Héloïse d'Argenteuil

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Première représentation d'Héloïse, exhortant Abélard à l'amour libre, illustration d'une édition du XIVe siècle du Roman de la Rose avec le commentaire suivant :
« Ainsi la jeune dame lui faisait
Bien comprendre, bien instruite
Du bon amant et la bonne amante,
Par quelles raisons elle lui ordonne
De se garder de jamais l'épouser. » Ainz li faisoit la juene dame
Bien entendant et bien lettrée
Et bien amant et bien amée,
Argumenz a lui chastier
Qu’il se gardast de marier
[1]
.

Héloïse, Eloysa en latin, née vers 1094[2],[note 1] et morte le 16 mai 1164, est une intellectuelle du Moyen Âge, épouse d'Abélard et première abbesse du Paraclet. Commençant d'écrire un tiers de siècle avant Hildegarde de Bingen, elle est la première femme de lettres d'Occident dont le prénom soit resté, les noms de famille n'existant pas à l'époque[note 2].

Il ne reste qu'une incertaine oraison funèbre de ses poèmes et rien de sa musique. Si elle n'a pas écrit de roman, le peu[3] qui a été rassemblé de sa correspondance est un « monument »[4] fondateur de la littérature française célébré comme tel dès la fin du XIIIe. Plus passionnée et érudite qu'érotique, elle demeure le prototype[5] latin du roman d'éducation sentimentale[6] et le modèle du genre épistolaire classique tel qu'il s'illustrera de la Religieuse portugaise à Dominique Aury[7] en passant par Madame de Lafayette et Laclos ou encore Werther et la Julie de Rousseau.

Inaugurant la lignée inachevée des couples d'intellectuels, sa vie, des plus romanesques, a fait d'Héloïse la figure mythique de la passion amoureuse, outrepassant d'emblée le modèle de l'« amour courtois » élaboré à la même époque[8] sous les traits de Tristan et Iseult[5]. Derrière ce masque arrangeant de femme fatale, l'œuvre de l'exégète savante, célèbre dès avant sa rencontre avec Abélard pour être l'unique femme ayant osé entreprendre les études des arts libéraux[9], témoigne, en particulier à travers le premier ordre monastique doté d'une règle spécifiquement féminine que fut le Paraclet, d'une tentative, soutenue par la cour de Champagne mais anéantie par la réforme grégorienne, de définir pour les femmes un statut[10] clérical leur donnant accès à l'éducation[11].

Biographie[modifier | modifier le code]

La biographie d'Héloïse, basée, comme celle d'Abélard, sans recoupements sur une hypothèse de cohérence entre de rares manuscrits parfois disparus, reste, hormis les points essentiels établis par Abélard lui-même, sujette à révision.

Une naissance scandaleuse (~1094-1112)[modifier | modifier le code]

Massacre de Jérusalem en 1099
Comme le roi Étienne et son allié Thibault de Champagne, qui a joué un rôle si déterminant dans sa vie, Héloïse appartient à la génération des enfants des premiers croisés et vit à une époque, qualifiée en France de Renaissance capétienne. Close par l'Anarchie, le début de la répression contre le catharisme puis la catastrophique deuxième croisade, c'est la période au cours de laquelle sont découverts les textes de la Logica nova.

Fille illégitime[12] d'un noble occupant une position sociale des plus élevées, allié des Montmorency, peut être le sénéchal de France Gilbert de Garlande[13], frère du « libertin » avant l'heure Étienne de Garlande, ou bien un certain Jean, fils d'un membre de la suite de Hodierne de Gometz devenu prêtre avant 1096 et fait chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois[2], Héloïse passe son enfance avec d'autres demoiselles auprès des bénédictines d'Argenteuil[note 3], qui lui enseignent à partir de ses sept ans la lecture puis la grammaire[14].

Sa mère, prénommée Hersende, est peut-être celle qui a fondé entre 1101 et 1115 Fontevrault, Hersende de Champagne[15],[note 4], ou une moniale du même nom, mais qui est peut-être la même personne, chassée en 1107 du couvent de Saint-Éloi[note 5], après que l'évêque Galon et l'archidiacre Guillaume de Champeaux, champions de la réforme grégorienne, l'ont dénoncé comme une « caverne de fornication »[16]. Cette mère confie la suite de l'éducation de l'adolescente à l'un de ses deux frères, Fulbert, lequel, depuis au moins 1102[17] exerce au sein de l'Hôpital des Pauvres, une charge de sous-diacre « extra muros »[18] c'est-à-dire à l'extérieur du cloître Notre-Dame, charge probablement obtenue grâce à deux alliés de la famille, le feu suffragant Guillaume de Montfort, et la demi sœur de celui ci, la reine illégitime Bertrade[17], désormais retirée à Fontevrault. Héloïse poursuit ainsi sa jeunesse vraisemblablement au presbytère de la chapelle Saint-Christophe, qui appartient aux Montfort[19].

Cet oncle d'Héloïse, resté bien en cour auprès du roi Louis le Gros[note 6], est un homme avide de charges[20] et des revenus attenants. Il a fréquenté Baudri de Bourgueil[15], qui est un lettré versé dans la poésie latine, initiateur avec Marbode de la Renaissance angevine et précurseur de l'humanisme. C'est chez Baudri, inventeur de ce genre littéraire[21], que Héloïse trouvera l'idée de correspondance amoureuse.

Genèse d'une légende (1113-1117)[modifier | modifier le code]

La rencontre de la chansonnière avec le Maître (1113)[modifier | modifier le code]

En rouge, la chapelle Saint-Christophe sur un plan de Paris en 1552. Le cloître Notre-Dame, où était l'école cathédrale, est à gauche de Notre-Dame, au-delà du porche.

En tant que chanoine de Notre-Dame de Paris, le tuteur d'Heloïse prend en pension, sous le même toit que sa filleule, l'écolâtre de l'école cathédrale du Cloître Notre-Dame, Abélard, qu'il soutient depuis de nombreuse années dans sa démarche moderniste et qui est nommé à ce poste une seconde fois, après son éviction en 1109 par Guillaume de Champeaux, en 1113[22]. Si la beauté solaire[23] de la jeune femme n'est pas exceptionnelle sans être des moindres[20], ne serait ce que par sa haute stature[24],[note 7], son rang, son engagement dans des études[9], chose inouïe pour une femme[9], plus encore son audace de les consacrer à un domaine non religieux[9] lui valent d'être une des personnalités les plus en vue de Paris. Son intelligence et ses connaissances en latin, grec et hébreu, spécialement celle des auteurs antiques, encore ignorés de l'enseignement officiel, étonnent. Ses chansons reprises[25] par les goliards en font la figure féminine d'une jeunesse étudiante qui s'émancipe, à l'instar d'Abélard lui-même, de sa condition familiale et féodale et obtiendra à force de grèves quatre-vingt six ans plus tard le statut de clerc, le for ecclésiastique à l'origine de l'Université.

Fils aîné d'un chevalier poitevin qui s'attacha à la cour du comte Matthias et du duc et roi de Bretagne Alain Fergent[2] et qui devint baillistre de la seigneurie du Pallet en en épousant l'héritière, Abélard, reconnu par ses pairs comme le plus éminent des enseignants de la dialectique, cherche à devenir son professeur particulier dans le but de la séduire[26]. Parvenu à trente-quatre ans au sommet de sa gloire, adulé par la foule qui s'amasse sur son passage[27] et adoré comme leur chevalier[28] par les femmes dans leurs réunions[27], enrichi par les honoraires que lui versent les familles aristocratiques de ses étudiants[20] (quelques dizaines par an) et ruiné pour plusieurs femmes[28], il se décrit comme un séducteur sûr de son charme[20] mais accablé par le travail, les déplacements et les querelles de pouvoir, que le surmenage a déjà conduit onze ans plus tôt à une dépression nerveuse (« afflictione correptus infirmitate coactus ») et qui va connaître une aventure enchanteresse évoquée par lui-même à maintes reprises comme une expérience sentimentale déstabilisante.


La romance d'Héloïse (1113-1115)[modifier | modifier le code]

Les Amours d'Héloïse et d'Abélard par Jean Vignaud (1819).

Tel un trouvère de la cour du duc Guillaume de Poitiers qui semble avoir tant influencé son père[20], il commence par en faire des chansons en latin, manière de délassement devenue son habitude, dont les mélodies séduisent jusqu'aux plus illettrés[27] et deviennent les succès de la mode populaire du moment[27]. Il y célèbre le nom d'Héloïse, créant la légende avant même l'histoire. « (...) avec ton refrain à succès, tu mettais ton Héloïse dans toutes les bouches. De moi toutes les places, de moi chaque maison résonnaient. »[27][note 8].

« Hebet sydus leti visus cordis nubilo[29]
L'astre dont la vue m'avait réjoui pâlit dans la brume de mon cœur. »

— Premier vers d'une chanson[30] comparant « Helois » à Helios. Elle a été attribuée[23] à Abélard par rapprochements[31] avec les deux premiers vers d'un poème qu'il lui a adressé[32].

