrouton immédiatement, Boisson quelques semaines plus tard — préfèrent rapidement démissionner pour éviter des représailles[105].

Le , le Comité français de la Libération nationale (CFLN), destiné à unir la totalité des forces françaises en guerre, est officiellement créé via la fusion du Comité national français du général de Gaulle et du Commandement en chef français civil et militaire du général Giraud. Il s'agit d'un exécutif bicéphale, dont Giraud et de Gaulle sont coprésidents. Les hommes du premier, comme Jean Monnet ou le général Georges, y côtoient les partisans du second, comme André Philip, ou Catroux qui succède à Peyrouton comme gouverneur général de l'Algérie[14],[88]. L'Armée d'Afrique et les Forces françaises libres fusionnent le 1er août pour donner naissance à l'Armée française de la Libération, qui s'illustre ensuite notamment au cours de la campagne d'Italie. Giraud en prend la tête en tant que commandant en chef des forces françaises[106] ; mais il se trouve placé sous l'autorité de De Gaulle qui, à la tête d'une nouvelle instance, le Comité de défense nationale, supervise les opérations militaires. Le CFLN se présente comme « le pouvoir central français » et s'engage à « rétablir les libertés françaises, les lois de la République, le régime républicain »[107].

Charles de Gaulle marginalise rapidement Giraud au sein du Comité français de la Libération nationale.

Le Comité fonctionne selon une dyarchie de principe : de Gaulle et Giraud président les séances en alternance, et apposent leurs deux signatures au bas de tous les décrets, Giraud signant en premier[108]. De Gaulle continue cependant de viser à écarter Giraud[106], qu'il juge à la fois trop lié aux principes de la Révolution nationale de Vichy, trop peu représentatif de l'esprit de la Résistance[109], et trop docile aux demandes des Américains[107]. Pour Giraud, l'important n'est pas d'« épurer, mais d'unir »[110] car « il n'y a que des hommes, des hommes qui veulent libérer la France »[109]. De Gaulle et son camp, au contraire, souhaitent rompre radicalement avec Vichy[111]. La collaboration des deux généraux au sein du CFLN est jalonnée de différends parfois graves : le 8 juin, après une semaine seulement de cohabitation, de Gaulle présente sa démission après que Giraud a refusé un plan qui lui interdisait de cumuler un poste au gouvernement avec le commandement des troupes. De Gaulle fait savoir à Alger qu'il s'apprête à partir pour Brazzaville : en son absence, Giraud n'arrive à obtenir aucune décision de la part du CFLN ; l'action d'éclat de De Gaulle, qui reprend bientôt son poste, n'a pour objectif que d'isoler Giraud[108].

Progressivement, de Gaulle mine l'autorité de Giraud[106] : les proches de ce dernier, ou les cadres de son administration, sont écartés, contraints à la démission, voire arrêtés quand ils sont trop compromis avec Vichy. Giraud ne réussit guère à garantir leur protection, ce qui affaiblit son autorité et son image. Chaque giraudiste démissionnaire est remplacé par un partisan de De Gaulle, tandis que ce dernier s'emploie à donner le plus de publicité possible à chaque défection ou départ dans le camp de Giraud[108]. Une partie de l'entourage de Giraud passe peu à peu dans le camp gaulliste ; Jean Monnet, qui adopte une position conciliatrice, ne s'attache pas outre mesure à la cause giraudiste. Lors de la première réunion du CFLN, le 5 juin, on procède à son élargissement : y sont nommés des soutiens de Giraud, René Mayer et Maurice Couve de Murville, qui se rangent ensuite eux aussi aux côtés de De Gaulle[110].

Giraud conserve par ailleurs à son usage l'ex-service de renseignements de Vichy, le Service de surveillance militaire (SSM)[112]. La dualité avec le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de la France libre rend bientôt intenable l'antagonisme entre services secrets, et envenime considérablement la querelle entre de Gaulle et Giraud. La controverse porte non seulement sur le fait de savoir qui, du Commandant en chef ou du chef du gouvernement, doit prendre la direction des services secrets réunifiés, mais sur la forme des actions de résistance à mener. Au fil des mois, les chefs du BCRA entreprennent de priver ceux du SSM de leurs prérogatives, tandis que les membres des Forces françaises libres incitent ceux de l'Armée d'Afrique à changer de camp[113].

Entre les mois de mai et d'août, une véritable campagne de « désertions », impossible à chiffrer, frappe les troupes giraudistes : de nombreux officiers font l'objet d'opérations de « séduction » de la part des gaullistes[109]. Des soldats et des jeunes officiers de l'armée d'Afrique demandent à rejoindre les unités de la France libre, dont Giraud dénonce de son côté la mainmise croissante[114]. Les Américains, entretemps, continuent de soutenir Giraud et exigent qu'il soit l'interlocuteur unique du commandement anglo-américain pour les questions militaires en Afrique du Nord ; leur attitude incite de Gaulle à hâter l'éviction de Giraud pour le priver progressivement de tout rôle politique et le cantonner aux tâches militaires[108].

