Henri Déricourt

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Henri Déricourt né à Coulonges-en-Tardenois, Aisne (2 septembre 1909 - 20 novembre 1962) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent français du service secret britannique Special Operations Executive. Son cas est cité comme exemple probable de la pénétration du SOE par le MI6 et du MI6 par les services allemands[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant-Guerre[modifier | modifier le code]

Henri est le troisième enfant d'une famille modeste. Le père est facteur. La mère, orpheline, a été élevée par des religieuses.

Passionné d'aviation depuis l'enfance, Déricourt se trouve au Bourget dans la foule qui accueille Charles Lindbergh le 21 mai 1927, après sa traversée de l'Atlantique. En 1930, ayant reçu une formation, Déricourt obtient un brevet de pilote à l'école d'aviation Farman à Toussus-le-Noble, alors second aérodrome de Paris après Le Bourget. Un peu plus tard, à la fin de son service militaire, il décroche un nouveau brevet, celui de sergent-pilote de réserve. Il fait connaissance de Rémy Clément, pilote comme lui, de dix ans son aîné.

En novembre 1935, Didier Daurat, le patron de l'ancienne Aéropostale, l'engage comme pilote à la compagnie Air bleu, qu'il a créée et qui, basée au Bourget, distribue le courrier dans tout l'Hexagone.

En 1936, Déricourt est approché par un certain André Borrie, officier du 2e bureau de l'Armée de l'Air, pour le compte de qui il réalise une série de photos aériennes des docks italiens établis à Chambéry ainsi que des clichés de la ligne Siegfried. Il aide les républicains espagnols.

En 1937, à Paris, Déricourt rencontre Nicholas Bodington, correspondant de l'Intelligence Service (le MI6) et futur no  2 de la section F du SOE, infiltré sous couverture de l'agence de presse Reuters.

En 1938, Bodington présente Déricourt au Kriminalrat Karl Bömelburg, en mission à Paris, futur patron de la Gestapo en France.

La Guerre[modifier | modifier le code]

Au commencement des hostilités, Déricourt est incorporé à la Section aérienne de Transport basée à Étampes ; il convoie des avions vers le front au Nord. En 1940, muté à Marseille-Marignane, Déricourt évacue des appareils vers le Sud. Il est pilote d'essai d'un bombardier d'avant-garde puis d'un autogire.

En juin, l'armistice interrompt les essais. Déricourt retourne à l'aviation civile. Engagé par Air France, il se lie avec des membres de la pègre[2]. Il se livre aussi à un trafic de marché noir avec un certain Bladier, de Paris.

À l'occasion d'une escale à Alep (juin ou juillet 1941), un colonel de l'Intelligence Service propose à Déricourt de passer en Grande-Bretagne. Déricourt accepte. Il rentre à Marseille, afin de mettre sa femme Jeannot à l'abri du besoin, puis il est pris en charge par le MI9.

En novembre 1941, à Marseille, Déricourt signe un contrat avec la SCLAM (société de livraison réservée aux ministères). Puis, grâce à un de ses anciens compagnons pilotes, Léon Doulet, il entre en relation avec l'ambassade américaine, relai possible sur la route de l'Angleterre.

À la fin de cette année, Déricourt revoit Bömelburg. C'est à ce moment-là probablement qu'il fut recruté comme agent (V-Mann ou homme de confiance) BOE 48.

Déricourt est alors dirigé sur la Pat-Line, la filière d'évasion d'Albert Guérisse, dit Pat O'Leary (dépendant du MI9). Sitôt après cette prise de contact, Déricourt est convoqué à Londres[3].

Le 15 août 1942, Déricourt et Doulet franchissent la passerelle du HMS Tarana (en fait un chalutier armé en guerre, mitrailleuses et canon dissimulés sous des filets de pêche), à Narbonne-plage, avec sept autres personnes[4]. Le bâtiment des "Special Flotillas" met alors le cap sur Gibraltar. Après une semaine sur le Rocher, les deux voyageurs se retrouvent dans un convoi d'une cinquantaine de navires qui s'achemine vers les îles britanniques.

Le 7 septembre 1942, Déricourt et Doulet débarquent à Greenock, Écosse, où des agents de la "Special Branch" les attendent pour les conduire à Londres. Là, ils passent quatre jours à la Patriotic School, le centre d'interrogatoire et de filtrage du MI5. Puis ils sont séparés.

Dès la fin du mois de septembre, Déricourt aurait été parachuté en France, sans doute pour le compte du MI6[5].

