Guillaume Fichet

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Miniature représentant Guillaume Fichet remettant son "Rhétoricorum" au Cardinal Bessarion, vers 1471.

Guillaume Fichet (parfois Fischet), né en septembre 1433 au Petit-Bornand, en duché de Savoie, et mort, sans doute en Italie, entre 1480 et 1490, est un théologien et humaniste savoisien, qui a pris part en 1470 à l'introduction de l'imprimerie à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Guillaume Fichet est né au Petit-Bornand, dans la province du Faucigny qui appartient au duché de Savoie (actuellement en Haute-Savoie), le 16 septembre 1433[1],[2], dans une famille qui semble plutôt aisée[1] dont sont issus des magistrats ou des membres du clergé[3].

Formation[modifier | modifier le code]

Il semble avoir débuté ses études à La Roche, avant de poursuivre à Chambéry[1], capitale du Duché de Savoie, avant de partir pour l'Université de Paris vers 1450. Il y est bachelier ès arts en mars 1452, licencié le 7 avril 1453, et commence sans doute à y enseigner. En 1455, il est à Avignon (où il a peut-être obtenu une bourse pour le collège des Savoyards, fondé en 1424 par le cardinal de Brogny) : il s'y enthousiasme notamment pour l'œuvre de Pétrarque, dont il a déjà copié le De vita solitaria en 1453, et dont il découvre de nombreux autres textes. De retour à Paris, il enseigne d'abord la rhétorique et la philosophie, puis la théologie et l'exégèse biblique à partir du 21 février 1460. En philosophie, il est résolument « thomiste » (contre les « nominalistes »), et ensuite platonisant. Il est reçu socius du collège de la Sorbonne en décembre 1461, et y est logé à partir de 1463. En 1465/66, il est prieur du collège et procureur de la Nation de France de l'Université de Paris. Il est recteur de celle-ci en juin 1467 (pour un mandat de trois mois). Le 7 avril 1468, il est reçu docteur en théologie. Nommé bibliothécaire de la Sorbonne, il reprend son enseignement de rhétorique. Il est envoyé en ambassade auprès du duc de Milan, de décembre 1469 à février 1470, par le roi Louis XI.

Les débuts de l'imprimerie[modifier | modifier le code]

En 1470, Jean Heynlin, prieur de la Sorbonne, fait venir à Paris trois ouvriers imprimeurs allemands (Michael Friburger, de Colmar, Ulrich Gering et Martin Crantz, du diocèse de Constance), apportant leurs moules à fondre les caractères et leurs boîtes de poinçons[4]. Ils installent dans la Sorbonne (ou peut-être plus exactement dans le cloître Saint-Benoît, une dépendance voisine) le premier atelier d'imprimerie qui ait existé sur le territoire du royaume de France de l'époque (l'imprimerie existe déjà depuis quelques années en Alsace). Guillaume Fichet est associé étroitement à l'entreprise et en devient en quelque sorte le conseiller littéraire. À l'automne 1470 ou au début de l'hiver, sort de cet atelier le premier livre jamais imprimé en France (un recueil de lettres de Gasparin de Bergame, avec une épître de Fichet, in-quarto de 118 feuillets tiré à une centaine d'exemplaires, enluminés ensuite à la main).

Au début de 1471 sort le deuxième volume, l'Orthographia du même Gasparin de Bergame. Les deux volumes suivants sont consacrés au historiens latins Salluste et Florus, puis viennent deux volumes plus personnels de Fichet : d'une part sa Rhetorica, le fruit de son enseignement de rhétorique, son legs intellectuel à l'Université de Paris (l'introduction de l'humanisme à l'italienne), volume sorti de l'atelier le 15 juillet 1471 ; d'autre part les Orationes du cardinal Bessarion, œuvre de propagande politique pour une croisade des Occidentaux contre les Turcs. En effet, Fichet, qui correspond avec le cardinal depuis son retour d'Italie, se fait alors son agent en France, et sur ses instructions, se rend en mars 1472 au château d'Amboise pour présenter les Orationes au roi Louis XI.