En juillet 1943, Giraud effectue un voyage de près d'un mois aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, notamment en vue d'obtenir des armes pour l'armée française ; son absence permet à de Gaulle de multiplier les ralliements, et d'affirmer au passage son autorité au cours des cérémonies du 14 Juillet. Quand il revient à Alger le 31 juillet, Giraud se trouve presque complètement marginalisé : une grande partie de ses partisans ont rejoint le camp gaulliste. De Gaulle assure désormais seul la présidence des séances du CFLN, tandis que tous les textes sont étudiés et rédigés par son entourage. Giraud continue d'apposer sa signature au bas des textes, mais son autorité est désormais purement symbolique : en août, il signe le texte prévoyant son départ du CFLN s'il devait se trouver à la tête d'armées en opération — chose qu'il avait précédemment refusée en juin — ce qui équivaut à entériner sa propre élimination politique[115].

Le 22 octobre 1943, le décret Crémieux est discrètement rétabli, sous un prétexte juridique, via un communiqué du CFLN qui argue que le décret du 18 mars, n'ayant pas été suivi de textes d'application en temps voulu, est devenu caduc ; les Juifs d'Algérie retrouvent ainsi leur nationalité française[100]. Le 8 novembre, à l'occasion du premier anniversaire du débarquement en Afrique du Nord, Giraud décore les principaux organisateurs et participants français de l'opération, parmi lesquels d'Astier de la Vigerie et Aboulker qu'il avait fait arrêter quelques mois plus tôt[116].

Procès et exécution de Pierre Pucheu[modifier | modifier le code]

La liberté de la presse, rétablie en AFN, permet aux journaux gaullistes et communistes de dénoncer ouvertement ceux qui ont collaboré avec l'ennemi[117]. C'est ainsi qu'une campagne est lancée contre Pierre Pucheu — toujours en résidence surveillée — par le journal clandestin Combat[117] le 15 mai 1943 ; elle est ensuite relayée en force par les médias communistes[117]. C'est alors que le CFLN décide de procéder à l'épuration des collaborateurs[117], et de faire traduire Pucheu devant un tribunal militaire, le 4 mars 1944. Bien qu'opposé à la mise en accusation de Pucheu, qu'il considère comme prématurée[118], Giraud est désigné, en tant que commandant en chef, pour signer l'ordre d'arrestation de l'ancien ministre, conformément à la décision prise à la majorité par le CFLN[85],[87].

Par la suite, appelé par la défense à déposer au procès Pucheu, Giraud explique ses engagements envers l'accusé, ainsi que leur violation lors de la mise en résidence surveillée de ce dernier[85] : il indique qu'étant en captivité en Allemagne jusqu'en 1942, il n'avait pas eu connaissance de ce que Pucheu avait fait en tant que ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy, et qu'il n'avait alors aucune raison de refuser à un Français, souhaitant reprendre le combat contre l'Allemagne, le droit de servir dans l'Armée française[118]. Il raconte ensuite comment Pucheu s'est fait reconnaître malgré les conditions qu'il avait reçues et justifie alors la violation de ses engagements, avançant le fait qu'en pleine bataille de Tunisie, qui était « indécise », il ne pouvait tolérer aucune agitation à l'arrière[118]. En réalité, la campagne de Tunisie n'était pas indécise, s'étant terminée le 13 mai 1943, le lendemain de la mise en résidence surveillée de Pucheu. Giraud invoque en deuxième raison avoir reçu des informations relatives à la responsabilité de Pucheu dans des exécutions d'otages, qu'il ne pouvait alors vérifier[118]. Henri Amouroux juge la déposition « médiocre dans la forme, peu courageuse quant au fond » et contenant d'importantes erreurs factuelles : elle n'est d'aucun secours à Pierre Pucheu, et s'avère au contraire accablante pour l'ancien ministre, qui est condamné à mort le 11 mars par le tribunal militaire[119]. Peu avant le procès, Giraud a appris le décès de sa fille en déportation[120].

Après la sentence du tribunal militaire, Giraud intervient en faveur de Pucheu[121] : il demande à de Gaulle de commuer la peine ou bien de surseoir à l'exécution jusqu'au retour en France métropolitaine, au motif que le procès Pucheu est un procès politique et que les preuves et témoins n'ont pu être réunis en Afrique du Nord[122]. Dans un premier temps, de Gaulle s'abstient de répondre au courrier de Giraud. Pucheu est passé par les armes le 20 mars au polygone de tir d'Hussein Dey. Avant d'être exécuté, l'ancien ministre de Vichy déclare au colonel qui commande le peloton : « Vous voudrez bien, par la voie hiérarchique, faire savoir au général Giraud que j'ai cru en sa parole et c'est pourquoi je tombe aujourd'hui sous les balles françaises. Vous lui ferez savoir que, si j'ai consenti à l'épargner au procès, c'est parce que j'ai pensé à l'armée française. Mais lui, en tant que militaire et en tant qu'homme, il s'est déshonoré. » Giraud n'est informé qu'après coup du rejet du recours en grâce et de l'exécution de Pucheu ; de Gaulle répond à son courrier plusieurs jours après l'exécution, en invoquant la raison d'État[122]. Les gaullistes s'emploient de leur côté à faire connaître autant que possible les paroles de Pucheu ; les circonstances de la mort de ce dernier contribuent à déconsidérer Giraud, notamment au sein de l'armée française[119].

