Henri Fauconnier

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Photo Henri Fauconnier
Henri Fauconnier à 51 ans, quand il reçut le Prix Goncourt

Henri Fauconnier est un écrivain français du XXe siècle, né à Musset, Barbezieux (en Charente) le , mort à Paris le , et enterré à Barbezieux. Il est connu principalement pour son roman Malaisie, qui lui valut le Prix Goncourt 1930. Il est le frère de Geneviève Fauconnier lauréate du Prix Femina en 1933. Il est également l’auteur de quelques tableaux et morceaux de musique. Il fait partie du Groupe de Barbezieux.

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père, Charles, était un petit négociant en cognac épris de musique, qui exploitait aussi sa propriété du Crû près de Chevanceaux.
  • Sa mère, Mélanie, habitait Limoges où elle avait pour meilleure amie Anna Haviland (des Porcelaines Haviland).
    • Leur mariage (1874) fut organisé par Anna dès que celle-ci eût épousé Georges Boutelleau, poète, dramaturge et romancier barbezilien. (Sa famille produisait du cognac et promouvait le beurre de Charente.)
    • Ils eurent six enfants, de 1875 à 1891 : Henri, prix Goncourt 1930, fut le troisième, et Geneviève Fauconnier (1886-1969), prix Fémina 1933, fut la quatrième.
  • Il eut avec son épouse Madeleine, quatre enfants, Hélène, Bernard, Roland et Joël

Biographie[modifier | modifier le code]

À Barbezieux[modifier | modifier le code]

Dans un milieu cultivé, artistique et catholique, six enfants, leurs cousins et leurs amis, vivent très libres dans le grand jardin et les chais de Musset. Henri Fauconnier est l’aîné et l’inspirateur de la bande. Jacques (le futur Chardonne) vient tous les jours. On joue et on écrit beaucoup. Un journal est publié, des revues théâtrales sont jouées sur la place du château, dont les textes et la musique sont écrits par Henri. Henri et Jacques savent qu’ils seront écrivains. En 1901, à la mort du père, longtemps malade, l’aisance fond chez les Fauconnier. Henri termine son droit à Bordeaux puis, refusant une place chez son oncle, part en Angleterre où il enseigne pendant deux ans le français et la musique dans le petit collège de Wells House. C’est là qu’un article de revue attire son attention : il paraît qu’on peut faire fortune à Bornéo en plantant des sagoutiers. L’idée prend corps. S’il veut écrire, il lui faut d’abord s’assurer des loisirs et, pour cela, le plus facile est de faire fortune. Par son ami Jacques, il rencontre deux jeunes Français volontaires pour l’aventure.

En Malaisie[modifier | modifier le code]

Le départ a lieu de Marseille le . À l’escale de Singapour, un mois après, ils décident d’abandonner Bornéo pour les plantations de caoutchouc de Malaisie, plus prometteuses. Fauconnier obtient de faire un stage à ses frais chez un planteur de Klang (près de Kuala-Lumpur) pour y apprendre le métier et les deux langues indispensables, malais et tamil. En août, il découvre le terrain de leur future plantation, dans les terres fertiles et lointaines situées sur les collines, au-delà de la rivière Selangor. Il en obtient une concession de 600 hectares et s’installe au début de 1906 à Rantau-Panjang où il fait construire sa première « Maison des Palmes ». Fauconnier aime tout, les gens, les lieux, les paysages, son énorme travail, le climat, sa vie et la vie. Et tout lui réussit. Sa mère mobilise pour lui les fonds russes destinés à « doter » ses jeunes sœurs. Grâce à ces 20 000 francs, et aux fonds que son ami Jacques met dans ses affaires, la plantation va de l’avant et il en devient le principal propriétaire. En 1908, il fonde à Bruxelles la « Plantation Fauconnier & Posth », avec l’aide financière d’un banquier belge Adrien Hallet. Il convertit tout ce qu’il a en actions et en parts de fondateur. Des amis de Charente le rejoignent et l’aident à étendre ses plantations. La fortune lui arrive alors, avec le doublement du prix du caoutchouc en deux ans et le triplement de la valeur de ses actions dans la seule année 1910. Fauconnier est alors Directeur général des plantations du groupe Hallet en Extrême-Orient (Sumatra, Java, Indochine et Malaisie). En 1911, sur une idée d’Hallet, il envoie de Sumatra en Malaisie quelques sacs de graines de palmiers à huile (Elaeis Guineensis) qui seront à l’origine des immenses plantations de la Malaisie. Lui-même établit à Tennamaram, près de Rantau-Panjang, pour sa sœur Marie, la première plantation de palmiers à huile de Malaisie. Après plusieurs séjours en Malaisie sa famille vient le rejoindre pour s’y établir. Fauconnier sent alors qu’une page est tournée : cette réussite matérielle qu’il a voulue, qu’il a conquise dans la joie par un immense travail, lui suffit. C’était un moyen et non une fin. En gardant un œil sur les plantations, il s’arrange pour déléguer ses pouvoirs et se consacrer enfin à son envie d’écrire. Il y a longtemps qu’il a un livre en tête sur le bonheur de vivre en Malaisie.

