Halle Saint-Pierre

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48° 53′ 05″ N 2° 20′ 40″ E / 48.88472, 2.3444

Façade d'entrée (rue Ronsard) de la Halle Saint-Pierre
Halle Saint Pierre In Montmartre - Paris 2013.jpg
Musée Halle Saint Pierre à Paris.jpg
Musée Halle Saint Pierre.jpg

La Halle Saint-Pierre est un musée consacré à l'art brut, singulier, outsider. Il est situé à Paris, au pied de la butte Montmartre dans une ancienne halle de style Baltard, ayant autrefois abrité un marché puis une école. Sa directrice est Martine Lusardy.

Rappel historique[modifier | modifier le code]

En 1995, la Halle Saint-Pierre présentait « Art brut et Compagnie, la face cachée de l’art contemporain ». Cette exposition réunissait pour la première fois six musées en un[1] : cinq collections majeures de la deuxième génération de l’art brut autour de la collection-mère de Lausanne, dont le noyau remonte aux premières prospections de Dubuffet, à la fin des années 1940. Une exposition bilan en somme en ce qui concerne la France, où les manifestations grand public concernant l’art brut et l’art singulier étaient alors suffisamment rares pour que l’exposition de la Halle Saint-Pierre ait un retentissement considérable. C’est depuis cette exposition, fondatrice d’un nouveau projet culturel, que la Halle Saint-Pierre occupe, en France et à l’étranger, une place légitime dans l’histoire et l’actualité de l’art populaire contemporain.

Un musée consacré à l'art brut, l'art singulier, l'art outsider[modifier | modifier le code]

Le projet culturel de la Halle Saint-Pierre s’articule autour d’axes fondamentaux qui prennent en considération la spécificité historique, culturelle et sociale de l’art brut et de l’art singulier.

Embrasser au sens large les diverses formes de l’art populaire contemporain[modifier | modifier le code]

L’art brut[modifier | modifier le code]

Dans l’acception historique de Dubuffet : à savoir l’art brut asilaire, l’art médiumnique et les productions inclassables de marginaux, souvent mystiques et révoltés, ou de grands originaux obsessionnels, plus ou moins visionnaires. Au regard des thèses de Dubuffet, l’œuvre d’art brut est une production radicalement individuelle, sauvage et étrangère à tout modèle. Elle est produit de pure nécessité, la seule influence qu’elle subisse étant celle d’une impérieuse voix intérieure.

L’art singulier[modifier | modifier le code]

Il regroupe des créateurs liés par une parenté, non pas une parenté d’école et de mouvement propre à l’art savant professionnel mais plutôt une parenté originelle et fraternelle qui lie des artistes en marge des critères académiques et institutionnels. C’est pourquoi on leur reconnaît souvent, quand ils ne le revendiquent pas eux-mêmes, une filiation avec l’art brut.

Différencier ces différentes formes d’art[modifier | modifier le code]

Refuser d’établir une hiérarchisation mais exiger les qualités artistiques. Que leurs auteurs soient autodidactes ou virtuoses, primitifs ou sophistiqués, ce n’est pas leur ignorance ou leur connaissance des techniques artistiques, leur degré d’habileté, ou leur usage de matériaux inattendus qui sauraient être le fondement et le caractère distinctif de leurs productions. Ce n’est pas parce que l’art brut échappe à une démarche artistique esthétisante, prisonnière de sa filiation savante, qu’il est pour autant le garant obligé d’une virginité culturelle de jour en jour plus improbable. Mais c’est la qualité intrinsèque de chacune des œuvres, surgie d’une tension féconde entre pulsion créatrice et mise en forme, qui doit convaincre et émouvoir et donc guider nos choix.

Établir des passerelles avec les formes plus savantes de la création[modifier | modifier le code]

Dubuffet formulait le constat suivant : Il est évident que personne au monde n’est complètement indemne de conditionnement culturel. Par conséquent on peut dire qu’il n’existe pas d’art totalement brut. Il l’est plus ou moins, c’est une affaire de plus ou de moins. Et l’art brut a ses zones marginales, comme l’art culturel a les siennes aussi, et pareillement on rencontre dans les productions des professionnels de l’art culturel quelquefois le souffle de l’art brut, qui vient vivifier leurs travaux. Il est quelquefois très difficile de tracer une limite bien précise entre ce qui est l’art brut et ce qui n’est pas l’art brut.

