Habitation à bon marché

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Les HBM parisiens de la Porte de Clignancourt.

Les habitations à bon marché, très souvent appelées HBM, correspondaient - jusqu'en 1949 - aux actuelles HLM (habitations à loyers modérés). Si les constructions réalisées sur la Zone à Paris dans l'entre-deux guerres, sont les plus connues, les HBM ont été réalisées dans l'ensemble de la France. Ce type de logement populaire prend sa forme autonome avec la loi Siegfried du 30 novembre 1894 qui crée l'appellation d'« habitations à bon marché » (HBM) incitant la mise à disposition de logements à prix social avec une exonération fiscale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jusqu'au XIXe siècle, la question du logement est considérée comme ne relevant pas des institutions publiques, la révolution industrielle développe une masse d'ouvriers qu'il faut loger, cette question relevant alors des rapports marchands, du paternalisme patronal qui crée des cités patronales, cités ouvrières ou corons, puis des domaines de l'assistance, de la charité (réformateurs sociaux, philanthropes comme la fondation Lebaudy créée en 1903 et la la fondation Rothschild en 1904) qui proposent deux types de logement, le pavillon en accession à la propriéré ou le locatif dans des immeubles d'appartements. Toutefois, l'habitat ouvrier est souvent tellement dégradé que cette position idéologique ne peut être durablement maintenue. En 1832, une épidémie de choléra fait près de 20 000 victimes, et les docteurs Parent-Duchâtelet et Villermé soulignent le rôle désastreux de la saleté et l'exiguïté des logements - plutôt des taudis - des plus pauvres. Sous l'impulsion de philanthropes et hygiénistes, une première loi intervient en 1850 pour lutter contre le logement insalubre. À l'issue du premier Congrès international des Habitations à Bon Marché à Paris en juin 1899, la Société Française des Habitations à Bon Marché (terme remplaçant celui d'habitation ouvrière) est créée[1].

L'industriel et député Jules Siegfried fait voter le 30 novembre 1894 une loi qui porte son nom, qui encourage la création d'organismes d'habitations à bon marché en mettant en place des exonérations fiscales et en donnant la possibilité d’utiliser les fonds de la Caisse des dépôts pour financer ces programmes. Cette loi est complétée par la loi soutenue par Paul Strauss, qui permet aux communes de financer le logement social et définit le prix des loyers comme des normes de salubrité : c'est la reconnaissance de la légitimité d'une « action publique » en France pour favoriser le logement social. La caisse des dépôts prêtant avec beaucoup de réticence, le municipalisme et radicalisme favorise la création des Offices publics d'HBM (OPHBM[2]) sur le modèle du dispositif parisien (emprunt à l'État de 200 millions de francs du Conseil de Paris en mars 1912 pour construire 26 000 logements ouvriers), Offices autorisés par la loi Bonnevay du 23 décembre 1912 et pouvant bénéficier de prêts bonifiés de l'État[3].

Après la Première Guerre mondiale, la question du logement devient cruciale, notamment à Paris et dans le département de la Seine. Le retard pris dans la construction, les destructions et l'afflux de populations provinciales et étrangères rendent le parc inadapté, insuffisant, insalubre.

Les réponses seront de deux ordres :

Entre 1920 et 1930, de nombreux lotissements seront réalisés dans le département de la Seine, sur une surface de l'ordre de 15 000 hectares, soit près du double de la surface de Paris, profitant d'une amélioration des conditions de déplacement permises par le développement des lignes de trains de banlieue ou des tramways qui irriguent la proche et la moyenne banlieue.

En 1928, la loi Loucheur prévoit, dans le cadre des actions des offices de HBM (31 offices municipaux dans le département de la Seine), la construction de 200 000 logements HBM et 80 000 logements à loyer moyen en 5 ans avec l'aide financière de l'État.

Les HBM parisiens[modifier | modifier le code]

HBM de l'Office de la Ville de Paris, dans le 13e arrondissement de Paris

Après la Première Guerre mondiale, les gouvernements successifs décident la suppression de l'enceinte fortifiée de Paris, qui n'est plus adaptée aux besoins de la Défense, et d'aménager la partie située entre les boulevards des Maréchaux et la limite extrême de la zone de servitude militaire. Celle-ci était une zone non constructible ou zone non-ædificandi, correspondant à l'actuel tracé du périphérique, et laissée volontairement en friche par la Défense de Paris pour des raisons militaires datant de la fin du XIXe siècle.

Se développeront alors des immeubles de briques orange, hauts généralement de six étages, qui seront mis à la disposition des foyers modestes et populaires de la capitale.

Les HBM du Département de la Seine[modifier | modifier le code]

Le groupe de Drancy-I des HBM de la Seine
La Cité jardin des Grésillons, à Asnières-sur-Seine, construite par les HBM de la Seine

L'office des HBM de la Seine, dirigé par Henri Sellier, lance, entre 1921 et 1939, un programme de 15 cités-jardins inspirées des théories de l'Anglais Ebenezer Howard. Henri Sellier défend l'idée « des ensembles de logements propres à assurer la décongestion de Paris et de sa banlieue et à montrer que l'on peut assurer à la classe des travailleurs un logement présentant le maximum de confort matériel et de conditions d'hygiène » .

Des HBM aux HLM[modifier | modifier le code]

Dans le cadre du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme qui considère le logement comme une compétence de l'État-providence, une loi de 1949 transforme les HBM en HLM, les actuelles habitations à loyer modéré, qui deviendront peu après l'outil principal de l'État pour lutter contre la crise du logement de l'après-guerre, au moyen notamment des grands ensembles (plan Courant : industrialisation des chantiers, développement du 1 % patronal et de l'expropriation) et des zones à urbaniser en priorité Désormais, des normes de revenus sont fixées pour l'accès au logement social[4].

Toutefois, la notion d'HLM se rapportant essentiellement à des règles de financement et de gestion du logement, il est abusif de considérer qu'HLM induit nécessairement le logement collectif. De nombreux organismes HBM puis HLM ont construit également des pavillons sous statut de logement social.

Citations[modifier | modifier le code]

« Quand j'ai déménagé de Rancy, que je suis venu à la Porte Pereire, elles m'ont escorté toutes les deux. C'est changé Rancy, il reste presque rien de la muraille et du Bastion. Des gros débris noirs crevassés, on les arrache du remblai mou, comme des chicots. Tout y passera, la ville bouffe ses vieilles gencives. C'est le "P.Q. bis" à présent qui passe dans les ruines, en trombe. Bientôt ça ne sera plus partout que des demi-gratte-ciel terre cuite. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Roger-Henri Guerrand, Les origines du logement social en France : 1850-1914, de la Villette,‎ 2010, 287 p.
  2. Le premier office est créé à la Rochelle en 1913 et le deuxième à Paris en 1914.
  3. Christian Chevandier, "Laurent Bonnevay, réformateur social ?", dans Bruno Benoît - Gilles Vergnon, Laurent Bonnevay (1870-1957) et le département du Rhône. Colloque des 15 et 16 novembre 2007, à paraître
  4. Annie Fourcaut, « La belle époque des HLM », émission La Marche de l'histoire sur France Inter, 9 février 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sites internet
Bibliographie