Gustav Heinemann

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Gustav Heinemann
Gustav Heinemann en 1969
Gustav Heinemann en 1969
Fonctions
3e président fédéral d'Allemagne
Élection
(5e Assemblée fédérale)
Chancelier Kurt Georg Kiesinger
Willy Brandt
Helmut Schmidt
Prédécesseur Heinrich Lübke
Successeur Walter Scheel
Ministre fédéral de l'Intérieur
1er ministre fédéral de l'Intérieur depuis 1949
Chancelier Konrad Adenauer
Prédécesseur Conseil de contrôle allié
Successeur Robert Lehr
Ministre fédéral de la Justice
9e ministre fédéral de la Justice depuis 1949
Chancelier Kurt Georg Kiesinger
Prédécesseur Richard Jaeger
Successeur Horst Ehmke
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Schwelm, Reich allemand
Date de décès (à 76 ans)
Lieu de décès Essen, RFA
Nationalité Allemande
Parti politique CSVD (1930-1933)
CDU (1945-1952)
GVP (1952-1957)
SPD (à partir de 1957)
Conjoint Hilda Heinemann
Religion Protestantisme

Gustav Heinemann
Présidents de la
République fédérale d'Allemagne

Gustav Heinemann, né le et mort le , était un homme politique allemand. Ministre fédéral à plusieurs reprises, il fut président de la République fédérale d'Allemagne (Bundespräsident) entre 1969 et 1974.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant-guerre[modifier | modifier le code]

Gustav Heinemann est né en 1899 à Schwelm, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Il était l'aîné des trois enfants d'Otto Heinemann, alors fondé de pouvoir chez Krupp AG à Essen. Ses parents étaient de tendance radicale-démocratique, libérale de gauche et patriote et n'appartenaient à aucune Église. Il fit ses études secondaires à Essen avant de servir comme soldat à la fin de la Première Guerre mondiale. Il ne servit toutefois que trois mois et ne connut pas le front. Blessé, il fut en effet réformé.

Après la guerre, il étudia le droit, les sciences économiques et l'histoire à Münster, Marbourg, Munich, Göttingen et Berlin. Il obtint un premier doctorat en sciences politiques en 1922, puis un second en droit en 1929. Il fut juriste aux Rheinische Stahlwerke de 1929 à 1949. De 1933 à 1939, il enseigna également le droit civil et le droit économique à l'Université de Cologne.

En 1926, il épousa Hilda Ordemann avec qui il eut trois filles et un fils.

Pendant ses études, il rencontra des personnes qui resteront ses amis durant toute sa vie comme l'économiste libéral Wilhelm Röpke, le syndicaliste Ernst Lemmer ou le marxiste Viktor Agartz. Comme son père, il était membre du Deutscher Monistenbund qui militait pour une large diffusion des connaissances scientifiques et qui sera dissout par les Nazis en 1933. Durant ses études il milita également dans les groupes d'étudiants du Parti démocrate allemand (DDP). Le 19 mai 1920, il assista à un discours d'Adolf Hitler et fut sorti de la salle pour avoir réagi à ses propos antisémites. De 1930 à 1933, il fut membre du Christlich-Sozialer Volksdienst, un parti politique protestant conservateur, mais vota pour le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) en 1933 pour contrer les Nazis.

Engagement religieux[modifier | modifier le code]

Durant la période nazie, il s'engagea pour l'indépendance des Églises par rapport au pouvoir et plus particulièrement vis-à-vis des Chrétiens allemands, un mouvement raciste et antisémite au sein du protestantisme. Il travailla notamment sur la Déclaration de Barmen qui sera l'un des actes fondateurs de l'Église confessante, un mouvement chrétien antinazi au sein de l'Église protestante du Reich. De 1936 à 1950, il fut président de la Young Men's Christian Association (YMCA) d'Essen.

En octobre 1945, il cosigna avec d'autres membres du Conseil de l'Église évangélique en Allemagne la Reconnaissance de culpabilité de Stuttgart (Stuttgarter Schuldbekenntnis), un document qui reconnaît la coresponsabilité des Églises dans le nazisme. Il fut président du conseil de l'Église évangélique jusqu'en 1955 et en resta membre jusqu'en 1967. Il fut également membre de la direction de l'Église évangélique de Rhénanie de 1949 à 1962 et présida les synodes de l'Église évangélique de 1949 à 1955.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Membre de la CDU[modifier | modifier le code]

Gustav Heinemann est des membres fondateurs de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Il fut maire d'Essen dans l'immédiate après-guerre (1946-1949) et député à la Diète de Rhénanie-du-Nord-Westphalie de 1947 à 1950. Il fut par ailleurs ministre de la Justice dans le gouvernement de ce Land, sous la direction de Karl Arnold, entre 1947 et 1948.

