Heinrich Severloh

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Heinrich[1] Severloh, né à Metzingen (aujourd'hui dans le Bade-Wurtemberg, Allemagne), le 23 juin 1923 et décédé à Lachendorf (Basse-Saxe, Allemagne) le 14 janvier 2006 est un soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Il était mitrailleur sur un poste de défense d'Omaha Beach lors du débarquement de Normandie, le 6 juin 1944. Il deviendra connu après la publication de sa biographie en 2000, car il affirmera avoir tué ou blessé plus de mille soldats américains qui débarquèrent sur cette plage ce jour-là, ce qui lui vaudra le surnom de « la bête d'Omaha[2]».

Biographie[modifier | modifier le code]

Omaha beach easy red, son secteur de tir.
Omaha beach green fox, son secteur de tir.

Heinrich Severloh voit le jour en 1923, dans une ferme de Metzingen dans le sud-ouest de l'Allemagne. Très jeune il se prend de passion pour les chevaux qu'il côtoie tous les jours à la ferme familiale.

Sur le front de l'Est[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre il est tout d'abord envoyé dans le Nord de la France avec son unité, l'AR 321, puis il est alors muté sur le front de l'Est et grâce à sa bonne connaissance des chevaux on lui confie une voiture hippomobile. Il doit assurer le ravitaillement des troupes en première ligne dans le centre de la Russie.
Pendant l'hiver il affronte les congères, et le froid très mordant, dans ce secteur les températures atteignent parfois les moins 60 °. Il souffre d'engelures aux pieds. Consultant un médecin militaire, celui-ci lui déconseille de se faire soigner dans un hôpital de l'armée, car certains officiers suspectent que beaucoup d'hommes se fassent volontairement des engelures pour échapper à l'horreur du front, et cela peut les conduire tout droit devant un peloton d'exécution. Severloh petit à petit se soigne et parvient à guérir ses engelures. Peu de temps après il tombe gravement malade. Souffrant d'une pneumonie et transféré dans un hôpital il sombre dans un coma profond. Les médecins ne se font guère d'illusion à son sujet. Il est ainsi admis dans un hôpital en Allemagne. Après plusieurs semaines il sort du coma à la grande stupéfaction des médecins, petit à petit il récupère ses forces.

Affectation en Normandie[modifier | modifier le code]

Heinrich Severloh pense que pour lui la guerre est finie et n'a qu'une seule envie, celle de retrouver la ferme de ses parents. Malheureusement le Reich a besoin de soldats, et il est contraint de rejoindre la France le 11 décembre 1943. Il retrouve son ancienne unité l'AR 321, devenue depuis peu l'AR 352, une batterie d'artillerie de la 352e division d'infanterie. À peine arrivé il subit un entraînement sévère sous les ordres d'un adjudant-chef tyrannique qui adopte la stricte discipline prussienne, avec brimades et vexations quotidiennes.
Avec soulagement il est affecté à la 1re batterie, et devient l'ordonnance du lieutenant Bernard Frerking, un jeune officier, instituteur dans le civil, à la personnalité calme et attachante et malgré la différence des grades une amitié va se nouer entre les deux hommes. Le lieutenant Frerking et son ordonnance logent au château de l'Épinette à Houtteville et très vite Heinrich Severloh obtient le grade de caporal et rend de nombreux services à son chef.

