Guerre hispano-sud-américaine

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Guerre hispano-sud-américaine
La bataille de Callao sur une peinture péruvienne.
La bataille de Callao sur une peinture péruvienne.
Informations générales
Date 18651866
Lieu Îles Chincha et côte pacifique de l'Amérique du Sud
Issue Traités entre l'Espagne et le Pérou (1879), la Bolivie (1879), le Chili (1883) et l'Équateur (1885)
Reconnaissance de l'indépendance du Pérou
Belligérants
Drapeau du Chili Chili
Drapeau du Pérou Pérou (à partir de 1866)
Drapeau de la Bolivie Bolivie (à partir de 1866)
Équateur (pays) Équateur (à partir de 1866)
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne
Commandants
Drapeau du Chili Juan Williams Rebolledo
Drapeau du Pérou Mariano Ignacio Prado
Drapeau de l'Espagne José Manuel Pareja
Drapeau de l'Espagne Casto Méndez Núñez
Forces en présence
Armada de Chile
Marine péruvienne
Armada espagnole
Batailles
m

Tomé (es)PapudoChiloé (1) (es)AbtaoChiloé (2) (es)Paquete del Maule (es)ValparaísoCallaoTornado (es)

La guerre hispano-sud-américaine opposa l’Espagne aux républiques du Chili et du Pérou, et dans une moindre mesure à la Bolivie et à l’Équateur. Le conflit commença en 1864 par l’occupation par l’Espagne des îles Chincha et prit fin avec le traité de paix signé à Lima, le 12 juin 1883. Cette guerre est connue comme la guerre contre l’Espagne au Chili et au Pérou, et en Espagne comme la guerre du Pacifique ou plutôt première guerre du Pacifique, car le terme « guerre du Pacifique » se réfère également au conflit qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie entre 1879 et 1883.

Origines et contexte du conflit[modifier | modifier le code]

Ce conflit a pour origine la guerre d’indépendance du Pérou, qui se déroula de 1820 à 1824 et qui se termina par la bataille d’Ayacucho le 9 décembre 1824 et la capitulation d’Ayacucho.

Les dettes péruviennes envers la « mère patrie »[modifier | modifier le code]

Dans le texte de la capitulation, le Pérou reconnaissait certaines dettes envers l’Espagne. Mais il se refusa par la suite à les honorer tant que l’Espagne ne reconnaîtrait pas son indépendance. En 1864, l’Espagne, qui n’avait toujours pas reconnu l’indépendance du Pérou, entendait les récupérer sous la pression des détenteurs de titres espagnols et péruviens résidant en Europe.

Situation politique au Pérou et en Espagne[modifier | modifier le code]

En octobre 1862, le maréchal Ramón Castilla Marquezado termina son mandat de président de la République du Pérou. Après les élections, le général Miguel de San Román accéda à la présidence. Celui-ci mourut le 3 mars 1863 avant la fin de son mandat. Le maréchal Castilla, puis le général Pedro Diez Canseco assurèrent successivement l’intérim. Mais en vertu de la constitution péruvienne, le général Juan Antonio Pezet, en tant que vice-président, prit la tête de l’État le 5 août 1863 à son retour de Paris.

En Espagne, l’Unión Liberal était au pouvoir sous le règne d’ Isabelle II. Le gouvernement présidé par le général O'Donnell, soucieux de poursuivre la politique expansionniste entamée lors de la décennie précédente, avait décidé d’envoyer une expédition maritime dans le Pacifique. L’Espagne était alors la quatrième puissance navale dans le monde.

L’expédition maritime espagnole dans le Pacifique[modifier | modifier le code]

Cette expédition avait notamment pour objectif inavoué de négocier avec le gouvernement péruvien pour régler les comptes encore en suspens de l’époque coloniale. Fin mai 1862, il a été décidé d’adjoindre à l’expédition une mission scientifique, dénommée Comisión Científica del Pacífico composée de trois zoologues, d’un géologue, d’un botaniste et d’un anthropologue, accompagnés d’un taxidermiste et d’un dessinateur-photographe.

L’expédition partit de Cadix le 10 août 1862. Elle était formée par les navires de la marine espagnole Resolución, Triunfo, Vencedora et Covadonga, sous le commandement du contre-amiral Luis Hernández Pinzón.

