Gustave Thibon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Thibon.

Gustave Thibon

Philosophe occidental

Époque Moderne

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Gustave Thibon

Signature thibon.jpg
Naissance 2 septembre 1903
Saint-Marcel-d'Ardèche Drapeau de la France France
Décès 19 janvier 2001 (à 97 ans)
Saint-Marcel-d'Ardèche Drapeau de la France France
Nationalité Français
Principaux intérêts métaphysique, théologie, épistémologie, morale, esthétique, anthropologie, politique
Influencé par Platon, Aristote, saint-Thomas d'Aquin, saint Jean de la Croix, Joseph de Maistre, Nietzsche, Jacques Maritain, Simone Weil, etc.

Gustave Thibon (né le 2 septembre 1903 à Saint-Marcel-d'Ardèche, France et mort le 19 janvier 2001 dans la même commune) est un philosophe français.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Métaphysicien et poète, toute sa formation s’est faite en dehors du système universitaire. À treize ans, en 1916, son père étant mobilisé, il quitte l’école avec le certificat d’études primaires pour aider son grand-père à la vigne familiale. Grâce à une bibliothèque qu'il a à sa disposition à l’adolescence, il acquiert seul[1] une culture de grande ampleur et cohérente, des langues classiques et vivantes à la biologie, à l’économie, aux mathématiques, ainsi qu'en histoire, littérature, théologie et philosophie. La souveraineté encyclopédique qui nourrit sa pensée et aiguise son jugement le fait, à travers la chronologie, contemporain des grands esprits du Moyen Âge (Isidore de Séville, Raban Maur) ou de la Renaissance (Pic de la Mirandole).

Saint Thomas d’Aquin et saint Jean de la Croix sont ses deux maîtres spirituels. En 1931, il fait la rencontre déterminante de Mère Marie-Thérèse (du carmel d’Avignon), devient oblat du Carmel, tandis que le P. Charles Henrion, disciple du bienheureux Charles de Foucauld discerne que sa véritable vocation est d’aller au devant des autres et de leur prêter, dans un souci de « philosophie concrète[2] » ses mots et sa capacité de réflexion, ce qui le conduit à multiplier les articles et surtout les conférences jusqu’à un âge très avancé, tant en Europe qu’en Amérique[3].

Dans le même temps, Jacques Maritain lui ouvre les colonnes des revues qu’il parraine (la Revue thomiste, la Revue de philosophie) et lui commande son premier livre, un essai sur le métaphysicien et psychologue allemand Ludwig Klages, La Science du caractère (1933).

Les années du malentendu[modifier | modifier le code]

À partir des années 1930, il ne cesse d’écrire dans de nombreuses revues (Les Études carmélitaines en particulier, mais aussi Orientations, La Vie spirituelle, Civilisation). En 1939, Gabriel Marcel édite et préface un recueil de ses articles qui paraît en 1940, Diagnostics, et qui est son premier livre à toucher un vaste public.

Ce livre est à l’origine d’un malentendu. À deux reprises, au début des années 1940 puis au début des années 1960, Gustave Thibon se trouve sous les projecteurs de l’actualité, parce que sa pensée entre en consonance avec les préoccupations immédiates de l’époque et l’idéologie à la mode : réflexion sur les causes de l’effondrement de la France et « retour à la terre » en 1940, réflexion sur les impasses du progrès industriel en 1970. Dans les années 1940, le régime de Vichy qui se cherche des cautions intellectuelles tente de récupérer Gustave Thibon qui a toujours refusé toute espèce de distinction sociale que son œuvre aurait pu lui rapporter (poste officiel, chaire, décorations, fauteuil académique).

Le souci de l’éternel en l’homme, qui est premier chez Gustave Thibon, le conduit à s’intéresser à l’organisation de la cité qui doit faire en sorte que les contingences temporelles (de l’économie, de la sociologie, de la politique) contrarient le moins possible cette vocation humaine à l'éternel. Pour Thibon, l’homme se condamne lui-même en se coupant à la fois de ses racines naturelles et de ses origines surnaturelles, en ignorant la dimension cosmique aussi bien que la profondeur divine de l’existence, l’une répondant de l’autre. Ce sera le grand leitmotiv de sa réflexion.

