Calouste Gulbenkian

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Calouste Gulbenkian

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Calouste Gulbenkian peu avant 1900.

Naissance 23 mars 1869
Scutari (Empire ottoman)
Décès 20 juillet 1955
Lisbonne (Portugal)
Profession Homme d'affaires
Autres activités
diplomate, contrebandier d'armes, aventurier, mécène
Ascendants
Sarkis et Dirouhie Gulbenkian
Conjoint
Nevarte Essayan
Descendants
Nubar Sarkis, Rita Sivarte

Calouste Sarkis Gulbenkian (en arménien Գալուստ Սարգիս Կյուլպենկյան ; né à Scutari le 23 mars 1869, mort à Lisbonne le 20 juillet 1955) est un financier arménien richissime connu pour avoir légué sa collection d'art à une fondation portugaise, la Fondation Calouste-Gulbenkian à Lisbonne. Il fut surnommé « Monsieur 5 % »[1], rappelant la part de capital qu'il détenait dans la Turkish Petroleum Company[2] confirmé par l'accord de la ligne rouge[3].

Son histoire, à cheval entre le XIXe et le XXe siècles est celle d'un diplomate, d'un contrebandier d'armes, d'un financier, d'un aventurier, et finalement d'un milliardaire hypocondriaque et mécène.

Très peu connu du grand public, son personnage évoque irrésistiblement celui d'autres célèbres « tycoons » tels qu'Howard Hughes, ou John Davison Rockefeller, à la différence près qu'il ne reste aujourd'hui dans la mémoire collective que peu de traces de celui qui traversa tant de péripéties historiques, contribua à la naissance de la Shell Petroleum[réf. nécessaire][précision nécessaire], au partage des richesses pétrolières du Moyen-Orient entre les grandes puissances occidentales, amassa une des fortunes les plus colossales de son temps.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naquit en 1869 à Scutari dans l'Empire ottoman dans une famille de négociants et petits banquiers arméniens, lointains descendants de la famille royale du Vaspourakan, les Rechtouni[4].

« Son père lui avait donné ce conseil quand il était jeune : "Calouste, ne regarde pas en haut, regarde en bas". En 1920, il avait judicieusement négocié une part de cinq pour cent des champs de pétrole qui venaient d'être découverts en Iraq et en retira un revenu de plusieurs millions de dollars, qu'il passa le reste de ses jours à sauvegarder[5]. »

Armé de patience et de persuasion, le financier constitua une des premières collections d'art mondiales, dont la collection se trouve dans le Musée Calouste-Gulbenkian. Il reste connu pour avoir habilement négocié avec le gouvernement soviétique à court de devises, entre avril 1929 — alors que les agents du collectionneur et ancien secrétaire d'État au Trésor américain Andrew Mellon avaient déjà approché les responsables de la vente de certains éléments des collections du Palais de l'Ermitage — et octobre 1930, des œuvres d'art d'une rare beauté et d'une grande valeur.

De 1948 à 1954, il entretint une correspondance avec le poète et ancien diplomate français Saint-John Perse (Alexis Leger), riche de renseignements sur l'une et l'autre personnalité ainsi que sur l'état du monde[6].

Calouste Gulbenkian mourut à Lisbonne en juillet 1955, et il est enterré à Kensington en Londres, dans l'église arménienne de Saint Sarkis, qu'il avait financée. Son fils Nubar Sarkis est enterré à Châteauneuf-Grasse.

Collectionneur[modifier | modifier le code]

Parmi les pièces inestimables - et surtout introuvables sur le marché de l'art actuel - qu'il réussit ainsi à acheter pour quelques centaines de milliers de dollars figurent ces œuvres insignes :

  • le Portrait d'Hélène Fourment (1630-1635) de Rubens ;
  • le Portrait d'un veillard (1645) et Pallas Athénée (vers 1660) de Rembrandt ;
  • la Diane, marbre de Houdon, de 1776, acquis par Catherine II, « qu'il fit voyager de Leningrad à Paris blottie dans un lit de paille tressée, couchée au fond d'un vaisseau à fond plat affrété à cet effet »[7] ;
  • une paire de soupières réalisées par Germain en 1761 pour l'impératrice Élisabeth Ire, parmi une somptueuse argenterie, et un magnifique mobilier français du XVIIIe siècle.


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Pectoral à la libellule

L'unique artiste moderne dont il devint le client et l'ami fut René Lalique, dont il acquit le fameux Pectoral à la libellule (vers 1897-1898), chef-d'œuvre très admiré à l'Exposition universelle de 1900, qu'il prêta à la tragédienne Sarah Bernhardt.

Il occupait à Paris un grand hôtel particulier du 51 avenue d'Iéna dont les trois étages et les dépendances étaient remplis d'une énorme quantité de tableaux de maîtres anciens, dont 19 vedutes de Guardi, deux Hubert Robert, et d'un ensemble exceptionnel d'art décoratif français du XVIIIe siècle, meubles, porcelaines et objets d'art, dont une paire de flambeaux ciselés par Gouthière, considérés comme parmi les plus beaux connus.