« Stella polum variat et noctum luna colorat
Sed michi sydus hebet quod me conducere debet.[33]
L'étoile tourne au pôle et la lune colore la nuit
Mais mon astre à moi pâlit, lui qui devait me guider.
 »

— Les deux vers en question.

L'invention de l'amour féminin (1114-1115)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Epistolae duorum amantium.
Abélard et son élève Héloïse
peints par E. B. Leighton en 1882
dans un cloître Notre-Dame anachronique.

Tout Paris chante déjà Héloïse[27], jalousée des femmes[27], quand à l'automne 1114, Abélard initie avec elle, sous prétexte de leçons, une correspondance, moyen de séduction préféré à la seule conversation, aussi savante que galante. Les tablettes de cire retournées par le professeur, après qu'il y a ajouté sa réponse, sont recopiées par Héloïse[34], peut-être déjà avec une arrière-pensée éditoriale de ce qui est devenu les Lettres des deux amants. Les formules de salutations, détournées par jeu de leur seule fonction, sont l'occasion pour l'élève, au-delà du témoignage d'affection conventionnel, d'un exercice rhétorique et d'une innovation littéraire[35] pleine d'esprit mêlant les allusions intimes aux références théologiques.

Clinicienne, Héloïse fait au cours de ces échanges l'analyse de son désir amoureux. Sublimant à travers l'être aimé l'avilissement de la concupiscence, le désir se transcende dans son exercice libre de nécessaire pécheur comme expression, plutôt que comme action, de la Grâce accordée par le Paraclet. Si la foi se vit à travers l'image du Christ qu'est l'homme aimé, c'est sans l'hypocrisie de renoncer à sa condition de femme désirante, de pécheresse, qu'Héloïse entend le faire, illustrant ainsi le thème de « se perdre pour se retrouver » tel que le formulera Thérèse d'Avila. Se faisant, elle met en application[36], ou détourne dans l'alcôve la conception de responsabilité morale et juridique[37] que développera ultérieurement Abélard selon laquelle les actes les plus coupables ne le sont pas si l'intention n'y est pas. Il n'y aurait pas de faute morale à tomber dans la luxure quand c'est par un effet de l'amour et non par perversité. « Morale du couple » plus que du seul moraliste à l'origine du droit moderne qu'est Abélard, cette invention, qui est celle de l'amour libre, peut être mise, au moins par son inspiration amoureuse, au crédit d'Héloïse[38].

Plus qu'une correspondance amoureuse, les Lettres des deux amants sont une correspondance sur l'amour. Elle est en effet l'occasion pour Héloïse d'inventer sous le terme emprunté à Tertullien[39] de « dilectio »[40], au sens d'estime, une forme d'amour intellectuel. Elle le définit brièvement comme une aliénation entre semblables[40], une soumission volontaire (« in omnibus obire »)[40],[note 9] en réponse à l'amitié reçue[40]. L'amour se distingue toutefois de l'amitié telle que la définit Cicéron[41] entre personnes du même sexe, c'est-à-dire que s'y assume la différence des sexes. Semblables et singuliers, hommes et femmes ne sont pas identiques. Héloïse applique là à la question de la nature de l'amour une autre leçon de son maître, une leçon de logique tranchée lors de la querelle des universaux sur la différence entre le genre et l'espèce.

Cette conception « avant gardiste », post aristotélicienne du désir, tout d'une pièce intellectuel et sexuel, cette philosophie du sujet, responsable de ses désirs plutôt que de son comportement, sera déclinée, sinon affadie, six siècles et demi plus tard par les Précieuses sous l'allégorie de Tendre sur Estime, accomplissement de l'amour parfait. La définition que donne Héloïse de l'amour est triplement révolutionnaire, premièrement parce que c'est une femme qui s'exprime sur le sujet, deuxièmement parce qu'en faisant fi[42] des élucubrations[43] philosophiques masculines antérieures que lui expose son amant et qui la dépassent[42], elle prétend l'affirmer concrètement (« Dilectio (...) ex ipsius experimento rei »)[44],[note 10] à partir de son expérience personnelle (« naturali intuitu ego quoque perspiciens »)[40],[note 11], troisièmement parce que, la différence des sexes se traduisant par des amours différents, elle affirme une spécificité de l'amour féminin[45]. Inversement, Abélard lui confessera dix-huit ans plus tard, au milieu d'un discours plein de bondieuseries[46], que l'amour spécifiquement masculin, le sien du moins, ne consiste, en tant que tel, en rien d'autre qu'une concupiscence la plus brutale[47].

Adultère et Astralabe (1116)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Astralabe.
Astrolabe de Lupitus à l'IMA,
semblable à ceux qu'Abélard étudia à Léon, au cours d'un voyage effectué l'année précédant sa rencontre avec Héloïse, auprès du spécialiste d'alors[48].

Entre l'élève et son professeur de quinze ans son aîné, s'engage une liaison transgressive, enflammée mais inconstante[49], d'où la violence n'est pas exclue : « que de fois n'ai-je pas usé de menaces et de coups pour forcer ton consentement ? »[46]. La passion entraînent les deux intellectuels jusqu'à des excès sadomasochistes : « j'allais parfois jusqu'à la frapper, coups donnés par amour, (…) par tendresse, (...) et ces coups dépassaient en douceur tous les baumes. (...) tout ce que la passion peut imaginer de raffinement insolite, nous l'avons ajouté. »[50]. La liaison adultère, découverte, semble-t-il, au début de l'année 1116[51], tourne au vaudeville[52]. Le professeur est surpris en flagrant délit, au milieu des ébats du couple, et la jeune fille est éloignée quelque temps[53]. À son retour, « Une fois la honte passée, la passion ôta toute pudeur »[54] et Héloïse tombe enceinte peu après.

Pour la soustraire aux autorités françaises, son amant organise son enlèvement, lui fournit un déguisement de nonne, l'emmène un jour que son oncle est absent et la conduit jusque dans sa patrie, au Pallet. C'est la garnison au sud de la Loire qui garde Nantes face à la France. Elle est tenue par le cadet d'Abélard depuis quatre ans que leur père Bérenger s'est retiré avec le roi Fergent à Redon. Pour prévenir une possible riposte, les fugitifs sont mis sous escorte[20].

À l'automne 1116, Héloïse accouche chez la sœur d'Abélard, Denyse, d'un fils auquel elle donne le prénom non chrétien d'Astralabe, c'est-à-dire, en français moderne, Astrolabe, sous-entendu « Puer Dei I », soit « premier fils de Dieu », d'après l'anagramme ésotérique ainsi formé de Petrus Abaelardus II[55][note 12]. L'astrolabe n'était à l'époque que d'un usage astrologique. L'enfant, qui sera baptisé sous le patronage de Pierre, est confié, non sans déchirements, à Denyse[56], à laquelle Héloïse restera attachée puisqu'elles termineront leurs jours ensemble à l'abbaye du Paraclet.

La trahison par le mariage (1117)[modifier | modifier le code]

Abélard retourne seul[20] à Paris négocier le pardon de Fulbert, lequel obtient une promesse de mariage[20] sans qu'Héloïse, restée au Pallet, n'ait été consultée. Fille mère, celle-ci se voit un destin de courtisane[20] mais finit par céder au père de son enfant revenu la chercher. Dans les semaines suivantes, le mariage est prononcé à Paris secrètement, pour ne pas compromettre les chances du mari d'obtenir un canonicat qui exigerait le célibat, chose alors en débat qui ne sera tranché qu'au concile de Latran de 1139 mais dont ils sont pour l'heure l'exemple le plus scandaleux.

Au-delà de ce calcul carriériste, Héloïse, opposée à son mariage parce que se jugeant à la fois une personne indigne de son époux et une entrave à son destin d'enseignant réformateur, fait de la dénégation de sa condition d'épouse une question éthique. Pour elle, le mariage est une prostitution de la femme[57], un intéressement matériel de l'épouse à une condition sociale toute masculine[57], qui peut convenir à celle qui « si l'occasion s'en présentait, se prostituerait certainement à un plus riche encore », mais pas à une femme véritablement amoureuse de la personne elle-même. Préfigurant les jugements des Cours d'amour qui définiront la fine amor comme un amour platonique mais libre, nécessairement hors mariage, voire impossible, elle aurait voulu, nonobstant la décision de son maître, rester « douce amie »[27].

Réminiscence des paroles du Christ[58], elle pousse son hardiesse autant que son humiliation jusqu'au sacrifice moral en précisant « Le nom d'épouse paraît plus sacré (..). J'aurais voulu, au risque de te choquer, celui de concubine et de putain[note 13], dans l'idée que plus je me ferais humble sous ton regard, plus je m'attacherais de titres à obtenir tes grâces (…) »[57], et en insistant « (...) il m'aurait paru plus souhaitable et plus digne d'être ta courtisane plutôt que l'impératrice [d'Auguste] »[57].