En 1941 il est, avec entre autres le P. Louis-Joseph Lebret, le P. Jacques Loew, le futur initiateur des prêtres ouvriers, et l’économiste François Perroux, l’un des fondateurs du mouvement Économie et Humanisme et de la revue du même nom, qui aura une importance capitale quoique souterraine dans la réflexion sur les pratiques économiques jusqu’au début des années 2000.

L'amitié avec Simone Weil[modifier | modifier le code]

La même année, à l’instigation de son ami le P. Joseph-Marie Perrin, il reçoit chez lui Simone Weil, qui veut, après son expérience d’ouvrière chez Renault, tenter une expérience analogue de travailleuse agricole. C'est, de son propre aveu, la « grande rencontre » de sa vie : en quittant la France pour l’Amérique, en mai 1942, Simone Weil abandonne à Thibon ses cahiers, en lui en laissant la « complète propriété »[4]. Il en tire en 1947 La Pesanteur et la Grâce, la première anthologie qui révèle au monde la personne et l’œuvre de Simone Weil. Il s’explique longuement sur les circonstances de cette amitié et davantage dans sa longue préface originelle à La Pesanteur et la Grâce[5] tout d’abord, puis dans le livre qu’il écrit avec le P. Perrin, Simone Weil telle que nous l’avons connue (1952).

De 1942 à 1944, il est l’un des principaux animateurs de l’hebdomadaire Demain que dirige Jean de Fabrègues et qui sert de couverture à une activité de soutien aux prisonniers[6], hebdomadaire qui sur le conseil de Thibon se saborde au printemps 1944 pour resurgir sous une forme clandestine, Destin. En 1949, un commentateur anglais, Vernon Mallinson, mesure l’enjeu de l’activité de Thibon à cette époque, en montrant comment « la publication de ses livres pendant les années de l’occupation allemande était un événement important, parce qu’ils contenaient un défi implicite au défaitisme et à l’apathie dans lesquels étaient tombés beaucoup de ses contemporains en France  »[7].

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Poète lui-même (ses Poèmes lui valent en 1940 le prix des poètes catholiques - le jury de ce prix comprenait entre autres Patrice de La Tour du Pin, Oscar Venceslas de Lubicz Milosz, François Mauriac, Giovanni Papini et Gertrud von le Fort - et il reçoit en 1957 le prix Esparbié de l’Académie des Jeux floraux de Toulouse), Gustave Thibon est surtout l’ami des poètes (Benjamin Fondane, Charles Maurras, Lanza del Vasto, Marie Noël, Éric Heitz) et de la poésie, élément fondamental de sa vie intellectuelle et spirituelle : « Je ne peux passer une journée sans me dire et me redire des vers »[8].

L'Académie française lui décerne deux de ses grands prix : le grand prix de littérature en 1964 et le grand prix de philosophie en 2000.

Publications[modifier | modifier le code]

De Gustave Thibon[modifier | modifier le code]

  • La science du caractère (l’œuvre de Ludwig Klages), Paris, Desclée de Brouwer, 1933
  • Poèmes, Bruxelles, Édition universelle 1940
  • Diagnostics, essais de physiologie sociale, préface de Gabriel Marcel, Paris, Librairie de Médicis, 1940 ; dernière édition : Paris, Fayard, 1985
  • Destin de l’homme, édition et préface de Marcel De Corte, Bruges – Paris, Desclée de Brouwer, 1942
  • L’Échelle de Jacob, Lyon, Lardanchet, 1942 ; dernière édition remaniée : Fayard, 1975
  • Retour au réel. Nouveaux Diagnostics, Lyon, Lardanchet, 1943
  • Ce que Dieu a uni. Essai sur l’amour, Lyon, Lardanchet, 1945 ; dernière édition : Fayard, 1987
  • Le Pain de chaque jour, Monaco, Le Rocher, 1945
  • Offrande du soir, poèmes, Lyon, Lardanchet, 1947
  • Introduction à La Pesanteur et la Grâce de Simone Weil, édition et choix de textes, Paris, Plon, 1947.
  • Chateaubriand, choix de textes et introduction, Monaco, Le Rocher, 1948
  • Nietzsche ou le déclin de l’esprit, Lyon, Lardanchet, 1948 ; dernière édition : Paris, Fayard, 1985
  • Paysages du Vivarais, avec des photographies de Jean-Marie Marcel, Paris, Plon, 1949
  • Simone Weil telle que nous l’avons connue, avec le P. Joseph Marie Perrin, o.p., Paris, La Colombe, 1952 ; dernière édition : Paris, Fayard, 1967
  • Vous serez comme des dieux, théâtre, Paris, Fayard, 1954 ; dernière édition : 1985
  • Notre regard qui manque à la lumière, Paris, Amiot-Dumont, 1955 ; dernière édition : Paris, Fayard, 1995
  • L’Ignorance étoilée, Paris, Fayard, 1974 ; dernière édition 2001
  • L’Équilibre et l’Harmonie, chroniques, Paris, Fayard, 1976
  • Le Voile et le Masque, Paris, Fayard, 1985
  • L’Illusion féconde, Paris, Fayard, 1995
  • Ils sculptent en nous le silence, rencontres, textes présentés par Philippe Barthelet, Paris, F.-X. de Guibert, 2003
  • Aux ailes de la lettre…, pensées inédites (1932-1982), choisies et présentées par Françoise Chauvin, Monaco, Le Rocher, 2006
  • Parodies et Mirages ou la décadence d’un monde chrétien, notes inédites (1935-1978), textes présentés par Françoise Chauvin, Monaco, Le Rocher, 2011
  • Les Hommes de l’éternel, conférences au grand public (1940-1985), textes établis et présentés par Françoise Chauvin, Paris, Mame, 2012.