Le 6 juin 1944 - Omaha Beach[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 5 au 6 juin, le major Werner Pluskat commandant d'unité téléphone au lieutenant Frerking, lui ordonnant de se rendre dans son poste le plus vite possible, situé dans les dunes de Colleville, le WN 62 (Widerstandnest 62 soit nid de résistance 62)[2]. Severloh l'accompagne, alors qu'ils arrivent la nuit est encore opaque et le jeune caporal s'installe derrière sa mitrailleuse MG 42 à la droite du poste d'observation du lieutenant Frerking. Au-dessus d'eux, ils entendent le vrombissement des vagues des avions alliés qui passent la côte. Vers 5 heures, alors que l'aube approche, Severloh aperçoit au large, cinq ou six navires, il appelle son chef, mais bientôt les silhouettes sombres ont disparu derrière un écran de brouillard artificiel. Le lieutenant affirme les avoir vus aussi, il téléphone au QG du major Pluskat à Etreham, on lui répond qu'il n'est pas là, même réponse dans son PC situé dans la position WN 59. Deux fusées éclairantes sont tirées, au cas où ces navires seraient allemands, mais aucune réponse ne vient des bateaux cachés derrière le brouillard artificiel.
Bientôt la brume se disperse et l'horizon s'emplit de navires de toutes tailles, il est clair que Severloh et ses camarades vont subir l'attaque de cette masse d'acier. Il s'agenouille auprès de son MG et se met à prier. Soudain un grondement de moteurs arrivant de la mer de fait entendre, ce sont des bombardiers alliés qui lâchent leurs bombes. Les hommes se précipitent à l'abri, les explosions retentissent à une cinquantaine de mètres en arrière des fortifications, la plupart vont totalement manquer les objectifs. De la poussière et des morceaux de terre arrivent jusqu'aux hommes et l'air devient difficilement respirable. Puis c'est au tour de la marine, ses salves font trembler tout le versant où est établie la position, pour Severloh "Il semble que le monde est en train de sombrer dans un enfer grondant, hurlant et craquant du bruit des obus, à notre hauteur l'herbe sèche et les buissons se mettent à brûler, mais, une fois encore les obus de ce feu roulant touchent le point d'appui sur ses arrières et ne lui causeront que de faibles dégâts".
Heinrich Severloh commence à tirer sur les Américains qui descendent des barges. Il voit les geysers que ses balles soulèvent en frappant l'eau, puis les hommes tombent par centaines quand elles les atteignent à mi-corps. Durant plusieurs heures, il va tirer sans relâche ne s'arrêtant que pour changer le canon de son MG qui chauffe, l'adjudant Pieh de la 716e division d'infanterie lui apporte des caisses de munitions. Quand les assaillants s'approchent de trop près, il utilise son Mauser, par la suite Severloh réalisera qu'il a tiré environ 12 500 balles à la mitrailleuse[2] et 400 au fusil. Vers 15 h 30 les Américains commencent à gagner du terrain et certains éléments gravissent les pentes sur les abords de WN 62, ils vont nettoyer les tranchées. Le lieutenant Frerking ordonne le repli des survivants de sa position. Severloh a reçu un éclat métallique qui lui a entaillé une joue[3] et faussant l'axe de visée[3], il rejoint son chef dans son abri. Les hommes s'apprêtent à sortir pour se replier. Il ne reste que Severloh, son chef, un soldat de la 716e et deux caporaux qui assuraient les transmissions du point d'appui à la batterie d'Houtteville. L'adjudant Pieh a déjà rejoint ses hommes situés en dessus du point d'appui. Le premier à partir est le soldat de la 716e division. Il s'élance en zigzaguant pour échapper aux balles des premiers Gi's qui sont arrivés au sommet de WN 62. Le lieutenant Frerking tient à partir en dernier, il sert la main de Severloh et se passe une bande de mitrailleuse autour du cou. Le jeune caporal s'élance à son tour suivi des gerbes de balles américaines qui s'abattent dans son sillage. Hors d'haleine il atteint les arrières où les Américains ne se sont pas encore aventurés. Il est rejoint bientôt par un des caporaux qui a reçu une balle dans les fesses, ce dernier lui dit qu'il est le dernier, Les autres sont morts, le lieutenant Frerking a été tué d'une balle en pleine tête.