Le débarquement en Corse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Libération de la Corse.

Dès novembre 1942, les services spéciaux de la Défense nationale à Alger mettent en place une mission pour préparer un débarquement pour libérer la Corse de l'occupant avec l'appui du sous-marin Casabianca, sous les ordres du commandant L'Herminier. Le 10 décembre 1942, le général Ronin, chef des Services spéciaux, envoie en Corse les quatre premiers agents de la mission dite mission secrète Pearl Harbour un spécialiste de l'espionnage, le responsable de la mission, Roger de Saule, un militaire volontaire, Toussaint Griffi et deux résistants, Pierre Griffi, radio dans le civil, combattant des Brigades internationales, et Laurent Préziosi, enseignant révoqué par Vichy en juillet 1940. De la mi-décembre à la mi-mars, ils sillonnent toute l'île pour rencontrer de futurs responsables susceptibles de créer les réseaux pour un débarquement. Le 6 février 1943, ils organisent sur place la livraison de 450 mitraillettes et de 60 000 cartouches par le sous-marin. Le 10 mars, ils reviennent à Alger par le Casabianca après avoir réalisé la coordination politique de la résistance. Le 2 avril, Giraud désigne le capitaine de gendarmerie Paulin Colonna d'Istria, avec comme mission de coordonner militairement l'action des groupes de résistance. Les projets de débarquement en Corse s'accélèrent et des liaisons étroites sont nouées avec l'état-major d'Eisenhower dont dépendent une partie des transports. Giraud est également en contact avec les résistants, majoritairement communistes, des maquis corses, reconnaissant que le Front national dirigé par les communistes est la seule organisation capable d'entrer en action sur l'île ; les communistes, de leur côté, tirent avantage de la rivalité de Gaulle-Giraud pour avoir les mains les plus libres possibles. Fin juillet, le Casabianca dépose 15 tonnes de munition aux Agriates ; au début de septembre, il débarque 5 tonnes de matériel antichars aux portes d'Ajaccio. Au retour, le sous-marin transporte à Alger Arthur Giovoni, chef du Front national en Corse, qui vient s'entretenir avec Giraud. Parallèlement, des avions britanniques effectuent des parachutages de matériel sur les 64 terrains que Colonna a dispersés dans l'île[123].

De Gaulle et son entourage sont, quant à eux, laissés dans l'ignorance des préparatifs de débarquement en Corse. Giraud vise non seulement à éviter les fuites, mais également à prendre, par une opération victorieuse, une revanche politique sur de Gaulle dont il juge le palmarès militaire plus modeste que le sien[124]. Par ailleurs, les contacts de Giraud avec la résistance communiste ne se limitent pas à la Corse : en décembre 1943, toujours à l'insu de De Gaulle, il fait envoyer en métropole Camille Larribère, militant du Parti communiste algérien, afin d'établir des contacts avec les groupes de la zone Sud[125].

Constatant la disproportion des forces entre la résistance corse et les occupants, Giraud envoie à Colonna d'Istria un télégramme lui demandant de déconseiller toute « opération prématurée »[126]. Mais, le 9 septembre 1943, Giraud reçoit un télégramme de la Résistance corse ainsi libellé : « Ajaccio s'est soulevé. On se bat à Bastia », et réclamant de l'aide. Giraud — qui aurait alors déclaré : « Les braves gens ! On ne peut pas les laisser tomber »[127] — envoie alors les forces françaises régulières disponibles prêter main-forte aux insurgés corses. Le 11 septembre, l'opération Vésuve est déclenchée : le Casabianca, transportant une centaine d'hommes sous la direction du commandant Gambiez, part pour la Corse et arrive deux jours plus tard pour prêter main-forte aux résistants corses et aux Italiens passés du côté des Alliés. Les Allemands achèvent d'évacuer l'île le 4 octobre : la Corse, plus de six mois avant le débarquement de Normandie, devient ainsi le premier département de France métropolitaine à être délivré[128],[129]. Giraud envisage ensuite d'attaquer l'île d'Elbe mais, Eisenhower s'y opposant, le projet est abandonné jusqu'en février 1944[128].

De Gaulle, prévenu par le général Chambe du débarquement en Corse alors que l'opération a déjà commencé, se montre particulièrement irrité d'avoir été tenu à l'écart des préparatifs : il a avec Giraud un entretien orageux, au cours duquel il lui reproche notamment d'avoir laissé le « monopole » aux chefs communistes. La manière dont la libération de la Corse a été organisée a en effet permis aux communistes de s'emparer des pouvoirs publics sur l'île. De Gaulle entreprend dès lors, en s'appuyant notamment sur l'affaire du débarquement en Corse, de retirer à Giraud ce qui lui reste d'autorité au sein du CFLN[130],[131]. Le 25 septembre, une large majorité du CFLN réduit les pouvoirs de Giraud ; ce dernier refuse tout d'abord d'accepter cette décision, puis s'incline au bout d'une semaine, ne conservant le contreseing que pour les ordonnances et les décrets[132].