Avec Gustave Thibon[modifier | modifier le code]

  • Entretiens avec Christian Chabanis, émissions de l’Institut national de l’audiovisuel, script des émissions diffusées en février-mars 1975 par TF1, Paris, Fayard, 1975
  • Au soir de ma vie, Mémoires recueillis et édités par Danielle Masson, Plon, 2001
  • Philippe Barthelet, Entretiens avec Gustave Thibon, Monaco, Le Rocher, 2001

Sur Gustave Thibon[modifier | modifier le code]

  • Dossier H Gustave Thibon, conçu et dirigé par Philippe Barthelet, Lausanne, L’Âge d’homme, 2012
  • Benoît Lemaire, L’espérance sans illusions : l’espérance chrétienne dans la perspective de Gustave Thibon, Préface de Gustave Thibon, Montréal/Paris, Éditions Paulines/Apostolat des éditions, 1976
  • Montgomery Belgion, A Man After My Own Heart, Hinsdale, H. Regnery & C°, 1949.
  • Gustave Thibon, il était une foi, documentaire diffusé sur la chaîne Histoire le 4 décembre 2013 à 20 h 40
  • DEBAILIAC Raphaël, Gustave Thibon la leçon du silence, Paris, Desclée de Brouwer, 2014

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «… Ensuite, j’ai fait toutes mes études chez moi » (Aperçus autobiographiques [c. 1960], repris dans le Dossier H Gustave Thibon (Lausanne, L’Âge d’homme, 2012)
  2. Pour reprendre le mot de son ami Gabriel Marcel.
  3. « Depuis quelques années, je me consacre surtout à l’enseignement par la parole : j’ai donné un grand nombre de conférences et de cours en France, Belgique, Hollande, Suisse, Allemagne, Italie, Portugal, Amérique du Nord etc. » (loc. cit.)
  4. Lettre de Simone Weil à Gustave Thibon (de Casablanca, mai 1942), in Dossier H Thibon, op. cit., p. 423.
  5. Supprimée des éditions ultérieures, ou diminuée, elle a été reprise in extenso dans le Dossier H Thibon (op. cit.)
  6. Cf., sur cet aspect très mal connu de la résistance des chrétiens dits « de droite », Véronique Auzépy-Chavagnac, Jean de Fabrègues et la jeune droite catholique aux sources de la Révoution nationale, Presses universitaires du Septentrion, 2002. – Jean de Fabrègues favorisera en particulier l’évasion de François Mitterrand et cachera le futur abbé Pierre.
  7. « The appearence of these books, during the years of the German occupation, was an important event, because implicite in them was a challenge to the defeatism and apathy felt by many of his contemporaries in France » (« Gustave Thibon : Philosopher and Poet », The Listener (27 octobre 1949)
  8. Philippe Barthelet, Entretiens avec Gustave Thibon, Monaco, Le Rocher, 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]