Faute de place dans ses propriétés pour ses achats incessants, il prêta à partir de années 1930 et à long terme des œuvres à la National Gallery et au British Museum de Londres, puis à la National Gallery de Washington.

Maurice Rheims, jeune commissaire-priseur parisien, entra en contact avec lui en juin 1937 pour la vente aux enchères de deux miniatures arméniennes de haute époque ; Gulbenkian l'envoya ensuite à Rome examiner un tableau attribué au Greco qui lui était proposé, et le désigna in fine pour inventorier ces collections après sa mort.

« (...) Ce nom me dit bien quelque chose, mais sans plus. Gulbenkian, quelque négociant en tapis ?
- Ignorer jusqu'à mon nom, c'est grave quand on prétend exercer votre métier ! (...) et il raccrocha.
(...) La jeune fille, en détaillant le mot syllabe par syllabe, Gul-ben-kian, lui donnait une tournure sauvage, comme s'il s'agissait de l'identité de quelque prince barbare, un de ces porteurs de cimeterre dont s'entourait le Grand Khan (...) D'une voix hachée par l'anxiété, le vieil expert me brosse un aperçu de la situation financière de M. 5 %, le roi du pétrole, le plus grand collectionneur de la planète qui, lorsqu'il désire une chose, ne recule devant rien.(...) Lorsqu'il m'arrivait de passer devant l'immense hôtel de l'avenue d'Iéna, aux volets toujours clos, j'échafaudais des rêves à l'idée des trésors accumulés dans cette demeure. (...). J'ouvris les yeux, prêt à dévorer du regard ce qui allait s'offrir à ma vue. Mais j'eus droit au salon simili-Empire où m'attendait un petit homme à la tête de bourreau turc. »

— M.Rheims, op. cit., p. 63-76.

Gulbenkian pendant la Seconde Guerre Mondiale[modifier | modifier le code]

En 1940 Gulbenkian, qui avait été pendant 24 ans conseiller économique près la légation d'Iran, ne souhaita pas démissionner — et considérant qu'il lui serait ainsi plus facile de protéger ses collections à Paris déjà occupé — quitta la capitale pour Vichy, ce qui lui sera reproché par le gouvernement anglais qui l'inscrivit au Custodian of Enemy Property jusqu'en 1943. En avril 1942, il arriva à Lisbonne[8].

« La guerre éclata. Gulbenkian eut raison (...) On dit que réfugié à Lisbonne à l'hôtel Aziz (il) ne fut pas étranger à certaines décisions des plus importantes pour le cours de la guerre, qu'il encouragea Franco à louvoyer, faisant ainsi perdre un temps précieux au Fuhrer. Le poids de Monsieur 5 % était tel que jamais les Allemands ne pénétrèrent dans l'hôtel de l'avenue d'Iéna. Et les collections restèrent là, indemnes. À l'issue du conflit, Gulbenkian revint à Paris. »

— M.Rheims, op. cit., p. 63-76

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Donation[modifier | modifier le code]

Statue de Calouste Gulbenkian, site de la Fondation.

Il donna sa collection au Portugal sous forme de la fondation qui porte son nom, qui est la plus riche dans son genre du monde en dehors des États-Unis. Les statuts furent approuvés en 1956 et le musée, édifié par Albert Pessoa, fut ouvert en 1969.

« Tout ce que vous pouvez emporter dans vos mains froides, vos mains mortes, est ce que vous avez donné. »

— Proverbe sanskrit rappelé par Arthur Upham Pope, directeur de l'ouvrage Survey of Persian Art, à Calouste Gulbenkian le 18 septembre 1933.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Zurcher, « Monsieur 5 % », sur http://archives.tsr.ch/,‎ 20 avril 2007 (consulté le 25 mars 2011).
  2. H. l'Huillier, « La stratégie de la Compagnie Française des Pétroles durant la Seconde Guerre Mondiale : sauvegarder l'essentiel », Histoire, économie et société, 11 (3), 1992, p. 464 [lire en ligne sur Persée (page consultée le 25 mars 2011)].
  3. (en) Ferruh Demirmen, « Oil in Iraq: The Byzantine Beginnings — Part II: The Reign of a Monopoly », sur Global Policy Forum,‎ 26 avril 2003 (consulté le 25 mars 2011).
  4. « La fondation / le fondateur », sur Fundação Calouste Gulbenkian (consulté le 30 avril 2009).
  5. James Stourton, Petits musées, grandes collections — promenade à travers l'Europe, Scala publishers, Londres, et éd. Scala pour l'édition française, 2003, p.174.
  6. Correspondance Calouste Gulbenkian/Saint-John Perse (1948-1954), édition de Vasco Graça Moura, Cahier de la nrf, série Saint-John Perse (n° 21), Gallimard, Paris, 336 pages + 4 p. hors texte.
  7. Maurice Rheims, Haute curiosité, Robert Laffont, 1975, p .65.
  8. José de Azeredo Perdigao, Calouste Gulbenkian Collectionneur, fondation C.Gulbenkian, Lisbonne, 1969, p. 201.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Webographie[modifier | modifier le code]