Mise à l'écart de Giraud[modifier | modifier le code]

Le 25 septembre 1943, de Gaulle adresse aux membres du CFLN une lettre dans laquelle il expose la nécessité, suite à l'affaire du débarquement en Corse, d'avoir une direction unifiée et fonctionnelle, ainsi qu'un commandement militaire subordonné à l'organe de gouvernement. Il réclame une réorganisation totale du CFLN et l'élection d'un président disposant de pouvoirs « réels et définis » sur tous les domaines, y compris militaires. Giraud signe le 3 octobre l'ordonnance prévoyant l'élection d'un président unique ; le 6 novembre, il signe le décret donnant mandat à de Gaulle pour procéder aux remaniements de son choix au sein du CFLN. Le général Chambe remet à Giraud un courrier destiné à le mettre en garde, et détaillant la manière dont de Gaulle est en train de l'évincer politiquement, mais Giraud ne semble pas en avoir tenu compte. Le 9 novembre, lors d'une réunion du CFLN, de Gaulle demande à tous les membres présents leur démission en vue de nommer un équipe recomposée. Une fois tous les départs entérinés, il lit la liste des membres du nouveau comité, dont il assume seul la présidence : Giraud et ses deux derniers fidèles, le général Georges et le docteur Abadie, n'y figurent pas[133].

Giraud, qui semble sur le moment avoir été surpris par son éviction du CFLN, conserve son poste de commandant en chef des forces françaises. Le 14 novembre, il présente sa démission de ce dernier poste, jugeant qu'il vaudrait mieux le confier, selon ses propres termes, à « un homme plus jeune... et moins compromis ». De Gaulle, recevant la lettre de démission de Giraud, se montre irrité et déçu, jugeant que ce départ ferait la pire impression auprès de la population française et des Alliés : il envoie auprès de Giraud des délégués pour le persuader de revenir sur sa décision. Après avoir accepté de recevoir André Le Troquer, Giraud retire sa démission[133].

Cinq mois plus tard, le 8 avril 1944, de Gaulle reçoit Giraud et l'informe que le CFLN va le nommer inspecteur général des Armées[134], car les fonctions de commandant en chef vont être supprimées. Giraud met fin à l'entretien et quitte le bureau de De Gaulle en claquant la porte. De Gaulle convoque alors le général Chambe et lui explique que sa décision était motivée par des manifestations d'insubordination : si Giraud accepte de s'engager à se soumettre à l'autorité du CFLN, il pourra conserver son poste de commandant en chef. Chambe transmet le message à Giraud ; le 9, il retourne voir de Gaulle porteur d'une lettre dans laquelle Giraud s'engage à respecter les décisions du gouvernement. Mais de Gaulle se montre désormais nettement plus réticent face à la bonne volonté affichée de Giraud. Au moment même où de Gaulle s'entretient avec Chambe, l'agence de presse France-Afrique publie un communiqué annonçant la nomination de Giraud au poste d'inspecteur général[135]. Mis devant le fait accompli, Giraud, qui ne se résout pas à être ainsi marginalisé[136], refuse le poste et les fonctions, et s'en tient cette fois à sa décision. Après avoir rencontré Giraud, Murphy conseille à Cordell Hull, secrétaire d'État de Roosevelt, « de ne plus se compromettre en faveur d'un général qui, à ses yeux, colportait derrière lui l'image de « valet de l'Amérique »[137]. » Le 14 avril, Giraud est placé en réserve de commandement ; il s'installe six jours plus tard à Mazagran, dans une propriété réquisitionnée à son intention[135].

La mise au jour des archives des services de renseignement alliés (un rapport du Psychological Warfare Branch, daté du 16 avril 1944) indique qu'il n'y eut pas consensus au sein du Comité français de la libération nationale à l'égard de la mesure de rétrogradation prise par de Gaulle[138].

Dans sa résidence de Mazagran, où il reçoit de nombreux visiteurs, Giraud est à la fois protégé et surveillé par les forces françaises ; des rumeurs courent sur ses intentions, certaines lui prêtant le projet de « s'évader » à nouveau et de rejoindre la métropole pour y prendre la tête de résistants anticommunistes, ce qui contribue à entretenir une atmosphère de tension autour de son logement. Mis définitivement à l'écart des opérations militaires, Giraud est exclu des combats en Italie et de ceux de la libération de la France[135]. Son éviction n'entraîne guère de remous au sein de l'armée française, où il a perdu beaucoup de son crédit[119], mais selon le chercheur Alfred Salinas, qui s'appuie sur une lettre du 6 avril 1944 de Murphy au secrétaire d'État américain (Cordell Hull), des unités françaises de ce secteur manifestèrent leur mécontentement[137]. La résistance giraudiste reconnaît également l'autorité du général de Gaulle, à l'image de l'Organisation de résistance de l'armée, ou du réseau Alliance qui se rallie au BCRA[131].

