Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie

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Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie est un essai d'Emmanuel Faye, maître de conférences en philosophie à l'université de Paris X-Nanterre.

Paru pour la première fois en avril 2005 dans la collection biblio essais (le livre de poche), cet essai vise à démontrer que la pensée de Martin Heidegger est indissociable de son engagement dans le nazisme[1]. Il s'appuie sur des extraits épistolaires, des faits historiques et des extraits de cours, lesquels se sont déroulés dans le cadre de séminaires de 1933 à 1935. Sa publication a donné lieu à de nombreux articles de presse[2] et à une polémique intense en France et à l'étranger[3], articles référencés dès la deuxième parution de l'essai en septembre 2006 (p. 31).

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Martin Heidegger.

Martin Heidegger est un philosophe qui a eu une influence notable dans la philosophie française de l'après-guerre. Membre du parti nazi en 1933, il s'en est supposément retiré quelques mois après de toute action politique, tout en gardant sa carte. Cependant son adhésion au parti demeure un sujet de débats houleux. Dès 1946, Karl Löwith consacre un article aux liens entre Heidegger et le nazisme[réf. nécessaire], puis en 1987, Victor Farias publie un livre dédié au sujet Heidegger et le nazisme, montrant les liens étroits du philosophe avec le NSDAP[4]. Le débat n'a depuis cessé de s'amplifier autour du système philosophique de Heidegger, Arno Münster publiant Heidegger, la « science allemande » et le national-socialisme, un livre analysant les divers lettres et écrits de Heidegger alors qu'il état recteur de l'université de Fribourg.

Résumé[modifier | modifier le code]

Heidegger, l'introduction au nazisme en philosophie va au-delà de l'analyse de l'appartenance idéologique du philosophe allemand au parti nazi. Emmanuel Faye cherche dans cet ouvrage à démontrer la présence des racines de la pensée nazie au cœur même des principes philosophiques de Heidegger. L'auteur s'attache ainsi à montrer que l'idéologie nazie n'est pas introduite de manière fortuite dans la pensée « heideggerienne », mais de manière volontaire[4].

L'ensemble du livre de Faye vise à sortir les ouvrages de Heidegger de leur classement comme œuvres philosophiques[2]. Il s’appuie par ailleurs non seulement sur la période très étudiée dite du « rectorat » (1933-1935) mais aussi sur les période moins fouillées de la vie de Heidegger, comme avant 1933 et de 1936 à 1945.

Le premier chapitre est consacré à Heidegger, encore jeune et à la construction de son système de pensée philosophique. Faye y décèle ce qui est pour lui le signe que Heidegger était déjà plongé dès ses débuts dans une idéologie proche du nazisme qui doit surgir plusieurs années plus tard en Allemagne. Les chapitres deux et trois se consacrent à l'ascension du philosophe au rectorat de l'université. Le chapitre 4 se concentre sur les cours donnés par Heidegger et sa manière d'y introduire les notions de race et de peuple, les chapitres 5 et 8 sur deux séminaires inédits et leur teneur idéologique, les chapitres 6 et 7 des relations qu’entretenait Heidegger avec les penseurs nazis. Le chapitre 9 traite des écrits d'après le rectorat (après 1936)[5].

Faye démystifie et démine le sujet en essayant de montrer comment Heidegger a introduit le nazisme dans la philosophie[6]. Il critique par ailleurs via cet ouvrage les philosophes qui ont contribué à diffuser les idées d'Heidegger et amène ses propres thèses proches du cartésianisme et de l'humanisme de Montaigne[2].

Réception[modifier | modifier le code]

La thèse qui est de rejeter tout ce qui est issu d'Heidegger dans la philosophie actuelle relève plus de la mise en accusation et de l'enquête que de la réflexion philosophique selon la critique du livre faite par Luc Vigneault[7]. Richard Wolin, lui aussi auteur de livres sur Heidegger estime que si Faye a correctement pointé la dissémination large des idées d'Heidegger dans la culture actuelle, il n'est pas convaincu par une contamination aussi forte du nazisme dans la philosophie heideggerienne[8]. L'appel à classer chaque œuvre d'Heidegger comme des discours de haine et de la propagande nazie a provoqué un tollé à la suite de la parution du livre, et particulièrement chez des philosophes du courant de Heidegger (François Fédier entre autres) donnant lieu à une polémique sur la pensée du philosophe allemand et à la publication d'un ouvrage collectif en réponse à Emmanuel Faye[9][réf. incomplète].

Heidegger, l'introduction du nazisme en philosophie est en effet l'attaque la plus violente qui ait été portée jusque là à l'édifice philosophique d'Heidegger[8].

Le livre fait l'objet d'une critique conséquente à sa sortie, qui amène à une pétition d'appel au calme et de soutien envers Faye de la part de plusieurs intellectuels[4] notamment des philosophes (Jacques Bouveresse, Jacques Brunschwig, Michèle Cohen-Halimi, Pierre Guenancia, Claude Imbert, Richard Wolinetc.), des historiens (Pascal Ory, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Paul Veyneetc.), des germanistes et philologues (Jean Bollack, Georges-Arthur Goldschmidt, Jean-Pierre Lefebvre, Alain Reyetc.) ainsi que Serge Klarsfeld[3].

Controverses[modifier | modifier le code]

Emmanuel Faye prétend avoir été menacé de mort à la suite de son ouvrage ; il écrit dans un article paru dans la revue philosophique de juin 2007 : « j'ai eu très peur pour ma famille[précision nécessaire] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. R. Durel 2005
  2. a, b et c C. Halbern 2005
  3. a et b « L'essai d'Emmanuel Faye sur Heidegger fait des remous », sur Le nouvel observateur,‎ 22 juin 2005
  4. a, b et c L. Vigneault 2006, p. 310-311
  5. L. Vigneault 2006, p. 314
  6. L. Vigneault 2006, p. 315
  7. L. Vigneault 2006, p. 317
  8. a et b « An Ethical Question: Does a Nazi Deserve a Place Among Philosophers? », sur New York Times,‎ 8 novembre 2009
  9. Le monde

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Romain Durel, « Heidegger : l’introduction au nazisme dans la philosophie », Le Monde diplomatique,‎ septembre 2005, p. 31 (lire en ligne)
  • Luc Vigneault, « Compte-rendu », Philosophiques, Société de philosophie du Québec, vol. 33, no 1,‎ printemps 2006, p. 310-317 (ISSN 0316-2923, lire en ligne [PDF])
  • Catherine Halbern, « Heidegger et la question de l'humanisme. Faits concepts débats. », Sciences humaines, no 163,‎ août septembre 2005 (lire en ligne)
  • Roger-Pol Droit, « Les crimes d'idées de Schmitt et Heidegger », Le Monde des Livres, Le Monde,‎ 25 mars 2005

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Livre d'Emmanuel Faye

Emmanuel Faye, Heidegger : l’introduction au nazisme dans la philosophie : Autour des séminaires inédits de 1933-1935, Paris, Albin Michel, coll. « Idées »,‎ avril 2005, 576 p. (présentation en ligne)

Une réfutation et critique de l'ouvrage par Jean-François Mattéi

Jean-François Mattéi, Emmanuel Faye, l’introduction du fantasme dans la philosophie, Le Portique,‎ 15 juin 2009 (lire en ligne)

Une suite à l'ouvrage par un collectif international de chercheurs réunis autour d'Emmanuel Faye

Emmanuel Faye, Heidegger, la communauté, le sol, la race, Paris, Beauchesne, coll. "Le Grenier à sel", 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]