Le 3 décembre 1942, Déricourt signe l' Official Secret Act. Il déclare ses contacts avec les Allemands ; il cite les noms des membres des Commissions d'armistice qui furent ses passagers à Marseille ainsi que ceux des pilotes de la Lufthansa qu'il a fréquentés au Bourget avant la guerre. Le jugement porté sur lui est très favorable. Un seul point noir : ses allées et venues en France, qui peuvent avoir attiré l'attention des Allemands.

Mais, sur l'intervention de Bodington, la difficulté est tranchée et Déricourt est engagé à titre de lieutenant de la RAF, détaché au SOE. On l'envoie alors à Tempsford, base des "Moon Squadrons", les escadrilles 138 et 161, sans même le faire passer par les stages de sécurité et d'entraînement, signe d'une probable protection particulière.

Mission en France. Sa mission consiste : • à trouver des terrains d’atterrissage appropriés (LZ = landing zones) • à organiser les mouvements aériens : réception et retour des agents (des autres réseaux) • à acheminer le courrier qui lui sera remis (de la main à la main, ou dans des boîtes aux lettres) ; il s'agit de tout ce qui ne peut pas être transmis par radio en morse : rapports trop longs, plans, photos, courrier personnel, documents non codés, paraphrases codées de messages radio déjà envoyés. Il ne dispose pas d'un opérateur radio propre[6] : il devra faire transiter ses messages par Jack Agazarian l'opérateur du réseau Prosper-PHYSICIAN.

Dans la nuit du 22/23 janvier 1943, un avion Halifax emmène Déricourt, ainsi que Jean Worms « Robin » qui vient établir le réseau JUGGLER. Ils sont parachutés « blind », c'est-à-dire sans comité de réception au sol, à Fréville-du-Gâtinais, vers Vitry-aux-Loges, à l'est d'Orléans. Un faux départ avait eu lieu le 14 décembre 1942.

Vers le 30 janvier 1943, Déricourt revoit Bömelburg devenu chef de la Gestapo de Zone Nord et, à partir de ce moment-là, s'affiche avec lui au Bristol, hôtel de grand luxe réservé aux hauts dignitaires du Reich. Commence alors une collaboration visible avec le SD. Par prudence, Bömelburg communique avec Déricourt par l'intermédiaire de ses subordonnés : Josef Götz et son chef direct, Hans Kieffer[7].

En mars 1943, Déricourt et Rémy Clément recherchent et identifient des terrains susceptibles de servir aux atterrissages. Ils vérifient également les LZ du réseau SCIENTIST, que Claude de Baissac « David » anime dans le sud-ouest. Dans la nuit du 17/18, Déricourt réalise son premier pick-up sur le terrain situé à 4,5 km au nord de Marsay, au sud de Poitiers. C'est un doublé de Lysander, qui déposent Francine Agazarian, John Goldsmith, Pierre Lejeune, Roland Dowlen, et remmènent Claude de Baissac, France Antelme, Raymond Flower et son opérateur radio. Dans les mois qui suivent, il travaillera principalement au profit du réseau Prosper-PHYSICIAN, et organisera les déplacements par avion de plus de 67 agents, dont Noor Inayat Khan, Vera Leigh, Yolande Beekman, Éliane Plewman, Diana Rowden, Jack Agazarian, Francis Suttill, Pearl Witherington et Lise de Baissac.

À l'été, la Gestapo arrête de nombreux agents du SOE en France. Le bruit court qu'un agent double a infiltré les réseaux. Plusieurs agents, dont Francis Cammaerts, Jack Agazarian et Francis Suttill sont convaincus que Déricourt est le coupable. Ces soupçons empirent quand on apprend que Déricourt habite un appartement qui jouxte celui loué par Hugo Bleicher de l’Abwehr, rue Pergolèse, à Paris.

En juillet 1943, un autre agent, Henri Frager, dit à Nicholas Bodington, alors en mission en France pour analyser l'effondrement du réseau Prosper-PHYSICIAN, que Déricourt est un espion allemand. Bodington écarte cette théorie, arguant du fait que Déricourt s'était chargé de son voyage en France et qu’il n'avait pas été arrêté. Quand Bodington refuse d’agir, certains agents commencent à penser que Bodington lui aussi est un agent double.

Peu de temps après, Georges Pichard informe Maurice Buckmaster, chef de la section F à Londres, qu'il a entendu dire de bonne source qu'un « Français responsable des opérations aériennes dans les régions de Paris et d’Angers » travaillait pour l'Abwehr. Buckmaster, comme Bodington avant lui, écarte les charges contre Déricourt et lui permet de continuer son travail.

