Guillaume-Joseph Chaminade

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Guillaume-Joseph Chaminade

Le bienheureux Guillaume-Joseph Chaminade, né à Périgueux (France) le 8 avril 1761 et décédé à Bordeaux le 22 janvier 1850, est un prêtre religieux français, fondateur de la Société de Marie (Marianistes). Il a été béatifié en 2000 par Jean-Paul II

Biographie[modifier | modifier le code]

Des racines périgourdines (1761-1791)[modifier | modifier le code]

Guillaume naît à Périgueux dans une famille très chrétienne. Son père, Blaise Chaminade, est vitrier et drapier ; son négoce se trouve tout près de la cathédrale Saint-Front. Il est le quatorzième enfant de quinze. Des six qui survivent à la petite enfance, quatre seront prêtres, à commencer par son aîné, Jean-Baptiste qui est jésuite, jusqu'à la suppression de l'Ordre (1773).

Il retrouve son frère Jean-Baptiste quand il part, en 1771, à Mussidan, petite localité du Périgord et est admis comme élève au collège-séminaire Saint Charles. Jean-Baptiste est alors économe et Louis, son aîné immédiat, élève comme lui. Le collège est animé par la Congrégation des prêtres de Saint Charles dont fait alors partie Jean-Baptiste. La référence à saint Charles Borromée indique qu'il s'agit d'une communauté désirant mettre en pratique, comme cet illustre modèle, le Concile de Trente. Pour cela la Règle de l'institut met un fort accent sur la sainteté personnelle en vue de l'évangélisation. On s'engage à "regarder l'éducation de la jeunesse comme un des premiers et principaux moyens de procurer le salut des âmes"[1].

Encore enfant, Guillaume fait l'expérience d'une guérison inespérée d'une grave blessure au pied, après avoir fait le vœu d'un pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame de Verdelais[2]. Il en conservera une grande dévotion envers la Vierge Marie. Dans cette période également, au moment de sa confirmation, il ajoute le prénom de 'Joseph' à celui de Guillaume.

En 1776, Guillaume-Joseph, entre au noviciat de la Congrégation de Saint Charles, puis il s'y engage par des vœux. Il participe à l'activité du collège comme aide-économe, économe puis professeur de mathématiques, enfin comme aumônier, après son ordination sacerdotale, qui a sans doute lieu le 14 mai 1785, veille de la Pentecôte[3].

La Révolution interrompt brutalement le cours de ses activités. Les ordres religieux sont dissous le 13 février 1790 et la constitution civile du clergé, votée le 12 juillet puis promulguée le 24 août, est imposée aux prêtres. Lui et les responsables du collège ayant refusé de prêter serment de fidélité à la Constitution, ce qui est obligatoire à partir du 26 décembre pour les prêtres et du 15 avril 1791 pour les enseignants, le collège doit fermer ses portes ce même mois d'avril. N'ayant plus rien à faire à Mussidan, il décide de partir.

En mission à Bordeaux (1791-1797)[modifier | modifier le code]

Chaminade s'installe à Bordeaux. Mais très vite la situation se dégrade, la Terreur provoque la persécution des prêtres et même des laïcs fidèles à leur foi chrétienne. Certains sont exécutés, comme les abbés Dupuy et Langoiran, le 15 juillet 1792[4] ou comme Marie Gimet et Marie Bouquey, le 6 juin 1794[5]. Le père Chaminade, qui a opté de rester malgré tout, entre dans la clandestinité totale mais, au péril de sa vie, continue son activité sacerdotale. Il se déguise en marchand ambulant ou en rétameur, il fait aussi appel à la collaboration de laïcs intrépides et réussit ainsi à rejoindre les familles, à célébrer la messe et les sacrements ou à accompagner les mourants[6]. Cette situation va durer trois ans ; elle renforce énormément sa foi et son courage. Il est également témoin du rôle extraordinaire des laïcs qui exposent leur vie pour maintenir la vie chrétienne et faciliter son ministère. Ces deux aspects se retrouveront plus tard dans ses projets missionnaires: la foi et l'apostolat des laïcs.

