Guillaume Ier d'Orange-Nassau

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Portrait de Guillaume d'Orange peint par Anthonis Mor en 1555, Gemäldegalerie Alte Meister (Cassel).

Guillaume de Nassau, prince d'Orange (en néerlandais : Willem van Oranje), comte de Nassau, dit également Guillaume le Taciturne (Willem de Zwijger) est né le 24 avril 1533 à Dillenburg et mort au Prinsenhof de Delft le 10 juillet 1584, assassiné par Balthazar Gérard. Sa dépouille repose dans la Nieuwe Kerk de Delft. Il fut prince d'Orange, comte de Nassau à partir de 1544, puis de Katzenelbogen, de Vianden, burgrave d'Anvers, stathouder de Hollande, de Voorne, de Zélande, de Frise occidentale et d'Utrecht à partir de 1559. Il appartient à la fois à l'histoire de la Belgique et des Pays-Bas.

À l'origine membre de l'entourage de Charles Quint et fidèle partisan des Habsbourg, Guillaume d'Orange est surtout connu pour avoir été l'initiateur et le chef de la révolte des Pays-Bas espagnols contre le roi d'Espagne Philippe II, fils de Charles Quint. Cette révolte entraîna une volonté d'émancipation des États-Généraux (gouvernement) qui conduisit à l'indépendance des Pays-Bas du Nord, Provinces-Unies, alors que les Pays-Bas du Sud, la Belgica Regia, retombaient sous la domination espagnole après la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Les avis sur le prince sont partagés, mais, considéré par l'historien Jan Romein comme le « fondateur de la civilisation néerlandaise », honoré du titre de « vader des vaderlands » (« père de la patrie »), et inscrit au canon historique des Pays-Bas, c'est l'un des personnages clefs de la fondation de la nation néerlandaise, bien qu'il ait en fait espéré libérer la totalité des Pays-Bas, Belgique comprise, du joug de l'Espagne. À l'époque, on appelle parfois ces territoires Belgica Foederata pour le nord et Belgica Regia pour le sud, ou encore la Généralité que l'Empereur germanique et roi d'Espagne Charles Quint, héritier des ducs de Bourgogne, avait constituée en un tout indissociable par la Pragmatique Sanction.

L'hymne national Hollandais « Het Wilhelmus » sera écrit en l'honneur du Prince d'Orange par le baron de Sainte-Aldegonde, aristocrate de famille savoyarde, mais né à Bruxelles, qui soutint le prince et la révolte depuis ses origines. Élevé à Bruxelles, le prince d'Orange parlait l'allemand, langue de sa famille de Nassau, le français, langue de la cour de Bruxelles, et le néerlandais. Sa devise est toujours celle des Pays-Bas au XXIe siècle : « Je maintiendrai ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Un notable des Pays-Bas espagnols à la Cour de Charles-Quint[modifier | modifier le code]

Armoiries de Guillaume le Taciturne.

Guillaume d'Orange est né le 24 avril 1533 à Dillenburg de Guillaume de Nassau-Dillenbourg et Juliane de Stolberg, dans une famille luthérienne. Guillaume quitte Dillenburg pour la cour de Charles Quint à Bruxelles le 22 août 1544, juste après le décès de son cousin René de Chalon, prince d'Orange (dont le père était le frère aîné de Guillaume de Nassau-Dillenbourg), mort sans descendance lors du siège de Saint-Dizier; il hérite de la principauté d'Orange, à la condition d'être élevé comme catholique. À Bruxelles, il apprend plusieurs langues sous la protection de l'archiduchesse-reine Marie de Hongrie, sœur de l'empereur et gouvernante en son nom de ce que l'on nomme les Pays-Bas, dénomination qui confond les territoires de Hollande, Zélande et autres principautés, mais aussi la Belgique et le nord de la France.

Il est marié, le 8 juillet 1551, à la comtesse Anne d'Egmont de Buren (1533-1558), fille du comte Maximilien d'Egmont, comte de Buren, et de Françoise de Lannoy. Il devient baron de Breda le 29 mars 1552, et lieutenant-colonel dans l'armée de Charles Quint. L'Empereur fait de ce jeune seigneur un de ses favoris, jusqu'à s'appuyer sur son épaule lorsqu'il prononce son discours d'abdication à Bruxelles en 1555. Guillaume est, jusqu'à la mort de son épouse en 1558, un catholique fidèle à la couronne espagnole, membre de la cour de Marguerite de Parme, fille naturelle de l'empereur et gouvernante des Pays-Bas Espagnols.