Giraud lui-même, dans ses souvenirs, reconnaît avoir été, sur le plan politique, « d'une incompétence, d'une maladresse et d'une faiblesse inconcevables »[139]. Faisant le bilan du « giraudisme », Henri Michel considère qu'il n'a « pas fait fortune », le rassemblement formé autour de Giraud n'ayant été porté « ni par une éthique, ni par une politique, mais uniquement par le jeu des circonstances ». Sans réelle doctrine politique ou juridique, sans presse pouvant le soutenir, ce courant résistant n'a pas eu de postérité, Giraud lui-même n'ayant eu « ni disciple, ni successeur » et ayant été souvent sévèrement jugé par ses anciens compagnons de route. Bien qu'il n'ait pas eu d'unité doctrinale, le « giraudisme » n'en correspond pas moins, pour Henri Michel, à une « tendance politique », celle de la droite « traditionnelle » et « réactionnaire », rétive au jeu parlementaire et qui voit « dans l'armée le défenseur d'un certain ordre social et d'une forme d'économie ». Si Giraud s'est montré sourd aux questions politiques et à la diversité des courants de la Résistance, l'historien n'en considère pas moins que le mérite du général n'est « pas mince » dans le processus qui a mené à la reprise des combats par la France et à l'unification de toutes les forces françaises combattantes[140]. Pour André Kaspi, « le giraudisme a sans doute servi à rallier aux Alliés bon nombre d'officiers et de soldats qui jusqu'alors avaient été des attentistes patentés » ; il a néanmoins perdu son sens une fois que le régime de Vichy a « rendu l'âme, au moins dans sa version primitive ». Kaspi reconnaît à Giraud, en dépit de « ses faiblesses, de ses lacunes et de ses maladresses », le mérite d'avoir contribué au réarmement de l'Armée d'Afrique, et d'avoir joué un rôle majeur dans la libération de la Corse[141]. Henri Amouroux, tout en jugeant que par sa mise à l'écart Giraud a été privé de « prendre sa part légitime » des victoires de l'armée française en Italie et des combats de la Libération, se demande quel rôle politique le général aurait pu jouer dans le climat de la France libérée, et de quel prestige il aurait pu y bénéficier, après n'avoir pas su empêcher l'élimination de ses propres partisans à Alger[142].

La tentative d'assassinat[modifier | modifier le code]

Le , alors que le CFLN, devenu Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), s'est installé en métropole, Giraud est victime, dans la villa de Mazagran (près de Mostaganem, département d'Oran)[4] où il était entouré de sa famille, d'une tentative d'assassinat de la part de l'un des tirailleurs marocains affectés à sa garde[143]. Touché au visage, Giraud n'a la vie sauve que parce qu'il s'était brusquement baissé pour se pencher sur le landau de son petit-fils[142].

L'enquête, hâtivement menée, ne permet pas d'élucider clairement les mobiles de cette tentative de meurtre. Le tirailleur, un certain Bouali Miloud Ould Ahmed, que l'on dit avoir été victime d'un accès de démence mystique, est fusillé, bien que Giraud ait demandé sa grâce[144],[142].

Un mois plus tard, remis de sa blessure, Giraud rentre en France libérée. Sans se retirer totalement des affaires, il refuse la grande chancellerie de la Légion d'honneur que lui propose de Gaulle[145]. Il entre le dans Metz, qui a été libérée le 22 par la 3e armée de Patton[146].

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Giraud se présente aux élections législatives de juin 1946 et est élu député de la Moselle à l'Assemblée constituante française, sous l'étiquette du Parti républicain de la liberté. Il participe activement aux discussions sur l'élaboration de la Constitution de la Quatrième République que, finalement, il n'approuve pas. Intervenant régulièrement à la tribune, il avance plusieurs propositions, qui visent notamment à renforcer les pouvoirs de l'exécutif en matière de défense du territoire, et à faire de « toute action et toute propagande » visant à séparer l'Union française de l'un ou l'autre de ses territoires un crime de haute trahison[4].

Il ne reste député que quelques mois, ne se représentant pas aux élections de novembre. Il demeure membre du Conseil supérieur de la guerre jusqu'au 15 décembre 1948[4].

Il rédige deux livres de souvenirs, Mes évasions, publié en 1946, et Un seul but : la victoire, Alger 1942-1944, publié en 1949.

Gravement malade, il reçoit le 10 mars 1949, sur son lit d'hôpital, la médaille militaire, pour son évasion et ses états de service à Alger de 1942 à 1944. Henri Giraud meurt le lendemain, à Dijon, à l'âge de 70 ans ; le 17 mars, il reçoit des obsèques nationales, en présence du président de la République Vincent Auriol[4]. Il repose aux Invalides[147].

Vie privée et famille[modifier | modifier le code]

Marié le 10 octobre 1908 à Céline Lapérotte (1889-1976)[148], Henri Giraud a eu huit enfants (quatre fils et quatre filles)[4].

Durant la Seconde Guerre mondiale et après le débarquement en Afrique du Nord, la famille du général Giraud, demeurée en métropole, est mise sous surveillance par la police de Vichy. Après le débarquement en Corse, 18 membres de sa famille, dont des petits-enfants en bas âge, sont arrêtés par la Gestapo en octobre 1943, puis déportés en Allemagne. La fille aînée du général, capturée en Tunisie, est elle aussi emmenée en Allemagne avec ses enfants ; elle meurt en déportation en Thuringe, par manque de soins[149].