L’escadre espagnole arriva au port chilien de Valparaíso le 18 avril 1863. L’Espagne avait reconnu l’indépendance du Chili dans les années 1840, et les deux pays avaient des relations diplomatiques. L’expédition fut bien reçue par les autorités locales. Elle quitta le Chili en juillet en direction du nord et arriva au port de Callao au Pérou, le 10 juillet 1863. Bien qu’il n’existât pas à l’époque de relations diplomatiques entre les deux pays, le général Juan Antonio Pezet autorisa son entrée dans le port. Les Espagnols furent bien accueillis. Ils firent des démarches dans le but d’obtenir le paiement de la dette de l’indépendance.

L’incident de Talambo[modifier | modifier le code]

Alors que l’escadre espagnole était partie de Callao depuis le 27 juillet, veille de l’anniversaire de l’indépendance du Pérou, à destination de San Francisco, on apprit qu’un incident avait éclaté le 4 août dans l’hacienda de Talambo, entre Trujillo et Chiclayo dans le nord du Pérou. Un affrontement entre des paysans et le propriétaire de l’hacienda s’était soldé par la mort d’un colon espagnol. L’incident servit de prétexte aux Espagnols de l’expédition pour revenir à Callao le 13 novembre. Les Espagnols protestèrent auprès du gouvernement péruvien et exigèrent des excuses et des réparations. Pour ce dernier, il ne s’agissait que d’une affaire privée du ressort de la justice péruvienne.

Début des hostilités[modifier | modifier le code]

La prise des îles Chincha[modifier | modifier le code]

Les îles productrices de guano à Chincha, Pérou. 21 février 1863

Afin qu’une intervention militaire dans une ancienne colonie ne soit pas perçue de manière négative dans le monde, l’Espagne envoya d’abord au Pérou Eusebio Salazar y Mazarredo, avec le titre de "Commissaire Spécial et Extraordinaire de la Reine", un titre qui était attribué au temps des colonies aux inspecteurs qui les visitaient. Salazar était aussi chargé d’exiger le paiement des dettes péruviennes datant de l’indépendance. Il arriva à Callao le 18 mars 1864 et demanda à être reçu par la chancellerie.

Pour le gouvernement péruvien, c’était une provocation délibérée de l’Espagne : il ne reconnut pas le titre du « commissaire » pas plus que la mission qui lui était confiée. Salazar ne fut reçu nulle part à titre officiel.

Sur cette fin de non-recevoir, l’escadre espagnole sortit de la rade de Callao, fit route au sud vers les îles Chincha et s’en empara. Le drapeau du Pérou fut amené et le drapeau espagnol fut hissé le 14 avril 1864. Les Péruviens qui extrayaient le guano sur l’île furent expulsés. Les îles Chincha constituaient une ressource financière très importante pour le gouvernement péruvien à l’époque, à cause du gisement de guano, donc une monnaie d’échange valable pour les Espagnols.

L’escadre espagnole soumit également au blocus les principaux ports péruviens, ce qui eut pour effet de désorganiser le commerce et suscita la désapprobation dans toute l’Amérique latine. Les Espagnols attendaient peu de résistance de la part du Pérou dont ils jugeaient la valeur militaire négligeable. Pendant le blocus, les Espagnols perdirent le Triunfo, détruit par un incendie accidentel.

La réaction du président du Pérou[modifier | modifier le code]

Hésitant, le général Juan Antonio Pezet entra en négociations avec les Espagnols. Les journaux de l’époque le comparaient à un nouvel Atahualpa, critiquant sa faiblesse. Mais il est vrai que Pezet savait que le Pérou ne disposait pas d’une bonne marine de guerre, celle-ci étant seulement constituée de la frégate Amazonas et des goélettes Tumbes et Loa. L’escadre espagnole lui paraissait donc invincible.

Il voulait gagner du temps et s’empressa d’envoyer le colonel Francisco Bolognesi Cervantes en Europe pour faire l’acquisition de navires et autres matériels de guerre. Le Pérou prit commande des navires Huáscar, Independencia, Unión et América. Les deux derniers navires parviendront à temps sur le théâtre des opérations, tandis que les deux premiers arriveront après la fin du conflit.

