Guillaume Bigot

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Guillaume Bigot[1], ou Le Bigot, Bigotius, né à Laval le 2 juin 1502 et mort vers 1550 est un écrivain, médecin et humaniste français, poète français et latin, et l'un des plus savants hommes du XVIe siècle[2]. L'abbé Angot signale qu'il n'est pas parfaitement encore connu, car comment peut-on débrouiller une biographie romanesque en soi, racontée par le héros lui-même avec le souci de rendre son histoire indéchiffrable et lui-même méconnaissable ?

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Plusieurs hypothèses existent sur son père[3] Sa vie ne fut qu'une suite d'événements malheureux ; il faillit mourir de la peste étant encore au berceau[4]. Sa première éducation avait été entièrement négligée. Une querelle qu'il eut pendant qu'il faisait à Angers son cours de philosophie l'obligea de se sauver pour éviter les poursuites qu'on dirigeait contre lui[5].

Il se retira à la campagne où il se livra à l'étude avec plus d'application qu'il ne l'avait encore fait. Il apprit, sans le secours d'aucun maître, la langue grecque et fit des progrès rapides dans la philosophie, l'astronomie, l'astrologie et la médecine[6].

L'Allemagne[modifier | modifier le code]

Il suivit en Allemagne en 1537, Guillaume du Bellay de Langey, qui était chargé d'une mission secrète[7].

En 1535, il professait la philosophie à l'université de Tübingen[8] ; mais les devoirs de cette place ne l'occupaient pas tellement qu'il ne trouvât encore le loisir de suivre les leçons d'Antoine Curéus et de Guillaume Casterot, médecins ; il se perfectionnait en même temps dans la langue grecque, et il étudiait les mathématiques sous le célèbre Fossantis. Ce fut dans la même ville qu'il composa son poème latin, intitulé Catoptron, ou le Miroir. Il le fit imprimer avec quelques autres pièces, à Bâle, en 1536, in-4°.

Le retour en France[modifier | modifier le code]

Obligé de quitter Tübingen, il s'était réfugié à Bâle pour se soustraire aux persécutions des disciples nombreux de Philippe Melanchthon[9], dont il avait combattu le système. De là, il revint en France, où Guillaume Budé[10], tenta, au retour à Paris de Guillaume Bigot, de lui faire obtenir une chaire à l'Université, qu'il n'obtint pas. On lui offrit une place à l'université de Padoue ; mais il la refusa. Il vendit ce qu'il possédait encore à Laval, puis accepta d'aller réorganiser à Nîmes l'école en université et fut substitué pour cela à Claude Baduel, 1541.

Nîmes[modifier | modifier le code]

C'était une tâche délicate à laquelle il apporta surtout un zèle ardent. Il ne l'occupa pas tranquillement ; il fut même obligé de faire plusieurs fois le voyage de Paris, pour obtenir des arrêts qui le maintinrent dans ses privilèges. On voulut lui substituer le protestant Claude Baduel. Bigot, appuyé par les bourgeois et les étudiants et surtout favorisés par les du Bellay, obtint gain de cause au parlement de Toulouse et serait rentré dans la place sans une mésaventure cruelle. En 1543, alors qu'il avait pris en engagement de 15 ans avec la ville, il s'assoce lui-même dans le rectorat le même Claude Baduel, qui devait être son ennemi le plus acharné. Surviennent les procès avec les Nîmois qui prétendent que Bigot ne remplit pas les conditions du contrats, puis les mésaventures conjugales du professeur.

Le joueur de luth[modifier | modifier le code]

Sa femme, qu'il avait laissée à Toulouse, se conduisit mal, subornée par un joueur de luth. Le complice de ses débauches ayant été mutilé[11], on accusa Bigot d'être le premier auteur de ce crime, exécuté par un de ses anciens domestiques. Il fut mis en prison, où il resta longtemps. Les lettres de grâce qu'il obtint et fit entériner à Toulouse ne rétablirent pas sa réputation et ses affaires. Cette malheureuse affaire n'était pas encore terminée en 1549. Il publia, cette même année, un poème latin, dans lequel il se plaint amèrement de son sort. Cette histoire n'est relatée que par Bigot, et Bayle, chroniqueur friand de scandale.

Le retour à Laval[modifier | modifier le code]

Après ses mésaventures conjugales, il se sauve à Laval. Il en avait rêvé alors qu'il était en exil au-delà du Rhin et s'était vu accueilli en triomphe par toute la population lavalloise :

« Post longum exilium, patriam repetisse videbar
Rura Lavalla meam, populo gratissimus omni. »

La réalité fut moins poétique sans doute, mais ne fut pas une déception. Mais lui se hâta de règler ses affaires d'intérêt et de repartir pour Nîmes, malgré des pronostics facheux. C'étair en 1547. Les procès qu'on fit à Nîmes, où Baduel avait un parti puissant, ceux qu'il fit lui-même, durèrent deux ans, qu'il passa en grande partie en prison.