Dans la nuit du 16 au 17 septembre 1943, un opérateur radio affecté à FARRIER, A. Watt « Geoffroi », est déposé en Lysander sur le terrain BRONCHITE, près de Tours[8]

En février 1944, Déricourt est rappelé à Londres. Sur avis défavorable du MI5, il n'est plus renvoyé en France.

Après la victoire, l'interrogatoire de policiers ennemis impliqués fait clairement apparaître que Déricourt est coupable d'avoir fourni des informations à l'Abwehr et à la Gestapo, que ce double jeu avait entraîné l'effondrement de plusieurs réseaux et sous-réseaux, l'arrestation et l'exécution de nombreux agents, dont Noor Inayat Khan, Vera Leigh, Yolande Beekman, Éliane Plewman, Diana Rowden, Gilbert Norman, Jack Agazarian, Francis Suttill et Pierre Mulsant. Il dénonça également le capitaine Bernard Guillot, agent des forces françaises combattantes.[réf. nécessaire]

Le 13 février 1945, au cours d'un voyage à Londres, Déricourt est arrêté. Il est en possession de devises et d'or.

Après-Guerre[modifier | modifier le code]

En novembre 1946, Déricourt est remis aux autorités françaises. Il est accusé d'avoir donné à la Gestapo l'officier du SOE Jack Agazarian.

En juin 1948, Déricourt comparaît devant le tribunal militaire, caserne de Reuilly. Au procès, Nicholas Bodington se déclare responsable de toute l’activité de Déricourt sur le terrain. Il admet s'être rendu compte que Déricourt était en contact avec les Allemands mais affirme qu'aucune information importante n'avait été révélée. Pendant le procès, la défense argue du fait que, bien que l’accusation soit en mesure d'apporter de nombreux indices indirects confortant les soupçons à l’encontre de Déricourt, elle ne pourrait réellement apporter la preuve d'aucun acte précis de trahison. C’est en grande partie grâce au témoignage de Nicholas Bodington que Déricourt est finalement acquitté, le 7 juin.

Il semble que Déricourt ait été, d'un bout à l'autre, traité par le MI6 et que son travail pour le compte du SOE n'ait été qu'une simple couverture de ses prises de contact avec des services ennemis. Cette hypothèse est soutenue par un dirigeant du SOE, Harry Sporborg, qui fut chargé de cribler Déricourt de retour en Grande-Bretagne, en février 1944 : "Dans mon esprit il n'a jamais fait aucun doute que Déricourt était employé par le MI6 à des fonctions situées hors de la sphère d'opérations du SOE."

Déricourt est alors embauché par l'aviation civile d'Indochine.

Le 7 mai 1957, Jean Overton Fuller commence à interviewer Déricourt pour les besoins de son livre Agent double. Déricourt affirme que les chefs du SOE savaient parfaitement que l'organisation avait été pénétrée par la Gestapo et que des hommes et les femmes avaient été délibérément sacrifiés afin de mystifier les services allemands au sujet des débarquements prévus en Sicile et en Normandie. Déricourt admit avoir trahi quatre personnes : le colonel Émile Bonotaux amené sur le vol CURATOR/ACOLYTE du 23/24 juin 1943 (vol no 7 du tableau récapitulatif de la section suivante) ; et trois personnes amenées sur le vol CONJURER du 15/16 novembre 1943 (vol no 15) : Jean Menesson, Paul Pardi et André Maugenet[9].

Le 20 novembre 1962, Déricourt meurt dans un accident d’avion, au Laos, au-dessus du Triangle d'or, dans la province de Sayaboury. Son corps n'ayant jamais été retrouvé, certains auteurs ont avancé l'hypothèse que sa mort pouvait avoir été truquée pour lui permettre de commencer une nouvelle vie sous un autre nom[10].

