Gueule de bois

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Gueule de bois
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Portrait de Suzanne Valadon par Henri de Toulouse-Lautrec.jpg
Gueule de bois (la buveuse), peinture de Toulouse-Lautrec, 1887/1888.
CIM-10 F10, G44.83
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La gueule de bois est une sensation inconfortable qui se manifeste à la suite d'une consommation excessive de boisson alcoolisée. Elle apparaît 6 à 8 heures après la consommation d’alcool, lorsque l’alcoolémie diminue, et elle atteint un maximum lorsque l’alcoolémie redevient nulle[1].

L'origine de la gueule de bois n’a pas encore été complètement élucidée. Il est reconnu que c'est un trouble complexe et pluri-factoriel. Trois substances seraient à l’origine de la gueule de bois : l’éthanol (ou alcool pur), l’acétaldéhyde (produit du métabolisme de l'éthanol) et les congénères, qui sont des substances présentes dans les boissons alcoolisées, issues de la fermentation alcoolique ou ajoutées pendant le processus de fabrication[2].

La gueule de bois peut apparaître dès la consommation d'un verre, et touche presque tout le monde au-delà de cinq verres[3].

Origine de l'expression[modifier | modifier le code]

L'expression « avoir la gueule de bois » viendrait du fait d'avoir la bouche sèche comme du bois (pâteuse)[4] après avoir bu trop d'alcool (déshydratation), puis aurait évolué pour désigner les symptômes dus à l'alcool au réveil[5].

Dans certaines régions francophones comme au Québec ou en Belgique, on peut rencontrer le terme « xylostomiase » pour désigner la gueule de bois[réf. souhaitée]. On trouve également « xylostomie » chez Alphonse Allais[6].

Le terme « veisalgie », rarement utilisé et synonyme de gueule de bois, vient du norvégien kveis, signifiant « inconfort succédant à la débauche », et du grec algia ou « douleur ».[réf. nécessaire]

Manifestations[modifier | modifier le code]

La gueule de bois se traduit entre autres par la bouche sèche et un mal-être et des nausées.

Les manifestations les plus fréquentes, étudiées chez 1 230 étudiants, sont les suivantes[7] :

  • la sensation de faiblesse (76 %) ;
  • la fatigue (73 %) ;
  • la difficulté de concentration (72 %) ;
  • les nausées (68 %) ;
  • les maux de tête (68 %).

La gueule de bois se manifeste également par une baisse importante de la vigilance et de la mémoire. Cette baisse de performance au niveau individuel se traduit par une altération des capacités de conduite, comme observé dans une étude réalisée dans un simulateur de pilotage d'avion[8].

Causes[modifier | modifier le code]

L'origine de la gueule de bois n'a pas été complètement élucidée. Il existe plusieurs hypothèses qui peuvent se compléter.

  • Trois perturbations apparaissent lors d'une consommation excessive d'alcool et pourraient l'expliquer : un dérèglement des défenses naturelles[9], des déficiences en nutriments[10][réf. insuffisante] et un stress oxydatif[11]. Les rumeurs selon lesquelles la gueule de bois est causée par une déshydratation ou un manque d'alcool ont été examinées par les scientifiques et apparaissent comme peu vraisemblables :
    • les symptômes d'une déshydratation et d'une gueule de bois sont différents[2],
    • les changements hormonaux et hémodynamiques observés lors d’une gueule de bois sont différents de ceux observés lors d’un manque alcoolique[12].
  • En revanche, beaucoup de symptômes sont ceux de l'hypoglycémie. Une forte consommation d'alcool, surtout dans un délai bref, peut provoquer en retour une hypoglycémie, l'organisme s'adaptant avec un temps de retard et l'alcool entraînant aussi une déshydratation réactionnelle.
  • Selon le CTA[13], ce n'est probablement pas l’alcool lui-même ou ses produits de dégradation qui sont à l’origine des symptômes de la gueule de bois, mais plutôt les substances contenues dans les boissons comme le méthanol, l’histamine ou les polyphénols. Le méthanol et ses produits de dégradation, formaldéhydes et acide formique, ont été soupçonnés d’expliquer tout ou partie des symptômes de la gueule de bois : maux de tête, soif, sudations et vertiges. Les alcools contenant beaucoup de méthanol (vin, bourbon, brandy) entraîneraient des gueules de bois plus intenses que ceux qui en contiennent peu (vodka) ou pas (alcool pur).

Remèdes[modifier | modifier le code]

Le meilleur remède est la prévention, aucun des essais réalisés sur des produits réputés atténuer la gueule de bois ne s'étant montré concluant[14].

Prévention[modifier | modifier le code]

Pendant l'alcoolisation :

  • limiter sa consommation ;
  • éviter de boire l'estomac vide ;
  • boire beaucoup d'eau, ou éventuellement des jus de fruits ;
  • éviter certains alcools (cités plus haut).