Athéisme[modifier | modifier le code]

On l'accusa ensuite d'athéisme, et il dut se justifier aux Grands Jours tenus au Puy[12].

Il eut gain de cause enfin, aux Grands Jours, sur le chef d'hérésie, au mois d'octobre 1548, et contre les Nîmois qui durent lui verser une indemnité de 3 000# par sentence du parlement de Toulouse, le 21 août 1549. Malgré le gain de son procès, Bigot ne put rester à Nîmes. Il enseigna quelque temps à Montauban, et finalement se retira à Metz pour mourir bientôt inconnu. On ignore l'époque de sa mort.

Publications[modifier | modifier le code]

  1. Carmina (Catoptron, id est speculum ad emendationem Juventiutis factum carmen ; Epithalamion ; Epigrammata in empiricum, etc). Basileae, 1536.
  2. Catoptron : hoc est, ad emendationem iuventutis factum carmen : cumprimis eruditum & lectu dignissimum. Eiusdem Epithalamium, pro d. Henrico Caduceatore iurisconsulto. Item, Epigramma in empiricum quendam, unà cum elegia ad libellum suum, & aliis quibusdam : omnia recens & nata, & edita. Basileae : Thomas Platter : Balthasar Lasius : Robert Winter, 1536
  3. Somnium ad Guillelmum Bellaium Langaeum; maecenatem suum, in quo cum alia tum imperatoris Caroli describitur ab regno Galliae depulsio. Ejusdem explanatrix somnii epistola, qua se item et Guillelmum Budaeum a quorundam defendit calumniis. Ejusdem Catoptron et alia quaedam poemata, causa prius inemendatius[13]. Paris, 1537, poème latin.
  4. Poésies diverses (imprimées dans le Poësie française de Charles de Sainte-Marthe)[14], Lyon, 1540, in-8° ;
  5. Christianae philosophiae praeludium, opus cum aliorum tum hominis substantiam lucuplentis expromens et exemplis et rationibus. Ejusdem et as Jesum Christum carmen supplex, et antilogica dedocatrixque Epistola, peraptètam praeludicio quam reliquis ipsius christianis scriptis praelegenda.[15] Guy Boutteville, Toulouse, 1549, in-4°[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom Bigot était fort commun à Laval. Pierre Le Bigot, ami de Pierre Le Baud, était souvent invité à sa table à l'aumônerie Saint-Julien de Laval ; il rédigea en 1488, un accord entre le prieuré d'Avénières et les habitants. Jean Le Bigot, prieur du Pertre et de Saint-Melaine, qui fonda les chapelles de Sainte-Marguerite et de Saint-Roch, à Montigné-le-Brillant et Ahuillé, mourut à Rome en 1502. Il y en a beaucoup d'autres.
  2. Dans l’ouvrage De ratione vitæ studiosae ac literatae de Claude Baduel, un professeur de Leipzig, nommé Grégoire Bresman, a ajouté une préface où il dit que Guillaume Bigot,

    « homme bien versé dans les matières de médecine et de physique, avait promis un traité que l'homme, sans le mariage, ne saurait vivre en santé. »