Vols organisés par Déricourt[modifier | modifier le code]

Le tableau suivant donne la liste des vols organisés par Henri Déricourt, établie à partir de celle d'Hugh Verity.


no 

opération
nuit
mois
année

terrain
type avion
nombre
d'avions

passagers aller, vers la France

passagers retour, vers l'Angleterre
1 TRAINER 17/18 mars 1943 sans nom
Sud de Poitiers
4,5 km N de Marnay
Lysander 2 4 : Francine Agazarian (en), major John Goldsmith (en), Pierre Lejeune, Roland Dowlen. 4 : Claude de Baissac, France Antelme, Raymond Flower, André Dubois
2 SALESMAN 14/15 avril 1943 BRONCHITE Lysander 2 4 : André Dubois, Henri Frager, Philippe Liewer, Gabriel Chartrand 1 : Marcel Clech
3 SCULPTOR 15/16 avril 1943 sans nom
N. de Tours
1 km E/NE de La Chartre-sur-le-Loir
Lysander 1 2 : Pierre Natzler, un vieux Belge 1 : Julienne Aisner
4 TOMMY 22/23 avril 1943 TORTICOLIS Lysander 2[11] 0 1 : Henri Déricourt
5 INVENTOR 14/15 mai 1943 GRIPPE Lysander 2 4 : Julienne Aisner, Vera Leigh, Sydney Jones, Marcel Clech 2 : Francis Suttill, Madame Gouin[12] ?
6 TEACHER 16/17 juin 1943 INDIGESTION Lysander 2 4 : Charles Skepper, Diana Rowden, Cecily Lefort, Noor Inayat Khan 5 : Gaby Pierre-Bloch, Jack Agazarian, Francine Agazarian (en), Pierre Lejeune, Victor Gerson ?, Lucien Rachet ?
7 CURATOR /
ACOLYTE
23/24 juin 1943 BRONCHITE Lysander 1 2 : Robert Lyon, Colonel Émile Bonotaux 2 : Richard Heslop, P. Taylor
(8)[13] ATHLETE
(1er essai)
17/18 juill. 1943 GRIPPE Lysander (Isidore Newman, X)
8 ATHLETE
(2e essai)
19/20 juill. 1943 GRIPPE Lysander 1 2 : Isidore Newman, X 3 : France Antelme, William Savy
9 GAMEKEEPER 22/23 juill. 1943 ACHILLE Hudson 1 3 : Nicholas Bodington, Jack Agazarian, Adelin Marissael 3 : Louis Latimer « Raoul », Jean-Pierre Carrez, Joseph Pans
10 DIPLOMAT 16/17 août 1943 TORTICOLIS Lysander 1 0 3 : Claude de Baissac, Lise de Baissac, Nicholas Bodington
11 DYER 19/20 août 1943 ACHILLE Hudson 1 1 : Peter Deman « Paul » [à vérifier] 10 : Marie-Thérèse Le Chêne, Tony Brooks, Robert Boiteux, Octave Simon, Joseph Marchand, Victor Gerson, Robert Benoist, Francis Basin, Raymonde Menessier, Jean-Louis de Ganay
12 MILLINER 17/18 sept. 1943 INDIGESTION Lysander 2 4 : Harry Peulevé, Yolande Beekman, Harry Despaigne, d’Erainger 6 : Benjamin Cowburn, John Goldsmith (en), Rémy Clément, 2 agents polonais, y compris André Renan, Lecointre
13 PILOT 16/17 oct. 1943 BRONCHITE Lysander 1 2 : Rémy Clément, Arthur Watt 3 : Maurice Southgate, René Dumont-Guillemet
14 MATE 20/21 oct. 1943 ACHILLE Hudson 1 4 : Albert Browne-Bartroli, Joseph Marchand, Robert Benoist, Henri Zeller 4 : Henri Frager, Francis Nearne (en),
M. Leprince, A. Lévy[14] ?,
15 CONJURER 15/16 nov. 1943 ACHILLE Hudson 1 5 : Victor Gerson, Eugène Levene, Jean Menesson, Paul Pardi, André Maugenet, Henri Fille-Lambie ? 10 : Francis Cammaerts, François Mitterrand, Pierre du Passage, Pierre Mulsant, Mme Fontaine, John Barrett, Charles Rechenmann, 5 (?) aviateurs
16 KNACKER 4/5 fév. 1944 ACHILLE[15] Hudson 1 0 (plus Gerry Morel qui fait l'A-R) 9[16] (plus Gerry Morel qui fait l'A-R) : Robert Benoist, Henri Borosh, Madeleine Lavigne, Le Barbu, Philippe Liewer, Limousin, Bob Maloubier, l’aubergiste à Tiercé et son mari
17 GROWER 8/9 fév. 1944 GRIPPE Lysander 1 2 : Jules Lesage, Alcide Beauregard 2 : Henri Déricourt, Jeanne Déricourt
Tot. 17 opérations 7 terrains 2 types :
Lysander
Hudson
23 vols AR[17] :
18 vols Lys.
+ 5 vols Hud.
43 personnes amenées en France 69 personnes emmenées en Angleterre[18]

