Hôtel de préfecture du Val-d'Oise

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49° 02′ 07″ N 2° 04′ 40.5″ E / 49.03528, 2.077917 ()

L'hôtel de préfecture de Cergy, en 2009.

L'hôtel de préfecture du Val-d'Oise est un bâtiment édifié à la fin des années 1960 à Cergy pour accueillir les services préfectoraux du département du Val-d'Oise, en Île-de-France.

Histoire[modifier | modifier le code]

La construction de cet édifice fait suite à la création du département du Val-d'Oise, par la réorganisation de la région parisienne. Décidée en 1964, cette création n'est devenue effective que le 1er janvier 1968 ; durant l'intervalle, un préfet délégué a été nommé en la personne d'André Chadeau.

Dans un premier temps, ses services préfectoraux ont occupé des préfabriqués à Pontoise (commune choisie comme chef-lieu du département en 1965), sur un terrain que le conseil général de Seine-et-Oise avait acheté pour y construire une école normale d'instituteurs[1].

L'emplacement de l'édifice définitif qui devait les remplacer a été choisi par Paul Delouvrier, alors délégué général au district de la région de Paris, au cours d'une reconnaissance par hélicoptère[2]. En effet, il n'était pas satisfait par les propositions du sénateur de Seine-et-Oise et maire de Pontoise, Adolphe Chauvin, parmi lesquelles le château de Marcouville dans la vieille-ville de Pontoise, ou l'abbaye de Maubuisson à Saint-Ouen-l'Aumône[2],[3],[4].

La construction de l'hôtel de préfecture, entre 1967 et 1970, fut le premier chantier de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise[5]. Elle a débuté après que les agriculteurs de Cergy, opposés à l'expropriation des terres qu'ils exploitaient pour permettre la construction de la ville nouvelle, eurent évacué le 14 juillet 1967 le terrain destiné à accueillir la préfecture, qu'ils occupaient depuis le 29 mars. Devant l'échec des négociations sur le montant des indemnisations, ils ont réitéré leur action en mars 1969 en interrompant le chantier, entraînant l'intervention des CRS[3],[6]. Le bâtiment a finalement été inauguré en juillet 1970 par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Raymond Marcellin[3], et a ensuite donné son nom au quartier qui s'est construit autour de lui : Cergy-Préfecture.

Il a été bâti sur les plans de l'architecte Henry Bernard (assisté de Robert Decosse et Pierre Mougin), et décoré par Joseph-André Motte, avec des sculptures de François Stahly[7]. Son parc a été créé en 1973 par le paysagiste Allain Provost[8].

Architecture[modifier | modifier le code]

Le bâtiment utilise l'encorbellement de manière à former une pyramide renversée (semblable à l'hôtel de ville de Boston[9],[10],[11]), le tout posé sur un socle vitré[12]. Ce choix répond à la demande d'un « témoignage d'architecture contemporaine » formulée par le ministère de la Culture (dirigé à l'époque par André Malraux), chargé de la maîtrise d'ouvrage[9].

L'architecte Henry Bernard résume en ces termes sa volonté de l'ouvrir sur l'extérieur : « plutôt que de faire la préfecture au fond d'une place, j'ai tenté de faire une place au milieu de la préfecture »[13]. Pourtant, Ionel Schein commente ainsi son œuvre dans Paris construit : « L'ensemble des préfectures construites ou actuellement en construction gardent, toutes, une fidélité, un attachement à la notion napoléonienne de représentativité et de « gardiennage » de l'ordre public assumée par le haut fonctionnaire, maître des lieux. Faire une préfecture en forme de pyramide posée sur sa pointe, est-ce une prouesse idéologique ? Est-ce un renversement des valeurs ? Non, pas ici : bien au contraire. L'architecture est ici contemporaine du temps historique de sa construction. Toute autre interprétation est vaine. »[14]

L'ensemble mesure 20 mètres de haut, sur six étages, et occupe au sol un carré de 60 mètres de côté[15], pour un total de 27 600 m2 de plancher[16]. Fait de béton précontraint, d'aspect poli, ses fenêtres ont un châssis d'aluminium[15].

Apparitions[modifier | modifier le code]

Dans le film I... comme Icare, sorti en 1979, l'hôtel de préfecture tient lieu de palais du gouvernement pour l'État fictif dans lequel se déroule l'action[17],[18],[19].