Le général Giraud est par ailleurs le grand-père de l'historien et journaliste Henri-Christian Giraud[150].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décorations du général Giraud, musée de l’Infanterie.
  2. Biographie sur le Centre régional résistance et liberté de Thouars, sur crrl.fr, lien restauré le 22 décembre 2012.
  3. Archives de l’état civil de Paris en ligne, acte de naissance no 13/146/1879 (acte du 20 janvier 1879 précisant « né avant-hier ») ; avec mention marginale du décès. Autre mention : mariage en 1908 avec Céline Joséphine Madeleine Lapérotte.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u Sa fiche sur le site de l'Assemblée nationale.
  5. a et b Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka ont utilisé l'expression « Vichysto-résistants » pour qualifier cette frange de la Résistance, dans Vichy, 1940-1944, éd. Perrin, Paris, 1997 ; rééd. Perrin, coll. « Tempus », 2000 et 2004, 374 p. (ISBN 978-2-262-02229-7), p. 355-357. Depuis l'expression a été assez souvent reprise par Azéma et Denis Peschanski, « Les vichysto-résistants », communication au colloque « Guerre, collaboration, résistance : un demi-siècle d’historiographie française », Tel-Aviv, du 17 au 19 mai 2005, par Robert Belot, La Résistance sans de Gaulle, Fayard, 2006, 668 p. (ISBN 2213629544) et par Henry Rousso, L'Express no 2871 du 13 juillet 2006.
  6. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 356.
  7. Chéchia du chef bataillon Giraud du 4e régiment de zouaves, site du Musée des Invalides.
  8. Giraud (général), Mes évasions, Hachette, 1946.
  9. Giraud (général), Mes évasions, op. cit., p. 83.
  10. Giraud (général), Mes évasions, op. cit., p. 94.
  11. Le futur général Henri Giraud avant et pendant la Première Guerre mondiale, site de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, ecpad.fr.
  12. « L comme La Malmaison (fort) », sur Dictionnaire du Chemin des Dames, consulté le 28 mars 2010.
  13. Décorations du général Giraud, musée de l'Infanterie.
  14. a, b, c, d, e, f, g et h Christian Ferrier, « La galerie des portraits – Henri Giraud (1879–1949) », 8 p., mars 2009, sur charlesdegaulle.be.
  15. Hommes et destins : dictionnaire biographique d'outre-mer – Maghreb-Machrek, Académie des sciences d'outre-mer, t. VII, 1975, p. 209.
  16. Paxton 2004, p. 121.
  17. Michel Tauriac, De Gaulle avant de Gaulle – La construction d'un homme, Plon, 2013, p. 376-379.
  18. Pierre Péan, Le Mystérieux docteur Martin (1895-1969), Paris, Fayard,‎ 1993, 500 p. (ISBN 978-2213644677), p. 140.
  19. Paxton 2004, p. 84.
  20. Giraud (général), Mes évasions, op. cit., p. 102.
  21. a et b Cantier 2002, p. 376.
  22. Paxton 2004, p. 116-117.
  23. a, b et c Mchèle Cointet, De Gaulle et Giraud : l'affrontement (1942-1944), Perrin, 2005, p. 9-10.
  24. Michel 1962, p. 457-458.
  25. Jacques Granier, Un général a disparu : l'évasion la plus extraordinaire du siècle, 17 avril 1942, Presses de la Cité, 1971, p. 52.
  26. a, b, c, d et e Ferro 1987, p. 394-398.
  27. Rapporté par Otto Abetz dans Histoire d'une politique franco-allemande : 1930-1950, Stock, 1953, p. 261.
  28. a, b et c Michel 1962, p. 454-456.
  29. a, b, c et d Maurice Faivre, Le général Giraud et la Résistance, site stratisc.org.
  30. a, b, c, d et e Michèle Cointet, Nouvelle histoire de Vichy, Fayard, 2011, p. 536-538.
  31. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Paxton 2004, p. 322-324.
  32. Giraud (général), Mes évasions, op. cit., p. 188.
  33. Michel 1962, p. 456-457.
  34. a, b et c Michel 1962, p. 445-459.
  35. John Vader, Nous n'avons pas joué : l'effondrement du réseau Prosper, Le Capucin, 2002, p. 314-315.
  36. a et b Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 87.
  37. Cantier 2002, p. 363-365.
  38. a, b et c Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, « Le premier complot d'Alger (7-8 novembre 1942) »,  éd. Librairie Académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, p. 211-219.
    Nota : les références de Robert Aron sont (citées p. 213 et 222) : Robert Murphy, Un diplomate parmi les guerriers,  éd. Robert Laffont (titre original : Diplomat among warriors) ; les Mémoires du général Mast ; Chamine, Suite française, t. I, « la conjuration d'Alger », Albin Michel, 1946 ; Danan, L'exercice du pouvoir en A.F.N du juin 1940 à novembre 1942, Mémoire D.E.S de Science politique ; « Témoignages verbaux ou documents particuliers recueillis dans les archives familiales ».
