Henri Gautier

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Henri Gautier

Henri Gautier (parfois appelé Hubert Gautier) est un ingénieur des ponts et chaussées, né à Nîmes, le , mort à Paris, le .

C'est un des premiers inspecteurs du Corps des Ponts et Chaussées créé en 1716. Il a été l'auteur du premier Traité des Ponts publié en 1716.

Biographie[modifier | modifier le code]

Henri Gautier est le fils d'un cardeur huguenot de Nîmes, il est baptisé au temple de Nîmes le 18 octobre 1660.

Après fait ses humanités et sa philosophie à Nîmes, il alla étudier la médecine à Orange, ville protestante, et y fut reçu docteur en médecine le 23 mars 1679.

Henri Gautier, ingénieur[modifier | modifier le code]

Il était très attiré par la science mathématique, et s'adonna à l'astrologie judiciaire.

Il fut nommé ingénieur du roi et ses premières commissions furent dans la Marine. Il fut aussi employé sur plusieurs ouvrages publics du Languedoc.

Le 18 octobre 1685, Louis XIV de France, par l'édit de Fontainebleau, révoque l'édit de Nantes qui reconnaissait la liberté de religion aux protestants signé en avril 1598 par Henri IV de France.

Il travaille sur le fort Vauban à Nîmes entre 1686 et 1688.

En 1689, il devient Ingénieur de la province du Languedoc. Il se convertit au catholicisme entre les mains de l'abbé Fléchier de l'évêché de Nîmes le 28 juin 1689.

Il fait paraître en 1693 le Traité de la construction des chemins publié à Toulouse (premier traité moderne).

Entre 1689 et 1694, il participe à la construction du pont de Coursan, dans l'Aude.

De 1695 à 1713, il travaille au canal du Midi sous les ordres d'Antoine Niquet (dans son Traité des ponts, il indique que sur les ponts du canal du Midi dont il a dirigé la construction il a prévu des radiers en arcs retournés dans le lit des rivières.

Après son second mariage, le 27 février 1700, il prit le titre de docteur en médecine & d'ingénieur du roi servant dans la marine. Cependant l'intendant du Languedoc, Nicolas de Lamoignon de Basville, l'employait pour la construction d'ouvrages publics.

En 1713, il devint un des premiers Inspecteurs généraux des Ponts et chaussées et s'établit à Paris.

En 1714, on a défini les interventions des inspecteurs généraux des ponts et chaussées. Gautier a en charge les ouvrages de la route de Brie par Rosoy, les travaux à Bourbonne-les-Bains.

En 1716, pour des raisons d'économie, le Régent, Philippe d'Orléans, diminue le personnel des Ponts et chaussées. Les arrêts du 4 février 1716 commettaient :

  • Lahite, inspecteur général,
  • Gabriel, architecte, premier ingénieur,
  • La Guépière, Gautier et Fayolle, inspecteurs.
Frontispice du Traité des Ponts
Traité des Ponts - Planche XXIV
Mise en œuvre d'un pont de bateaux

Henri Gautier publie en 1716 la première édition du Traité des ponts. Il va rester le seul traité sur les ponts jusqu'à celui de Émiland-Marie Gauthey en 1809-13. Il y aura plusieurs rééditions jusqu'en 1768. Il a été traduit en allemand en 1759.

Dans ce livre, il définit la règle d'une épaisseur de pile comprise entre le quart et le sixième de l'ouverture de l'arche adjacente.

Il indique qu'un batardeau, nécessaire pour permettre la construction d'une pile dans une rivière, doit avoir une épaisseur égale la hauteur d'eau qu'il doit supporter. Les pieux battus servant à tenir chaque face du batardeau doivent être distants les uns des autres de trois pieds.

Il publie en 1717 la Dissertation sur l'épaisseur des culées des ponts, sur la largeur des piles.

En 1716 et 1721, rééditions à Paris du Traité de la construction des chemins.

En 1729, il est décidé de réparer le pont de Compiègne. Gautier est chargé de faire le devis des travaux. Cependant on juge que la réparation serait insuffisante avec un coût important. On demanda alors à l'inspecteur Lahite de faire un projet de reconstruction totale du pont. Un pont provisoire en bois est construit en 1730. L'ingénieur Jean Hupeau en dirigea les travaux qui ont été terminés en mai 1733.