Opposition à l'éradication du protestantisme par la violence[modifier | modifier le code]

L'arrivée de Philippe II d'Espagne au pouvoir accélère la politique antiprotestante de la couronne espagnole. Guillaume d'Orange, nommé en 1559 stathouder (gouverneur) des provinces de Hollande, Zélande, Utrecht et Bourgogne, catholique de confiance, semble désigné pour être l'un des exécutants de cette répression. Mis au courant par hasard, il sait taire son opposition. Son surnom de « Taciturne » lui viendra de la grande prudence avec laquelle il sut réagir lorsqu'en 1559 au cours d'une chasse au Bois de Vincennes, le roi Henri II se trouvant par hasard seul avec lui, lui révéla le projet qu’avait formé le roi d’Espagne de tuer les protestants de France et des Pays-Bas pour « extirper le venin de l'hérésie ». Apprenant qu'aux Pays-Bas, ce seraient les troupes espagnoles stationnées sur place qui devaient mettre le projet à exécution, Guillaume, qui, jusque là, n'avait pas soupçonné l’existence d’un tel projet, accueille cependant la nouvelle en parvenant à dissimuler sa surprise et son émotion.

Avant de retourner aux Pays-Bas, il reçoit des ordres précis sur le rôle qu’il devait jouer dans le complot. Ému à l’idée que tant d'êtres humains allaient être massacrés, dès qu’il est de retour à Bruxelles, il soulève l’opinion publique contre la présence des troupes espagnoles dans son pays. Il fait alors tout ce qu’il peut pour faire échouer le projet et prend la tête de la protestation des nobles des Pays-Bas contre la politique fiscale et administrative espagnole qui tend à restreindre les libertés octroyées par les vieilles chartes des ducs de Brabant et des ducs de Bourgogne.

Entrée en dissidence de Guillaume le Taciturne et deuxième mariage[modifier | modifier le code]

Le 25 août 1561, Guillaume, devenu veuf, épouse Anne de Saxe fille de l'électeur de Saxe, proche du parti des protestants de l'Empire.

Le 11 mars 1563, il rédige avec Philippe de Montmorency comte de Hornes et Lamoral, comte d'Egmont une lettre virulente destinée à Philippe II.

Entre août 1563 et le 13 mars 1564, il n'assiste pas à la réunion du Conseil d'État, nom que l'on donne au gouvernement, en signe de protestation contre la politique religieuse de Philippe II. Il ne revient qu'au départ du cardinal de Granvelle, homme lige du roi d'Espagne, qui quitte Bruxelles unanimement détesté. Son départ ne résout rien, une partie de la noblesse continuant à soutenir la politique du roi d'Espagne. Et pour corser la situation, en 1566 éclate une disette que la rancœur populaire attribue au régime espagnol.

Au comte d'Egmont, porte-parole, dès 1565, auprès de Philippe II pour lui demander moins de rigueur, le roi d'Espagne répond qu'il répliquera à la violence par la violence. Cela entraîne une nouvelle démission de Guillaume d'Orange, avec Egmont et Montmorency soutenus par le marquis de Berghes et le comte de Meghem qui démissionnent aussi du stathoudérat.

Tentative de conciliation : le compromis des nobles[modifier | modifier le code]

Sur fond de manifestations protestantes, une nouvelle pétition, appelée le « Compromis des Nobles », est remise par 400 membres de la noblesse à la gouvernante Marguerite de Parme lors d'une séance dans l'Aula Magna du palais des ducs de Bourgogne à Bruxelles le 5 avril 1566. Qualifiée de « compromis des gueux » (en néerlandais Geuzen) par un conseiller de la régente, le comte de Berlaymont, cette pétition est sans effet. Mais les signataires persistent et organisent un banquet, dit banquet des gueux, en la résidence d'une grande famille bruxelloise, l'hôtel de Culembourg. Ils y apparaissent vêtus à la façon des pauvres gens, proclamant une devise « gueux jusqu'à la besace », revendiquant par défi ce nom de gueux qui devient alors représentatif de l'ensemble des révoltés. C'est le début d'un affrontement direct avec le pouvoir espagnol représenté à Bruxelles par Marguerite de Parme. Le peuple, hostile au roi d'Espagne, se range derrière sa noblesse. Les catholiques encore majoritaires participent au mouvement parce qu'ils pressentent que la politique autoritaire du roi d'Espagne menace les libertés octroyées, au cours des âges, par les ducs de Brabant et les ducs de Bourgogne. C'est alors que les calvinistes, qui voient dans cette situation conflictuelle l'occasion d'aggraver le conflit, provoquent des émeutes iconoclastes en août 1566. Guillaume d'Orange condamne cette violence, mais comprend que l'Espagne n'acceptera plus de compromis.