Le tableau est à considérer comme la version « officielle » des vols organisés par Henri Déricourt. Or, plusieurs facteurs autorisent à penser que cette liste n'est pas définitive et mériterait d'être corrigée et complétée. En effet :

  • les éditions successives (anglaises et françaises) des livres de Michael R.D. Foot (de 1966 à 2008), d'Hugh Verity (de 1978 à 2004) et de Jean Overton Fuller (1989) ont été marquées de fréquentes évolutions, et il n'est pas certain que l'état actuel soit définitif ;
  • plusieurs témoignages laissent penser que le nombre d'opérations de pick-ups organisées par Henri Déricourt serait plutôt voisin de 35 qu'égal à 17 :
  • Jacques Bureau[19] donne une piste qui permet sans doute d'éclairer l'origine d'une partie de l'écart :
« Claude Dansey avait tenté dès 1941 d'implanter des agents au sein du SD. Il choisissait des criminels de la prison de Fort Williams qui n'avaient plus rien à perdre, mais cela marchait mal. C'était sans doute ces agents-là que Déricourt avait déposés en France, pendant les clairs de lune, lors de dix pick-up secrets qu'il avait accomplis pour le MI6. Dans le lot, il y avait des espions du NKVD arrêtés en Angleterre. Il y eut mieux : Karl Langer, un agent du SD, avait été soigné à côté du courageux Culioli, blessé gravement, dans cette auberge de Sologne où les deux hommes épuisés reposaient côte à côte après une affreuse perquisition. Les deux hommes parlèrent. C'était le 2 juillet. Karl Langer n'était pas un méchant homme. Il prétendit avoir assisté pour Kieffer à un atterrissage de Hudson. Or, le premier Hudson enregistré dans les archives de l'escadrille 161 est postérieur. Ce premier vol de Déricourt avait été organisé par Dansey en cachette du SOE : tout un lot d'agents introduits en France dans le plus grand secret (Pour la plupart d'anciens voleurs, des agents du KGB capturés ou des émissaires de l'Abwehr retournés. Sir Claude mettait au point économiquement sa méthode de pénétration.) Déricourt avait bien été envoyé en mission préliminaire en 1942 pour renouer avec Bömelburg, et avait travaillé longtemps pour le MI6. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : Henri Alfred Eugène Déricourt.
  • Comme agent du SOE
    • Nom de guerre (field name) : « Gilbert », puis « Claude ».
    • Nom de code opérationnel : FARRIER (en français MARECHAL-FERRANT)
    • Faux papiers : établis au nom de Maurice Fabre (identité abandonnée, car les papiers sont mal imités)[20].
  • Comme agent allemand
  • Comme prisonnier à Fresnes, dans la cellule 1/459 : matricule 13181

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père : Alfred, paysan puis facteur.
  • Sa mère : Georgette, femme de ménage
  • Ses frères (2) : Félix (aîné, ébéniste), Marcel (2e, décorateur).
  • Sa femme : Jeannot

Inspiration[modifier | modifier le code]

Larry Collins s'est inspiré du réseau Prosper et de Déricourt notamment pour un roman basé sur l'"Opération Fortitude".