En 1949, il devint ministre fédéral de l’Intérieur dans le premier gouvernement du chancelier Konrad Adenauer.

À la fin du mois d'août 1950, les négociations secrètes que menait Adenauer pour une contribution allemande à une future armée européenne fut rendue publique. Adenauer avait notamment soumis au haut commissaire américain John McCloy un rapport proposant le réarmement de l'Allemagne sans en informer son gouvernement, ni le grand public. Lorsque Adenauer présenta le document à son gouvernement, Gustav Heinemann annonça sa démission qui prit effet le 9 octobre 1950.

Fondateur de l'éphémère GVP[modifier | modifier le code]

Il reprit alors ses activités d'avocat et créa un cabinet avec Diether Posser à Essen, où il s'engagea notamment pour les objecteurs de conscience. En 1952, il quitta la CDU en raison de la poursuite des plans de réarmement et fonda la Notgemeinschaft für den Frieden Europas avec Helene Wessel, Margarete Schneider – la veuve de Paul Schneider, pasteur assassiné à Buchenwald –, Erhard Eppler, Robert Scholl et Diether Posser. Le Gesamtdeutsche Volkspartei (GVP, parti populaire panallemand) fur rapidement issu de cette association. Le programme du GVP demandait que l'Allemagne renonce à une armée de défense et observe une stricte neutralité entre l'OTAN et le bloc de l'Est, afin de faciliter une éventuelle réunification. Heinemann approuvait en revanche la création d'une police fédérale.

Le 13 mars 1952, Heinemann fit un discours à Berlin Ouest à propos de la première des notes de Staline (Stalin-Noten) devant des milliers de spectateurs. Il demanda que la proposition de Staline de créer une Allemagne réunifiée et neutre soit étudiée sérieusement. La CDU avait appelé les Berlinois à protester et la salle était remplie de protestataires engagés pour l'empêcher de parler. Il réussit toutefois à les faire taire en leur demandant s'ils souhaitaient vraiment que les journaux de Berlin Est titrent qu'il n'y avait plus de liberté d'expression à Berlin Ouest et put terminer son discours dans le calme.

Le GVP n'obtint toutefois que 1,2 % des voix aux élections de 1953 et Gustav Heinemann perdit ainsi son mandat de député. Pendant les quatre années qui suivirent, il réussit toutefois avec son parti à maintenir le débat sur le réarmement. En 1957, devant l'échec confirmé du GVP, il adhéra au Parti social-démocrate (SPD).

Durant cette même année, il défendit son ami Viktor Agartz dans un procès pour haute trahison; il défendra également l'hebdomadaire Der Spiegel contre Franz Josef Strauss durant l'Affaire du Spiegel en 1962.

Député et ministre de la justice social-démocrate[modifier | modifier le code]

Heinemann fut élu député au Bundestag dès les élections de 1957 et devint membre du comité directeur du SPD l'année suivante, où il resta jusqu'en 1969. Il y représenta l'aile sociale et radicale-démocratique du protestantisme allemand. En 1957 et 1958, il fut l'un des principaux adversaires du projet de Konrad Adenauer et Franz Josef Strauss de doter l'armée allemande de l'arme nucléaire. Dans une intervention célèbre au Bundestag le 23 janvier 1958, il déplora l'échec de la politique d'Adenauer et l'accusa de tromper le peuple et de contourner tant son gouvernement que le parlement. Critiquant la reprise des valeurs chrétiennes occidentales, Heinemann revint sur une affirmation de Konrad Adenauer durant la campagne de 1957 où il avait affirmé que l'enjeu était de savoir si l'Europe et l'Allemagne allaient rester chrétiennes ou devenir marxistes, et répliqua que le sujet n'était pas le christianisme contre le marxisme, mais de reconnaître que le Christ n'est pas mort contre Karl Marx, mais pour tout le monde. Cette intervention suscita de violentes réactions.

Il devint ministre fédéral de la justice le 1er décembre 1966 dans le gouvernement de grande coalition de Kurt Georg Kiesinger, sur proposition de Willy Brandt. Comme d'autres membres de ce gouvernement, il était favorable à une grande réforme du droit pénal. Disposant de deux projets de réforme, l'un plus conservateur datant de 1962, et l'un plus libéral datant de 1966, il réussit à faire passer nombre de propositions de la deuxième proposition. Il dépénalisa notamment l'adultère et l'homosexualité, donna aux enfants illégitimes les mêmes droits qu'aux enfants légitimes. Il demanda également - d'abord en vain - que les objecteurs de conscience ne soient plus condamnés à plusieurs reprises - ils étaient convoqués à plusieurs reprises et condamnés à chaque fois. Il ne parvint pas à imposer cette idée au sein du gouvernement, mais le Tribunal constitutionnel fédéral lui donna raison dans un jugement du 7 mars 1968.