Il y a une fraternité d’inspiration, quelquefois d’exécution entre les singuliers, les artistes d’art brut et des courants artistiques reconnus (dada, surréalisme par exemple). Les uns et les autres, « hommes du commun » ou avertis de l’art, sont des familiers de l’étrange et de l’inconnu, passeurs, penseurs, chercheurs de nouveaux chemins qui relient les mondes internes et les mondes externes.

Maintenir la spécificité de l’art brut et de l’art singulier au sein de la création contemporaine[modifier | modifier le code]

Le voisinage des formes marginales de l’art populaire contemporain est profitable à l’art contemporain. Mais il ne peut avoir lieu qu’au prix de certains cloisonnements. En effet, il y a autant de distance entre une machine de Heinrich Anton Müller et une sculpture méta-mécanique de Jean Tinguely, entre un assemblage de Bispo do Rosario et un ready-made de Duchamp qu’entre un masque africain et Les Demoiselles d’Avignon. Cela signifie que les confrontations d’ordre esthétique ne peuvent s’opérer au prix de la perte de sens ou de la négation de la « nécessité intérieure » auxquelles ces œuvres ne peuvent être soustraites l’art brut et ses dérivés ne sont pas opposés à l’art contemporain. Ils communiquent même avec lui, mais comme des plans radicalement contraires communiquent.

Interroger les enjeux profonds de la création[modifier | modifier le code]

Freud nous avait ouvert l’esprit sur la frontière mouvante et incertaine où se tiennent ces formes de l’art, entre le surgissement de l’impulsion et sa domestication par la culture. Le Unheimliche, c’est-à-dire l’inquiétant familier nous met en contact avec le retour imprévu de quelque chose qui aurait dû rester caché dans l’intime, secret, refoulé ou réprimé. C’est ce que l’art brut nous amène à regarder car il y est question de pulsion, de folie, de mort, des origines, de mystique. Le travail de médiation est alors d’élaborer une mise en pensée capable de soutenir et donner du sens à cette mise en tension.

Rester attaché aux diverses formes de la création vivante[modifier | modifier le code]

L’art populaire contemporain n’est pas un territoire aux frontières bien définies, aux contenus figés. C’est un territoire potentiellement en expansion dont les contours sont en perpétuelle évolution. Ce sont ces orientations qui ont commandé l’activité principale de la Halle Saint-Pierre depuis 1995 : les expositions temporaires (voir annexes)

Mise en œuvre du projet culturel[modifier | modifier le code]

Ce projet s’articule autour de grandes expositions temporaires, et de multiples manifestations artistiques et culturelles qui favorisent le questionnement sur les rapports de l’art à ses sources, à ses frontières, à ses dérives et d’abord à ses créateurs. La nature même des expositions, la nécessité incontournable de socialiser ce qu’elles présentent, les différentes manières d’assurer cette socialisation ont conduit la Halle Saint-Pierre à élaborer pour ses différents publics des médiations qui sont en réel rapport avec les formes d’art présentées.

Les grandes expositions[modifier | modifier le code]

La Halle Saint-Pierre organise trois ou quatre expositions par an.

Les expositions historiques[modifier | modifier le code]

Elles étudient la réalité artistique et culturelle que recouvrent les concepts art brut, art singulier et art outsider dans les autres cultures :

  • Art brut et compagnie, la face cachée de l’art contemporain
  • Art outsider et Folk Art (États-Unis)
  • 17 Naïfs de Taïwan
  • Haïti, ange et démon
  • Art en marge (Belgique)
  • Art brut tchèque
  • Art brut brésilien
  • Australian Outsiders
  • India, art brut et singulier
  • British Outsider Art
  • Art brut japonais

Les expositions thématiques[modifier | modifier le code]

Elles sont l’occasion d’initier ou d’approfondir des recherches sur des thématiques liées à la spécificité du domaine (inconscient, folie, génie, automatisme, mystique, mythes, origines…) :

  • Passeurs de Lumière
  • Oh la vache
  • Civilisations imaginaires
  • Art spirite, médiumnique et visionnaire
  • Poupées
  • Écriture en Délire
  • Esprit de la Forêt
  • Liaisons africaines
  • Varian Fry

Les expositions collectives et les monographies[modifier | modifier le code]

Elles donnent une place nécessaire à la création vivante.