Pour Fulbert, l'honneur familial est réparé par le mariage alors qu'Héloïse s'obstine à nier ce mariage[20] en public comme en privé. L'oncle ne supporte pas cette insoumission et bat[20] sa nièce ingrate à chaque marque d'obstination. Pour se soustraire aux coups, celle-ci, désormais émancipée par son mariage de la tutelle de son oncle, retourne comme pensionnaire au couvent très mondain de Sainte Marie d'Argenteuil. L'oncle se sent trahi[20] une seconde fois par un Abélard qui rechigne[59] à devenir un « âne domestique »[60]. Il voit le roué abandonner tout projet familial et se débarrasser d'une épouse en l'obligeant à entrer dans les ordres[61]. En août 1117[51], il le fait châtrer, châtiment habituellement réservé au violeur, par des hommes de main, qui ont soudoyé le valet de la victime.

À la suite de ce crime, les bourgeois de Paris estimant l'honneur de leur ville en cause[28], le valet et l'exécutant sont condamnés par le tribunal épiscopal du suffragant Girbert à l'énucléation et la castration à leur tour, Fulbert, démis, ses biens confisqués[28]. Celui-ci ayant nié[28], Abélard renonce à faire appel mais reçoit sans doute un dédommagement matériel pris sur les biens saisis, dont l'usage revient ainsi à son épouse.

Moniale de Sainte Marie d'Argenteuil (1118-1128)[modifier | modifier le code]

Les Adieux d'Héloïse à Abélard,
huile sur toile visible à l'Ermitage
peinte en 1780 par Angelica Kauffmann
pour illustrer l'édition d'Alexander Pope.

L'année suivante, Héloïse prend le voile en grande pompe des mains de l'évêque de Paris Girbert lui-même. La cérémonie est donc d'importance mais elle s'y plie contre son gré, uniquement par obéissance à Abélard, qui entrera à son tour dans les ordres, à Saint-Denis, trois lieues en amont sur la Seine, mais seulement après s'être assuré qu'elle l'a fait elle-même. Elle lui reprochera amèrement ce manque de confiance dans sa soumission[62].

Quelle impie je fus, quand pour époux je pris,
Celui qui recevrait tant de malheurs pour prix!
Reçois mon châtiment en expiation.
Je veux m'en acquitter avec abnégation[63].
Plainte de Cornélie[64] récitée par Héloïse
montant à l'autel pour prononcer ses vœux[65].

Un ou deux ans plus tard, Abélard, en guerre avec ses frères bénédictins aux « mœurs infames »[65], est éloigné d'elle en même temps que d'eux, en obtenant la charge d'un prieuré, qui se trouverait à Maisoncelles[note 14] en Champagne, territoire de son protecteur, le comte Thibault. Il y reprend un enseignement lucratif dont elle est ou pourrait être, en tant qu'épouse, bénéficiaire[66]. Or cet enseignement dérange les prédicateurs populaires parce qu'il est une tentative, un siècle avant Thomas d'Aquin, de restaurer, en s'appuyant sur la philosophie antique d'Aristote, la théologie sous une forme chrétienne, de fonder la Foi non pas seulement sur la tradition mais aussi sur la science, de convertir à la doctrine moins par l'autorité du prédicateur que par le raisonnement individuel. Abélard s'en prend personnellement à un de ses détracteurs, son ancien maître Roscelin, qui est l'auteur de la théorie des universaux, et propose de le confondre publiquement[67].

C'est alors qu'il est accusé de troubler l'Église en mêlant condition monastique et condition maritale[66]. C'est donc par Héloïse que les ennemis d'Abélard trouvent prise pour le discréditer, en l'accusant par voie de lettre ouverte d'entretenir sa femme avec les honoraires de son enseignement tout en restant moine[66]. Héloïse est insultée et dénoncée tout en même temps comme une innocente victime et une fille de joie[66]. Roscelin va jusqu'à reprocher au professeur son sceau, qui le représente formant un seul corps avec sa femme[66]. En 1121, c'est le grave échec du Concile de Soissons. Abélard est condamné sans débat[65] pour sabellianisme à livrer lui-même sur le champ un exemplaire de sa Théologie du souverain bien, « traité de l'unité et de la trinité divines », à un autodafé[68]. L'ouvrage serait contraire à l'article 20 du symbole de Sirmium de 351, et ce en dépit du fait qu'il est conforme au symbole de Nicée qui précise, sinon corrige, le précédent.

Les tribulations que doit endurer son mari ne rendent pas son amant à Héloïse et elle se sent trahie par sa prise de voile[62]. Au bout d'une dizaine d'années de cette vie monastique frustrante menée sans vocation, elle devient prieure de son abbaye.

La prieure de la Sainte Trinité (1129-1144)[modifier | modifier le code]

La fondation du Paraclet (1129-1131)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Abbaye du Paraclet.
Abailard reçoit Héloïse au monastère du Paraclet (1129)[69]. Gravure de 1897. En réalité, s'il y avait un « dortoir clos », fort modeste à en croire les témoins du XVIIIe siècle[70], les moniales, pour la plupart aristocrates, ont probablement été accueillies dans les cabanes abandonnées deux ans plus tôt.

En 1129, Héloïse est chassée sans ménagements de son monastère avec ses sœurs bénédictines par Suger, ennemi des Montmorency comme d'Abélard et nouvel abbé de Saint-Denis qui souhaite élargir l'assiette de sa fondation et loger des frères sous ses ordres. Abélard offre à celle qui se considère toujours comme son épouse, aussi bien que celle du Christ, de fonder une nouvelle abbaye au lieu d'un ermitage qu'il avait fait bâtir en 1122 sur un terrain concédé par le comte Thibault à Quincey en Champagne, au-dessus de Nogent-sur-Seine. De nombreux jeunes gens l'y avaient rejoint pour suivre son enseignement, mais il l'avait abandonné en 1127, fuyant au Rhuys la menace d'une nouvelle condamnation par ses rivaux cisterciens et prémontrés.

Dépendant du même chapitre sénonais que préside Henri le Sanglier et où siège Geoffroy de Lèves qui avait défendu Abélard au procès de Soissons, Héloïse s'y installe avec la moitié des sœurs d'Argenteuil. Le 28 novembre 1131, en plein schisme, l'évêque Hugues de Montaigu obtient pour son collègue Hatton du pape Innocent II le privilège qui agrée la fondation et qui fait d'Héloïse la prieure de l'« Oratoire de la Sainte Trinité ». Bien qu'en janvier de la même année le pape en déplacement avait reçu Abélard[71] qualifié de « recteur des écoles excellentissimes ayant attiré les hommes de lettres de presque toute la latinité »[72], le maniement abélardien du concept johannien de Paraclet, qualité générique commune aux trois personnes divines et non pas une de ces trois personnes[73], rend le terme grec trop polémique pour être dans un premier temps officiellement conservé[73].

Après une année d’extrême pauvreté, les dons sollicités par Abélard[74] affluent enfin. Héloïse, s'étant sentie abandonnée de son amant, sort de ces trois dernières années « épuisée et chancelante »[62] mais l'abbaye du Paraclet est un succès, qui se prolongera jusqu'à son aliénation en tant que bien national le 14 novembre 1792.

Amour fou et foi rationnelle (1132-1135)[modifier | modifier le code]

Abélard abandonne définitivement le Rhuys en 1133. La correspondance en latin échangée dès 1132 entre la supérieure et son directeur, anciens amants de corps, est un monument de la littérature française[4]. Au-delà de la mode carolingienne et compassée d'une prose rimée, les trois longues lettres d'Héloïse, toutes de finesse, annoncent déjà très nettement, par leur structure grammaticale logique et déjà française, le grand style hérité de Cicéron. L'auteur y mêle délicatement références et jeux de mots et se montre étonnement moderne tant par la profondeur de l'analyse psychologique que par la liberté du propos.

Il en est qui se délectent des péchés qu'ils ont commis,
À tel point qu'ils ne s'en repentent jamais vraiment.
Mais non! Si doux est l'attrait de ce plaisir,
Qu'il ne souffre aucune pénitence.
C'est ce dont notre Héloïse a pris l'habitude constante,
De se plaindre sans cesse, à moi, en elle-même.
(...)
Elles sont si délicieuses les jouissances de notre délit,
Que nous prenons à s'écouter un plaisir extrème[75].
État d'esprit d'une 'Héloïse qui n'a pas fait le deuil de son amour, décrit en vers quelques années plus tard par un Abélard lassé,
pour s'en plaindre à son fils[76].

Héloïse ne renie rien de son amour intellectuel (dilectio) pour un Abélard embarrassé, ni même de son péché de concupiscence. À moins de quarante ans, elle ne cesse de remuer les images rémanentes de leurs fantasmes vécus, jusque dans le rêve et même la prière éveillée[62]. Non sans réticences à transgresser une apparence que les convenances commandent[62], elle fait de la sincérité de l'aveu un exercice de style réjouissant. Tout en regrettant de n'avoir pas été elle aussi castrée de l'organe du plaisir[62], elle dévoile complaisamment la culpabilité de la femme désirante que cache l'hypocrite religieuse[62].