Repli vers l'arrière et reddition le 7 juin[modifier | modifier le code]

Soutenant son camarade blessé, Severloh arrive dans une antenne médicale allemande à quelques kilomètres. Sa joue tuméfiée est soignée, puis on lui confie la garde d'un petit groupe de prisonniers américains capturés dans la nuit. Des officiers allemands arrivent et recrutent les hommes les plus valides pour former des groupes de combats, puis repartent. Severloh constate qu'un de ses prisonniers s'adresse à lui dans son propre dialecte. L'homme était terrorisé car on lui avait dit à l'entrainement que les Allemands ne feraient pas de prisonniers, le jeune caporal parvint à le rassurer et l'homme lui raconta son histoire. Ses parents étaient de la même région que Severloh et sa mère qui était domestique dans une grosse ferme, était amoureuse du fils de son patron. Ne pouvant se marier à cause de leurs différences sociales les deux tourtereaux s'étaient enfuis par Hambourg et avaient émigré aux États-Unis où ils s'étaient mariés. Ne parlant pas anglais, les parents avaient appris le dialecte de leur région natale à leur fils. L'Américain n'avait jamais été en Allemagne et désirait y émigrer après la guerre.
Le 7 juin, les Américains étaient proches de l'antenne médicale et Severloh décida de se rendre, il donna son arme au jeune américain et se constitua prisonnier. À présent prisonnier de guerre, le jeune caporal fut embarqué pour les États-Unis où il fut interné dans un camp à Jackson dans le Mississippi[4] puis ensuite un an en Angleterre où il sera affecté à la construction de routes[2].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Libéré en 1946 ou 1947[2], il retrouva la ferme familiale et aida son père aux travaux des champs. Il ne parla jamais d'Omaha Beach, sauf à sa femme, de son passé de militaire il ne conserva que sa plaque d'identité. Mais son passé revenait sans cesse hanter ses cauchemars, en particulier il gardera une image gravée dans sa mémoire : il avait tiré sur un Américain avec son fusil, l'homme bascula en avant et son casque roula sur le sable.
En 1984, une équipe de la chaine ABC l'avait rencontré chez lui à Celle en Allemagne, pour la première fois, il se confia au journaliste[5] et il lui avoua que depuis 1944, il n'a plus jamais touché à une arme à feu[2]. Quelques années plus tard, certainement pour exorciser ses vieux démons, Severloh désirait entrer en contact avec ceux contre qui il s'était battu, fit des recherches et retrouva la trace de David Silva qui avait débarqué sur Omaha Beach le 6 juin. Il était devenu aumônier militaire sur la base américaine de Karlsruhe en Allemagne après l'avoir rencontré les deux hommes se lièrent d'amitié, correspondant régulièrement par courrier. Severloh rédige ses mémoires en 2000[5], il a répondu à plusieurs interviews et dans un documentaire qui lui était consacré, il affirmera « ne pas avoir tué pour le plaisir, mais pour rester en vie[5] », mais pour certains il restera à jamais « la Bête d'Omaha ».

Heinrich Severloh est mort le 14 décembre 2006 à 82 ans.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Heinrich Severloh, WN 62 - Erinnerungen an Omaha Beach Normandie, 6. Juni 1944, Garbsen, Hek Creativ Verlag,‎ 2004, 2e éd. (ISBN 978-3-932922-11-4)
  • Heinrich Severloh, WN 62 : Mémoires à Omaha Beach Normandie, 6 juin 1944, Heimdal,‎ 2004, 1e éd., 155 p. (ISBN 978-2840481959)

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Omaha beach, le chemins du pardon, documentaire d’Alexander Czogalla et Serge Gordrey, coproduit par Point du Jour et Spiegel TV, 2004. Heinrich Severloh y rencontre un soldat américain débarqué sur Omaha Beach.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Heinrich est souvent remplacé par le diminutif Hein, quelquefois Heinz, dans les documents. Il est aussi celui utilisé dans sa biographie.
  2. a, b, c, d, e et f "Severloh (Gefreiter Heinrich)", page 639, dans le Dictionnaire du Débarquement, sous la direction de Claude Quétel, éd. Ouest-France, 2011
  3. a et b Ils arrivent de Paul Carell, pages 104 et 105, éd Tallandier, 2011
  4. Les Prisonniers, p. 48, de Daniel Costelle
  5. a, b et c "J'ai tué pour rester en vie", Le Point