Un rôle politique[modifier | modifier le code]

A l'été 1472, sur les instances de Fichet, le cardinal Bessarion vient lui-même au château d'Amboise pour tenter de persuader Louis XI de se joindre à la croisade. Le roi refuse, et lorsque le cardinal reprend la route de l'Italie, en septembre, Fichet l'accompagne. Bessarion meurt à Ravenne le 18 novembre, et Fichet se rend à Rome où il entre au service du pape Sixte IV, comme camérier, puis pénitencier.

On possède de lui un sermon sur saint Étienne daté du 26 décembre 1476, prononcé devant le Pape (coram Papa) et les cardinaux[5]. On ignore ensuite la date précise de sa mort. Les ouvrages consacrés indiquent vers ou après 1480, parfois vers 1490[6].

De La Rhétorique– Rhetorica– Rhetoricorum [modifier | modifier le code]

« Rhetoricorum libri III. In parisiorum Sorbona (Ulricus Gering, Martinus Crantz et Mich. Friburger), pet. in-4,à longues lignes, au nombre de 23 sur les pages. »

Ainsi est présentée l’œuvre majeure de Guillaume Fichet.

Édition rare puisque la seule que l'on ait de cet ouvrage. Elle est due aux trois Allemands associés qui introduisirent l'art typographique à Paris.

Cet ouvrage est certainement une des premières productions de leur atelier. Quoique non-daté, on ne saurait douter qu'il fut imprimé en 1471. G.Fichet ayant envoyé à cette date plusieurs lettres manuscrites accompagnant son livre notamment à l'Archevêque de Lyon, Charles, qui porte à la fin « scriptu impressum anno uno septuagesimo dringentesimo supra millesimum. »

Il a été tiré, sur vélin au moins cinq exemplaires de ce « Rhetoricorum ». Outre cet exemplaire à Charles, archevêque de Lyon, un exemplaire fut adressé au Pape Sixte IV, un à Pâris de Meyzieu, un à Camus de Limare à Londres et un au Cardinal Bessarion[7].

Hommage[modifier | modifier le code]

Son ami intime, disciple en humanisme, et successeur sur sa chaire de rhétorique, Robert Gaguin, lui a rendu cet hommage :

« Felix illa quidem tali Sabaudia alumno
Cujus erit Gallis perpetuatus honor »

qui se traduit par :

« Heureuse la Savoie d’avoir nourri un tel enfant
Qui sera pour les Français un honneur à jamais »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Germain, Personnages illustres des Savoie, Autre Vue,‎ 2007, 619 p. (ISBN 978-2-9156-8815-3), p. 239.
  • Lauro Aimé Colliard et Louis Terreaux, Un ami savoyard du cardinal Bessarion, Guillaume Fichet : Ancien recteur de l'Université de Paris, Paris, Presses Paris Sorbonne,‎ 2004, Volume 128 de Biblioteca della ricerca. Cultura straniera éd., 139 p. (ISBN 2-84050-318-2 et 978-2-8405-0318-7)
  • Jules Philippe, Guillaume Fichet : Sa vie, ses œuvres, J. Dépollier,‎ 1892, 175 p. (Jules Philippe)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Germain 2007, p. 239.
  2. Monique Goullet et Michel Parisse, Les historiens et le latin médiéval. Colloque tenu à la Sorbonne, les 9, 10 et 11 septembre 1999, vol. 63, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire ancienne et médiévale »,‎ 2001, 319 p. (ISBN 978-2-85944-420-4), p. 75, note de bas de page n°1
  3. Auguste Dufour et François Rabut, L'imprimerie, les imprimeurs et les libraires en Savoie : du XVe au XIXe siècles, vol. 16, Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie,‎ 1877, 415 p., p. 12-13.
  4. http://classes.bnf.fr/livre/arret/histoire-du-livre/imprimerie/01.htm
  5. Sylvie Charrier, Recherches sur l'oeuvre latine en prose de Robert Gaguin (1433-1501), vol. Numéro 35 de Bibliothèque littéraire de la Renaissance, Honoré Champion Éditeur,‎ 1996, 576 p. (ISBN 978-2-85203-606-2), p. 236.
  6. Sur la date de la mort de Guillaume Fichet :
  7. Registre de la BNF p 1242-1243 - Registre des Prieurs de la Sorbonne (ms lat. 5494 A)