Hôtel de la Guerre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Hôtel de la Guerre
Vue de l'hôtel de la Guerre depuis le croisement de la rue Saint-Julien et de la rue de l'Indépendance américaine.
Vue de l'hôtel de la Guerre depuis le croisement de la rue Saint-Julien et de la rue de l'Indépendance américaine.
Présentation
Nom local Hôtel de la Guerre - Caserne Carnot
Architecte Jean-Baptiste Berthier
Date de construction 1760
Destination initiale Ministère de la Guerre
Destination actuelle Direction centrale des Service d'infrastructure de la défense
Protection Logo monument historique Classé MH (1922, 1929)
Géographie
Pays France
Région Île-de-France
Département Yvelines
Localité Versailles
Localisation
Coordonnées 48° 48′ 09″ N 2° 07′ 17″ E / 48.802369, 2.121351 ()48° 48′ 09″ Nord 2° 07′ 17″ Est / 48.802369, 2.121351 ()  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Hôtel de la Guerre

L'hôtel de la Guerre, de son nom complet actuel hôtel de la Guerre - caserne Carnot, est le nom d'un bâtiment situé au 3 rue de l'Indépendance américaine à Versailles, à proximité du château. Il fut construit par Jean-Baptiste Berthier en 1760 pour regrouper différents services alors dispersés dans Paris. Il fut un des premiers bâtiments construits en France dans le but de limiter le risque d'incendie. Il abrite actuellement la Direction centrale des Service d'infrastructure de la défense de l'armée française.

Le portail monumental d'entrée fut classé au titre des monuments historiques le 1er septembre 1922, suivi de la façade côté rue et de la toiture, classées par arrêté du 16 septembre 1929[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La guerre de Sept Ans avait donné une nouvelle dimension au ministère de la Guerre[2]. Le chef du service des ingénieurs géographes, Jean-Baptiste Berthier, par le secrétaire à la Guerre, le maréchal de Belle-Isle, avait adressé à Louis XV la proposition de construction d'un bâtiment à Versailles pour regrouper des services éparpillés dans neuf endroits de Paris ce qui occasionnait des aller-retour incessants et des pertes de temps entre Paris et Versailles. Il indiqua au Roi pouvoir construire un bâtiment assez grand pour abriter ces services et leurs archives et ce pour moins de 150 000 livres. Il mit en avant qu'outre l'économie, le bâtiment préviendrait les risques d'incendie par une construction dite à voûtes plates (aussi appelées voûtes sarrasines ou voûtes du Roussillon). Ces voûtes étaient déjà utilisées dans le midi de la France mais elles furent introduites pour la première fois dans le nord du pays pour la construction des écuries du château de Bizy en Normandie, propriété du maréchal de Belle-Isle. Cette technique était pourtant connue, ayant même déjà fait l'objet de quelques publications[3].

On pense que l'incendie de la Grande Écurie de Versailles le 13 septembre 1751, dû à un feu d'artifice tiré en l'honneur de la naissance de Louis de France, incendie sur lequel Berthier était intervenu, avait marqué celui-ci[4].

Le Roi lui accorda un terrain, au départ destiné à servir de commun pour la Dauphine et situé à l'angle des rues de la Surintendance (actuelle rue de l'Indépendance américaine) et Saint-Julien. Ancien potager royal sous Louis XIII et au début du règne de Louis XIV, ce terrain avait ensuite été délaissé au profit d'un nouveau potager et laissé en friche au milieu de l'extension des bâtiments de service du château.

Débutée en juillet 1759, la construction fut achevée un an et demi plus tard. Le bois à l'exception de quelques murs lambrissés en était exclu. Les voûtes des plafonds étaient faites de briques liées par du plâtre, le plancher était lui fait de tomettes, le tout reposant sur d'épais murs à cœur de briques.

En 1761, le duc de Choiseul, devenu Secrétaire d'État à la Guerre à la mort du maréchal de Belle-Isle, fit bâtir à côté l'hôtel des Affaires étrangères et de la Marine, construit sur la même technique.

Le 26 juin 1762, le roi Louis XV, accompagné du dauphin vint visiter le bâtiment. Berthier pour en démontrer la sécurité fit une expérience en mettant le feu à un tas de bois et de paille déposé dans une des salles. Celui-ci ne se propagea pas aux salles voisines[5].