Henri Gautier, étant incapable de travailler, a demandé à se retirer. Il est mis à la retraite le 7 novembre 1731 par un arrêt du conseil d'État : « Le roi étant informé que le sieur Gautier, inspecteur des ponts et chaussées de son royaume, après avoir servi en qualité d'ingénieur du Languedoc pendant vingt-huit ans et, depuis 1716 jusqu'à ce jour, en la dite qualité d'inspecteur de la généralité de Paris, ne peut plus soutenir la fatigue d'un emploi si pénible dont il a toujours rempli les fonctions avec autant de probité que de vigilance; et Sa Majesté voulant tout à la fois donner un témoignage de la satisfaction qu'elle a de ses services et pourvoir audit emploi d'un sujet capable de s'en acquitter dignement; … Sa Majesté en son conseil a commis et commet, au lieu et place du sieur Gautier et ladite qualité d'inspecteur des ponts et chaussées du royaume, le sieur Pitrou, actuellement ingénieur desdits ponts et chaussées dans la généralité de Bourges … ; ce faisant a accordé et accorde audit sieur Gautier la somme de 2000 livres, aussi par chaque année, dont elle veut qu'il jouisse sa vie durant par forme de pension et que le fonds en soit annuellement ans l'état des ponts et chaussées … »

Henri Gautier, savant[modifier | modifier le code]

En 1721, Henri Gautier va faire paraître un livre donnant ses réflexions concernant la géologie : "Nouvelles conjectures sur le globe terrestre, où l'on fait voir de quelle manière la terre se détruit journellement, pour pouvoir changer à l'avenir de figure : comment les pierres, les minéraux, les métaux et les montagnes ont été formés; les corps étranges comme les carcasses d'animaux, les coquillages et ce qu'on y trouve y ont été ensevelis ; le prompt retour des marées, par des baymes par des mers intérieures où elles circulent sous sa croûte, pour produire le flux et le reflux. L'on y démontre l'épaisseur déterminée de cette croûte, celle de la profondeur de toutes les mers, le grand vuide qui occupe le dedans de son Globe, la hauteur de notre atmosphère et plusieurs autres difficultés très curieuses que l'on y résout, et dont on ne pouvait rendre aucune raison."

Il continue ses explications :
Le principal objet de cet ouvrage est la Terre, et la manière dont elle est composée, comme la chose qu’on voit à tout moment, et que l’on connaît le moins. …. On n’avancera rien au sujet de la disposition de la Terre, telle qu’elle est aujourd’hui, qu’on ne le prouve par des expériences, ou par des conjectures vraisemblables, qui feront connaître que la chose est arrivée plutôt d’une manière que d’une autre ; et l’on ne sera plus surpris si dans quelque endroit de la France que ce puisse être, où l’on fasse creuser, on trouve sans cesse des marques de la mer, soit dans les puits les plus profonds, dans les carrières où l’on tire de la pierre, du plâtre, du charbon de mine, etc. on découvre sans cesse dans ces lieux souterrains des coquillages, avec différents bancs de pierre, etc. qui font tous conjecturer que tous ces terrains ont été autrefois des fonds des mers. Mais pour comprendre plus aisément ce que j’avance dans cette Dissertation, voici en abrégé de quoi je la compose, que je divise en quatre parties.

1. Dans la première, je fais voir de quelle manière toute sorte de pierre se forme sur la terre par des répandues dans les plaines et dans les mers, et comment les corps étranges qu’on y trouve et s’y sont établis, ou y demeurent ensevelis.

2. Dans la deuxième, j’explique comment la Terre n’est composée que d’une croûte qui n’a d’épaisseur que 5390 toises, à ce compris la profondeur de la mer, qui est de 2390 toises : que l’atmosphère depuis la superficie des mers jusqu’où se fait la suspense des vapeurs ou des nuées, est de 5705 toises ; & que le reste de la Terre au-dessous de sa croûte & des mers, est un grand vide semblable à celui d’un ballon ou d’une vessie, dont la peau serait comparée à la croûte de la Terre, et dont le vide aurait 14. Pouces & demi de diamètre, rempli d’un air infiniment plus subtil, comme plus agité, que n’est celui qui est en dehors, qui compose l’atmosphère que nous respirons sur la Terre.

3. Dans la troisième partie, je représente de quelle manière la Terre voltige dans la matière éthérée, et comment elle roule autour du Soleil, suspendue sans cesse par les chocs de ses rayons, à proportion de son équilibre, avec pareille quantité de matière éthérée : comment sa croûte, quoique très mince, peut se soutenir suivant le mouvement de la force centrale, qui pousse ou renvoie sans cesse cette croûte loin de son centre par-dessous, et qui est retenue en dehors par le poids de l’atmosphère, qui la pousse & la presse également vers le dedans du côté de son centre : de quelle manière les mers intérieures qui sont sous cette croûte sont retenues, aussi bien que celles qui sont en dehors, par une expérience des plus naturelles ; et comment les hommes pourraient marcher sur cette croûte intérieure, supposée qu’il fût possible qu’il y en eût toujours la tête tournée vers le centre de la Terre, comme un Zénith commun à tous les humains qui habiteraient cette demeure sombre ; au lieu que nous marchons aujourd’hui sur la Terre d’une manière toute opposée ayant pour Zénith un point tout opposé & différent. On voit encore comment cette croûte de la Terre peut s’abîmer en un endroit, pour former des vastes mers, & se relever en un autre, pour y former des montagnes.