Au delà des questions intimes, cette correspondance témoigne d'une moraliste critique vis-à-vis d'une tradition confuse répétée sans compréhension et d'une dévotion de façade que cette ignorance conforte. Elle montre une prieure qui s'efforce de rendre cohérente et complète la liturgie de son monastère. Pour ce faire, elle commande à son « bien aimé » un hymnaire dont il livrera en trois livrets cent trente pièces, paroles et musique, dont le mélancolique O Quanta Qualia. Elle fait ainsi du Paraclet le premier centre de musique sacrée de son temps.

Abélard ajoute vingt-huit sermons[77] à lire pour vingt-huit saints anniversaires, jusqu'alors négligés. Parce qu'elle sait que ses amitiés rabbiniques lui donne un rare accès au texte original qu'abrite les synagogues de Troyes et Provins, Héloïse lui commande aussi pour l'édification de ses filles la première exégèse chrétienne de la Genèse depuis saint Jérôme, dont il fait une leçon simple, inspirée du commentaire de Rachi, pour une semaine liturgique[78].

Enfin, il produit un traité critique de catéchèse, les Problemata Heloissae ou Problèmes d'Héloïse, dans lequel il répond à quarante-deux difficultés soulevées par l'analyse exégétique que fait son élève des Ecritures. À travers ce texte se lit non seulement un rare travail de collaboration intellectuelle ébauché dans les Lettres des deux amants mais aussi un point de vue nettement distinct de celui d'Abélard lui-même, celui d'une femme curieuse attachée à des réponses concrètes.

Une règle monastique féminine (1136-1139)[modifier | modifier le code]

Héloïse, quatre-vingts ans avant sainte Claire[79], se soucie d'une règle monastique spécifiquement féminine, la règle de saint Benoît suivie par Sainte Ecolasse n'ayant été écrite que pour des hommes[80],[note 15]. Compliquée par celle du célibat et celle de la place de l'épouse dont le mari est devenu prêtre, la question du rôle historique des femmes auprès de Jésus, des Évangélistes et des saints n'a pas été évitée par les Pères mais reste négligée et le restera jusqu'à ce que le dogme de l'Immaculée Conception l'occulte complètement. Sans la trancher, Abélard, qui enseigne de nouveau à l'abbaye Sainte-Geneviève à partir de 1136, quand le chancelier Étienne de Garlande, disgracié par Suger en 1127, en redevient le doyen, répond aux interrogations d'Héloïse et lui édicte les principes qui doivent régir un monastère de femmes[81].

Sa règle s'inspire de celles de Cîteaux et d'Arbrissel[82] mais prends arguments non seulement de l'autorité des Évangiles et des Pères de l'Église mais aussi du bon sens qui se trouve dans les sources antiques, hébraïques, grecques ou latines. Prônant la modération et non la rigueur, proscrivant le superflu mais pas le nécessaire, cette règle, en exigeant un engagement au-delà de l'apparence, érige la délation en système social. Si elle prévoit que les moines délivrent tous les services nécessaires aux sœurs, c'est au prix de l'assujettissement de celles-ci à un abbé et de leur contrôle par un prévôt épiscopal. En contrepartie, elles doivent se faire les couturières de leurs frères, leurs lingères, leurs boulangères et s'occuper de la basse-cour.

La réaction d'Héloïse a été conservée sous la forme des Institutiones nostrae[83], la règle de son abbaye, rédigée une fois Abélard décédé. Le « silence d'Héloïse »[84] qui suit sa dernière lettre à Abélard et s'étend, à une exception près, sur trente ans, est en soi parlant. Il suggère plutôt qu'une conversion effective, peu conforme à ce qu'elle a montré d'elle-même[85], une autocensure[84], sinon une censure posthume. L'hypothèse a été avancée d'un premier recueil des documents de la prieure par ses soins, voire de leur révision par ceux d'Abélard dans un but d'édification par l'exemple d'une pécheresse ayant surmonté sa concupiscence[6]. Ce qui est resté de leur correspondance serait le reliquat de ce travail éditorial initié de leur vivant, comme le prouve la grande unité du texte[86], dans le cadre de la définition et de l'exaltation de la règle de leur institut, puis annoté, peut-être expurgé voire légèrement remanié, ultérieurement[87] par leurs successeurs clunisiens[88] à l'occasion de réformes, comme celle confiée en 1237[89] à Guillaume d'Auvergne[90], auquel le Paraclet est donné comme modèle[91].

La condamnation (1140-1142)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Concile de Sens.
Autodafé sous un soleil trinitaire
Chronique de Nurenberg[92] - 1493.

Au concile de Sens, Abélard, en refusant le débat, évite d'être condamné à brûler son livre, comme il l'avait été au concile de Soissons. Au cours du procès, Bernard de Clairvaux, en l'assurant du contraire[93], insinue la menace du bûcher, supplice inauguré un siècle plus tôt pour les « hérétiques d'Orléans ».

Le 26 mai 1140, les prises de position que professe Abélard, relativement aux effets de la Grâce et du Saint Esprit ou au péché, sont condamnées au concile de Sens. Répétition un siècle plus tard de l'affaire des hérétiques d'Orléans, c'est un procès sous influence organisé à l'occasion d'un déplacement du roi, où se joue, à travers la question de la place des clercs dans l'Église, le conflit[note 16] entre thibaldiens, protecteurs d'Héloïse et Abélard, et capétiens, dont la prééminence est alors loin d'être établie. Le traquenard[note 17] est monté par des prédicateurs envieux et encombrés dans leurs œuvres évangéliques par des arguments de raison repris et discutés jusque dans les villages les plus reculés, tant Abélard est lu[94]. Son Sic et non par exemple cite les réponses contradictoires de la Bible et des Pères, sans oublier les avis divergeant des auteurs antiques, à cent cinquante sept questions, invitant chacun à chercher la vérité au delà du texte apparent et à trouver en soi, c'est-à-dire par le Saint Esprit, une opinion.

L'accusateur Bernard de Clairvaux, pour lequel la foi n'est que dans le cœur, obtient secrètement, à force de vin servi aux juges réunis en banquet, affirment ses adversaires[95], une condamnation avant la fin des débats. L'argument de la sentence est la sauvegarde de la tradition[95]. Clivant un peu plus l'Église, le scandale est proportionnel à la notoriété de l'accusé, immense. Un de ses partis, comme il le fera lors des attaques contre Thomas d'Aquin et de la condamnation de Galilée, s'est insurgé contre celui du progrès de la raison dans la Foi.

C'est alors Héloïse que le condamné prend publiquement[95] à témoin de sa bonne foi. Il écrit pour sa défense une profession de foi[96] et c'est à elle qu'il l'adresse avant de la faire diffuser, en vain. Un rescrit signé du pape Innocent II, simple formalité de la Curie, confirme cette seconde condamnation d'Abélard le 18 juillet 1141.

Héloïse n'est pas impliquée directement mais les thèses condamnées, quant à l'exemple de l'innocence d'une femme qui pécherait par une intention amoureuse, sont celles-là mêmes qui ont présidé à la conception[36] de l'« amour par estime » (dilectio) qu'elle exprimait vingt cinq ans plus tôt. Ce moralisme triomphant faisant d'Héloïse le suppôt d'un hérétique se diffusera en une tradition populaire[97] colportée[98] par les prédications et sermons, et perdurera dans la doctrine jusqu'au XXe siècle[99].

Abélard, malade, doit renoncer à porter en personne son appel à Rome et prend la retraite qu'on lui offre au prieuré de Saint-Marcel-lès-Chalons puis à la maison mère de Cluny. Pierre le Vénérable organise une réconciliation avec Bernard de Clairvaux et obtient le pardon du pape. Abélard aurait accepté de se dédire. C'est à Saint-Marcel, où il est retourné soigner ce qui est décrit comme une psore, qu'il meurt au printemps 1142. Les moines, peut-être jaloux d'une relique qui attirerait les faveurs des donateurs, ne préviennent pas la prieure du Paraclet.

Tombeau pour Abélard (1143-1444)[modifier | modifier le code]

Chœur
Il se repose des souffrances
De la peine, et de l'amour.
À l'union céleste
Il en a appelé.
Déjà il a accédé
Au saint des saints du Sauveur.
(...)
Récitante - Strophe V
Avec toi j'ai enduré les malheurs,
Qu'avec toi, épuisée, je dorme
Et arrive en Sion.
Délivre de la croix,
Conduit à la lumière
L'âme accablée.
(...)
Récitante - Strophe VI
Rendez grâce à l'âme sainte.
Donne consolation, Paraclet!
(...)
Chœur - Strophe VII
Ils se reposent des souffrances
De la peine, et de l'amour.
À l'union céleste
Ils en appelaient.
Déjà ils accédaient
Au saint des saints du Sauveur[100].
Nénie d'Abélard,
cantate gnostique et peut-être polyphonique
attribuée à une Héloïse[101],[note 18] n'aspirant plus qu'à la mort.