    Melanchton, avec lequel il avait eu des querelles de doctrine, le dit l'un des deux hommes les plus savants de France. Pierre Duchâtel étant le premier. Scaliger le qualifie maximus philosophus ; ce que la plupart des interprètes ont entendu tant dans le sens relatif que dans le sens absolu. Gabriel Naudé, venu plus tard, et qui pouvait déjà juger avec l'impartialité de l'histoire, lui donne la palme sur tous les philosophes de son temps.
  3. Celui que l'abbé Angot regarde tout d'abord comme le père du savant se nommait Guillame Bigot, et l'acte de partage de sa succession fut passé le 22 mai 1519 par Guillaume Le Doyen. Un seul des 5 enfants, nommé Jean était majeur ; il étudia le droit, fit fortune et acquit le Petit-Vaugeois d'Andouillé et la Merveille de Saint-Jean-sur-Mayenne. Guillaume eut sa part dans la succession paternelle, qui ne comprenait que quelques pièces de terre en Avénières. Un scoliaste des œuvres de Bigot affirme que son père se nommerait Jean et non Guillaume ; de plus il serait mort au dire de Bigot, lui-même, non en 1519, mais après 1530 pendant que son fils était exilé en Allemagne. On pourrait alors penser selon l'abbé Angot à Jean Lebigot qui est sénéchal de la Hune, 1513, procureur à Laval des frères de Saint-Jean de Jérusalem, 1517, sénéchal de Launay-Peloquin, 1529, probablement seigneur de la Jarossaie (Entrammes) ; mais dans ce cas il aurait vécu encore en 1537 avec le titre de procureur fiscal de Laval.
  4. Le philosophe réseumera plus tard les aventures de sa première enfance en disant que, né avec deux dents, mauvais présage au dire des matrones, il avait été confié à une nourrice de la campagne, et que, la peste ayant fait mourir 13 personnes dans sa maison, cette femme l'avait abandonné sur le bord d'un chemin où son propre père le trouva et le recueilli. L'abbé Angot signale que ce témoignage sent bien le roman...
  5. Il se livra surtout au plaisir, et fit obligé de quitter la ville parce que le seigneur de la Tour-Landry, offensé par une de ses fredaines, le faisait poursuivre en justice.
  6. L'abbé Angot affirme N'y a-t-il point là encore beaucoup d'exagération ?. Il est certain que Bigot s'insinua dans la maison du Bellay, où peut-être il trouva des secours pour ses propres études tout en instruisant les jeunes seigneurs.
  7. Il voyageait deguisé en joaillier, et quand du Bellay n'eut plus besoin de ses services, le laissa libre de visiter les universités. Dans les écoles des villes bordant le Rhin, il fut seulement l'étudiant qui cherche littérairement et littéralement plaies et bosses.
  8. Bigot figure sur le registre matricule de l'Université à la date du 27 mai 1535. Il y est au nombre des nouveaux professeurs de la réforme de l'Université en 1534-1535, et chargé d'expliquer la physique d'Aristote.
  9. François Ier aurait eu le désir d'entendre disserter Bigot, mais Du Châtel, qui avait l'oreille du roi, craignant le succès d'un pareil rival, aurait fait entendre qu'il était disciple outré d'Aristote, au point de préférer le gouvernement populaire à l'autorité royale. François Ier ne pouvait que trouver cette opinion mal sonnante. Bigot fut écarté. Mais ce récit, emprunté à Melanchton, est contredit par des contemporains, qui en font même une inventionde Guillaume Bigot, jaloux.
  10. Mort en 1540
  11. On avait mutilé le suborneur en lui coupant le nez, les oreilles et mes jarrets.
  12. Cela est reconté dans les œuvres mêmes de Guillaume Bigot ; on doit donc le croire, au moins pour le fond, mais il convient d'ajouter pourtant que tant de luttes, d'incidents dramatiques et de procès n'ont laissé aucune trace dans les registres du Parlement de Toulouse, dans ceux des assises solennelles du Puy, ni dans les histoires de Nîmes et de son université. L'abbé Angot indique qu'une recherche soigneuse a été faite par M. Pasquier, archiviste à Toulouse et n'a donné qu'un résultat négatif. L'université de Nîmes fut bien organisée à cette époque, mais avec les facultés de grammaire et des arts seulement, et il n'est fait aucune allusion à Guillaume Bigot. Peut-être ce dernier a-t-il sans son autobiographie exagéré son rôle. L' Histoire de Nîmes... par Ménard, 1753, parle et cite quelques documents pour les affaires de Nîmes.
  13. Cet ouvrage, inspiré par des sentiments tout français, est dédié à Guillaume du Bellay, que l'auteur nomme son Mécène. Cet ouvrage contient une réedition complète de Carmina et quelques pièces nouvelles, y compris son apologie et celle de Budé.
  14. Suivant la Monnoie, il n'a publié qu'un seul poème français, imprimé avec les poésies de Sainte-Marthe, à qui il est adressé. Bigot engage Charles de Sainte-Marthe à renoncer à la poésie, et c'est en vers qu'il lui donne ce conseil ; il aurait pu être plus conséquent.
  15. II l'a fait imprimer à la suite son Catoptron, corrigé
  16. On avait avancé que c'était à Guillaume Bigot que Jean Calvin reprochait, dans une lettre, de n'avoir pas abjuré, pour le protestantisme, la religion romaine. Bayle a relevé cette erreur en observant que le Bigot auquel Calvin écrivait portait le prénom de Pierre, et non celui de Guillaume. Cet ouvrage contient l'autobiographie du philosophe, et est le dernier sorti de sa plume, et ne précéda guère sa mort, qui fut prématurée.

Source partielle[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]