  39. Levisse-Touzé 1998, p. 226-228, 235 et 239.
  40. Paxton 2004, p. 323.
  41. Paxton 2004, p. 365.
  42. a et b Levisse-Touzé 1998, p. 228-229.
  43. a, b, c et d Ferro 1987, p. 423-424.
  44. Paxton 2004, p. 365: « [...] le général fut réveillé dans la nuit du 2 au 3 novembre et invité à se préparer à monter à bord d’un sous-marin allié. »
  45. a, b et c Liddell Hart 1985, p. 325.
  46. Notice : « Robert de Saint-Vincent », in Les Justes de France, Mémorial de la Shoah, 2007 (ISBN 2-9524409-4-8), p. 190.
  47. Jean-Paul Cointet, Michèle Cointet, La France à Londres - renaissance d'un État 1940-1943, Complexe, 1999, p. 210.
  48. Pierre Ordioni, La fracture – De Londres 1941 à Sétif 1945, Nouvelles Éditions Latines, 2008, p. 222-223.
  49. a, b, c, d et e Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance 1940-1945, Perrin, 2013, p. 194-201.
  50. (en) Kenneth S. Davis, Experience of War. The United States in World War II, Doubleday, 1965, p. 324-326.
  51. a, b, c et d Levisse-Touzé 1998, p. 238-240.
  52. Ferro 1987, p. 429-430.
  53. Liddell Hart 1985, p. 326-332.
  54. Paxton 2004, p. 377-382.
  55. Michel Ansky, Les Juifs d'Algérie, 1950.
  56. Ferro 1987, p. 426.
  57. Liddell Hart 1985, p. 331-332.
  58. Liddell Hart 1985, p. 333.
  59. Ferro 1987, p. 424-429.
  60. Cantier 2002, p. 368-369.
  61. Liddell Hart 1985, p. 335-336.
  62. Paxton 2004, p. 387-388.
  63. Levisse-Touzé 1998, p. 256-258.
  64. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, op. cit., p. 90-92.
  65. Liddell Hart 1985, p. 337.
  66. Michel 1962, p. 459.
  67. Cantier 2002, p. 370.
  68. Cantier 2002, p. 369-374.
  69. Liddell Hart 1985, p. 336.
  70. Renée Pierre Gosset, Expédients provisoires, Fasquelle, Paris, p. 397.
  71. Dmitri Georges Lavroff, Le Système politique français : constitution et pratique politique de la Ve République, Dalloz, 1991, p. 70.
  72. Paxton 2004, p. 165.
  73. Note no 3 de Paxton, L'Armée de Vichy, op. cit., p. 165 : Jean Planchais, Le Malaise de l'armée, Paris, Plon, 1958, p. 5.
  74. Note de service no 12/1 du 15 novembre 1942 du général d'armée Giraud, commandant en chef des Forces terrestres et aériennes et note de service no 40C.MAGP/CAB. du 30 janvier 1943 du général Prioux.
  75. Cantier 2002, p. 375-377.
  76. Michel 1962, p. 445.
  77. Ferro 1987, p. 444-446.
  78. Bénédicte Vergez-Chaignon, Les Vichysto-résistants, de 1940 à nos jours, Perrin, 2008, p. 296.
  79. Cantier 2002, p. 377-379.
  80. Levisse-Touzé 1998, p. 278-282.
  81. Michel 1962, p. 459-461.
  82. Cantier 2002, p. 377.
  83. Cantier 2002, p. 383-384.
  84. Pour lui présenter son « rapport à Pétain » du 15 octobre 1942, cf. Robert Aron, infra, p. 290.
  85. a, b, c, d, e, f, g et h Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine,  éd. Librairie Académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, chap. « Procès et exécution de Pierre Pucheu », p. 291-293.
  86. Henri Giraud, Un seul but LA VICTOIRE Alger : 1942-1944,  éd. Julliard, Paris, 1949, p. 267-268.
  87. a et b Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Unité : 1942-1944 (tome II),  éd. Plon, Paris, 1956 ; rééd. Le Livre de Poche (Historique), 1963, 511 p. (texte intégral), p. 219-220.
  88. a, b et c Cantier 2002, p. 380-381.
  89. Amouroux 1985, p. 193-194.
  90. Fred Kupferman (préf. Henri Rousso), Laval, Paris, Tallandier,‎ 2006, 2e éd. (1re éd. Balland, 1987), 654 p. (ISBN 978-284734-254-3), p. 464.
  91. Michel 1962, p. 467.
  92. Cantier 2002, p. 377-378.
  93. Levisse-Touzé 1998, p. 282.
  94. Michel 1962, p. 461-462.
  95. Salinas 2013, p. 104-105.
  96. Salinas 2013, p. 98-105.
  97. Cantier 2002, p. 378-380.
  98. Michel 1962, p. 468.
  99. André Kaspi, La Mission de Jean Monnet à Alger, mars-octobre 1943, volume 2 de Publications de la Sorbonne – Série internationale, Éditions Richelieu, 1971, p. 101.
  100. a et b Cantier 2002, p. 383.
  101. Cantier 2002, p. 380.
  102. François Bédarida, Jean-Pierre Azéma, Daniel Cordier, Jean Moulin et le Conseil National de la Résistance, Centre national de la recherche scientifique, 1983, p. 126.
  103. Kaspi 2004, p. 376.
  104. Amouroux 1985, p. 91-92.
  105. Amouroux 1985, p. 94-97.
  106. a, b et c Paxton 2004, p. 446.
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  108. a, b, c et d Amouroux 1985, p. 98-100.
