Hedi Slimane

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Hedi Slimane, né à Paris le 5 juillet 1968 (46 ans), est un photographe et couturier français. Il vit à Los Angeles. Il est actuellement à la tête de la création du prêt-à-porter de la maison Yves Saint Laurent.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Hedi Slimane est né dans le 19e arrondissement de Paris[1] d'une mère italienne, et d'un père tunisien[2]. Il grandit et fait ses études à Paris. À 11 ans, il découvre la photographie, et reçoit son premier appareil photo[3]. Il apprend le tirage noir et blanc et se passionne pour le portrait.

À 16 ans, il commence à réaliser ses propres vêtements, sans penser à une carrière de mode. Il visite alors les locaux du quotidien Le Monde, et souhaite devenir journaliste et reporter. À 18 ans, il commence une hypokhâgne et une année préparatoire à l'Institut de sciences politiques. Il décide finalement d'intégrer l'Institut d'art de Michelet / La Sorbonne et l'École du Louvre. Parallèlement, il poursuit ses travaux photographiques et commence alors à trouver ses modèles, et faire des castings de rue. Il en réalisera pour certains de ses proches, pour des séances photos ou présentations de mode.

Débuts dans la mode[modifier | modifier le code]

De 1992 à 1995, Hedi Slimane assiste Jean-Jacques Picart, notamment sur le projet du centenaire de la « toile monogramme » de Louis Vuitton[4]. À la demande de Pierre Bergé, il débute dans le prêt-à-porter comme directeur des collections chez Yves Saint Laurent en 1996 puis devient directeur artistique. Après la collection black tie pour l'automne-hiver 2000–2001, qui préfigure l'avènement de la silhouette d'Hedi Slimane, et les débuts du skinny (« moulant, proche du corps »), il choisit de quitter YSL, décline la proposition de reprendre Jil Sander, et accepte le poste de directeur de la création Homme chez Dior. Il a carte blanche, et crée l'esprit et l'identité codifiée de Dior Homme en septembre 2000. Il impose alors son style et sa nouvelle silhouette masculine, étirée.

Le skinny ou slim jeans, les vestes réduites et cravates fines[3], le porté « rock » qu'il lance au début des années 2.0 sont finalement adoptés par la rue à partir de la moitié de la décennie[5].

Années 2000[modifier | modifier le code]

En avril 2002, Hedi Slimane est le premier designer homme à recevoir le prix international (International designer) du Conseil des créateurs de mode américains[3], CFDA, New York, des mains de David Bowie, qu'il habille pour ses tournées. Il crée notamment le stagewear de groupes tels que The Libertines, Daft Punk, les Franz Ferdinand, The Kills à leurs débuts, mais aussi Mick Jagger, Beck, Jack White.

Il produit également les bandes-son de ses défilés pour Dior, composées par des artistes underground ou d'avant-garde tels que Readymade FC, qu'il sollicite deux fois pour composer F Me (2001-2002) et Flexion (2002-2003). Également des groupes tels que Phoenix, The Rakes, Razorlight (qui compose pour l'occasion le futur standard In the morning). Il découvre un certain nombre de groupes britanniques, notamment en 2006, These New Puritans, qui composeront Navigate, Navigate pour le dernier défilé Dior Homme de janvier 2007. Il crée parallèlement des couvertures d'album, notamment pour Phoenix (Alphabetical)

Le style et l'allure d'Hedi Slimane sont liés, d'une part, à sa période berlinoise, de 2000 à 2003, figurant le renouveau artistique à Berlin-Est, et dont l'influence sera décisive dans ses premières collections Dior et, d'autre part, à l'influence d'une égérie de la scène underground new yorkaise, Sabisha Friedberg, qui devint très vite son assistante. Il devient résident du centre d'art du Kunst-Werke, et présente son projet de résidanat en septembre 2003 (repris à PS1 MoMA en 2004), ainsi qu'un essai photographique sur Berlin-Est, publié par Steidl, constituant un témoignage sur une période charnière de la création et de l'underground berlinois.

Slimane passe le plus clair de son temps à Londres à partir de 2003, et se retrouvera au cœur d'un mouvement musical émergent, l'avènement de la nouvelle scène punk rock britannique. Il documente les groupes naissants (les Libertines, Franz Ferdinand…) et définit alors un cadre et une esthétique photographiques qui réduit la performance rock et la scène émergente à une écriture minimale, à l'inverse de la tradition « portraitiste » du reportage rock.[réf. nécessaire] Il fait l'inventaire systématique des attributs du rock, et définit un style « noir et blanc » abstrait, texturé et dépouillé qui sera largement repris par la nouvelle génération de reporters rock[6].

Publications et blog photographique[modifier | modifier le code]

Stage, publié chez Steidl en 2004, constitue le premier livre sur le renouveau rock et la « génération 2.0 ». Les conventions photographiques de Stage se répandront par imitation sur les réseaux sociaux naissants, au même titre que la silhouette et le style propre à Slimane. On retrouvera très vite cette influence en publicité (mode et parfums notamment).