Egmont et Hornes exécutés à Bruxelles. Début de la rébellion populaire[modifier | modifier le code]

Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, envoyé aux Pays-Bas pour mater la rébellion.

En 1567, le roi d'Espagne envoie le duc d'Albe dans les provinces des Pays-Bas avec une armée de 10 000 hommes pour y organiser une dure répression. Guillaume d'Orange s'enfuit de Bruxelles dans les terres de son beau-père, en Saxe, et conseille au comte d'Egmont et au comte de Hornes de le rejoindre. Mais ceux-ci restent et sont arrêtés bien qu'ils ne fussent pas protestants, dès que le duc d'Albe eut installé à Bruxelles le Conseil des troubles. Les comtes d'Egmont et de Hornes, sont arrêtés traîtreusement à l'issue d'un conseil d'état-major auquel les avait conviés le duc d'Albe et ils sont jugés et décapités sur la grand place de Bruxelles, le 5 juin 1568, devant la population horrifiée. C'est le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans, qui permit aux Provinces du Nord (les Pays-Bas actuels) d'accéder à l'indépendance.

Guillaume d'Orange, chef militaire de la révolte[modifier | modifier le code]

Guillaume d'Orange, dont le palais bruxellois et les terres ont été confisqués par la couronne, se met à la tête des troupes qui protestent toujours de leur fidélité au roi d'Espagne, mais qui appellent à son arbitrage: quoique comme l'affirme l'hymne néerlandais Wilhelmus van Nassouwe, il puisse dire « den koning van Hispanje heb ik altijd geëerd… » (« J'ai toujours honoré le roi d'Espagne… »), il insiste régulièrement sur le droit des sujets à renoncer à leur serment de fidélité si le roi ne respectait pas lui-même leurs droits.

Il passe à l'attaque avec l'aide de huguenots français et avec son frère Louis de Nassau, calviniste convaincu. Ses armées sont d'abord victorieuses à Heiligerlee (1568). Mais il manque d'argent pour payer les mercenaires allemands qu'il a engagés pour épauler les révoltés et il est repoussé hors de Hollande après la bataille de Jemmingen, en 1568.

Le coût de la guerre se fait aussi sentir chez les Espagnols, ce qui conduit le duc d'Albe à lever un impôt spécial dans l'ensemble des Pays-Bas du Nord et du Sud contre l'avis des états-généraux (parlement) et du Conseil d'État (gouvernement) en 1569-1571. Dans le nord, la levée de cet impôt est rendu impossible de fait par la prééminence des révoltés protestants. Dans le sud, (Belgique) en 1572, le duc d'Albe proclame que ceux qui refuseront de payer l'impôt du dixième denier (équivalant à dix pour cent) seront pendus devant leur maison. Alors que les bourgeois s'apprêtent à subir le supplice suprême plutôt que de payer, l'annonce de la prise du port de la Brielle par les « gueux de la mer » détourne les Espagnols de leur projet assassin, les troupes étant appelées en urgence en Zélande.

Ce succès entraîne les révoltés à élire Guillaume gouverneur-général et stathouder (bâtonnier) de Hollande, de Zélande, de Frise et d'Utrecht lors d'une assemblée tenue à Dordrecht en juillet 1572. Il est convenu que le pouvoir doit être partagé entre Guillaume d'Orange et les représentants des États, c'est-à-dire les cours souveraines des différentes provinces. Guillaume en profite pour s'installer à Delft où il va demeurer jusqu'à son décès, malgré un éphémère retour à Bruxelles en 1576. Malgré des défaites (bataille de Haarlem en 1573), l'âpre résistance de Guillaume, de ses armées et du peuple se poursuit inlassablement sans faiblir devant la violence de la répression. L'insuccès de celle-ci finit par entraîner le rappel du duc d'Albe en 1573.