La chute et exécution de Robespierre, le 24 juillet 1794 provoque une accalmie. Guillaume-Joseph peut sortir de la clandestinité. Malgré son jeune âge, il lui est alors confié, pour les diocèses de Bordeaux et de Bazas, le délicat ministère d'assurer la réconciliation avec l'Église de prêtres jureurs. Une cinquantaine d'entre eux feront cette démarche sous sa conduite. C'est un signe de la grande confiance dont il jouit déjà. Mais, quand commence le Directoire, le 26 octobre 1795, la persécution renaît et il doit reprendre son activité cachée. Il reste tout de même en France jusqu'au coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797). Figurant par erreur sur la liste des prêtres émigrés, sa présence à Bordeaux peut être interprétée comme l'effet d'un retour clandestin et illégal et provoquer son arrestation et sa condamnation à mort. Il ne lui reste alors plus d'autre recours que de quitter la France.

L'exil en Espagne (1797-1800)[modifier | modifier le code]

La statue de Notre-Dame du Pilier, vénérée dans la basilique éponyme de Saragosse. Le Père Chaminade pria de longues heures devant elle.

C'est en Espagne, à Saragosse, qu'il va se réfugier. Ce choix est certainement encouragé par le fait que son frère Louis, lui aussi prêtre, se trouve déjà dans ce pays depuis 1792. Ils sont ainsi à nouveau réunis. La communauté des prêtres français exilés est importante et se trouve bien représentée dans la capitale de l'Aragon.

Saragosse est aussi le centre du plus grand pèlerinage marial d'Espagne dédié à Notre-Dame du Pilier. C'est précisément le 11 octobre, la veille de sa fête annuelle, que le nouvel exilé parvient dans la ville en pleines festivités. En ce lieu, les prêtres exilés ne sont généralement pas autorisés à exercer un ministère direct auprès de la population. Ils se consacrent donc à des activités leur permettant de survivre. Guillaume-Joseph fabrique des fleurs artificielles et de petites statues pour la dévotion populaire. Le temps restant est occupé par de longues discussions au sein du groupe pour préparer la reprise de l'évangélisation en France dès que leur retour serait possible. Certains d'entre eux rédigent des manuels de soutien spirituel et de réflexion missionnaire ; ces ouvrages sont lus et commentés[7].

L'autre grande activité des exilés est la prière. Le père Chaminade y consacre de longues heures, en particulier aux pieds de Notre-Dame du Pilier. Sa relation avec Dieu et Marie se renforce encore. C'est dans ce contexte que s'éclaire définitivement en lui le projet de fondation qui l'occupera dès son retour en France et pour le reste de son existence. Il parlera à ce propos d'une inspiration, d'une vision intérieure[8], et revendiquera tout au long de sa vie l'origine divine de la fondation[9].

Le temps des fondations[modifier | modifier le code]

Il revint à Bordeaux en 1800. Très dévot à la Sainte Vierge depuis sa plus tendre enfance, c'est sous sa protection qu'il fonda dès cette année 1800 une organisation de jeunes chrétiens: la 'Congrégation de l'Immaculée'. Ce groupe composé de jeunes gens et de jeunes filles contribua fortement au renouveau chrétien de la ville et même de la région. Il utilisait comme moyens fondamentaux l'émulation par l'exemple mutuel, l'enseignement de la foi sous des formes attrayantes et la consécration à Marie comme source d'une renouveau personnel et missionnaire.

À partir de 1808, des contacts sont établis avec un groupe similaire dans son esprit, fondé autour d'Agen par Adèle de Batz de Trenquelléon. Peu d'années après, en 1816, Adèle, guidée et encouragée par le Père Chaminade fonde à Agen l'institut des Filles de Marie Immaculée.