London, Birth of a Cult, sort chez Steidl en 2005, et décrit le quotidien d'une jeune rock star britannique méconnue alors. Pete Doherty est entouré de The Paddingtons, et de ses fans, et symbolise alors la nouvelle génération du punk rock londonien. Ce livre préfigure le projet sur Londres, que Slimane propose alors à Libération[7],[8].

En mai 2006, Hedi Slimane invente le blog photographique qu'il appelle Diary, Hedi Slimane diary ou The Diary[9]. Ce format, sériel et chronologique, le « journal photographique » se répand par la suite, et devient un standard[10]. L'appellation « Diary » est adoptée sur le web, et devient synonyme de blog photographique. Slimane transpose alors l'idée du Rock diary commencée en 2004, en collaboration avec le journaliste britannique de NME, Alex Needham.

Retour à la photo[modifier | modifier le code]

En juillet 2007, Hedi Slimane décide de ne pas renouveler son contrat Dior Homme, arrivé à échéance. Afin de le persuader de rester, la maison de couture lui propose de financer sa propre griffe, mais les discussions échouent et Slimane souhaite reprendre sa liberté, revenir à la photographie et se mettre en retrait. Il enchaîne alors plusieurs expositions en Europe, à la Fondation d'art contemporain Ellipse de Lisbonne, au Foam Museum d'Amsterdam[11], à la galerie Arndt Partners de Berlin (exposition sur la jeune scène new-yorkaise, Dan Colen, Nate Lowman, Dash Snow, etc.), au Musac, et à la galerie Almine Rech à Paris.

Quelques années plus tard, il consacre une exposition de groupe aux artistes californiens, de John Baldessari, à Ed Ruscha ou Chris Burden, mais aussi à la jeune garde, représentée par Sterling Ruby, Mark Hagen, Aaron Curry, ou Patrick Hill. L'exposition Myths and Legends of Los Angeles a lieu galerie Almine Rech à Paris en février 2011, et suit d'une semaine une exposition personnelle, à la galerie de Bruxelles, avec l'exposition Fragments Americana, et les dernières photographies américaines. Sont invités son ami Gus Van Sant et l'artiste américain Oscar Tuazon.

Le cycle californien aboutit en novembre 2011 à l'exposition du musée d'art contemporain de Los Angeles, le Moca, où Slimane présente une installation photographique reprenant l'ensemble des archives photographiques californiennes. L'exposition, California Song[12], est conçue de manière cinématique, accompagnée d'une nappe musicale du groupe No Age, dont une performance a lieu le soir du vernissage. Le vernissage a lieu le 11 novembre 2011 et rassemble plus de 2 000 personnes. La performance est filmée, et sera l'objet d'un documentaire réalisé par Hedi Slimane et Commonwealth.

Christopher Owens, le chanteur de Girls, constitue la figure emblématique de California Song. Un projet de Billboards numériques relaie dans les rues de Los Angeles l'exposition du MOCA, sous forme de diaporama.

Hedi Slimane part aux États-Unis et s'installe à Los Angeles en 2010, une ville dans laquelle il a ses habitudes depuis les années Yves Saint Laurent. Il s'y consacre exclusivement à une étude de la Californie et commence un cycle californien qui sera l'objet de plusieurs expositions. Il publie fin 2011, Anthology of a Decade, « lexique » exhaustif de ses années de mode et de photographie, chez JRP-Ringier. Les archives photographiques de la décennie 2.0 sont présentées sous forme de quatre volumes, dédiés à chacun de ses cycles : Paris, Berlin, Londres, Los Angeles.

De nouveau la mode[modifier | modifier le code]

Il revient finalement dans la maison Yves Saint Laurent début 2012, après son premier passage entre 1996 et 2000, en remplacement de l'Italien Stefano Pilati[13],[14] comme « directeur de la création pour la couture » selon ses mots[n. 1], change le nom de celle-ci pour Saint Laurent Paris[n. 2] et délocalise son studio de création à Los Angeles[16] ; il poursuit en parallèle sa carrière de photographe[15].

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Anthology Of A Decade 2000–2010, JRP-Ringier - Zurich,‎ mars 2011, 240 p. (ISBN 978-3037641156, présentation en ligne)
  • American Youth, coffret DVD, MK2, 2009
  • Rock Diary, JRP-Ringier, 2008
  • Costa Da Caparica 1989, catalogue d'exposition, 2007
  • Portrait Of A Performer:Courtney Love, Visionaire Bookzine, 2006
  • Interzone : The Hedi Slimane Book, Purple Fashion 4, 2005
  • London Birth Of A Cult, Steidl/7L, 2005
  • Stage, Steidl/7L, 2004
  • Berlin, Steidl/7L, 2003
  • Intermission 1, Charta, 2002