Guillaume face aux divisions choisit l'indépendance[modifier | modifier le code]

Louis de Nassau, frère cadet de Guillaume.

Chef militaire de la révolte, Guillaume d'Orange est confronté à des divisions politiques et religieuses: les calvinistes placent le conflit sur un plan religieux. L'élite urbaine majoritairement catholique se contenterait d'un compromis fiscal. Guillaume, soucieux de l'unité des provinces, se convertit en 1573 au protestantisme, mais appuie les revendications essentiellement fiscales d'une population majoritairement catholique qui aspire à un compromis avec la couronne.

Le nouveau représentant de l'Espagne, Luis de Requesens, tente une politique de conciliation. Devant l'opposition calviniste, l'accord ne se fait pas. Guillaume résiste au siège de Leyde en 1574, et ses frères Louis et Henry sont tués (le 14 avril 1574) à la bataille de Mook. Toutefois, la banqueroute espagnole de 1575 et la mort de Requesens en 1576 entraînent la perte par l'Espagne des provinces, situation renforcée par le sac de la ville d'Anvers au mois de novembre 1576 (8 000 morts) par des mercenaires espagnols qui n'étaient plus payés.

Les catholiques et les états généraux se rallient à la révolte. Troisième mariage[modifier | modifier le code]

De 1574 à 1576, la révolte populaire s'amplifie devant les exactions des troupes du roi d'Espagne. Même les catholiques se dressent contre la couronne. À Bruxelles, les bourgeois et le peuple prennent les armes à la suite du sac d'Alost par des mutins espagnols qui n'ont pas touché leur solde et les états-généraux lèvent des troupes pour lutter contre les Espagnols. Et cela alors que ces mêmes états-généraux étaient censés, jusque là, représenter le pouvoir royal sous l'autorité d'un gouvernement, le conseil d'État. Guillaume, qui a fait annuler son mariage avec Anne de Saxe pour cause d'adultère, contracte un troisième mariage, le 12 juillet 1575, avec Charlotte de Bourbon-Vendôme.

On assiste alors à un mouvement général contre le pouvoir espagnol et l'on voit se joindre au Brabant des représentants des Dix-Sept Provinces. À Bruxelles affluent des délégations de Flandre et du Hainaut auxquels sont appelés à se joindre l'Artois, Lille, Douai et Orchies, Malines, le Limbourg et les pays d'Outre-Meuse, la Hollande, la Zélande, le Luxembourg, et même de plus loin, la Gueldre, la Frise, Overijssel, Groningue, Utrecht. Et le prince-évêque de Liège Gérard de Groesbeek reçoit une délégation qui le rassure sur le respect que les insurgés vouent au principe de la liberté religieuse. C'est l'Union de Bruxelles.

Jusque là, malgré les combats, beaucoup de pouvoirs locaux avaient voulu maintenir la fiction du pouvoir royal, leur revendication n'étant que de le réformer, ce qui impliquait de reconnaître la liberté religieuse ainsi que les libertés octroyées depuis des siècles par les seigneurs locaux, entérinées par les ducs de Bourgogne et maintenues par leur héritier Charles Quint, père de Philippe II.

Guillaume d'Orange
par Adriaen Thomasz Key, ca 1575

Des ambassadeurs sont envoyés à la reine Élisabeth Ière d'Angleterre, au roi Henri III de France et à l'empereur Maximilien pour annoncer que les États généraux entreprennent eux-mêmes la pacification du pays. Philippe II d'Espagne en est prévenu sans ambage. Mais pour rétablir l'unité des Dix-Sept Provinces, un accord solennel est nécessaire.

C'est à Gand que le prince d'Orange rencontre les délégués, alors que la citadelle de cette ville est toujours aux mains des Espagnols. Un accord est pris difficilement car, au sein de l'union politique, les différends religieux subsistent entre protestants et catholiques. Il est prévu de suspendre les peines proclamées par les « placards » espagnols, de libérer les prisonniers, d'abolir les séquestres et les confiscations et de rétablir la libre communication entre toutes les provinces.