La Guerre de 1914-1918 et le mariage[modifier | modifier le code]

Mais la guerre éclate. Personne là-bas ne s’y attend. Les Français des plantations s’engagent aussitôt, laissant les femmes qui les attendront là-bas jusqu’à leur retour prochain, à Noël. Fauconnier se marie (avec Madeleine Meslier, sœur d’un planteur, ami d’enfance de Barbezieux), mais refuse au Consul de France de rester sur place pour garantir la production du caoutchouc. Le mariage et la guerre vont compléter son ouverture sur la vie et son expérience de futur écrivain. Après quelques mois passés dans un dépôt de Périgueux (un véritable « dépotoir » où règnent la crasse, la bêtise, le règlement et l’incurie militaires), il arrive sur le front, où il participe comme deuxième classe à la plupart des grandes batailles sauf pendant deux périodes, sa formation à l’école d’officier de Mourmelon en fin 1916 et sa permission en Malaisie (après son mariage en Charente en mars 1917). De là, il est détaché quelques mois en Indochine, auprès des tirailleurs annamites, pour assister Auguste Chevallier à créer des cultures stratégiques. À l’automne 1917, on le réclame en France comme interprète auprès de l’armée anglaise. Il laisse à Saïgon sa femme enceinte et malade (En Méditerranée, son bateau est torpillé sans qu’il coule quand elle reviendra avec sa fille en avril 1918). Pendant toute la guerre, Fauconnier maudit les Européens et rêve d’être en Malaisie.

En Tunisie[modifier | modifier le code]

La lente écriture de Malaisie. Dès sa démobilisation, Fauconnier dépose sa femme en Suisse, près de Chardonne (où habite encore son ami Jacques). Elle est menacée de tuberculose. Puis il part rejoindre des plantations qui ont besoin de lui et qu’Hallet souhaite agrandir et réorganiser. Il veut en même temps vérifier s’il est capable ou non d’écrire ce livre auquel il pense depuis si longtemps. Il fait plusieurs voyages d’inspection jusqu’en 1928 (Malaisie et Indochine), obligé d’abord, par une longue crise du caoutchouc, d’y rester travailler pour vivre. Puis, afin de s’assurer de revenus plus stables, il accepte des postes d’administrateur dans plusieurs sociétés de plantations tropicales. Constatant qu’il n’aime ni Paris ni le climat de la France, il s’installe à Radès, près de Tunis, en 1925, compromis d’éloignement et de climat entre la Malaisie et la Charente. « La Terrasse » est une grande maison basse de style arabe entourée d’un immense jardin. Son livre avance, mais lentement.

Malaisie et le prix Goncourt[modifier | modifier le code]

Au début de 1930, Jacques Boutelleau, qui a pris le nom de Jacques Chardonne à son premier roman, L’Épithalame, publié en 1921, offre à Jean Paulhan de faire paraître Malaisie dans les cahiers de la NRF Ils sont tous les deux enthousiastes des chapitres que leur a montrés Fauconnier. Jacques n’a jamais cessé d’avoir une grande admiration pour son ami Henri (qui avait cinq ans de plus). Après avoir tout tenté pendant la guerre pour le faire sortir des tranchées, il veut si fort pour lui le prix Goncourt qu’il est à la limite d’indisposer, et son ami, et le jury du Goncourt. Le succès populaire et d’estime de Malaisie (édité chez Stock) est considérable et la presse très favorable, même avant l’attribution du prix[1].

Henri Fauconnier a besoin de paix et de temps pour écrire. Il n’est pas assommé ou perturbé par la célébrité qui suit son Prix Goncourt. Mais son temps lui est mangé. Il ne veut renoncer à rien, ni à sa famille et ses amis, ni à la lecture, à la musique, au jardinage, au tennis, aux échecs, aux jeux avec ses enfants, à la flânerie et à sa correspondance. Être écrivain n’est pas pour lui prioritaire. Il se voit plutôt comme « homme de lettres » et, en jouant sur les mots, il est vrai que ses lettres montrent toutes ses qualités d’épistolier. Cependant il apprécie beaucoup les rencontres ou les échanges de lettres avec des écrivains (Jean Amrouche, Georges Bernanos, Henri Bosco, Jean Cocteau, Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Alfred Fabre-Luce, Paul Géraldy, André Gide, Jean Giono, Jean Guéhenno, A. Guibert, Henri de Keyserling, Roger Martin du Gard, Maurice Maeterlinck, Jean Paulhan, Romain Rolland, Jean Schlumberger…). Et il a la joie de voir décerner, en 1933, le prix Fémina à sa sœur Geneviève pour son roman Claude, qui est aussi un grand succès de librairie. Le cas est unique en France d’un frère et d’une sœur, prix Goncourt et prix Fémina.

