H. L. Mencken

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

H. L. Mencken

Description de cette image, également commentée ci-après

Henry Louis Mencken

Activités Écrivain, peintre, musicien
Naissance
Baltimore (Maryland)
Décès (à 75 ans)
Baltimore (Maryland)
Langue d'écriture Américain
Genres Essais,
journalisme

Henry Louis Mencken ( à Baltimore, Maryland, idem), plus connu sous le nom de H. L. Mencken, était un journaliste, linguiste, satiriste, critique social et un libre penseur, surnommé le « sage de Baltimore » ou encore le « Nietzsche américain ». Il est souvent considéré comme l'un des écrivains américains les plus influents du XXe siècle. À une époque de sa carrière, les Américains l'avaient désigné comme leur plus brillant esprit et critique littéraire hors pair.

Mencken est probablement le plus connu aujourd'hui pour son ouvrage The American Language, une étude de plusieurs volumes sur la façon dont l'anglais est parlé aux États-Unis, ainsi que pour son reportage satirique sur le procès Scopes, qu'il appelait le « procès du singe ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Mencken est le fils d'August Mencken, Sr, propriétaire d'une usine germano-américaine de cigares. Lorsque Mencken n'avait que trois ans, sa famille déménagea au 1524 Hollins Street[1], dans le quartier de Union Square, à Baltimore. Mis à part cinq années de vie conjugale, Mencken passera le restant de ses jours dans cette maison.

Les parents de Mencken insistèrent pour qu'il prenne des cours du soir afin qu'il apprenne à rédiger pour des journaux ou des entreprises. Ceci marquera les débuts de Mencken dans le journalisme, et il n'ira jamais au lycée.

Mencken devint reporter pour le Baltimore Morning Herald (en) en 1899, puis pour le Baltimore Sun en 1906. Il continuera d'écrire, à plein temps ou occasionnellement, pour le Sun jusqu'en 1948, lorsqu'il arrêta d'écrire.

En une période de seulement quelques années, Mencken commença à écrire des éditoriaux et à donner son point de vue, ce qui lui permit de se faire un nom. À côté, il écrivit des nouvelles, un roman ainsi que des poèmes – il ne publia jamais ceux-ci. En 1908, il devint critique littéraire pour le The Smart Set (en), et en 1924, il fonda avec l'aide de George Jean Nathan le magazine The American Mercury (en), publié par Alfred A. Knopf. Ce périodique acquiert bien vite une distribution nationale, et devient hautement influent sur les campus américains. En 1933, Mencken cessa d'en être éditeur.

En 1930, Mencken épousa Sara Haardt, enseignante d'anglais au Goucher College de Baltimore et auteur, qui était âgée de 18 ans de moins que lui. Haardt, dirigeante de la branche d'Alabama du National Woman's Party (en), mena une campagne afin que cet État ratifie le 19e amendement[2]. Ils s'étaient rencontrés en 1923 après que Mencken avait donné une conférence au Goucher College. Il lui fit la cour pendant sept ans[3]. La mariage fit les gros titres des journaux nationaux, et beaucoup furent surpris que Mencken, qui avait une fois déclaré que le mariage est « la fin de l'espoir » et qui était connu pour se moquer des relations entre les sexes, soit allé jusqu'à l'autel. « Le Saint-Esprit m'a informé et m'a inspiré » déclara-t-il. « Comme tous les autres infidèles, je suis superstitieux et je suis les us : celui-ci a l'air superbe »[4]. Encore plus stupéfiant, il épousa une native de l'Alabama, alors qu'il écrivit de cinglants articles sur les États du Sud.

Haardt fut atteinte de la tuberculose[5] durant leur mariage, et elle mourut d'une méningite en 1935, laissant Mencken en proie à l'abattement. Il avait défendu ses écrits, et après sa mort il publia une compilation de ses nouvelles sous le titre Southern Album.

La Grande Dépression et le New Deal, que Mencken n'aimait pas, furent à l'origine de la diminution de l'engouement que les gens lui portaient, ainsi que son manque de soutien pour la participation des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale et son aversion toute personnelle pour le président Franklin Delano Roosevelt. Ses services en tant que critique littéraire, satire, et commentateur politique étaient de moins en moins demandés, sa principale activité intellectuelle entre la mort de Haardt et son accident vasculaire cérébral en 1948, qui le laissa conscient mais incapable de lire ou d'écrire, mis à part quelques écrits pour les journaux de Baltimore, fut son étude de langue américaine et l'écriture de ses mémoires. Ces derniers prirent la forme d'essais humoristiques, anecdotiques et nostalgiques, et furent publiés pour la première fois dans le New Yorker, puis réunis dans les ouvrages Happy Days, Newspaper Days, et Heathen Days.

Après son attaque, Mencken aimait à écouter de la musique classique, discuter avec des amis, bien qu'il parlât parfois de lui au passé. Préoccupé comme il était sur la façon dont il serait perçu après sa mort, il organisa ses papiers, ses lettres, ses articles de journaux, et même ses bulletins scolaires de l'école primaire, alors qu'il était incapable de lire. Tous ces écrits furent mis à la disposition d'étudiants en 1971, 1981, et 1991, ce qui constitue des centaines de milliers de lettres reçues ou envoyées, la seule omission étant les lettres strictement personnelles reçues de femmes.