Au début du mois d'avril 1968, il publia un article sur les droits humains dans le journal du SPD Die neue Gesellschaft où il demandait d'avantage de droits sociaux, économiques et culturels pour la population afin de répondre aux demandes des étudiants et de mettre fin à la tradition germanique d'État autoritaire. Deux jours après l'attentat contre le chef de l'opposition extra-parlementaire Rudi Dutschke le 11 avril 1968, le chancelier Kiesinger traita les étudiants protestataires de "forces militantes d'extrême-gauche" et les rendit indirectement responsables de l'attentat. Heinemann réagit par une déclaration où il renvoyait dos à dos la frange des étudiants prête à la violence et le chancelier Kiesinger. Il défendit le droit de manifester que des voix au sein de la CDU avaient appelé à limiter. Des membres de l'Opposition extra-parlementaire lui furent reconnaissant d'avoir apaisé la situation.

À la surprise de ses partisans, Gustav Heinemann soutint toutefois l'introduction de l'État d'urgence dans la constitution fédérale le 10 mai 1968, alors qu'elles étaient rejetées fermement par les mouvements étudiants et par une partie des syndicats. Ces opposants craignaient que de futurs gouvernement puissent décréter l'État d'urgence sans véritables motifs. Gustav Heinemann préférait lui que la procédure de mise en place de l'État d'urgence soit décrite par la loi, plutôt qu'un futur gouvernement n'agisse sans aucune base législative comme cela avait été durant la République de Weimar.

Président de la République[modifier | modifier le code]

Lorsque le SPD affirma pour la première fois ses prétentions au poste de président de la RFA en 1967, personne ne pensait à Gustav Heinemann. Le président du SPD Willy Brandt ne pensa à lui qu'en 1969, parce qu'il rejoignait la jeune génération et notamment le mouvement estudiantin sur les questions de démocratisation de la société et des institutions. Les perspectives de succès d'Heinemann s'améliora lorsque la CDU choisit comme candidat le plutôt conservateur Gerhard Schröder à la place du plutôt libéral Richard von Weizsäcker. Le FDP évita toute prise de position.

L'élection eut lieu le 5 mars 1969. Lors du premier tour, Heinemann obtint 513 voix sur 1036, puis 511 au deuxième tour. Gerhard Schröder en obtenait 507. Il l'emporta finalement au troisième tour, où la majorité absolue n'était plus nécessaire, par 512 voix contre 506 à Gerhard Schröder. Les voix du FDP, qui se portèrent majoritairement sur Heinemann, furent déterminantes. Pour le social-démocrate Carlo Schmid, cette élection a permis de lever les dernières réticences des Allemands sur la capacité de gouverner du SPD et a facilité la victoire sociale-démocrate de l'automne 1969.

Durant son mandat, il critiqua fréquemment les lacunes du système et voulut encourager les initiatives des citoyens en renforçant des instruements plébiscitaires. En raison de ses prises de positions, certains conservateurs le surnommèrent "APO-Opa", le grand-papa de l'opposition extra-parlementaire. Poursuivant son engagement pacifiste, il soutint fortement la Société allemande pour la recherche sur la paix et la résolution des conflits (Deutsche Gesellschaft für Friedens- und Konfliktforschung) qui reçut un soutien financier de l'État. Ce soutien sera supprimé en 1983 lorsque la CDU reviendra au pouvoir.

Les attentats de la Rote Armee Fraktion le préoccupèrent beaucoup. Il condamna fermement les attentats, soulignant que "les anarchistes sont les meilleurs aides des réactionnaires", mais mit également en garde le gouvernement contre des réactions disproportionnées.

Durant son mandat, il assouplit le protocole, invita des ouvriers et des employés lors des traditionnelles réceptions de fin d'année et autorisa les invités à être accompagnés même s'ils n'étaient pas mariés.

À l'issue de son mandat de cinq ans, il refusa de solliciter à nouveau les suffrages du Bundesversammlung pour des raisons de santé, alors qu'il était pourtant assuré d'une réélection aisée. Le libéral Walter Scheel lui succéda. Lors de son départ, il refusa la traditionnelle cérémonie militaire (Grossen Zapfenstreich).

Divers[modifier | modifier le code]

Gustav Heinemann restera pendant trente ans le seul président fédéral social-démocrate, jusqu'à l'élection en 1999 de son ancien camarade du GVP, Johannes Rau, qui est également l'époux de sa petite-fille.

La propre fille de Heinemann, Uta Ranke-Heinemann, s'était aussi portée candidate lors de cette élection avec le soutien du PDS, sans succès.

Liens externes[modifier | modifier le code]