Hans le malin

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Hans le Malin
Image illustrative de l'article Hans le malin
Hans le malin en 1910.

Sexe Hongre
Pays de naissance Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Propriétaire M. von Osten

Hans le malin (en allemand : der kluge Hans) est un cheval élevé en Allemagne et qui, grâce à son intelligence, devient célèbre dans toute l'Europe et aux États-Unis au début du XXe siècle. Ce cheval, éduqué durant quatre ans par son propriétaire, est en effet capable de donner des réponses chiffrées à des questions arithmétiques, même en l'absence de son maître.

L'intérêt que suscite son cas parmi les psychologues est à l'origine de ce que l'on appelle plus tard le « phénomène Hans le Malin », c'est-à-dire l'interprétation de signaux subtils envoyés inconsciemment par un public.

Éducation et représentations de Hans[modifier | modifier le code]

Hans le malin en représentation
Coupure de presse consacrée à Hans le malin dans le Berliner Morgenpost

C'est au début du XXe siècle qu'un cheval savant présenté aux foules commence à faire sensation : Hans, bientôt surnommé « le malin », donne l'impression de savoir compter, calculer, reconnaître les couleurs et répondre par oui ou par non à des questions, grâce à ses mouvements de tête ou des coups de sabot au sol[1]. Entraîné par M. von Osten, professeur de mathématiques et amateur de chevaux, il paraît même capable de lire, d'épeler, et d'identifier des notes de musique lorsque les questions sont préalablement converties en nombres. La réputation de ce cheval s'étend bientôt de l'Allemagne à toute l'Europe, puis aux États-Unis[2].

Dressage de Hans[modifier | modifier le code]

Wilhem von Osten, le premier propriétaire de Hans.

L'aristocrate Wilhem von Osten a éduqué Hans durant quatre ans, en lui apprenant trois mouvements de base : le grattage du sol avec le sabot, le hochement de tête horizontal (pour dire « non ») ou vertical (pour dire « oui »), et le ramassage de morceaux de tissus au sol. Du reste, il remarque bien vite que son élève semble faire preuve d'une intelligence surprenante, ce qui le convainc que les chevaux ne présentent ordinairement pas de signes d'intelligence parce que leurs propriétaires ne prennent pas le temps de les éduquer. Il porte donc une grande attention à Hans, comme s'il s'agissait d'un étudiant humain[2]. Il débute le dressage en donnant des friandises à l'animal puis, remarquant que celui-ci s'arrête de gratter du pied lorsqu'il se relève brusquement, il évite tout mouvement brusque lors de ses séances de dressage[3].

Premiers doutes[modifier | modifier le code]

La première réaction des sceptiques est de chercher le « truc » entre le cheval et son maître. Toutefois, les premières expériences menées pour tester l'intelligence de Hans montrent que le cheval est capable de répondre correctement à des questions même en l'absence de son maitre. Pour faire taire la controverse, l'empereur Guillaume II ordonne la mise en place d'une expertise du « cas Hans »[4].

Découvertes psychologiques[modifier | modifier le code]

Première commission[modifier | modifier le code]

Un comité de treize savants, la « Commission Hans », est constitué par le philosophe et psychologue Carl Stumpf. Elle comprend un directeur de cirque, plusieurs officiers de cavalerie, des spécialistes du dressage animal, des vétérinaires et des psychologues, dont Oskar Heinroth, le découvreur de l'imprégnation des oiseaux. Que le cheval réponde correctement même en l'absence de son maître semble infirmer l'hypothèse d'une supercherie. En 1904, la commission arrive à la conclusion que Hans est probablement capable de résoudre des problèmes arithmétiques, mais demande néanmoins un complément d'enquête[4].

Intervention d'Oskar Pfungst[modifier | modifier le code]

Le comité passe le relais au psychologue Oskar Pfungst, qui publie les résultats de sa recherche en 1907. Il étudie ce cas d'une manière expérimentale, et effectue quatre tests : Isoler Hans et l'interrogateur de tout spectateur, pour éviter tout indice extérieur ; Utiliser d'autres interrogateurs que le maître de Hans ; à l'aide d'œillères, faire en sorte que Hans ne voie pas l'interrogateur ; puis poser des questions dont l'interrogateur ignore les réponses.