Éric Rohmer, qui qualifie l'hôtel de préfecture de « chose à l'envers »[20], a tourné L'Ami de mon amie en 1987 dans le quartier ; le film s'ouvre ainsi sur le parvis du bâtiment[21].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Hirsch (préf. Jean-Eudes Roullier et Guy Salmon-Legagneur), L'invention d'une ville nouvelle, Cergy-Pontoise, 1965-1975 : Récit d'un témoin, Paris, Presses de l'École nationale des ponts et chaussées, 1990, 293 p. (ISBN 2-85978-140-4), p. 54.
  2. a et b Bernard Hirsch, op. cit., p. 34.
  3. a, b et c Vincent Girard, C'était la ville nouvelle : Récit de la fondation de Cergy-Pontoise, Paris, Somogy, 2002, 143 p. (ISBN 2-85056-617-9), p. 21.
  4. L'aménagement de la région parisienne, 1961-1969 : Le témoignage de Paul Delouvrier accompagné par un entretien avec Michel Debré, Institut Paul-Delouvrier et Programme d'histoire et d'évaluation des villes nouvelles françaises, Paris, Presses de l'École nationale des ponts et chaussées, 2003, 220 p. (ISBN 2-85978-374-1), p. 105.
  5. Gilles Plum, « Inventaire des préfectures et sous-préfectures », Monuments historiques, no 178, décembre 1991, p. 117–133 (133).
  6. Caroline de Saint-Pierre, La fabrication plurielle de la ville : Décideurs et citadins à Cergy-Pontoise, 1990-2000, Paris, Créaphis, 2002, 311 p. (ISBN 2-913610-12-9), p. 35.
  7. Jacques Lucan, Architecture en France, 1940-2000 : Histoire et théories, Paris, Le Moniteur, coll. « Architextes » (no 11), 2001, 375 p. (ISBN 2-281-19146-X), p. 211.
  8. Corinne Meynial et Pascale Hermann pour l'IAURIF, « « Parc de la préfecture » », inventaire général du patrimoine culturel (jardins remarquables, documentation préalable), réf. IA95000046, 1989, sur la base Mérimée, ministère de la Culture.
  9. a et b Caroline de Saint-Pierre, op. cit., p. 48.
  10. Bernard Hirsch, op. cit., p. 82.
  11. Christian Dupavillon, « Architecture officielle : La façade des institutions », L'Architecture d'aujourd'hui, no 208, avril 1980, p. 41–46 (45).
  12. Joseph Abram et Gérard Monnier (dir.), L'architecture moderne en France de 1889 à nos jours, vol. 2 : Du chaos à la croissance, 1940-1966, Paris, A. et J. Picard, coll. « Librairie de l'architecture et de la ville », 1999, 327 p. (ISBN 2-7084-0556-X), p. 201.
  13. Jean-Yves Andrieux, préface Jean-François Sirinelli, pistes pédagogiques Marie Lavin, L'architecture de la République : Les lieux de pouvoir dans l'espace public en France, 1792-1981, Paris, SCÉRÉN-CNDP, coll. « Patrimoine références », 2009, 301 p. (ISBN 978-2-240-02631-6), p. 184.
  14. Cité dans Louis Valensi, « Paris Construit ou d'une exposition qui l'est insuffisamment », L'Information d'histoire de l'art, vol. 16, no 5, novembre-décembre 1971, p. 229.
  15. a et b Alice Morgaine, « Architecture : Le grand chambardement des préfectures », L'Express, no 842, 7-13 août 1967, p. 31.
  16. Dominique Amouroux, Marco Crettol et Jean-Pierre Monnet, Guide d'architecture contemporaine en France, Paris, L'Architecture d'aujourd'hui, Technic-Union, 1972, 407 p., notice no 442, p. 358.
  17. Éric Bureau, « Le président d'« I... comme Icare » a été assassiné à Cergy », Le Parisien, 27 août 2003.
  18. Jacques Bayle et Marie-Claire Gautier, « Tournage du film de Verneuil à Cergy-Pontoise », FR3 Paris, 15 mai 1979, Institut national de l'audiovisuel.
  19. Marc Lemonier, Guide des lieux cultes du cinéma en France, Paris, Horay, coll. « Guide Horay », 2005, 423 p. (ISBN 2-7058-0421-8), p. 209 et 228.
  20. Antoine de Baecque, « Architecture-fiction », Libération, 29 mars 2002.
  21. Françoise Puaux, Architecture, décor et cinéma, Condé-sur-Noireau, Charles Corlet, et Paris, Télérama, coll. « Cinémaction » (no 75), 1995, 216 p. (ISBN 2-85480-879-7), p. 184.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]