Héloïse saisit le comte de Champagne, Thibaut dont elle tient fief et qui avait donné refuge à Abélard à Provins en 1122, après la première condamnation de celui-ci. Le comte saisit à son tour le supérieur de la maison mère de Saint-Marcel. Pierre le Vénérable est depuis son adolescence un admirateur de la célèbre savante. Devenu abbé, il avait longtemps voulu la tenir dans la « prison délicieuse » de Marcigny-les-Nonnains, qui est un riche couvent de dames, veuves et orphelines, attaché directement à Cluny et se trouve ainsi sous sa seule direction.

Au cours de l'année 1143, il prend l'initiative et contacte Héloïse. Elle obtient de son admirateur le transfert au Paraclet, exécuté clandestinement début novembre 1144 par l'abbé en personne, de la dépouille de son mari. Elle l'accueille le 10 novembre dans la chapelle du Petit Moustier où, conformément à ses volontés, elle a fait aménager devant l'autel un tombeau. Le 16 novembre, Pierre le Vénérable, souverain qui ne relève que de l'autorité du Pape, accorde au défunt une indulgence plénière qui sera exhibée au-dessus de son tombeau et reçoit l'abbaye dans l'ordre clunisien, affiliation qui ne sera actée par la Curie qu'en 1198 sous le pontificat d'Innocent III.

L'abbesse clunisienne du Paraclet (1145-1164)[modifier | modifier le code]

Dès lors, la règle cistercienne[102] s'impose[103] sans presque plus de réserves[104] à l'abbesse. Cette reprise en main s'inscrit dans un processus de relégation des femmes hors des institutions savantes[11], amorcée dès 1120 par le deuxième concile du Latran et renforcée par l'instauration progressive de la règle du célibat des clercs[105] voulue par la réforme grégorienne. Si les béguines résisteront quelque temps à cette exclusion[11], c'est une évolution sociale qui perdurera dans le dénigrement des Femmes savantes jusqu'à Marie Curie et cantonne dès la génération suivant celle d'Héloïse les femmes, telle Marie de France chantant le couple mythologique de Tristan et Iseult[106], à la langue profane et au registre de cour.

Héloïse toutefois, de loin la plus savante des femmes dans un temps où les plus favorisées d'entre elles doivent se contenter de jouer la musique, réussit à s'imposer comme un cas exceptionnel parmi les rares esprits qui dominent leur époque par leur sagesse, leur force et leur habileté à gérer une communauté religieuse. Renommée dès sa jeunesse pour ses compositions musicales et des chansons à succès[107], Héloïse est désormais sollicitée des princes pour son conseil et écoutée des ecclésiastiques. En 1147, elle obtient du pape Eugène III une bulle d'exemption nullius dioecesis, lui conférant en tant qu'abbesse une autorité quasi épiscopale qui s'étend sur les cinq petits prieurés annexes qu'elle développe. Elle fonde avec la comtesse Mathilde, future grand-mère de Philippe Auguste et veuve en 1151, une filiale à La Pommeraie[note 19], où celle-ci se retire et est enterrée huit années plus tard.

Vingt et un ans après son mari, le dimanche 16 mai 1164, entourée de la prieure Mélisende et ses filles, elle meurt « de doctrine et religion très resplendissante »[108] et son cercueil est inhumé sous celui d'Abélard, dernier acte de sa soumission.

Elle repose avec Abélard au cimetière du Père-Lachaise (division 7) depuis le 16 juin 1817.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Celui dont la mort hélas s'est emparé de sa morsure vorace,
Le chagrin ni les plaintes ne le rendront à la vie.
Pourquoi donc ces larmes? À quoi bon toutes ces grandes douleurs ?
La tristesse ne sert de rien, elle est même malsaine[109].
Complainte anonyme mais tout à fait singulière
rédigée au monastère d'Argenteuil en 1123[110].

Ex epistolis duorum amantium[modifier | modifier le code]

Article connexe : Epistolae duorum amantium.

Quatre lettres à Abélard[modifier | modifier le code]

Représentation d'Héloïse au XIXe siècle, choisie pour figurer dans un palmarès des femmes écrivains[112].

Lettre de remerciement à Pierre le Vénérable[modifier | modifier le code]

Règlement du Paraclet[modifier | modifier le code]

  • An., Institutiones nostrae, Le Paraclet, 1137~1220,
    • rédigée par Héloïse[119] et probablement certaines consœurs,
    • copie in Codex 802, ff. 89 r.-90 v., Bibliothèque municipale, Troyes, ~1230[87].

Nénie d'Abélard[modifier | modifier le code]

  • An., Nénie d'Abélard, Le Paraclet, 1145~1155,
    • attribution hypothétique, tradition orale recueillie probablement auprès d'émigrés et manuscrit disparu,
    • copie in A.A.L. Follen (de), Alte christliche Lieder und Kirchengesänge : Teutsch und lateinisch: nebst einem Anhange, p. 128-233, Büschler, 1819.

Célébration[modifier | modifier le code]

Son gisant, aujourd'hui au Père-Lachaise, reconstitué sur un tombeau monumental dessiné par Alexandre Lenoir pour recueillir en deux cercueils ses restes et ceux d'Abélard. Lors de l'inauguration aux Petits-Augustins le 27 avril 1807, la foule fut interminable.
« Si l’on vous prouve qu’il est faux, s’écrier : "Vous m’ôtez mes illusions". »[120].

« Où est la très sage Hélois,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys.
Pour son amour eut cest essoyne. »

— F. Villon, Ballade des dames du temps jadis, 1461.


Parcours d'un mythe[modifier | modifier le code]

La vague romantique[modifier | modifier le code]

Héloïse peut-être erra sur ce rivage,
Quand, aux yeux des jaloux dérobant son séjour,
Dans les murs du Pallet elle vint mettre au jour
Un fils, cher et malheureux gage
De ses plaisirs furtifs et de son tendre amour.
Peut-être en ce réduit sauvage,
Seule, plus d’une fois, elle vint soupirer,
Et goûter librement la douceur de pleurer ;
Peut-être, sur ce roc assise
Elle rêvait à son malheur.
J’y veux rêver aussi ; j’y veux remplir mon cœur
Du doux souvenir d’Héloïse.
Élégie signée vers 1812 par Antoine Pécot, desservant du culte romantique rendu à la grotte d'Héloïse[note 20].

Romans modernes[modifier | modifier le code]

Heresy, Forge Books, New York, 2002 (ISBN 0-765-30246-2),
deux des dix romans policiers dont l'héroïne, Catherine Le Vendeur, est une novice du Paraclet qui est amenée à cacher Héloïse, son mari et son fils.

À la scène[modifier | modifier le code]

Cinématographe
Drames musicaux
Théâtre
Ballet
Chansons modernes

Musique moderne[modifier | modifier le code]

  • J. Lewis (en), Epitaph for Abelard and Heloïse, concerto, Campion Records, avril 2004, 17' 57.

Exposition[modifier | modifier le code]

Association culturelle Pierre Abélard[126], Pierre Abélard et Héloïse, Palais des Congrès, Nantes, 3 & 4 octobre 2001.

Monuments[modifier | modifier le code]

Grotte d'Héloïse à Clisson, fabrique sauvage et romantique à souhait,
construite en 1813.

« Héloïse, à ce nom, qui ne doit s'attendrir?
Comme elle sut aimer! Comme elle sut souffrir!
 »

— Vers d'Antoine Pécot gravés par François-Frédéric Lemot[127] en 1813 à l'entrée de la Grotte d'Héloïse.

Reliquaires[modifier | modifier le code]