La Pacification de Gand et l'Union de Bruxelles[modifier | modifier le code]

Enfin, un accord se fait et, le 8 novembre 1576, le texte en est proclamé sous le nom de Pacification de Gand suivi par la deuxième Union de Bruxelles qui en établit les modalités. À Bruxelles, un comité composé de dix-huit membres prend d'autorité le pouvoir à l'instigation du baron de Sainte-Aldegonde, aristocrate d'origine savoyarde, fidèle du prince d'Orange qui n'a cessé, depuis le début de l'intervention espagnole de se multiplier sur tous les fronts, tant par ses actions que par ses pamphlets. Dès juillet, le comité a invité Guillaume d'Orange à revenir à Bruxelles qu'il a dû fuir au début de la répression et où sa résidence a été confisquée.

Le 18 septembre, Guillaume arrive à Anvers. Après des réjouissances, il part pour Bruxelles par la voie des eaux. Son cortège de coches d'eau remonte par le Démer et entre dans le canal qui mène à Bruxelles. Un coche porte le prince, sur un autre sont exécutés des tableaux vivants de nature allégorique. Sur les rives, la foule acclame et, à partir de Willebroeck, les milices bruxelloises se joignent aux trois cents bourgeois anversois en armes qui veillent sur le cortège. Des barques d'habitants et de milices locales complètent la fête jusqu'à Bruxelles. À l'entrée de la ville, à la porte d'Anvers, Orange monte à cheval avec, à sa droite, un ambassadeur anglais, car la reine Élisabeth, ennemie de l'Espagne, soutient ce qui paraît devenir un véritable triomphe révolutionnaire. C'est au milieu d'une foule énorme qui lance des acclamations que le prince entre dans la demeure familiale qu'il avait quittée dix ans plus tôt. Le soir, on tire un feu d'artifices, le premier, dit-on, en Europe où ce genre de spectacle était, jusque là, inconnu.

À travers les années, les « Provinces unies » sont restées formellement fidèles au roi Philippe II, sous la réserve, inlassablement soutenue, du respect de leurs libertés. Et cela quitte à défendre leurs droits par la guerre, comme la preuve en a été faite depuis des décennies, mais sans encore renier formellement le pouvoir royal. C'est cet objectif commun à l'ensemble de la généralité qui a maintenu l'unité des provinces malgré les différences de religion. Cependant, des tensions religieuses n'ont cessé de se manifester depuis l'apparition du protestantisme. Elles sont entretenues par les prêtres, les pasteurs et les congrégations au nom de visions théologiques opposées et, en 1579, l'Espagne en profite pour relancer la guerre grâce à l'or des Amériques.

Mais le prince d'Orange veut encore croire au succès. Face à don Juan d'Autriche qui porte le titre de gouverneur des Pays-Bas au nom du roi d'Espagne, il suscite la candidature d'un prince autrichien pour devenir gouverneur, ce qui est un véritable défi à la monarchie espagnole qui ressent cela comme une tentative de fonder une monarchie indépendante. Ce candidat, c'est l'archiduc Matthias.

Cependant, Orange est proclamé « ruwaert » du Brabant, c'est-à-dire protecteur. Il s'agit, pour ses partisans, de se prémunir contre une nouvelle mainmise étrangère.

Deuxième Union de Bruxelles et candidatures de princes étrangers[modifier | modifier le code]

Afin de rassurer les provinces, surtout celles du nord, une nouvelle édition de l'Union de Bruxelles est proclamée dans l'esprit de la Pacification de Gand. Elle est censée renforcer l'union entre protestants et catholiques, témoignant de l'esprit d'ouverture du prince d'Orange.

Mais, dans le Nord, l'extrémisme religieux continue à dominer et les provinces de Hollande et de Zélande refusent d'intervenir contre une offensive de don Juan. Leur hostilité à l'archiduc Mathias les amène à favoriser les Espagnols. Don Juan prend Chimay, Binche, Philippeville et quelques autres villes et bat les troupes des états-généraux à la bataille de Gembloux en les surprenant en l'absence de leur général, le comte de Lalaing.

Le duc d'Anjou, choisi initialement par Guillaume pour gouverner les Pays-Bas.

Une nouvelle candidature qui ressemble à une prétention monarchique vient alors d'un Français, le duc d'Anjou, frère du roi Henri III, qui promet de respecter l'autorité du prince d'Orange ainsi que les libertés religieuses. Le duc d'Anjou paraît finalement plus fiable que l'Autrichien Mathias qui est un Habsbourg, ce qui le rend suspect pour la population car cette origine familiale en fait un proche du roi d'Espagne qui est lui-même un Habsbourg. Et le prince d'Orange proclame le duc d'Anjou « Défenseur de la liberté des Pays-Bas contre la tyrannie des Espagnols et de leurs adhérents ». Cette allusion à ceux qui, tout en combattant les troupes espagnoles, paraissent vouloir trouver un accommodement avec le roi d'Espagne, est un avertissement.