Visions[modifier | modifier le code]

Fauconnier avait détesté le traité de Versailles. Il savait que l’Europe prenait ainsi l’énorme risque de voir recommencer l’ignoble guerre de 1914-18. Au cours des années trente, bien que Malaisie lui donne les moyens de franchir dans l’aisance les années de la grande crise, son moral est très atteint par la montée de l’hitlérisme, par le fascisme italien et la conquête de l’Abyssinie et par la guerre civile espagnole. En octobre 1938 il publie, chez Stock encore, un recueil de Nouvelles donnant quelques Visions de sa vie passée (La Dame, Noël Malais, Inde Dravidienne, Barbara, Les Asphodèles et Vision). La critique en est aussi bonne que pour Malaisie mais les lecteurs pensent davantage aux menaces de guerre. Craignant les visées de Mussolini sur la Tunisie, la famille quitte La Terrasse en été 1939 pour s’installer à Musset.

La Guerre de 1939-1945 et les dernières années[modifier | modifier le code]

La vie n’est pas facile pendant l’occupation. Les enfants ont grandi et Fauconnier, malgré les réserves rapatriées en France, se voit progressivement coupé de ses ressources (Belgique, Angleterre, Malaisie, Indochine). Il n’a plus l’envie ni le courage d’écrire. Le froid et le ravitaillement sont les soucis majeurs. Son ami Jacques multiplie ses lettres en imaginant pouvoir le convaincre de la victoire des Allemands. Lui préfère écouter la BBC. L’après-guerre aussi est difficile, mais en 1947 il accepte d’être le chef du « Groupe des Écrivains Fédéralistes » pour les « États-Unis d’Europe ». En réconciliant les peuples, on empêchera peut-être les gouvernements de prétendre être investis de missions nationalistes.

En 1957, la Société de plantations qui a englobé son affaire (la SOCFIN du groupe Rivaud) lui offre un voyage du souvenir en Malaisie. L’ancien pionnier en lui est ravi, mais, climatisée et asphaltée, ce n’est plus « sa » Malaisie d’antan. Il s’installe alors dans une vieillesse tranquille et active, jouant au tennis et aux échecs, jardinant et nageant, rêvant un moment de reprendre son Malaisie II et tenant toujours sa correspondance. Il partage son temps entre la Côte d’azur, Paris (qu’il aimerait fuir mais où habitent enfants et petits-enfants) et la Charente. Mort à Paris en avril 1973, il est enterré à Barbezieux. Son seul vœu : que Musset soit conservé dans la famille.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Malaisie, Stock, 1930, Prix Goncourt. Réédité en permanence depuis.
  • Visions, Stock, 1938,
  • Nouvelles (La Dame, Noël Malais, Inde Dravidienne, Barbara, Les Asphodèles, Vision).
  • Noël Malais suivi de Barbara, Stock, 1941, Illustré par Charles Fauconnier.
  • Le Bonheur de Barbezieux (de Jacques Chardonne) suivi de La Dame d’Henri Fauconnier, Stock, 1943, Illustré par André Jordan.
  • Lettres à Madeleine, 1914-1918, Stock, 1998. (Lettres que Fauconnier écrivit à sa fiancée puis à sa femme pendant la guerre de 14-18.)
  • Vision, Lenka lente, 2013.

Éditions et traductions de Malaisie[modifier | modifier le code]

Éditions de Malaisie[modifier | modifier le code]

  • Stock, 1930-1931 ; 1942-1943 Illustré par H. Camus ; 1946 ; poche 1967 ; 1998.
  • Ferenczy (Le livre moderne illustré), illustré par H. Camus, 1933-1935-1939.
  • Le Rocher de Monaco, 1951.
  • Arthème Fayard (Le Livre de demain), 1955.
  • Le Club du Beau Livre de France, collection "Les Beaux Romans", s.d. (achevé d'imprimer 10 avril 1954), tirage 3000 ex. dont 307 ex-libris et 100 HC.
  • Éditions du Pacifique, illustré par Ch. Fauconnier, 1996, Photographies et Dossier, 1996, 2003.

