Hémiole

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En musique, une hémiole (mot grec qui signifie un et demi) désigne l’insertion d’un rythme — ou d'une structure rythmique — ternaire dans un rythme — ou une structure rythmique — binaire, ou inversement. Il s'agit d'un terme propre à la notation ancienne (musique baroque, notamment), mais qui subsiste dans certaines partitions contemporaines.

Définition[modifier | modifier le code]

L'origine grecque "hemiolios logos" (hémi, moitié; holos, entier), souligne les implications numériques de la notion d'hémiole. Le mot "hemiolios logos" signifie un rapport de 1,5 à 1. Les Romains reprendront le concept en leur nom avec le "sesquialtère", qui inspirera d'ailleurs le nom d'un jeu d'orgue, la Sesquialtera (de la famille du Cornet).

Cette proportion de 1,5 à 1 s'applique à tous leurs multiples: 3 à 2, 6 à 4, etc. Elle peut concerner la constitution d'intervalles, comme dans le cas de la Sesquialtère de l'orgue (qui fait appel à deux harmoniques de la fondamentale: quinte et tierce, respectant donc le rapport 1,5 - 1). Elle peut également concerner le rythme, et c'est l'usage auquel le terme d'hémiole est habituellement associé par les musiciens.

Description[modifier | modifier le code]

L'hémiole concerne donc le rapport 3/2 : deux mesures à trois temps sont jouées comme si elles étaient notées sous forme de trois mesures à deux temps.

Par exemple, il est écrit 2+2+2, et on joue 3+3 ; ou encore, il est écrit 3+3, et on joue 2+2+2. Dans ce dernier cas, l'introduction d'une hémiole provoque le dédoublement du tempo puisque, par exemple, deux mesures a 3/4 deviennent une mesure a 3/2. Les six temps en jeu, notons les 1, 2, 3, 4, 5, 6, 1 deviennent 1, et 2, et, 3, et 1.

En musique baroque, l'hémiole est souvent insérée dans une mesure à 6/8 ou 12/8 (rythme binaire à structure ternaire), mais aussi dans des mesures classiquement ternaires (3/4, par exemple). Le rythme, normalement accentué en 3+3 est alors, cela est souvent clairement lisible dans la partition ou à l'écoute des notes, accentué en 2+2+2.

Usages courants en Occident[modifier | modifier le code]

L'hémiole baroque est presque systématiquement intégrée à une cadence, parfaite le plus souvent, en fin de phrase. La rupture par l'hémiole de la régularité rythmique de l'œuvre permet alors d'attirer l'attention de l'auditeur sur le mouvement cadentiel concluant le morceau de musique ou l'une de ses sections.

Mozart prendra le contrepied de cette tradition dans le menuet (3e mouvement) de sa 40e symphonie. Le Recordare de son Requiem en est truffé, chaque phrase de soliste se terminant par une hémiole, et le finale de ce mouvement en enchaînant trois d'affilée. L'hémiole est présente dès le début du mouvement aux violons par une structure de phrase à 2 temps (sur 3 mesures) alors que la basse (violoncelles et contrebasses) propose un accompagnement à 3 temps comme mentionné dans le chiffrage de mesure.

Avant lui, Michael Haydn avait déjà donné un rythme très haché au Dies irae de son requiem en mêlant irrégulièrement, dès le début du morceau, des mesures 3/4 et des paires de mesures en hémiole formant l'équivalent de mesures en 3/2.

À l'époque romantique, Johannes Brahms, dont l'originalité rythmique constitue à elle seule une signature caractéristique, utilisera abondamment l'hémiole, tant dans ses œuvres orchestrales que dans son écriture pianistique.

Le scherzo de sa seconde Sérénade en est, d'un bout à l'autre, un exemple typique : un thème binaire sur une mesure 3/4. Pendant 62 mesures dans le trio, les cordes martèlent un rythme à deux temps sur une pédale de tonique, tandis que les vents déroulent leur mélodie ternaire.[réf. nécessaire]

Ailleurs[modifier | modifier le code]

On trouve des formes d'hémiole dans de nombreux répertoires traditionnels et classiques du monde entier; notamment, la musique d'Europe Centrale y fait régulièrement appel, les instruments accompagnants se chargeant de la rythmique stable, le violon ou la voix solistes variant les accents tout en respectant la métrique générale, créant une impression de décalage et d'improvisation.

En musique indienne, évidemment, l'hémiole est une des bases des innombrables variations rythmiques dont sont capables les musiciens.

Significations[modifier | modifier le code]

Comme toute autre figure musicale, rythmique ou intervallique, l'usage de l'hémiole n'est pas dénué de sens.

Dans la musique baroque, il donne une sensation d'espace, d'aisance, de maîtrise du temps puisqu'on a le droit de jouer avec ses "échéances" habituelles et de les déplacer (les accents de début de mesure ou de carrure) tout en retombant d'accord à la mesure suivante. Cette notion de liberté contrôlée est d'ailleurs éminemment baroque. On peut se demander dans quelle mesure "jouer" avec la carrure binaire en la bousculant quelque peu est une façon d'exprimer une récalcitrance potentielle des éléments, ou si au contraire, évoquer un rythme inhabituel, au passage, juste avant la traditionnelle cadence parfaite, n'est pas asseoir davantage la toute-puissance du rythme initial, et son inamovibilité.

D'ailleurs, dans la musique baroque, l'hémiole est souvent associée à un passage harmonique tendancieux, comme un mouvement chromatique ou une sixte napolitaine.

Dans la musique romantique, quand Johannes Brahms utilise l'hémiole, la sensation d'étirement du temps est souvent encore plus présente que dans la musique baroque, notamment parce qu'il la privilégie dans les tempi lents (4e Ballade opus 10, parties centrale et finale). Chez lui, l'hémiole a la même valeur nonchalante et ambiguë que le trois pour deux d'un triolet - et pour cause, on observe strictement même rapport numérique. Remplir le "binaire" d'une main avec le "ternaire" de l'autre intervient toujours dans des passages particulièrement expressifs.

Les interprètes ont tout intérêt à fouiller les partitions à la recherche d'hémioles potentielles, et d'y adapter leur exécution en les soulignant, ou au contraire en veillant à la délicatesse et au naturel de leur insertion dans le discours général pour éviter de faux accents. Cette attention portée aux hémioles s'applique à tous les compositeurs, même ceux dont le nom n'est pas traditionnellement associé à l'usage d'hémioles: notamment Chopin, Liszt, Debussy. L'énième interprétation d'oeuvres classiques s'enrichira de ce regard nouveau.

Voir aussi[modifier | modifier le code]