Éviter[modifier | modifier le code]

Les médicaments : l'alcool interagit de manière négative avec plus de 150 médicaments dont la plupart sont d’utilisation courante[15]. Éviter toute médication pendant la gueule de bois est donc recommandé. Pour lutter contre le mal de tête, on évitera donc :

Remèdes empiriques ou traditionnels[modifier | modifier le code]

  • Les remèdes traditionnels tels que café très fort[17] ou salé, bourrache officinale, xicolatada et l'artichaut[18] n'ont pas fait la preuve de leur efficacité[14].
  • Il est préférable de boire une grande quantité d'eau, qui aura l'avantage de contrebalancer la déshydratation induite par l'inhibition de l'ADH par l'alcool, et la sensation de bouche sèche. Pour lutter contre une éventuelle hypoglycémie, une boisson sucrée est recommandée, tels que des jus de fruits. Concernant le café, il faut se méfier de ses effets diurétiques qui peuvent accentuer une déshydratation[19],[20].
  • Les huîtres et la soupe de poisson de mer, ont, probablement grâce à l'iode qu'ils contiennent, la réputation de diminuer le malaise.[réf. nécessaire]
  • L'application de baume du tigre (ou autre pommade stimulant la circulation sanguine) sur les tempes limiterait le mal de crâne, cependant il faut être prudent car de nombreuses zones sensibles (yeux en particulier) sont proches et supportent mal ce type de produit.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gemma Prat, Ana Adan et Miquel Sánchez-Turet, « Alcohol hangover: a critical review of explanatory factors », Human Psychopharmacology: Clinical and Experimental, vol. 24, no 4,‎ 3 avril 2009, p. 259-267 (ISSN 0885-6222)
  2. a et b (en) Joris C. Verster, « The alcohol hangover–a puzzling phenomenon », Alcohol and Alcoholism, vol. 43, no 2,‎ mars-avril 2008, p. 124-6 (ISSN 0735-0414, PMID 18182417)
  3. (en) JG Wiese, MG Shlipack et WS Browner, « The alcohol hangover », Ann Intern Med, vol. 11, no 132,‎ juin 2000, p. 897-902 (PMID 10836917)
  4. Arte, Sur les deux rives du Rhin coule le vin
  5. expressio.fr
  6. Alphonse Allais, Vive la vie ! : A new boating (chronique),‎ 1892
  7. (en) Wendy S. Slutske, Thomas M. Piasecki et Erin E. Hunt-Carter, « Development and Initial Validation of the Hangover Symptoms Scale: Prevalence and Correlates of Hangover Symptoms in College Students », Alcoholism: Clinical and Experimental Research, vol. 27, no 9,‎ 3 mai 2006, p. 1442-1450 (ISSN 1530-0277, PMID 14506405)
  8. (en) Richard Stephens, Jonathan Ling, Thomas M. Heffernan, Nick Heather et Kate Jones, « A review of the literature on the cognitive effects of alcohol hangover », Alcohol and Alcoholism, vol. 48, no 2,‎ 31 janvier 2008, p. 163-170 (ISSN 0735-0414, PMID 18238851)
  9. (en) Dai-Jin Kim, Won Kim, Su-Jung Yoon, Bo-Moon Choi, Jung-Soo Kim, Hyo Jin Go, Yong-Ku Kim et Jaeseung Jeong, « Effects of alcohol hangover on cytokine production in healthy subjects », Alcohol, vol. 31, no 3,‎ novembre 2003, p. 167-170
  10. « Connaître la gueule de bois - causes » (consulté le 29 septembre 2009)
  11. (en) Emma A. Meagher, Orla P. Barry, Anne Burke, Michael R. Lucey, John A. Lawson, Joshua Rokach et Garret A. FitzGerald, « Alcohol-induced generation of lipid peroxidation products in humans », The Journal of Clinical Investigation, vol. 104, no 6,‎ septembre 1999, p. 805-813 (ISSN 0021-9738)
  12. (en) Jeffrey G. Wiese, Michael G. Shlipak et Warren S. Browner, « The Alcohol Hangover », Annals of Internal Medicine, vol. 132, no 11,‎ 6 juin 2000, p. 897-902 (ISSN 0003-4819, PMID 10836917)
  13. Alcool : les effets sur la santé. La gueule de bois, Centre de Traitement en alcoologie, CHUV de Lausanne, 2009
  14. a et b (en) Pittler MH, Verster JC, Ernst E. « Interventions for preventing or treating alcohol hangover: systematic review of randomised controlled trials » BMJ, 2005 Dec 24;331(7531):1515-8. PMID 16373736
  15. Alcool : les effets sur la santé. Les médicaments et l'alcool, Centre de Traitement en alcoologie, CHUV de Lausanne, 2009
  16. (en) C. Girre, E. Hispard, S. Palombo, C. N'Guyen et S. Dally, « Increased metabolism of acetaminophen in chronically alcoholic patients », Alcoholism, Clinical and Experimental Research, vol. 17, no 1,‎ février 1993, p. 170-173 (ISSN 0145-6008, PMID 8452199)
  17. (en) « Drinking coffee 'will not sober you up' when drunk » news.bbc.co.uk, mercredi 9 décembre 2009
  18. (en) Pittler MH, White AR, Stevinson C, Ernst E. « Effectiveness of artichoke extract in preventing alcohol-induced hangovers: a randomized controlled trial » CMAJ 2003 Dec 9;169(12):1269-73. PMID 14662662
  19. « pdf sur le café »
  20. « PDF du CHU de Montpellier sur le café »