Pour Orange, les Pays-Bas forment toujours un tout, que Charles-Quint appelait la Généralité dans la Pragmatique Sanction du 4 novembre 1549 par laquelle il les déclarait indivisibles. Le prince baptise d'ailleurs une fille qui vient de lui naître du nom de Catharina Belgia ou Catharina Belgica. Le dramaturge hollandais Joost van den Vondel (que l'on a parfois considéré comme le Shakespeare néerlandais) écrira même une pièce dans laquelle les Pays-Bas martyrs sont personnifiés par une héroïne nommée Belgia. Ce nom s'inspire des noms que les cartographes écrivaient sur les cartes, Belgica Regia pour le sud de la généralité et Belgica Foederata pour le nord.

Union d'Arras, union d'Utrecht et mise au ban de Guillaume d'Orange.[modifier | modifier le code]

Mais entre temps, l'Artois, le Hainaut, Lille, Douai et Orchies ont formé l'Union d'Arras, le 6 janvier 1579, à l'instigation du duc de Parme, condottiere au service du roi d'Espagne. Ce traité entérine les promesses de l'archiduc Mathias et réaffirme les grands principes de la Pacification de Gand et de l'Union de Bruxelles. On y parle du départ volontaire des troupes espagnoles, mais sans donner aucune assurance formelle ni date à ce sujet. Cet accommodement avec l'Espagne ne fera qu'appesantir le poids de celle-ci dans les Pays-Bas du Sud.


Le 23 janvier 1579, Guillaume d'Orange réplique à l'Union d'Arras par l'Union d'Utrecht qui fédère les États de Hollande, Zélande, d'Utrecht, de Gueldre et la province de Groningue avec de grandes villes du sud comme Bruges, Gand, Bruxelles et Anvers. C'est une indépendance de fait après des années de conflit durant lesquelles Guillaume d'Orange n'avait pas manqué de réclamer la paix et le respect des libertés des Pays-Bas tout en se disant toujours fidèle au principe monarchique espagnol. Cette contradiction touche à sa fin. C'est Philippe II lui-même qui y met fin en proclamant, en mars 1580, la mise au ban de Guillaume d'Orange.

La voie est libre, en apparence, pour François d'Anjou. En 1581, un décret de déchéance de Philippe II est voté, c'est l'Acte de La Haye qui ouvre la voie au duc d'Anjou. Pourtant celui-ci veut brûler les étapes et tente un véritable putsch en cherchant à s'imposer militairement à Anvers pour devancer une éventuelle résistance à sa personne. Les protestants et les catholiques unanimes résistent aux mercenaires du duc et celui-ci doit s'enfuir. Élisabeth Ire d'Angleterre ayant repoussé toute démarche en vue d'être installée reine des Pays-Bas et l'archiduc Mathias ayant perdu toute crédibilité, les États de l'Union d'Utrecht se proclament République.

Stadhouder des Pays-Bas, mariage et assassinat[modifier | modifier le code]

Le poste de Stathouder est alors attribué à Guillaume (en hollandais, "Akte van Verlatinge"). Le roi Philippe II promet alors une récompense élevée pour la tête de Guillaume d'Orange. Après l'attentat manqué du Basque Jean Jaureguy le 18 mars 1582, sa femme Charlotte veille jour et nuit son mari blessé, ce qui l'épuise au point qu'elle en meurt. Guillaume prend alors une quatrième épouse, en 1583, Louise de Coligny, de la famille de l'amiral huguenot français. Un royaliste, Balthazar Gérard, parvient cependant à l'assassiner, le 10 juillet 1584 dans son refuge de Delft en le blessant mortellement d'un coup de pistolet. Le prince est enterré dans l'église de Delft et son fils Maurice de Nassau, héritier du titre de prince d'Orange, prend alors la tête de la guerre.

