Hélène Jégado

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Dessin représentant Hélène Jégado vers 1851.

Hélène Jégado (née à Plouhinec[1] en 1803 et décédée à Rennes le 26 février 1852) est une empoisonneuse française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née en 1803, la jeune Hélène, enfant choyée élevée dans une petite ferme d'une famille de cultivateurs pauvres, est nourrie des légendes de la Basse-Bretagne. Elle est notamment traumatisée par le personnage de l'Ankou, dont elle va devenir l'incarnation pour surmonter ses angoisses[2]. En 1810, après la mort de sa mère (qui, selon le romancier Jean Teulé, serait sa première victime, empoisonnée avec des graines de belladone versées dans sa soupe), elle est envoyée chez une tante qui travaille comme domestique dans un presbytère de Bubry, et devient elle-même domestique. Par la suite, dans différentes villes – Séglien, Auray, Bubry, Hennebont, Locminé, Lorient, Pontivy et, enfin, en 1849, Rennes[2] –, elle sera notamment cuisinière, un emploi idéal pour empoisonner à l'arsenic les plats de ses victimes : des clients d'un bordel militaire de Port-Louis, où elle se prostitue, des maîtresses de maison, des curés, des bonnes sœurs, jusqu'à des enfants. Sa série de crimes s'arrêtera à Rennes, après les meurtres de deux gouvernantes successives et d'une servante de son employeur l'avocat, professeur de droit et expert en affaires criminelles Théophile Bidard de la Noë, lequel, soupçonneux, se décide finalement à enquêter sur son parcours[3].

L'exécution d'Hélène Jégado sur le Champ de Mars à Rennes met fin à une carrière criminelle de dix-huit ans, facilitée par le fait qu'à cette époque la région était touchée par des épidémies de choléra dont les symptômes sont proches de ceux de l'empoisonnement à l'arsenic, qu'Hélène Jégado ne vole pas ses victimes et que les familles refusent les autopsies des corps de leurs parents. Le nombre de ses victimes est impossible à déterminer avec précision (probablement 36[2]), car la plupart de ses forfaits ayant été commis plus de dix ans avant son procès, ils ne pouvaient plus être jugés du fait de la prescription légale de dix ans en vigueur à l'époque, aussi son procès écartera-t-il 21 empoisonnements et 5 tentatives d'empoisonnement. Jean Teulé la considère comme la plus grande[4] tueuse en série du monde[3]. Son habitude de conserver des fétiches de chacun d'entre eux permet aujourd'hui d'estimer qu'elle a tué environ soixante personnes, y compris des enfants, notamment la petite Marie Bréger au château de Soye (à Plœmeur) en mai 1841, dix ans et un mois avant son arrestation, ainsi que deux tantes et son père[3].

Son acte d'accusation comporte cinq empoisonnements et cinq tentatives d'empoisonnement, ainsi qu'onze comptes de vol domestique. Le procès s'ouvre devant la Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine le 6 décembre 1851 et se termine par la condamnation à mort le 14 décembre après une heure quinze de délibération. Le discours final de Me Magloire Dorange, jeune avocat de 24 ans chargé de la défense et qui plaide la folie, est un plaidoyer contre la peine de mort[5]. Femme pieuse, elle avoue ses meurtres en prison lors d'une confession donnée à l'abbé Tiercelin la veille de son exécution, révélations qu'elle autorise à rendre publiques après son décès mais se révélant peu fiables car elles excluent certains crimes et en ajoutent certains autres[2].

Les circonstances politiques après le coup d’État de Napoléon III le 2 décembre, ont fait que le cas a reçu peu d'attention dans les journaux au niveau national[3]. À noter que le député Jean-Baptiste Baudin, médecin spécialisé dans les maladies de l'estomac, était cité à comparaître pour la défense, mais a trouvé la mort sur les barricades du faubourg Saint-Antoine le 3 décembre[2]. Hélène Jégado est guillotinée en 1852.

La culpabilité d'Hélène Jégado n'a jamais été mise en cause. Par contre, plusieurs mobiles ont été proposés sans vraiment convaincre, aucune explication raisonnable n'ayant pu être donnée à son action[2].

Sa méthode était simple : cuisinière dans les presbytères et les maisons bourgeoises, elle ajoutait de la « poudre blanche » dans la soupe ou les gâteaux qu'elle préparait, autrement dit de l'arsenic, sous la forme de « mort-aux-rats »[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

« La Jégado » est le sujet d'une feuille volante en français (Complainte d'Épinal) et d'une complainte en langue bretonne de Jafferedo imprimé à Hennebont (1900). Elle devient une espèce de croque-mitaine, personnage maléfique auquel on faisait appel pour forcer les enfants à boire leur soupe, les menaçant de l'appeler s'ils ne la mangeaient pas[6].

Un épisode de la série En votre âme et conscience est consacré au cas d'Hélène Jégado en janvier 1967.

En 2006, le réalisateur français Pierre Mathiote met en scène, pour France 3, un docufiction intitulé La Jégado, avec Taïra Borée dans le rôle-titre.

Le Musée de Bretagne de Rennes contient le masque mortuaire d'Hélène Jégado dont on avait recherché la « bosse du crime » lors de l'autopsie par la Faculté de médecine[7].