Anecdote[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. J. de Meung, Le Roman de la Rose, vv. 8768-8772, cote 482/665, f. 60v, musée Condé, Chantilly, [s.d.] (XIVème).
  2. a, b et c B. M. Cook, The birth of Héloïse : New light on a old mystery., Institut of historical research of University of London, Londres, septembre 2000.
  3. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 47, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  4. a et b E. Bouyé, Notice, in Abélard et Héloïse, p. 364, Folio Gallimard, Paris, décembre 2006 (ISBN 2-07-041528-7).
  5. a et b D. de Rougemont, L'Amour et l'Occident, pp. 120-121, 234 note 1 & 408, 10/18, Paris, 1972 (ISBN 2-264-00838-5).
  6. a et b J.-Y. Tilliette, « une pédagogie de la conversion », cité in Introduction in Lettres d'Abélard et Héloïse, éd. E. Hicks & Th. Moreau, p. 28, Le livre de poche Librairie générale française, n° 4572, Paris, 2007.
  7. J. Paulhan, Le bonheur dans l'esclavage, in P. Réage, Histoire d'O, éditions J.J. Pauvert, Sceaux, 1954.
  8. R. Bezzola, Les Origines et la formation de la littérature courtoise en Occident (500-1200), vol. I, II & III, Paris, Champion, 1958-1963.
  9. a, b, c et d G. Constable, The letters of Peter The Venerable, n° 167, Harvard, Cambridge (Massachusetts), 1967.
    P. de Montboissier, Première lettre à Héloïse, in L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, 10/18, Paris, 1964.
  10. Constant Mews (en), Negotiating the boudaries of gender in religious life : Robert of Arbrissel and Hersende, Abelard and Heloise, in Viator, v. XXXVII, p. 113-148, Berkeley (Californie), 2006.
  11. a, b et c Constant Mews (en), Women Readers in the Age of Heloise, in G. Signori, Die Lesende Frau, Harrassowitz, Wiesbaden, 2009.
  12. B. M. Cook, Abelard and Heloise : some notes towards a family tree., Genealogists' Magazine, vol. 26, n° 6, p. 208, Londres, juin 1999.
  13. Guy Lobrichon, Héloïse, l'amour et le savoir, Gallimard,‎ 2005.
  14. G. Lobrichon, Héloïse, l'amour et le savoir., pp. 142 & sq., Gallimard, Paris, 2005.
  15. a et b W. Robl, Heloïsas Herkunft: Hersindis Mater, Olzog, Munich, 2001 (ISBN 3-7892-8070-4).
  16. R. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, t. I, 528-1180, n° 143, Imprimerie nationale, Paris, 1887.
  17. a et b W. Robl, Hersindis Mater. Neues zur Familiengeschichte Heloisas mit Ausblicken auf die Familiengeschichte Peters Abaelard, in U. Niggli, Abaelard. Werk, Leben, Wirkung, Forschungen zur europäischen Geistesgeschichte n° 4, p. 62, Herder (de), Fribourg-en-Brisgau, 2003 (ISBN 3-451-28172-4).
  18. B. Guérard, Cartulaire de l'église Notre Dame de Paris, in Collection de documents inédits sur l'histoire de France, vol. 1, Crapelet, Paris 1850.
  19. W. Robl, Auf den Spuren eines großen Philosophen: Peter Abaelard in Paris, in Untersuchungen zur Topographie von Paris und zur Alltagsgeschichte des Frühscholastikers zwischen 1100 und 1140, p. 45., Neustadt, mai 2002.
  20. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Abélard, Historia calamitatum.
  21. B. de Bourgueil, Carmina, in J.Y. Tillette, Poèmes de Baudri de Bourgueil, t. I, n° 85, pp. 80-81, Paris, 1998.
  22. Abélard, éd. J. Monfrin, Historia calamitatum, p. 70, Vrin, Paris, 1978.
  23. a et b P. Dronke, Medieval latin and the rise of the european love-lyric, t. I, pp. 313-318, Oxford, 1968.
  24. Delaunay, notice, p. 20, note 1, in D. Gervaise, Lettres d'Héloïse et Abeilard, Fournier, Paris, 1795.
  25. Constant Mews (en), Hugh Metel, Heloise and Peter Abelard; the Letters of an Augustinian Canon and the Challenge of Innovation in Twelth-century Lorraine., in Viator, 32, pp. 59-91, UCLA, Los Angeles, 2001.
  26. Marie-Andrée Roy et Agathe Lafortune, op. cit., p.  87, 88.
  27. a, b, c, d, e, f, g et h Héloïse, Lettres d'Héloïse et Abélard, II.
  28. a, b, c, d et e Foulques de Deuil, Lettre à Abélard, in L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, p. 244, 10/18, Paris, 1964.
  29. Trad. E. Wolff, Carmina Burana, p. 356, Imprimerie nationale, Paris, 1995.
  30. Carmina Burana, n° 179, op. cité.
  31. P. Dronke & G. Orlandi, New Works by Abelard and Heloise, in Filologia mediolatina, XII, pp. 123–177, Fondation Ezio Franceschini, Spolète, 2005.
  32. Lettres des deux amants, n° 20, op. cité.
  33. S. Piron, Lettres des deux amants, p. 130, NRF Gallimard, Paris, 2005 (ISBN 2-07-077371-X).
  34. S. Piron, Enquête sur un texte, in Lettres des deux amants, pp. 183-185, Gallimard, Paris, 2005 (ISBN 2-07-077371-X).
  35. J. O. Ward & N. Chiavaroli, The young Heloise and latin rhetoric: some preliminary comments on the "lost" love letters and their significance., in B. Wheeler, Listening to Heloise: the voice of the twelfth century woman, pp. 134-136, Palgrave Macmillan, New York, 2000.
  36. a et b E. Gilson, La morale de l'amour pur, in Abélard et Héloïse, éd. E. Bouyé, Correspondance, pp. 30-31, Folio Gallimard, Paris, septembre 2000 (ISBN 2-07-041528-7).
  37. Abélard, Scito te ipsum, 1139.
  38. E. Gilson, La morale de l'amour pur, in Abélard et Héloïse, éd. E. Bouyé, Correspondance, p. 28, Folio Gallimard, Paris, septembre 2000 (ISBN 2-07-041528-7).
  39. Tertullien, Adversus Marcionem, IV, 27.
  40. a, b, c, d et e Lettres des deux amants, n° 25, op. cité.
  41. De Amicitia.
  42. a et b Lettres des deux amants, n° 23, op. cité.
  43. Lettres des deux amants, n° 24, op. cité.
  44. Lettres des deux amants, n° 21, op. cité.
  45. Constant Mews (en), Les lettres d’amour perdues d’Héloïse et la théologie d’Abélard, in J. Jolivet & H. Habrias, Pierre Abélard. Colloque international de Nantes, pp. 137-159, PUR, Rennes, 2003.
  46. a et b Abélard, Lettres d'Héloïse et Abélard, V.
  47. Abélard, « voilà tout ce que j'aimais. », ibidem.
  48. L. Cochrane, Adelard of Bath: the first English scientist, p. 23, British Museum Press, Londres, 1994.
  49. Lettres des deux amants, n° 60, op. cité.
  50. Abélard, Historia calamitatum, I.
  51. a et b S. Piron, "Reconstitution de l'intrigue", in Lettres des deux amants, p. 27, NRF Gallimard, Paris, 2005 (ISBN 2-07-077371-X).
  52. J. Jolivet, Abélard ou la philosophie dans le langage, p. 18, Saint-Paul, 1994.
  53. Abélard, Lettres des deux amants, n° 108, op. cité.
  54. Abélard, éd. J. Monfrin, Historia calamitatum, p. 74, Vrin, Paris, 1978.
  55. B. East, Abelard’s Anagram, in Notes and Queries, nouvelles séries 42-3, p. 269, Oxford University Press, Oxford, 1995.
  56. Ch. de Rémusat, Abélard: sa vie, sa philosophie et sa théologie, vol. I, p. 2, Didier libraire éditeur, 1855.
  57. a, b, c et d Héloïse, Lettres d'Héloïse et Abélard, II, in Correspondance, p. 117, op. cité.
  58. Luc, VII 47 « ses multiples péchés lui sont remis parce qu'elle a aimé beaucoup. » (à propos de la courtisane).
    Mathieu, XXI 31 « En vérité, je vous le dis, gabelous et putains entreront avant vous au Royaume des Cieux ».
  59. E. Gilson, Héloïse et Abélard, p. 25-54, Paris, Vrin, 1978.
  60. Abélard, Sermones, XXXIII.
  61. M. T. Clanchy, Abélard, pp. 230-251, Flammarion, Paris, 1997.
  62. a, b, c, d, e, f et g Héloïse, Lettres d'Héloïse et Abélard, II.
  63. Lucain, La Pharsale, VIII, 96-98
    « (...) Cur inpia nupsi,
    si miserum factura fui? nunc accipe poenas,
    sed quas sponte luam. (...) ».
  64. Lucain, La Pharsale, VIII, 86 & sq.
  65. a, b et c Abelard, Historia calamitatum.
  66. a, b, c, d et e Roscelin, Lettre à Abélard, in L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, p. 248, 10/18, Paris, 1964.
  67. Abélard, Lettre à Girbert, in Y. Ferroul, Héloïse et Abélard, lettres et vie, Flammarion Paris, 1996.