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 2011 :
    • California Song MOCA, Los Angeles[17]
    • California Dreamin, Myths And Legends Of Los Angeles group show, curateur Hedi Slimane, Galerie Almine Rech, Paris[18]
    • Fragments Americana Galerie Almine Rech, Bruxelles[19]
  • 2008 : MUSAC Museum For Contemporary Art, Leon, Spain[20]
  • 2007-2008 : Perfect Stranger Galerie Almine Rech, Paris[21]
  • 2007 :
    • Young American Foam Museum, Amsterdam[22]
    • Sweet Bird Of Youth group show, curateur Hedi Slimane, Arndt and Partner, Berlin[23]
    • Costa Da Caparica Fondation Ellipse, Lisbonne[24]
  • 2006 :
    • Portrait Of A Performer Galerie Gmurzynska, Zürich[25]
    • I Love My Scene group show, Mary Boone Gallery, New York
    • As Tears Go By Galerie Almine Rech, Paris[26]
  • 2005 :
    • Thank You For The Music group show, Galerie Sprüth Magers, Munich
    • Robert Mapplethorpe curateur Hedi Slimane, Galerie Thaddeus Ropac, Paris
  • 2004 :
    • Stage Galerie Almine Rech, Paris
    • Berlin Galerie Koyanagi, Tokyo
    • Berlin MOMA/PS1, New York[27]
  • 2003 : Berlin Kunstwerke, Berlin

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes de contenu[modifier | modifier le code]

  1. Heidi Slimane indique être chargé de la direction artistique et de la création publicitaire[15].
  2. Peu de temps après, il soutient, lors d'une interview, que ce changement de nom « se posait comme une évidence » ; il précise : « Je voulais revenir à l'esprit et aux intentions qui semblaient prévaloir à la création historique du prêt-à-porter d'Yves Saint Laurent, en 1966. […] Yves Saint Laurent et Pierre Bergé baptisaient leur prêt-à-porter naissant Saint Laurent rive gauche, contrepoint de la haute couture sous le label Yves Saint Laurent. […] Nous sommes donc allés à l'essentiel, un nom qui s'écrit comme il se dit au quotidien : Saint Laurent[15]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) « The Vogue List »,‎ 13 aout 2012 (consulté le 5e mai 2013)
  2. « Hedi Slimane - Profil du créateur », sur ykone.com (consulté le 27 avril 2012)
  3. a, b et c Thiébault Dromard, « Esprit fou », Challenges, no 319,‎ 31 octobre 2012, p. 90 à 91 (ISSN 0751-4417)
  4. « Hedi Slimane », sur tendances-de-mode.com,‎ 15 février 2007 (consulté le 26 novembre 2013)
  5. Katell Pouliquen, « Paris, capitale radicale ! », L'Express Styles, no 3172,‎ 18 avril 2012, p. 58 à 59 (ISSN 0014-5270)
  6. Carine Bizet, « Hedi Slimane, l'esprit Saint Laurent », Style, sur lemonde.fr, M, le magazine du Monde,‎ 2 octobre 2012 (consulté le 6 octobre 2012)
  7. Françoise-Marie Santucci, Olivier Wicker, « Hedi Slimana », sur liberation.fr, SARL Libération,‎ 6 mai 2005 (consulté le 6 octobre 2012)
  8. Sylvie Lambert, « Hedi Slimane rédacteur en chef exceptionnel de Libération », sur lesinrocks.com, Les Inrocks,‎ 22 avril 2005 (consulté le 6 octobre 2012)
  9. (en) Lauren Milligan, « Hedi Slimane Biography », sur vogue.co.uk, Vogue Angleterre,‎ 1er mars 2012 (consulté le 6 octobre 2012)
  10. Peggy Frey, « Fashion VIP : le top 5 des blogs », Style, sur madame.lefigaro.fr, Le Figaro Madame,‎ 11 septembre 2012 (consulté le 6 octobre 2012)
  11. En juillet 2007, la première, sous le titre Young American.
  12. « Kids Cool : Hedi Slimane expose ses photos a Los Angeles » L'Officiel Paris, 30 novembre 2011.
  13. Katell Pouliquen, « Hedi Slimane revient à la mode... chez Yves Saint Laurent », L'Express, 25 février 2012.
  14. « Yves Saint Laurent entame sa révolution avec Hedi Slimane » sur Challenges, 27 février 2012
  15. a, b et c Olivier Lalanne (photogr. Hedi Slimane), « L'héritier », Vogue Paris, no 929,‎ août 2012, p. 208 à 215 (ISSN 0750-3628)
  16. Hedi Slimane, un créateur « normal » ?, 4 juin 2012.
  17. California Song au MOCA
  18. California Dreamin, Myths And Legends Of Los Angeles
  19. Fragments Americana
  20. Hedi Slimane at Musac
  21. Perfect Stranger
  22. Young American
  23. Sweet Bird Of Youth
  24. Costa Da Caparica
  25. * 'Portrait Of A Performer
  26. As Tears Go By
  27. Hedi Slimane at MoMA/PS1

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]