Décès[modifier | modifier le code]

Mencken mourut le [6]. Il fut enterré au cimetière Loudon Park de Baltimore. L'épitaphe figurant sur sa tombe est celle-ci :

« Si, après que j'aurai quitté cette terre, vous vous souvenez un jour de moi et désirez plaire à mon fantôme, pardonnez à quelque pécheur, et faites un clin d'œil à quelque laideron. »[7]

Après sa mort, cette épitaphe fut également inscrite sur une plaque accrochée dans le couloir du Baltimore Sun. Mencken suggéra cette épitaphe pour sa tombe dans le Smart Set, plusieurs années auparavant.

Idées politiques[modifier | modifier le code]

Dans un article des Études anglaises, Anne Ollivier-Mellios avance l'hypothèse selon laquelle Mencken pourrait être classé parmi les anarchistes de droite tel Michel-Georges Micberth[8], en France. En effet, sa haine de la démocratie, son individualisme exalté, ainsi qu'un certain conservatisme au niveau des mœurs pourrait inciter à le ranger parmi les anarchistes de droite. Il s'est néanmoins prononcé à plusieurs reprises pour l'existence d'un État fort, qui serait contrebalancé par une totale liberté d'expression.

Élitisme[modifier | modifier le code]

Au lieu d'avancer qu'une race ou un groupe est supérieur à un autre, Mencken estime que chaque groupe — qu'il s'agisse des journalistes, des noirs, ou des artistes — produit ses élites. Il considère que les groupements sont équivalents aux hiérarchies, ce qui mène à une sorte d'élitisme et d'aristocratie naturels. Les individus supérieurs, selon Mencken, sont donc ceux qui sont injustement opprimés et dédaignés par leur propre groupe, mais se distinguant néanmoins par leur volonté et leur accomplissement personnel — et non pas d'après leur race ou leur naissance. Ainsi, et d'après son patrimoine, son accomplissement et son éthique, Mencken considérait qu'il faisait partie de cette élite.

En 1989, conformément à ses instructions, Alfred A. Knopf publia le « journal secret » de Mencken sous le titre The Diary of H. L. Mencken. Selon un article du Daily Breeze, en date du intitulé Le journal secret de Mecken montre des penchants racistes, les idées de Mencken choquèrent également « l'érudit compatissant qui l'édita », Charles A. Fecher. Il existait un club de Baltimore répondant au nom de Maryland Club dont l'un des membres était juif, et celui-ci mourut. Mencken écrivit, selon l'article : « Il n'y a pas d'autre juif à Baltimore qui semble approprié » (« There is no other Jew in Baltimore who seems suitable »). En 1943, il écrivit dans son journal à propos des noirs : « il est impossible de discuter de quoi que ce soit ressemblant à de la discrétion ou à un jugement à une femme de couleur ». Cependant, les violences contre les noirs le rendait furieux, puisqu'il déclara par exemple à propos d'un lynchage s'étant déroulé dans le Maryland :

« Pas le moindre notable ne se déplaça dans l'urgence, bien que toute la ville sût ce qui se passait. N'importe lequel de ces notables eût pu empêcher ce crime, seulement en menaçant d'en dénoncer les auteurs, mais personne ne parla. Williams fut donc convenablement pendu, brûlé puis mutilé. »[9]

Une autre des critiques soulevées à son égard est qu'il était souvent obsédé par l'importance du statut social ou de la classe sociale. Ainsi, Mencken se sépara d'une relation de plusieurs années avec son amante Marion Bloom (en), alors qu'ils étaient sur le point de se marier, ce que des critiques ont interprété pour du mépris de la part de Mencken qui considérait que Bloom n'était pas assez riche, élevée socialement et sophistiquée pour lui. Cependant, Mencken déclara qu'il avait rompu cette relation uniquement à la suite de la conversion de celle-ci à la Science chrétienne, qu'il désapprouvait.


Citations[modifier | modifier le code]