  68. O. de Frisingen, Chronique (de), XLVII, cité in L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, p. 299, 10/18, Paris, 1964.
  69. in V.-A. Malte-Brun, La France illustrée, géographie, histoire, administration, statistique, etc., t. I, Rouff, Paris, 1897.
  70. L. Bruandet, Vue des restes de l'Oratoire d'Abeilard dans l'intérieur de l'abbaye du Paraclet, dessin gravé par M. Picquenot, musée de l'abbaye Saint-Loup, Troyes, 1793.
  71. J. Verger, L'Amour castré. L'histoire d'Héloïse et Abélard, p. 117, Hermann, Paris, 1996.
  72. Ch. Charrier, Héloïse dans l'histoire et dans la légende, pp. 376 & sq., Champion, Paris, 1933.
  73. a et b Abélard, Historia calamitatum.
  74. Abélard, De Eleemosyna pro sanctimonialibus de Paraclito, in Sermones, XXX.
  75. Abéblard, Chant pour Astrolabe, CCCLXXv, v. 1-6 & 9-10, Paraclet ?, ~1139.
  76. J.B. Hauréau, Notice et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale, t. XXXIV-2, p. 187, Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris, 1895.
  77. Abélard, Sermones.
  78. Abélard, Expositio in hexameron.
  79. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 27, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  80. Héloïse, Lettres d'Héloïse et Abélard, VI.
  81. Abélard, Lettres d'Héloïse et Abélard, VIII.
  82. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, pp. 58-62, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  83. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 65, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  84. a et b E. Gilson, Le mystère Héloïse, in Abélard et Héloïse, éd. E. Bouyé, Correspondance, p. 51, Folio Gallimard, Paris, septembre 2000 (ISBN 2-07-041528-7).
  85. E. Gilson, Le mystère Héloïse, in Abélard et Héloïse, éd. E. Bouyé, Correspondance, pp. 36-54, Folio Gallimard, Paris, septembre 2000 (ISBN 2-07-041528-7).
  86. J. Monfrin, Le problème de l'authenticité de la correspondance d'Abélard et d'Héloïse, in Pierre Abélard. Pierre le Vénérable. Les courants philosophiques, littéraires et artistiques en Occident au milieu du XIIe siècle - Abbaye de Cluny 2 au 9 juillet 1972, pp. 409-424, Collect° Colloques internationaux du CNRS n° 546, Éditions du CNRS, Paris, 1975.
  87. a, b et c J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia, t. 32, pp. 21-26, 2005.
  88. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia, t. 32, pp. 19-66, 2005.
  89. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 33, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  90. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 39, note 105, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  91. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 42, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  92. f. XCII v.
  93. Geoffroy d'Auxerre, Vie de Saint Bernard, V, $ 14, in L. Charpentier, Œuvres complètes de Saint Bernard, t. VIII, 3, Librairie Louis de Vivès éd., Paris, 1866.
  94. B. de Fontaine, Lettre au pape Innocent II au nom des évêques de France, $ 1, in L. Charpentier, Œuvres complètes de Saint Bernard, t. II., lettre 337, Librairie Louis de Vivès éd., Paris, 1866.
  95. a, b et c Bérenger, Lettre ouverte à Bernard, in L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, 10/18, Paris, 1964.
  96. Abélard, Dernière lettre à Héloïse, in L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, p. 264, 10/18, Paris, 1964.
  97. a et b Th. Hersart de La Villemarqué, Barzaz Breiz, I, 16, pp. 135-138, Didier & Cie, Paris, réed. 1867.
  98. a et b J.-J. Ampère, 1841, cité in Th. Hersart de La Villemarqué, Barzaz Breiz, I, 16, note p. 135, Didier & Cie, Paris, réed. 1867.
  99. Portalié, in A. Vacant & E. Mangenot, Dictionnaire de théologie catholique, col. 42, Létouzey & Ané, 1925.
  100. A.A.L. Follen (de), Alte christliche Lieder und Kirchengesänge : Teutsch und lateinisch: nebst einem Anhange, pp. 128-233, Büschler, 1819.
  101. Ch. de Rémusat, op. cité, p. 262.
  102. Héloise & al., Institutiones noastrae, MS 802, ff. 89 r.-90 v., Bibliothèque municipale, Troyes, [s.d.].
  103. Ch. Waddell, The Paraclete statutes: notes towards a commentary on the Paraclete "Institutiones noastrae", in Cistercian liturgy series, n° 20, p. 131, abbaye de Gethsémani, Louisville (Kentucky), 1987.
  104. Ch. Waddell, Peter abelard as a creator of liturgical texts, in R. Thomas & al., Petrus Abelardus (1079-1142) : Person, Werk und Wirkung, in Trierer theologische Studien, vol. XXXVIII, p. 270, Paulinus Verlag, Trèves, 1980.
  105. S. Piron, L’éthique amoureuse des Epistolae duorum amantium, in Poésie et prophétie, p. 102, op. cité.
  106. Marie de France, Lai du chèvrefeuille, ~1160~1189.
  107. Listening to Héloïse: the voice of a Twelth-Century woman, sous la direction de B. Wheeler, Palgrave Macmillan, avril 2000.
  108. Nécrologue, anno 1164, XVII kal. iunis, Paraclet, cité in Gall. Christ., XII, p. 574.
  109. Rotula obituaire de Vital de Mortain, BNF, Fonds Baluze, XLV, 371-389, Paris.
  110. Ch. Charrier, Héloïse dans l'histoire et dans la légende, p. 149, Champion, Paris, 1933.
  111. S. Piron, Heloise’s literary self-fashioning and the Epistolae duorum amantium, in L. Doležalová, Strategies of Remembrance. From Pindar to Hölderlin, pp. 103-162, Cambridge Scholars Publishing, Newcastle, 2009.
    F. Stella, Analisi informatiche del lessico e individuazione degli autori nelle Epistolae duorum amantium (XII secolo), in R. Wright, Latin vulgaire – latin tardif VIII. Actes du VIIIe colloque international sur le latin vulgaire et tardif à Oxford du 6 au 9 septembre 2006, Olms-Weidmann, Hildesheim, 2008.
  112. In World-noted Women, D. Appleton & Co., New York, 1883.
  113. a, b et c J.T Muckle, The Personnal Letters between Abelard and Heloise, in Medieval Studies, n° 17, 1955.
  114. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 32, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  115. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 26, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  116. J.P. Migne, Patrologia Latina, vol. CLXXVIII, p. 677-678, Le Petit Montrouge éd., Paris, 1853.
  117. BNF, fonds latin, 14511, f. 18r-44v.
  118. J.P. Migne, Patrologia Latina, vol. CLXXXIX, p. 427-428, Le Petit Montrouge éd., Paris, 1853.
  119. J. Dalarun, Nouveaux aperçus sur Abélard, Héloïse et le Paraclet, in Francia - Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, n° XXXII, p. 66, note 255, Institut historique allemand, Paris, mars 2005.
  120. G. Flaubert, Dictionnaire des idées reçues.
  121. |Th. Hersart de La Villemarqué, Barzaz Breiz, I, 16, note p. 139, Didier & Cie, Paris, réed. 1867.
  122. Th. Hersart de La Villemarqué, Barzaz Breiz, I, 16, note p. 140, Didier & Cie, Paris, réed. 1867.
  123. A. Vacant, Études théologiques sur les constitutions du Concile du Vatican d'après les actes du Concile, p. 112, Delhomme et Briguet, 1895.
  124. E. Oddoul, Lettres d'Abailard et d'Héloïse, Jean Gigoux, E. Houdaille, Paris, 1839.
  125. Ch. de Rémusat, Abélard : drame inédit, Calmann Lévy, Paris, 1877, 488 p.
  126. Cf. site référencé infra.
  127. C. Allemand-Cosneau, Clisson ou le retour d'Italie, in Cahiers de l'inventaire, p. 181, Imprimerie nationale, Paris, 1990.
  128. Ph. Delorme, in Point de vue, n° 3030, p. 78 et 79, Paris, 22 Août 2006.
  129. B. Lambert, in Point de Vue, n° 3068, Paris, du 9 au 15 mai 2007.
  130. G. B. Depping, Voyage de Paris à Neufchâtel en Suisse, fait dans l'automne de 1812, p. 4, Paris, 1813.
  131. W. Hodges (en), Model theory, in Encyclopedia of Mathematics, Cambridge University Press, Cambridge, 1993 (ISBN 0-521-30442-3).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