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean Overon Fuller, The German penetration of SOE, George Mann Books, 1997
  2. Simon Sabiani, Spirito et les frères Carbone, "barons" des Commissions d'armistice allemande et italienne.
  3. Charles Le Brun commente : Auparavant, il avait rencontré Ian Garrow, promoteur de cette filière, et lui avait demandé d'appuyer sa requête d'aller à Londres (Garrow fut ensuite arrêté en octobre 1941). En principe le MI9 préférait n'embarquer que des passagers britanniques travaillant dans un de leurs services. Ce qui n'était le cas ni de Déricourt ni de Doulet. Or l'ordre arriva presque aussitôt de les embarquer l'un et l'autre par le moyen le plus rapide.
  4. Sir Brooks Richards écrit : p. 727 : Le Tarana (dont aucun rapport opérationnel n'a été retrouvé) se rendit dans la région d'Agde, où Clarke débarqua six agents pour le SOE durant la nuit du 15 août (opération BULL), avant de continuer pour aller prendre sept hommes et une femme près de Narbonne un peu plus tard dans la même nuit. p. 928 : les six agents débarqués près d'Agde (opération BULL) comprennent le cdt Charles Clasen (Belge), Henri Sevenet, Henri Déricourt et « Mercure » du BCRA ; les sept hommes embarqués à Saint-Pierre-Plage, près de Narbonne (opération BLUEBOTTLE), comprennent trois aviateurs de la RAF et une femme. Conclusion : Brooks Richards commet probablement une erreur en citant Déricourt comme ayant été débarqué (BULL). Comme il a été embarqué, il est préférable de le rattacher à le deuxième opération (BLUEBOTTLE).
  5. Ce parachutage, qui aurait donc eu lieu avant qu'il soit introduit dans la section F, est attesté par trois témoignages de son ex-maîtresse, Juliette Aisner, dont l'un à l'instruction du procès. Certes, on ne peut pas prouver qu'il fut envoyé par le MI6, mais pour qui alors ? Gagnant Paris, il s'installa chez cette même Juliette, puis entreprit de rechercher un adjoint. Son choix tomba sur Rémy Clément qui accepta son offre et vint de Marseille pour le rejoindre. [Source : Charles Le Brun].
  6. Un opérateur radio spécifique, A. Watt, arrivera huit mois plus tard.
  7. Plus tard, en juin 1943, Bömelburg confie Déricourt à Hans Kieffer, et Déricourt deviendra K 48. [Source : Charles Le Brun].
  8. Verity, p. 282
  9. Source Verity, p. 207.
  10. Point à vérifier. En effet, selon le site Special Forces Roll of Honour, il serait enterré à Vitry-aux-Loges, Loiret, France.
  11. Verity ramena Déricourt, mais l'autre pilote (Flt Lt Bridger) reçut l'ordre de ne pas atterrir.
  12. Verity hésite « 2 ? », en ajoutant comme passager possible « France Antelme ? ». Antelme n'est pas retenu ici, car il a fait le même déplacement deux mois plus tôt, lors du premier vol Déricourt, celui du 17/18 mars.
  13. Vol non compté : le pilote Flng off. McCairns, est retourné en Angleterre sans atterrir, car sur son terrain d'Azay-sur-Cher, il n'y avait pas de comité de réception au sol. L'opération reprit deux nuits plus tard.
  14. Verity indique aussi pour ce vol : « René Dumont-Guillemet ? ». Mais René Dumont-Guillemet est parti en Angleterre par le vol Déricourt précédent (no  13), ainsi que Verity l'indique lui-même. La date du 16/17 est confirmée par Jacques Cumont, Les Volontaires de Neuilly-sur-Marne du groupe Hildevert et le réseau Armand-Spiritualist, p. 38.
  15. Maloubier, Plonge, ..., p. 199.
  16. Bob Maloubier, qui fut l'un des passagers, a indiqué quelques noms :
  17. Le total de 23 inclut le vol du Lysander de Bridger qui n'a pas atterri (vol no  4 du 22/23 avril 1943)
  18. Dont Déricourt lui-même, compté deux fois : vol 4 et vol 17.
  19. Jacques Bureau, Le Soldat menteur, p. 490-491.
  20. Lartéguy-Maloubier, p. 116.

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]

  • Fiche Henri Déricourt, avec photographie : voir le site Special Forces Roll of Honour.
  • Dossier personnel de d'Henri Déricourt aux National Archives britanniques. Le dossier HS 9/421-425 est accessible depuis le 6 mars 2003.
  • Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, (ISBN 978-2-84734-329-8), (EAN 9782847343298). Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004.
    Ce livre présente la version officielle britannique de l’histoire du SOE en France.
  • Patrice Miannay, Dictionnaire des agents doubles dans le Résistance, le cherche-midi, 2005, (ISBN 2-74910-456-4)
  • Bob Maloubier
  • Jacques Bureau, Le Soldat menteur, Robert Laffont, 1992, (ISBN 2-221-07312-6).
  • Charles Le Brun, Réseau Adolphe. Pierre Culioli, bouc émissaire de l’Intelligence Service ?, in 39/45 Magazine, no  219, janvier 2005, p. 23-33.
  • Sir Brooks Richards, Flottilles secrètes - Les liaisons clandestines en France et en Afrique du Nord 1940-1944, M.D.V., 2001.
  • Hugh Verity, Nous atterrissions de nuit..., préface de Jacques Mallet, 5e édition française, Éditions Vario, 2004, (ISBN 2-913663-10-9)
  • (en) Robert Marshall, All The King’s Men - The Truth Behind SOE’s Greatest Wartime Disaster, Collins, 1988, (ISBN 0 00 217786 2)