  • « Être amoureux c'est simplement être dans un état d'anesthésie perpétuelle — prendre un homme ordinaire pour un dieu grec et une femme ordinaire pour une déesse. », Prejudices, First Series, 1919 (en anglais : « To be in love is merely to be in a state of perpetual anesthesia — to mistake an ordinary young man for a Greek god or an ordinary young woman for a goddess. »)
  • « L'injustice est relativement facile à supporter ; ce qui l'est moins c'est la justice », Prejudices, Third Series, 1922 (en anglais : « Injustice is relatively easy to bear; what stings is justice. »)
  • « Plus je vieillis, moins je crois à la maxime familière qui veut que l'âge apporte la sagesse. », Prejudices, Third Series, 1922 (en anglais : « The older I grow the more I distrust the familiar doctrine that age brings wisdom. »)
  • « Une célébrité est quelqu'un qui est connu par beaucoup de personnes qu'il est content de ne pas connaître. », A Mencken Chrestomathy, 1949 (en anglais : « A celebrity is one who is known to many persons he is glad he doesn't know. »)
  • « Un homme peut être un idiot et ne pas le savoir — sauf s'il est marié. », A Mencken Chrestomathy, 1949 (en anglais : « A man may be a fool and not know it — but not if he is married. »)
  • « L'homme le plus dangereux pour un gouvernement est celui qui est capable de réfléchir par lui-même, sans égard aux superstitions et aux tabous prédominants », dans le Smart Set, décembre 1919 (en anglais : « The most dangerous man to any government is the man who is able to think things out for himself, without regard to the prevailing superstitions and taboos. »)
  • « L'opinion publique, à l'état brut, jaillit dans la forme immémoriale de la peur de la foule. Elle est acheminée par des tuyaux dans des usines, où on lui donne alors du goût, de la couleur, et où elle est mise en bouteilles. », Notes on Democracy, 1926 (en anglais : « Public opinion, in its raw state, gushes out in the immemorial form of the mob's fear. It is piped into central factories, and there it is flavoured and coloured and put into cans. »)

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Il est dépeint dans le film Procès de singe sous les traits du personnage de E. K. Hornbeck, incarné par Gene Kelly. Ce film traite du procès Scopes.
  • Quand une stripteaseuseuse lui demanda de trouver un terme « plus digne » pour sa profession, Mencken, qui adorait la vie nocturne, proposa ecdysiaste, ce qui signifie « quelqu'un qui s'effeuille »[10].
  • Dans la série télévisée Gilmore Girls, H. L. Mencken est souvent cité, notamment la Chrestomathy, lorsque Rory et son grand-père discutent dans la première saison.
  • Dans l'autobiographie Black Boy de Richard Wright, Richard lit Prejudices de Mencken.
  • Dans la série The Wire, saison 5, des journalistes du Baltimore Sun citent son épitaphe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Il existe une traduction française de son In defense of women parue en 1934 chez Gallimard préfacé par Paul Morand.

  • George Bernard Shaw: His Plays (1905)
  • The Philosophy of Friedrich Nietzsche (1907)
  • The Artist: A Drama Without Words (1912)
  • A Book of Burlesques (1916)
  • A Little Book in C Major (1916)
  • The Creed of a Novelist (1916)
  • Pistols for Two (1917)
  • A Book of Prefaces (1917)
  • In Defense of Women (1917)
  • Damn! A Book of Calumny (1918)
  • L'Antéchrist de Friedrich Nietzsche, en tant que traducteur (1918)
  • The American Language (1919)
  • La série des Prejudices (1919–27) :
    • First Series (1919)
    • Second Series (1920)
    • Third Series (1922)
    • Fourth Series (1924)
    • Fifth Series (1926)
    • Sixth Series (1927)
    • Selected Prejudices (1927)
  • The American Credo: A Contribution Toward the Interpretation of the National Mind en collaboration avec George Jean Nathan (1920)
  • The Hills of Zion (1925)
  • Notes on Democracy (1926)
  • Libido for the Ugly (1927)
  • Menckeneana: A Schimpflexikon (1928)
  • On Politics: A Carnival of Buncombe (1920-1936)
  • Treatise on the Gods (1930)
  • Making a President (1932)
  • Treatise on Right and Wrong (1934)
  • Happy Days, 1880–1892 (1940)
  • Newspaper Days, 1899–1906 (1941)
  • Heathen Days, 1890–1936 (1943)
  • A Mencken Chrestomathy (1948)
  • The American Scene (1965)
  • The Impossible H. L. Mencken: A Selection Of His Best Newspaper Stories (1991)
  • A Second Chrestomathy (1994)
  • A Religious Orgy in Tennessee A Reporter's Account of the Scopes Monkey Trial (2007)

Études[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Description détaillée de la maison Mencken à Baltimore
  2. Biographie de Sara Haardt ; le 19e amendement concerne le droit de vote pour chaque citoyen, quel que soit son sexe.
  3. Vie et œuvre de Sara Haardt
  4. Biographie de Mencken sur menckenhouse.org
  5. Biographie de Sally Haardt
  6. « H.L. Mencken est décédé dans son lit tôt ce matin. Cet auteur, éditeur, critique et journaliste de 75 ans vivait retiré depuis une hémorragie cérébrale en 1948. », article du New York Times du 30 janvier 1956
  7. En anglais : « If, after I depart this vale, you ever remember me and have thought to please my ghost, forgive some sinner, and wink your eye at some homely girl. »
  8. H. L. Mencken : anarchiste de droite ?, Anne Ollivier-Mellos, Études anglaises, Klincksieck, 2003.
  9. En anglais : « Not a single bigwig came forward in the emergency, though the whole town knew what was afoot. Any one of a score of such bigwigs might have halted the crime, if only by threatening to denounce its perpetrators, but none spoke. So Williams was duly hanged, burned and mutilated. »
  10. Ernest Wylie Harkins, Fathers I Have Known: H.L. Mencken, H. Allen Smith, 2004, ISBN 978-1-4134-6075-9

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]