Il constate que le cheval répond correctement, quelle que soit la personne qui pose la question, mais il se trompe quand la personne est hors de son champ de vision, ou quand la personne ignore elle-même la réponse à la question. Pfungst en déduit que le cheval doit interpréter le comportement de la personne qui l'interroge. Il s'y intéresse donc et remarque que de minuscules mouvements du visage trahissent la réponse correcte, et que le cheval réagit comme à un stimulus à ces petits mouvements musculaires. Ce n'est donc pas une supercherie, car ces mouvements sont indépendants de la volonté de l'interrogateur, et le cheval réagit véritablement à un stimulus. Toutefois, le cheval ne « réfléchit » pas véritablement à la question en elle-même.

Rendu furieux par ces résultats qui mettent au cause ses idées sur l'intelligence du cheval, von Osten vend Hans, qui est racheté par un certain Karl Krall d'Elberfeld. Il tente d'éduquer deux autres chevaux de la même façon, comme l'indique Rémy de Gourmont[5]. On parle depuis du « phénomène Clever Hans » ou, comme Rémy de Gourmont, des chevaux d’Elberfeld.

L'effet Clever Hans[modifier | modifier le code]

Le risque de l'effet Clever Hans est une forte raison pour laquelle les psychologues comparatifs testent habituellement les animaux dans un contexte isolé, sans interaction avec eux. Toutefois, cela crée un problème, car de nombreux phénomènes parmi les plus intéressants dans la cognition animale ont le plus de chance d'être démontrés dans un contexte social, et afin de les entraîner et de les démontrer, il est nécessaire de construire une relation sociale entre l'entraîneur et l'animal. Ce point de vue a été fortement soutenu par Irene Pepperberg dans le cadre de son étude de perroquets (dont Alex), et par Allen et Beatrix Gardner dans le cadre de leur étude de la chimpanzée Washoe. Si les résultats de telles études doivent gagner une acceptation universelle, il est nécessaire de trouver quelque moyen de tester les accomplissements des animaux qui élimine les risques des effets Clever Hans. Toutefois, retirer simplement l'entraîneur de la scène n'est peut-être pas la stratégie appropriée, parce que là où la relation sociale entre l'entraîneur et le sujet est forte, le retrait de l'entraîneur peut produire des réponses émotionnelles empêchant le sujet de s'exécuter. Il est donc nécessaire de concevoir des procédures où aucune des personnes présentes ne sait quelle peut être la réaction probable de l'animal.

Pour un exemple de protocole expérimental conçu pour surmonter l'effet Clever Hans, voir Rico (en). Comme le clarifie la dernière expérience de Pfungst, les effets Clever Hans ont à peu près autant de chances de se produire dans des expériences avec des humains que dans des expériences avec d'autres animaux. Pour cette raison, on prend souvent soin de faire des expériences en double-aveugle dans des champs tels que la perception, la psychologie cognitive et la psychologie sociale, c'est-à-dire que ni l'expérimentateur ni le sujet ne savent dans quelle condition le sujet est, et ainsi quelles réactions sont prévues. Une autre manière d'éviter l'effet Clever Hans est de remplacer l'expérimentateur par un ordinateur pouvant délivrer des instructions standardisées et enregistrer les réactions sans donner d'indices.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bouissou 2003, p. 55
  2. a et b Bouissou 2003, p. 56
  3. Bouissou 2003, p. 58
  4. a et b Bouissou 2003, p. 57
  5. (cf. bibliographie ci-après). On trouvera un autre récit en français de cette affaire dans René Taton, Le calcul mental, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je »,‎ 1953, « Psychologie et pédagogie », p. 110.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rémy de Gourmont, « Les chevaux qui pensent », La Dépêche de Toulouse, no 16 035,‎ 9 juin 1912, p. 1 (lire en ligne)
  • Vinciane Despret, Hans: Le cheval qui savait compter, Les Empêcheurs de penser en rond,‎ 2004, 136 p. (ISBN 9782846710978)
  • Charles Robert Richet, Traité de métapsychique, Félix Alcan,‎ 1922, 815 p., « Métapsychique animale »
  • (en) O. Pfungst, Clever Hans (The horse of Mr. Von Osten): A Contribution to Experimental Animal and Human Psychology, New York, Henry Holt,‎ 1911
    traduction de l'ouvrage paru en allemand en 1907.
  • (de) Karl Krall, Denkende Tiere, Leipzig, Friedrich Engelmann,‎ 1912, 584 p. (lire en ligne), « Der kluge Hans », p. 1-83
  • Marie-France Bouissou, « Hans, le cheval « intelligent » », Cheval magazine, no 380,‎ juillet 2003, p. 55-58
  • Maria Franchini, De l'intelligence des chevaux: Une exploration de leur vie mentale et émotionnelle, Zulma,‎ 2009, 255 p. (ISBN 2843044952 et 9782843044953)