Traductions de Malaisie[modifier | modifier le code]

  • En anglais, par Eric Sutton, 1931.
  • En anglais, The Soul of Malaya ; Fauconnier avait tenu lui-même à la parfaire.
  • En tchèque, espagnol et allemand, entre 1932 et 1939.
  • En néerlandais, 1986.
  • En polonais, 1986.

Les tirages ont atteint au total 200 000 exemplaires.

La Presse, à propos de Malaisie[modifier | modifier le code]

À l’époque[modifier | modifier le code]

« Voici un véritable événement littéraire. Un poète, un écrivain nous est né. Malaisie doit durer pour l’enchantement des hommes. » (Frédéric Lefèvre, Le Soir, décembre 1930)

« Ce qu’il y a d’histoire romanesque dans ce livre est à peu près insignifiant à côté de son élément essentiel : sa force de style, sa poésie intense, ses puissantes racines humaines et divines, et en somme sa haute, raffinée et savante littérature. » (Albert Thibaudet, Candide, 10 décembre 1930)

« Malaisie est une œuvre extrêmement forte et qui témoigne d’une maturité d’esprit et d’une maîtrise exceptionnelle. Peu de livres donneront une satisfaction aussi complète que celui-ci. Malaisie est avant tout un état d’âme de son auteur. Il est comme le résultat d’un mariage entre lui et la nature là-bas. » (Pierre Descaves, l’Avenir, 10 décembre 1930)

« Le choix de l’académie Goncourt a été cette année particulièrement heureux. Je ne vois aucun livre supérieur à Malaisie. » (Edmond Jaloux, Les Nouvelles Littéraires.)

« Un excellent bouquin, et qui va avoir certainement un très gros succès. » (Léon Daudet)

« Malaisie est une œuvre de jeunesse écrite par un homme mûr. » (…) « Nous avons voulu asservir d’autres peuples avant d’avoir atteint l’âge de raison… » (Interview : « Une heure avec Henri Fauconnier », de Frédéric Lefèvre, Nouvelles Littéraires, 30 mai 1931.)

Plus récemment[modifier | modifier le code]

« Malaisie, à sa parution, connut un immense succès. C’est un livre qui n’a pas une ride. » (Raphaël Sorin, Le Matin, 27 janvier 1987)

« La première lecture dans les années cinquante m’avait subjugué. Près d’un demi-siècle s’est écoulé, le bonheur demeure. N’en est-il pas ainsi des livres qui nous grandissent. » (Louis Nucéra, Valeurs actuelles, 26 octobre 1996.)

« Un Goncourt qui se lit avec passion. Soixante huit ans après. » (Bernard Frank, Nouvel Observateur, 9 avril 1998)

« C’est un livre vrai, authentique, comme on disait en 1945, pesant son poids de vécu, comme on dit pour le moment. » (Éric Ollivier, le Figaro littéraire du 17 décembre 1998)

« Malaisie éveille, enchante, entraîne les sens du lecteur dans un univers dont les lois réelles, substantielles, profondes, ne cessent de nous échapper. » (Jacques Lacarrière, Nouvelles Clés, 1998)

« Rien n’a vieilli dans Malaisie. Ni la langue, pure, ductile, mêlant avec élégance tous les registres, ni la forme, libre, qu’on dirait "moderne" Carnet de voyage, autobiographie, essai ethnologique, philosophique, fiction, poème : Malaisie est tout cela. » (J.M. Planes, Sud-Ouest Dimanche, janvier 1999)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et références[modifier | modifier le code]

  • Bernard Fauconnier, La fascinante existence d'Henri Fauconnier : Prix Goncourt 1930, préface de Jean-Loup Avril, Éditions G.D., Saint Malo, 2004.
  • Annie David, interview de Bernard Fauconnier, fils d’Henri, Trente ans après la mort d'Henri Fauconnier, son fils Bernard évoque sa vie exotique et leurs relations houleuses... .
  • Véronique Bonnet-Nora, La Maison des Palmes, 2003, documentaire de 50 minutes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le , il obtient le 28e prix Goncourt pour son roman Malaisie. Le scrutin d'attribution du Prix Goncourt 1930, qui a lieu chez Drouant, comporta huit tours. Le jury est composé de 10 membres : Jean Ajalbert, Gaston Chérau, Léon Daudet, Lucien Descaves (lequel vota par correspondance), Roland Dorgelès, Léon Hennique, Pol Neveux, Raoul Ponchon, J.-H. Rosny aîné, J.-H. Rosny jeune. Henri Fauconnier obtient 6 voix contre 4.