À travers Abélard[modifier | modifier le code]

Lettres d'Héloïse et Abélard[modifier | modifier le code]

Lettres antérieures intitulées Epistolae duorum amantium
Lettres postérieures.
  • L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, 10/18, Paris, 1964.
  • Abélard et Héloïse, éd. E. Bouyé, Correspondance, Folio Gallimard, Paris, septembre 2000 (ISBN 2-07-041528-7).
    • Lettre I : Histoire des malheurs d'Abélard adressé à un ami,
    • lettre II : Héloïse à Abélard,
    • lettre III : Abélard à Héloïse,
    • lettre IV : Réponse d'Héloïse à Abélard,
    • lettre V : Réponse d'Abélard à Héloïse,
    • lettre VI : Réponse d'Héloïse à Abélard,
    • lettre VII : Réponse d'Abélard à Héloïse,
    • lettre VIII : Abélard à Héloïse.
  • Abélard-Héloïse, éd. F. d'Amboise, trad. R. Oberson, Correspondance. Lettres I-VI., Hermann, Paris, 2008, 191 p.

Lettres de Pierre le Vénérable à Héloïse[modifier | modifier le code]

Études sur Héloïse[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Évocation romantique en tant que personnage secondaire.
  • François Guizot & E. Guizot, Essai historique, in Lettres d'Abailard et d'Héloïse, E. Houdaille, Paris, 1839, réed. Abailard et Héloïse : essai historique, Didier libr., Paris, 1853.
  • Victor Cousin, P. Abaelardi de intellectibus, in Fragments philosophiques, t. II, Ladrange, Paris, 1840.
  • Moriz Carrière (de), Einleintung, in Abaelard und Heloise : ihre Briefe und die Leidensgeschichte, p. 1–99, Ricker, Giessen, 1844.
  • Ch. de Rémusat, Abélard - Sa vie, sa philosophie et sa théologie, vol. I & II, Didier libr., Paris, nouv. éd. 1855.
Les débats d'avant-guerre.
  • B. Le Barillier, La Passion d'Héloïse et d'Abélard, Société d'éditions littéraires et artistiques, Paris, 1910.
  • M. de Waleffe, Héloïse, amante et dupe d'Abélard. (La fin d'une légende), Éditions d'art et de littérature Richardin, Paris, 1910, 218 p[note 21].
  • Ch. Charrier, Héloïse dans l'histoire et dans la légende Champion, Paris, 1933, 688 p., réed. Slatkine, Genève, 1977.
  • Étienne Gilson, Héloïse et Abélard, Vrin, Paris, 1938, réed. 1978.
Les herméneutes de la fin du XXe siècle.
Le retour au texte.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La date de 1001, longtemps retenue en l'absence de preuves, avait été conjecturée par les moines de Saint Marcel, où fut dressé le premier tombeau d'Abélard, et gravée sur une plaque commémorative parce qu'ils leur paraissait providentiel qu'elle mourut au même âge que son mari. (Cf. Rémusat, op. cité, p. 263.)
  2. Les Lettres françaises la désigne sous son seul prénom, le titre de l'article, « Héloïse d'Argenteuil », ne pouvant être compris que comme la désignation d'un personnage différent, sauf dans les études documentaires se référant à une période précise de sa vie.
  3. L'abbaye se situait aux alentours de l'actuelle rue Notre-Dame.
  4. L'identification repose sur des indices, le rattachement exclusif par le Cartulaire de Marmoutiers pour les Vendômois du nom de Fulbert, qui est aussi le nom du frère d'Hersende, à un territoire dépendant des comtes de Blois et de Chamapagne, la possession par ce même oncle d'Héloïse d'une relique de Saint-Évroult dont les ossements avaient été translatés à Orléans, sa fréquentation dans le même cercle d'influence thibaldien et angevin de Baudri de Bourgueil, etc.
  5. Le monastère se situait sur une partie de l'espace qui se trouve actuellement devant le palais
  6. Son nom continue d'apparaître dans divers actes postérieurs à 1107, soit bien après la mort de son allié Guillaume de Montfort, le sacre du prince Louis et la retraite de la belle mère scandaleuse de celui ci, Bertrade de Montfort.
  7. Les inspections non scientifiques des ossements d'Héloïse faites à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe ont également montré une belle dentition (cf. Charrier, op. cité p. 318.)
  8. (...) frequenti carmine tuam in ore omnium Heloisam ponebas. Me plateae omnes, me domus singulae resonabant.
  9. « obeïr en toutes choses »
  10. « Estime (...) par expérience de la chose même »
  11. « observant également par moi-même d'un point de vue naturel »
  12. Une fois ôtées de l'expression Petrus Abaelardus II les lettres composant le nom Astralabus (Petrus Abaelardus II) restent celles qui composent l'expression Puer Dei I.
  13. Le mot employé n'est pas, comme quelques lignes loin, meretrix (littéralement « celle qui a mérité une rémunération », c'est-à-dire courtisane) mais scortum, qui renvoie à l'idée de débauché et est une métonymie des « génitoires » (scortes). Le terme désigne tant une femme qu'un homme. On dit scortor (« aller aux putes »).
  14. Une tradition orale rapportée en 1894 par l'historien local Gabriel du Chaffault évoque une rencontre d'Héloïse et Abélard au bord de l'étang où il aurait été question de suicide, pratique rendue à la mode au XIXe siècle par Werther. Cette localisation a été dénoncée en 2009 par Mickael Wilmart, enseignant de l'EHESS (Cf. note de l'Association Pierre Abélard, site référencé supra).
  15. Héloïse donne de nombreux exemples de l'inadéquation de la règle bénédictine à la vie des femmes, tant sur le plan pratique, par exemple les articles concernant le vêtement, incompatibles avec les menstrues, que sur le plan moral, par exemple l'obligation qui serait faite à une abbesse de présider la table des hôtes masculins.
  16. La déposition du l'empereur Charles le Gros et les invasions normandes ont donné l'occasion au marquis de Neustrie Eudes de prendre le pouvoir le 29 février 888 au titulaire du royaume de Francie occidentale Charles le Simple, pendant la minorité de celui-ci. À la mort d'Eudes, la conjuration est poursuivie par le frère du défunt, Robert, lequel est tué à la bataille de Soissons, le 15 juin 923. Pour autant, Charles le Simple ne parvient pas à restaurer sa puissance. Son fils Louis d'Outremer puis son petit-fils Lothaire ne règnent plus que nominalement face aux grands féodaux.
    En 958, quatre ans après l'avènement de Lothaire, Thibauld de Blois, inventeur du donjon (Blois, Chartres, Châteaudun, Chinon, Saumur), beau-frère du roi Alain puis du comte Foulques, s'érige en gouverneur de la Neustrie, c'est-à-dire chef administratif, et ne reconnait aucun suzerain. Deux ans plus tard, Hugues Capet, devenu majeur, obtient du même Lothaire le titre de duc des Francs, c'est-à-dire de chef militaire, dont son père, Hugues le Grand, avait bénéficié. Presque trente ans plus tard, le 21 mai 987, la mort opportune du dernier carolingiens Louis Le Fainéant sur un terrain de chasse d'Hugues Capet ne fait que relancer la rivalité entre robertiens et thibaldiens. Ceux-ci finissent, par mariages, par acquérir un territoire enserrant le domaine capétien entre la vallée de la Loire, la Champagne et la seigneurie de Montmorency étendue au comté de Beauvais. La guerre d'influence se joue également au sein de l'Église.
  17. Bernard de Clairvaux fera beaucoup d'efforts par la suite, vis-à-vis du pape comme de ses confrères ainsi que dans ses écrits, pour justifier la condamnation à laquelle il a apporté tout son zèle. Dans cette œuvre de propagande, seule la version du saint, à quelques témoignages près, est restée documentée. Par exemple, il fait dire que c'est Abélard, simplement demandeur d'une disputation, qui aurait demandé à avoir un procès mais que lui, plein de bienveillance, n'aurait jamais voulu y participer (Cf. B. de Fontaine, Lettre au pape Innocent II au nom des évêques de France, in Charpentier, op. cité, t. II. Cf. Geoffroy d'Auxerre, op. cité, V, 13). Ayant apparemment récusé ses juges quand il a vu qu'il n'aurait pas de procès équitable et demandé un examen direct de l'affaire par Rome, Abélard a été décrit par ses détracteurs comme un homme soudainement, pour ne pas dire miraculeusement, frappé d'une incapacité à prendre la parole (Cf. Geoffroy d'Auxerre, op. cité, V, 14).
  18. Le tombeau sur lequel elle aurait été inscrite (cf. A.A.L. Follen (de), op. cité, p. 128) au Paraclet a été détruit mais elle a été reçue comme authentiquement du XIIe siècle (cf. E. du Méril, Poésies populaires latines antérieures au XIIe siècle, Brochaus & Avénarius, p. 428, n. 2, Paris, 1843) sans plus de discussions (cf. Moriz Carrière (de), Die Kunst im Zusammenhang der Culturentwickelung und die Ideale der Menschheit, p. 266, F.A. Brockhaus, 1868.). L'attribution ne repose plus que sur le texte. La mise en scène macabre que le chant décrit correspond bien à la volonté de Héloïse d'être ensevelie sous le cadavre de son mari, et non pas â côté. À la première strophe, le chœur des moniales chante en effet le requiescat d'une seule personne. À la dernière, celui de plusieurs personnes. La récitante a ainsi au cours de sa lamentation rejoint dans la tombe celui qu'elle pleurait, emportée par ses pleurs. Le verbe s'est fait acte. La légende a transmis quelque chose de cet esprit mélodramatique, sinon de cette mélancolie morbide, en rapportant que le cadavre d'Abélard ouvrit les bras au moment de l'ensevelissement pour accueillir dans la tombe celui de sa femme. En outre, les vers latins riment à la française, ce qui peut être vu comme l'indice d'une époque de transition entre latin et ancien français. Autre indice, la langue est savante; presque précieuse, et la composition, véritable dialogue dramatique, sophistiquée (cf. Ch. Magnin, Journal des savants, p. 25, Imprimerie royale, Paris, 1844).
  19. Frontière du sénonais en aval de Thorigny sur l'Oreuse, c'est aujourd'hui une ferme et un hameau de quelques six habitations.
  20. Antoine Pécot (1766-1814), commissaire des Monnaies de Nantes, était un ami de François-Frédéric Lemot, lequel, inspiré par un voyage en Italie, fit construire dans le parc de son manoir de Clisson la fabrique de la Grotte d'Héloïse, très goutée du touriste romantique. Cf. C. Thiénon, Voyage pittoresque dans le bocage de la Vendée ou vues de Clisson et de ses environs, Didot, Paris, 1817.
  21. Cf. réponse critique de Remy de Gourmont à ce point de vue qui fit polémique.