4. Dans la quatrième, je démontre par de nouvelles hypothèses, comment la Terre a pu être formée dans son commencement par l’Auteur de la Nature ; de quelle manière les métaux et les minéraux se trouvent formés dans son sein ; comment les fleuves et les rivières ont pu être la cause de la dissolution de cette croûte, pour produire le déluge universel dont Dieu a voulu se servir pour reformer le genre humain ; comment les enchaînements des plus hautes montagnes ont pu être formés ; comment en si peu de temps la marée monte et descend, et les lieux où elle se retire. Tous les phénomènes les plus surprenants qui arrivent sur la terre et dans les mers, y sont expliqués par le moyen de ces nouvelles conjectures, d’une manière très aisée, et suivant les mouvements les plus simples de la nature.

Mais les essais d'explications rationnelles de la formation de la Terre ne peuvent pas se séparer de l'enseignement de l'Église.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Henri Gautier - Traité de la construction des chemins - Toulouse - 1693
  • Henri Gautier - L'art de dessiner proprement les plans, porfils, elevations geometrales, et perspectives, soit d'architecture militaire ou civile: avec tous les secrets les plus rares pour faire les couleurs avec lesquelles les ingenieurs representent les divers materiaux d'une place - 1697
  • Henri Gautier - Traité des ponts - Paris - 1716 Gallica Lire en ligne
  • Henri Gautier - Dissertation sur les culées, voussoirs, piles et poussées des ponts - 1717
  • Henri Gautier - Histoire de la ville de Nîmes et de ses antiquités - 1720 Google Livres
  • Henri Gautier - Bibliothèque des philosophes et des sçavans tant anciens que modernes - 1723 Google Livres
  • Henri Gautier - Dissertation sur les projets de canaux de navigation, d'arrosage & pour la conduite des fontaines.
  • Henri Gautier - Dissertation sur la conduite des mâts pour les vaisseaux du roi, depuis les forêts où on les abbat jusque dans les ports de mer auxquels on les destine - Paris
  • Henri Gautier - Dissertaion qui résout les difficultés sur la poussée des voûtes & des arches, à différents surbaissements, sur les piles, les voussoirs, la charge des pilotis, le profil des murs qui doivent soutenir des terrasses, des remparts à telle hauteur donnée que ce puisse être. Paris
  • Henri Gautier - Traité de l'art de laver les différents desseins qu'on envoie à la cour - Lyon
  • Henri Gautier - Traité des armes à feu, tant des canons dont on se sert sur terre et sur mer, avec leurs proportions, comme des mortiers pour leurs jets de bombes, avec la manière de diriger leur portée - Lyon
  • Henri Gautier - Traité des fortifications; avec l'examen de toutes le méthodes dont on s'est servi jusqu'alors pour fortifier les places - Lyon
  • Henri Gautier - Plusieurs lettres ou nouvelles conjectures sur la peste, & sur tous les corps animés & inanimés - Paris
  • Henri Gautier - Nouvelles conjectures sur le globe de la Terre.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • André Brunot et Roger Coquand - Le Corps des Ponts et Chaussées - CNRS Editions - Histoire de l'administration française - Paris -1982 - (ISBN 2-222-02887-6)
  • Jean Mesqui - Le pont en France avant le temps des ingénieurs - Paris - 1986 - (ISBN 2-7084-0322-2)
  • Georges Reverdy - L'histoire des routes de France du Moyen Âge à la Révolution - Presses de l'École nationale des Ponts et Chaussées - Paris - (ISBN 2-85978-280-X)
  • M. Ménard - Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nismes avec des notes et des preuves. Tome sixième - Paris - 1755 Google Livres
  • François Ellenberger - La théorie de la Terre d'Henri Gautier: documents sur la naissance de la science de la Terre de langue française - Histoire et Nature - n°9-10 - Muséum national d'histoire naturelle - Paris 1977

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Persée :François Ellenberger, À l'aube de la géologie moderne : Henri Gautier (1660-1737), Muséum d'histoire naturelle, Paris, 1975-1977