À la Révolution, le ministère de la Guerre déménagea à Paris et le bâtiment fut provisoirement occupé par les services du nouveau département de Seine-et-Oise qui y firent de sérieux dégâts. En 1798, il servit d'extension à la manufacture d'armes installée dans le Grand Commun voisin. L'armée allait en prendre ensuite possession avec l'installation de près de 500 hommes de troupes d'infanterie, puis en 1884, l'installation d'une nouvelle École de l'artillerie, du génie et du train, qui en 1912, deviendra l'École militaire d'application du Génie. Sous l'Occupation, on y installa une école de police et brièvement après-guerre, un centre de préparation aux grandes écoles. En 1946, l'école supérieure technique du génie s'y installa, la précédente école d'application du Génie étant partie à Angers. En 1995, les deux écoles fusionnèrent en une école supérieure et d'application du génie située à Angers. Le bâtiment est aujourd'hui occupé par la direction centrale du Service d'infrastructure de la défense (ancienne Direction centrale du génie).

Portail monumental d'entrée

Éléments d'origine[modifier | modifier le code]

Il ne reste aujourd'hui plus grand-chose du décor originel de l'hôtel de la Guerre à l'exception du salon de Diane. Sur la voûte des peintures sur stuc illustrent le renversement des alliances de 1756. Aux murs, sont accrochés un tableau représentant le roi Louis XV à cheval donnant ses ordres pendant la guerre des Flandres en 1745, œuvre de Charles Cozette et 6 toiles de Pierre Lenfant, peintes entre 1757 et 1771. Commandées par Louis XV, elle représentent la guerre de Succession d'Autriche.

Le portail extérieur existe toujours. Il est surmonté d'une couronne royale sur un soleil, encadré par des trophées guerriers. Des reliefs sculptés sur les pilastres représentent des cornes d'abondance d'où sortent des brevets d'officiers et des croix de Saint-Louis. On y voit aussi des plans de forteresses et des armes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00087698 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Annales de l'Assemblée nationale : Compte-rendu in extenso des séances, 1876, volume 43, p. 463.
  3. Ouvrage du comte d'Espie, Manière de rendre toutes sortes d'édifices incombustibles, ou traité sur la construction des voûtes faites avec des briques et du plâtre, Paris, Duchesne, 1754. L'architecte Jean-François Blondel en parle aussi et les nomme les « voûtes à la Roussillon ». L'architecte du Prince Palatin, Pierre Patte publia en 1769 Mémoires sur les objets les plus importants de l'architecture y évoquant même l'œuvre de Berthier. On peut y lire :
    « Depuis longtemps on a dit avec raison qu'il serait à désirer que l'on pût proscrire le bois de la construction des bâtiments pour mettre la vie et la fortune des citoyens à couvert des incendies. Que de ravages ne causent-ils pas ! En effet, sans remonter à des temps trop éloignés, il y a cent ans que presque toute la ville de Londres fut réduite en cendres (...) En vain a-t-on fait dans tous les pays les meilleurs règlements relativement au feu. Les incendies sont toujours à peu près également fréquents et l'on n'est parvenu qu'à rendre les secours un peu plus prompts. Aussi dans la construction d'une nouvelle ville ne peut-on espérer empêcher des tels accidents qu'en coupant le mal par sa racine, c'est-à-dire qu'en faisant en sorte de se passer absolument de bois de charpente pour la bâtisse des maisons. (...) Toutes sortes de raisons doivent donc engager à réformer l'aliment des incendies ; et ce projet n'offre aucun obstacle qui puisse empêcher de l'effectuer. A la place des pans de bois, on peut substituer en toutes occasions des murs en briques ; au lieu de planchers à solives, il n'est pas moins possible de construire des voûtes plates en briques, soit à la manière pratiquée aux bureaux de la Guerre et des Affaires étrangères à Versailles, soit suivant la méthode opérée aux basses-cours du château de Bisy, près de Vernon en Normandie, soit enfin en prenant pour modèle les procédés qu'on emploie pour leur exécution à Lyon et dans le Roussillon (...) »
  4. Dans un document récapitulant ses états de service et présenté au Roi pour que Berthier obtienne une pension, il est mentionné : « .. d'avoir sauvé d'un embrasement général la Grande Écurie le 13 septembre 1751. Tous ceux qui étaient présents lui ont vu exposer sa vie pour arrêter le feu, et personne n'a pu lui refuser le témoignage authentique que c'est aux dispositions qu'il prit dans cet incendie que l'on doit en entier la conservation de ce superbe édifice. » Source : Chemins de mémoire
  5. Histoire des rues de Versailles et de ses places et avenues, par J-A Le Roi, conservateur de la bibliothèque de Versailles, deuxième édition, Versailles, 1861, page 378.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les Hôtels de la Guerre et des Affai­res étrangères à Versailles. Deux minis­tè­res et une biblio­thè­que muni­ci­pale du XVIIIe au XXIe siècle de Basile Baudez, Élisabeth Maisonnier et Emmanuel Pénicaut, éd. Nicolas Chaudun, juillet 2010 (ISBN 9782350390918)