Un an plus tard, en 1817, à Bordeaux cette fois, quelques jeunes hommes, la plupart issus de la Congrégation de l'Immaculée fondent autour du Père Chaminade la Société de Marie, autrement dit, les Marianistes qui, pour travailler à l'éducation chrétienne de la jeunesse, fondèrent ou reprirent de nombreux établissements, à Paris, à Cannes, en Alsace, en Belgique, en Italie, en Espagne, en Autriche, aux États-Unis, au Canada, en Océanie et au Japon.

Vénération et culte[modifier | modifier le code]

Le Père Chaminade est enterré au cimetière de la Chartreuse à Bordeaux, où sa tombe, surmontée d'une statue de la Vierge Marie, est toujours visitée. Des reliques sont conservées et vénérées également sur le lieu de fondation de la congrégation, à la Chapelle de la Madeleine, cours Victor Hugo.

Le 3 septembre 2000, le Père Chaminade a été béatifié à Rome par le Pape Jean-Paul II. Il est liturgiquement commémoré dans les diocèses de Périgueux et de Bordeaux ainsi que dans toute la famille marianiste le 22 janvier.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Depuis septembre 2000, tous les étés, les jeunes de la famille marianiste se rassemblent pour un temps spirituel.

Les JFM (Jeunes de la Famille Marianistes) sont des rassemblements issus de la béatification du Père Chaminade qui ont lieu chaque été dans des lieux différents : (dans l'ordre chronologique) Lourdes, Le Puy-en-Velay, Valence, Cologne, Le Jura, Rodez, Saint-Laurent-sur-Sèvre.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Verrier, Melanges Chaminade hommage au fondateur de l'institut des filles de Marie immaculée et de la société de Marie (Marianistes), à l'occasion du bicentenaire de sa naissance, Madrid, Ediciones S.M., 1961
  • Vincent Gizard, Petite vie de Guillaume-Joseph Chaminade, fondateur de la famille Marianiste (1761-1850), Edit. Desclée de Brouwer, 1995, 165 p.
  • Simler, J, Guillaume-Joseph Chaminade chanoire honoraire de Bordeaux fondateur de la société de Marie & de l'institut des filles de Marie (1761-1850), Paris, V. Lecoffre,‎ 1901, 795 p. (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Règles de la Congrégation de Saint-Charles de Mussidan", in : L'Apôtre de Marie, Havaux-Houdart, 1931, p. 373
  2. http://www.sanctuaireverdelais.fr/, site officiel du Sanctuaire Notre-Dame de Verdelais.
  3. Cf. GIZARD Vincent, Petite vie de Guillaume-Joseph Chaminade, Paris DDB, 1995, p. 20.
  4. Bernard Guillemain, Le diocèse de Bordeaux, Beauchesne, p. 179
  5. Les martyrs de la Révolution française, http://causa.sanctorum.free.fr/revolution_francaise_07.htm
  6. Vincent Gizard, Petite vie..., pp. 33-34
  7. Voir par exemple, de François-Marie [Bigex], Le missionnaire catholique, ou Instructions familières sur la religion. En réfutation des préjugés, des erreurs & des calomnies par lesquelles elle a été attaquée durant la persécution présente, 1797. Cf. http://books.google.it/books/about/Le_missionnaire_catholique_ou_Instructio.html?id=AVQUAAAAYAAJ&redir_esc=y
  8. Plus tard, lors d'une retraite avec les religieux, il affirmera : "Je vous ai vus tels que vous êtes ici, et cela s'est fait dans un clin d'œil, il y a longtemps." Cf. L. Gadiou et J.Cl. Délas, Marianistes en mission permanente, 1972, p. 30.
  9. Il écrit par exemple : "Redoublons de zèle pour le soutien et l'accroissement de l'œuvre que le Seigneur nous a inspirée et à laquelle nous sommes entièrement dévoués" : Lettre 716, du 4 décembre 1833 ; Lettres, vol. III, p. 358.