En Bretagne aujourd'hui, plusieurs pâtisseries proposent à leurs clients des « gâteaux d'Hélène Jégado », recette identique (angélique pour masquer la couleur verte que prenait le gâteau arsénié à la cuisson, amandes pour masquer le goût amer de l'arsenic) mais garantie sans arsenic[3]. La recette a été signalée sous le nom de Gâteau breton d'Hélène Jégado par Simone Morand dans son livre Gastronomie bretonne d'hier et d'aujourd'hui en 1965.

En 2013, le romancier français Jean Teulé, écrivit une biographie romancée de la vie d'Hélène Jégado, Fleur de tonnerre, dont l'adaptation au cinéma sera réalisée fin 2014 par Stéphanie Pillonca-Kervern avec Stéphanie Sokolinski, Miou-Miou, Anémone, Yolande Moreau, Gustave Kervern, Corinne Masiero, Miossec et Albert Dupontel[8].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Affaire d'Hélène Jégado, accusée de nombreux empoisonnements [à l'arsenic et de vols au préjudice de ses patrons successifs]... Arrêt de la Cour portant condamnation à mort de la fille Hélène Jégado, Rennes, au bureau du "Progrès" et chez les libraires, 1851, 240 pages.
  • Anonyme, Crimes commis par Hélène Jégado, domestique, Agen, J.-B. Barrière, 1859, 4 p.
  • Anonyme, Exécution d'Hélène Jégado, Nantes, impr. de V. Mangin, 1852.
  • Anonyme, Hélène Jégado. Empoisonnements [à l'arsenic de Rosalie Sarrazin, Perrote Macé et Rose Texier]. Vols. Condamnation à mort, Nantes, impr. W. Busseuil, s. d., 2 p.
  • Anonyme, L'empoisonneuse Hélène Jégado accusée d'avoir attenté à la voie de 57 personnes dont 25 ont succombé, Joinville, A. Lebrun, 1863, 2 p.
  • Anonyme, L'empoisonneuse Hélène Jégado, Meaux, Impr. de A. Cochet, 1864.
  • Fouquier A, série Causes célèbres de tous les peuples, 32 pages, 1865.
  • Pierre Bouchardon, Hélène Jégado. L'empoisonneuse bretonne, Paris, Albin Michel, 1937, 252 pages.
  • Bouchardon Pierre, « La Brinvilliers du XIXe siècle : l'empoisonneuse Hélène Jégado », Revue internationale de criminologie et de police technique vol. V, 1951.
  • Le Saout Georges, Hélène Jégado, portrait d'une empoisonneuse, discours de rentrée à l'audience solennelle de la Cour d'appel de Rennes, 16 septembre 1968, Rennes, Les Nouvelles, 1968, 37 pages.
  • Parsons Jacques, Quelques empoisonneuses [Marie Lafarge, 1840; Mme Boursier, 1823; Euphémie Vergès, Mme Lacoste, 1843; Hélène Jégado et Jeanne Weber, 1906, Histoire de la médecine, 1974.
  • Meazey Peter, La Jégado, histoire de la célèbre empoisonneuse, La Plomée, 1999, 149 pages.
  • Meazey Peter, La Jégado, l'empoisonneuse bretonne, Astoure, 2006. (nouvelle édition du livre de 1999.)
  • Christophe Belser et Jacques Rouzet, Les Grandes affaires Criminelles d'Ille-et-Vilaine, De Borée, 2006 (OCLC 470597451).
  • Tsikounias Myriam (dir.), Éternelles coupables. Les femmes criminelles de l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, 2008, 208 p.
  • Collectif, Les Grandes Affaires Criminelles de Bretagne, De Borée, 2009.
  • Anne-Emmanuelle Demartini, Figures de femmes criminelles : de l'Antiquité à nos jours, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Hommes et Société »,‎ 25 mars 2010, 352 p. (ISBN 978-2-85944-631-4), « La figure de l'empoisonneuse, de Marie Lafarge à Violette Nozière », p. 27 à 39.
  • Sylvain Larue, Tueurs en série de France, De Borée, Paris, 2010.
  • Serge Cosseron et Jean-Marc Loubier, Femmes criminelles de France, De Borée, 2012.
  • Chloé Chamouton, Histoires vraies en Bretagne, Papillon Rouge, 2012.
  • Jean Teulé, Fleur de tonnerre, Julliard, 2013.(Roman)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Etat civil de Plouhinec, Naissances 1802-1803, p. 19-24
  2. a, b, c, d, e et f « L’empoisonneuse et le Bâtonnier », Baro Magazine (le bulletin des avocats de Rennes), no 39,‎ mai 2008, p. 22-23
  3. a, b, c, d, e et f Jacques Pradel, Hélène Jégado l'empoisonneuse, émission L'Heure du crime sur RTL, 7 mars 2013.
  4. En réalité, une femme comme Miyuki Ishikawa (en) est accusée d'avoir tué entre 85 et 169 personnes.
  5. Reconstitution du procès d'Hélène Jégado, vidéo INA
  6. Philippe Dagorn, médiateur au Musée de Bretagne, intervention au journal 12/13 sur France 3, 13 mars 2013
  7. Portail des collections des musées de France
  8. « Fleur de Tonnerre », Allociné (consulté le 22 septembre 2014).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]