Titres[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Guillaume d'Orange appartenait à la seconde branche, elle-même issue de la première branche de la Maison de Nassau. La lignée Orange-Nassau est issue de la lignée de Nassau-Dillenbourg. Comme cette dernière, elle appartient à la tige ottonienne qui a donné des stathouders à la Hollande, aux Provinces-Unies, à la Flandre, mais également un roi d'Angleterre et d'Écosse en la personne de Guillaume III d'Orange-Nassau.

Mariages et enfants[modifier | modifier le code]

Le 8 juillet 1551, Guillaume épouse la comtesse Anne d'Egmont (1533-1558), fille et héritière du comte Maximilien d'Egmont, comte de Buren et de Leerdam (nl).

Trois enfants sont nés de cette union :

Veuf, Guillaume épousa le 25 août 1561 Anne de Saxe (1544-1577), fille de l'électeur Maurice de Saxe. Ils divorcent en 1574.

Cinq enfants sont nés de cette union :

Le 24 avril ou 12 juillet 1575, Guillaume épouse Charlotte de Bourbon-Vendôme (1547-1582), fille du duc Louis III de Montpensier.

Six enfants sont nés de cette union :

En 1583, Guillaume épouse Louise de Châtillon-Coligny (1555-1620), fille de l'amiral de Coligny et veuve de Charles, seigneur de Téligny, dont il a un fils :

Citations[modifier | modifier le code]

Statue équestre de Guillaume Ier d'Orange-Nassau, devant le Palais Noordeinde

On prête au prince d'Orange d'avoir repris l'aphorisme de Charles le Téméraire[réf. nécessaire]:

« Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »

— Guillaume d'Orange

Une des phrases les plus célèbres de Guillaume d'Orange est :

« Je ne peux pas admettre que les souverains veuillent régner sur la conscience de leurs sujets et qu'ils leur enlèvent la liberté de croyance et de religion. »

— Guillaume d'Orange

Cette déclaration, prononcée le 31 décembre 1564 au Conseil d'État (gouvernement), exprimait l'essence du conflit avec Philippe II.

Dans cette déclaration, comme en beaucoup d'autres circonstances, Guillaume d'Orange, qui parlait plusieurs langues, choisit le français. Ce n'est pas du mépris pour la langue flamande ou pour l'allemand, mais c'est que le français est généralement compris dans toutes les cours importantes d'Europe, sauf dans celle d'Espagne. Et, de plus, il est hors de question pour les révolutionnaires de parler en espagnol, alors que la cour d'Espagne affiche un refus prononcé de parler les diverses langues des États qui dépendent de Philippe II.

D'ailleurs, la devise du prince était — en français — : Je maintiendrai. À la fin de sa vie, il la compléta ainsi : Je maintiendrai l'honneur, la foy, la loi de Dieu, du Roy, de mes amis et moy. Toujours en français, cette profession de foi avait été inspirée par le baron de Sainte-Aldegonde, noble protestant d'une famille originaire de Savoie, mais né à Bruxelles. Souvent porte-plume des révolutionnaires, ce polyglotte a écrit divers ouvrages de polémique, un traité d'éducation dans lequel il prône la connaissance de plusieurs langues et un pamphlet contre l'Église catholique, De Bijenkorf, la « ruche » de Rome qui décrit et raille les mœurs dissolues de l'Église catholique.

Drapeau néerlandais[modifier | modifier le code]

Le drapeau du Prince d'Orange dans sa version originale

C'est à Guillaume d'Orange qu'on doit le précurseur du drapeau tricolore des Pays-Bas : le « drapeau du Prince » avait les couleurs orange, blanc, bleu. La bande orange fut remplacée par une bande rouge pendant l'occupation française au tournant de 1800. Selon une autre tradition, l'orange fut remplacé par le rouge, plus visible en mer[1]. Le drapeau du Prince est de 1630 à 1800 environ l’emblème national et ensuite le drapeau rouge, blanc, bleu ; ce dernier est parfois accompagné d'une oriflamme orange en l'honneur de la maison royale d'Orange.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Drapeau & armoiries », Ambassade des Pays-Bas au Canada.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Avermaete, Guillaume le Taciturne, Paris, Payot 1939, 254 pp.
  • Yves Cazaux, Guillaume le Taciturne, Comte de Nassau, Prince d'Orange, Fonds Mercator Anvers, 1973, 490 pp.
  • Bernard Quilliet, Guillaume le Taciturne, Paris, Fayard, 1994, 674 pp.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

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