  109. a, b et c Kaspi 2004, p. 93.
  110. a et b Amouroux 1985, p. 97-98.
  111. Amouroux 1985, p. 95-96.
  112. Olivier Forcade, « Services spéciaux militaires », dans Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, Paris, 2006, p. 211-213.
  113. Michel1962, p. 470-471.
  114. Levisse-Touzé 1998, p. 310.
  115. Amouroux 1985, p. 100-102.
  116. Pierre Darmon, « Comment la France a repris les armes », L'Histoire no 379, septembre 2012.
  117. a, b, c et d Ferro 1987, p. 559-560.
  118. a, b, c et d Déposition du Général Giraud au procès Pucheu, 7 mars 1944.
  119. a, b et c Amouroux 1985, p. 129-130.
  120. Levisse-Touzé 1998, p. 328.
  121. Kaspi 2004, p. 202.
  122. a et b Lettre du 17 mars 1943 du général Giraud au général de Gaulle, et lettre du 23 mars 1943 du général de Gaulle au général Giraud.
  123. Henri Giraud, Un seul but LA VICTOIRE Alger : 1942-1944,  éd. Julliard, Paris, 1949, p. 243-247.
  124. Amouroux 1985, p. 102.
  125. Amouroux 1985, p. 202-204.
  126. Amouroux 1985, p. 208.
  127. Jean Dumont, Les Grandes énigmes de l'occupation, Éditions de Crémille, 1970, p. 130.
  128. a et b Amouroux 1985, p. 209-211.
  129. « La libération de la Corse, 9 septembre 1943 - 4 octobre 1943 », sur le site cheminsdememoire.gouv.fr, consulté le 24 novembre 2008.
  130. Amouroux 1985, p. 102-103.
  131. a et b François Marcot (dir.), La Résistance et les Français – Lutte armée et maquis, Presses universitaires de Franche-Comté, 1996, p. 119-121.
  132. Levisse-Touzé 1998, p. 323.
  133. a et b Amouroux 1985, p. 103-106.
  134. André Kaspi, Ralph Schor et Nicole Piétri, La Deuxième guerre mondiale : chronologie commentée, Bruxelles, éditions Complexe,‎ 1995, 577 p. (ISBN 978-2870275917, lire en ligne), p. 411.
  135. a, b et c Amouroux 1985, p. 107-108.
  136. Kaspi 2004, p. 22.
  137. a et b Salinas 2013, p. 311-312.
  138. Salinas 2013, p. 311, extrait du rapport reproduit dans l'ouvrage :
    « Jacquinot, commissaire à la Marine, s'est arrangé pour être absent lors de la réunion. Les communistes ont vigoureusement protesté en faveur de Giraud. On croit savoir qu'il y eut un sentiment général de répugnance envers le traitement indigne réservé au Commandant en chef. Une source très crédible confirme que les plus fortes objections vinrent du communiste Billoux, le nouveau commissaire État, et que le commissaire le plus profondément affligé par le départ de Giraud fut Queuille. »
  139. Jacques Nobécourt, Jean Planchais, Une Histoire politique de l'armée ... – De de Gaulle à de Gaulle, 1940-1967, Seuil, 1967, p. 38.
  140. Michel 1962, p. 471-473.
  141. Kaspi 2004, p. 22-23.
  142. a, b et c Amouroux 1985, p. 108-109.
  143. Georges Catroux, Dans la bataille de Méditerranée : Égypte, Levant, Afrique du Nord, 1940-1944, Julliard, 1949, p. 391.
  144. Guy Raïssac, Un soldat dans la tourmente, Albin Michel, 1963, p. 269.
  145. Michèle Cointet, De Gaulle et Giraud, l'affrontement, p. 502.
  146. « Patton et la Libération », sur hommage-general-patton.org (consulté le 22 décembre 2012).
  147. Hôtel National des Invalides, Église Saint-Louis des Invalides, seconde arcade.
  148. Pierre de Laubier, « Giraud », sur gw.geneanet.org, GeneaNet (consulté le 19 janvier 2014).
  149. Marcel Lerecouvreux, Résurrection de l'armée française : de Weygand à Giraud, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1955, p. 172.
  150. Paul-François Paoli, « Moscou dans l'ombre du Général », Le Figaro, 19 juin 2008.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Reportages[modifier | modifier le code]

  • Renée Pierre Gosset, Expédients provisoires, Fasquelle, Paris.
  • Jacques Granier, Un Général a disparu, Presses de la Cité, Paris, 1971.

Études historiques[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Mémoires des principaux protagonistes[modifier | modifier le code]

  • Général Giraud, Mes évasions, Julliard, Paris, 1946.
  • Général Giraud, Un seul but : la victoire, Alger 1942-1944, Julliard, Paris, 1949.
  • Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, 3 volumes :
    • L'Appel : 1940-1942 (tome I), éd. Plon, Paris, 1954.
    • L'Unité : 1942-1944 (tome II), éd. Plon, Paris, 1956.
    • Le Salut : 1944-1946 (tome III), éd. Plon, Paris, 1959.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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