Collectives[modifier | modifier le code]
  • Aux Frontières de l’art brut I et II
  • L’Œil à l’état sauvage
  • Œil pour œil
  • Noir sur Blanc
  • Dessins pointus
  • Éloge du dessin
  • Sous le vent de l’art brut : la Collection Charlotte Zander
  • Hey! Modern art & Pop culture
  • Raw Vision
Monographiques[modifier | modifier le code]

Les activités culturelles[modifier | modifier le code]

La Halle Saint-Pierre accompagne son projet de multiples activités culturelles et pédagogiques qui contribuent à promouvoir des domaines de la création ou des pratiques artistiques ayant un lien de parenté avec l’art brut et l’art singulier. Elles font de la Halle un lieu de rencontre sans équivalent entre créateurs provenant des horizons les plus divers.

La galerie[modifier | modifier le code]

Elle est devenue un lieu recherché pour la présentation d’artistes singuliers qui ne bénéficient d’aucun réseau de diffusion. Chaque mois un artiste ou un groupement d’artistes bénéficient gracieusement de l’espace galerie pour présenter leurs productions.

La librairie[modifier | modifier le code]

La librairie de la Halle Saint-Pierre est spécialisée dans les écrits sur l’art, les livres d’artistes et surtout dans les ouvrages concernant toutes les formes de la création hors normes contemporaine. Elle distribue et soutient les petites publications spécialisées, souvent éditée à compte d’auteur comme Zon’Art et Gazogène. Unique en Europe, elle participe largement au rayonnement du lieu. Elle a lancé en 1995 l’édition française de la revue anglo-saxonne Raw Vision.

Elle fonctionne également comme un centre de ressources et de documentation, où amateurs, collectionneurs, universitaires peuvent échanger leurs informations, leurs contacts et leurs expériences. Son expertise sur les ouvrages étrangers vient des réseaux qu’elle a mis en place avec les institutions privées et publiques et les collectionneurs du monde entier et particulièrement de sa présence régulière à l’Outsider Art Fair qui se tient à New York chaque année.

L’édition de catalogues d’exposition[modifier | modifier le code]

Édités par la Halle Saint-Pierre, les catalogues sont maintenant coédités avec des éditeurs comme Gallimard, Hoebeke ou Passage Piétons.

  • Art brut et Compagnie, coédition La Différence (épuisé)
  • Art outsider et Folk Art (États-Unis)
  • 17 Naïfs de Taïwan
  • Haïti, ange et démon, coéditions Hoebeke (épuisé)
  • Art brut tchèque, coédition Passage Piétons (épuisé)
  • Art brut brésilien, coédition Passage Piétons
  • Passeurs de Lumière
  • Australian Outsiders
  • British Outsider Art
  • Art brut japonais
  • Civilisations imaginaires (épuisé)
  • Art spirite, médiumnique et visionnaire, coédition Hoebeke
  • Poupées, coédition Gallimard
  • Varian Fry
  • Aux Frontières de l’Art brut I et II (épuisé)
  • Noir sur Blanc, coédition Travioles (épuisé)
  • Éloge du dessin
  • Sous le vent de l’Art brut : collection Charlotte Zander
  • Louis Pons (artiste) (épuisé)
  • Gilbert Peyre
  • Jean Rustin (épuisé)
  • Stani Nitkowski
  • Lena Vandrey
  • Le Monde selon HR Giger
  • Unica Zürn
  • Yolande Fièvre
  • Sylvia Katuszewski
  • Fred Deux et Cécile Reims
  • Chomo

Autres manifestations[modifier | modifier le code]

  • Le Festival du film sur les créateurs et les environnements singuliers
  • Des soirées poétiques et littéraire : elles mettent à l’honneur un auteur ou un mouvement qui convergent avec la philosophie du projet de la Halle Saint-Pierre pour questionner les rapports de l’art à ses sources, à ses frontières, à ses dérives et d’abord à ses créateurs.
  • Des conférences, débats, colloques portant notamment sur la création alternative et la contribution de l’art brut à la réflexion sur la création.
  • Le Salon des petites maisons d’édition.
  • Des présentations régulières de travaux réalisés dans les ateliers d’art-thérapie ou de thérapie occupationnelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Heltz, « Brut de création. "Art but et compagnie", halle Saint-Pierre », Télérama, n° 2390, 1er novembre 1995, pp. 28-32.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]