Du côté espagnol, le nouveau premier ministre, Ramón María Narváez, n’était pas d’accord avec les prises de décision unilatérales de l’amiral Pinzón sur le terrain et le fit remplacer par le vice-amiral Juan Manuel Pareja, ancien ministre de la Marine. Ce dernier était né au Pérou et son père avait participé aux combats lors de la guerre d’indépendance du Chili. Très vite cependant, Narváez changea d’opinion et envoya 4 autres navires de guerre en renfort pour la flotte du Pacifique : le Blanca, le Berenguela, le Villa de Madrid et la frégate cuirassée Numancia.

L’amiral Pareja arriva au Pérou en décembre 1864, et entama immédiatement des négociations diplomatiques avec le général Manuel Ignacio de Vivanco, représentant spécial du président du Pérou.

Le traité Vivanco-Pareja[modifier | modifier le code]

Les négociations entamées par Pezet et Vivanco échouèrent devant les exigences espagnoles. Le 25 janvier 1865, l’escadre espagnole entama le blocus de Callao et donna un délai de 24 heures pour que les Péruviens acceptent ses conditions. Toujours en proie au doute sur les possibilités militaires de son pays alors que la flotte espagnole venait d’être renforcée par de puissantes unités, Pezet signa sans tarder le traité Vivanco-Pareja sur le navire espagnol Villa de Madrid le 27 janvier 1865.

Le traité reconnaissait le commissaire Salazar y Mazarredo, et accordait à l’Espagne une indemnisation de 3 millions de pesos au titre des dépenses occasionnées à l’escadre espagnole dans le Pacifique. Ce traité humiliant pour le Pérou fut repoussé par le congrès péruvien.

Guerre civile au Pérou[modifier | modifier le code]

Beaucoup de personnalités dans le pays s’opposèrent à cet accord, notamment le vice-président Francisco Diez Canseco. Le maréchal Ramón Castilla, alors président du sénat et représentant le département de Moquegua, protesta d’une manière véhémente. Dans une âpre discussion avec Pezet qui était venu à la chambre pour expliquer la situation, Castilla dénonça la faiblesse du gouvernement, frappa le président Pezet et lui cassa la mâchoire. Furieux, ce dernier fit exiler Castilla en Europe, en février 1865.

Le soulèvement d’Arequipa[modifier | modifier le code]

La mèche allumée par le maréchal Ramón Castilla se propagea dans d’autres régions du pays. Le 28 février 1865, à Arequipa, le colonel Mariano Ignacio Prado se souleva.

Comme l’escadre espagnole menaçait également le Chili, Prado pensait que la stabilité juridique de toutes les anciennes colonies de l’Espagne en Amérique du Sud était en danger. C’est pourquoi, alors qu’il se trouvait dans la province de Chincha en route pour Lima, il reçut des délégués chiliens avec qui il coordonna les actions à mener pour défendre la souveraineté du Pérou et du Chili.

Le renversement de Pezet[modifier | modifier le code]

Prado arriva aux portes de Lima, avec une armée de 10 000 soldats, alors que l’armée de Pezet ne comptait que 8 000 soldats. Francisco Diez Canseco resta avec une garnison dans le Palais du Gouvernement et Pezet sortit à la rencontre de Prado, marchant jusqu’à Lurín. Mais il n’y eut pas d’affrontement.

Trompant la vigilance des troupes de Pezet, les forces rebelles tentèrent d’entrer dans Lima par la porte de Guadalupe mais furent repoussées par une alerte de la caserne de Santa Catalina. Elles entrèrent alors par la porte de San Simón. Sans rencontrer quasiment de résistance, elles parvinrent jusqu’à la place principale de Lima. Elles y livrèrent une dure bataille contre la garnison du Palais du Gouvernement. La bataille du 5 novembre 1865 dura jusqu’à 10 heures. Les troupes fidèles à Pezet se rendirent seulement après avoir perdu les trois quarts de leur effectif. Les portes du Palais s’ouvrirent et une foule décidée y pénétra, principalement dans le but de le piller.

Démission du président du Pérou[modifier | modifier le code]

Pezet voulait reprendre le Palais du Gouvernement, mais il ne put se résoudre à attaquer Lima. De plus il y avait eu beaucoup de défections au sein de ses troupes. Avec ses derniers fidèles, il gagna d’abord Callao, puis s’établit dans l’hacienda Concha, entre Lima et Callao. C’est là qu’il capitula le 8 novembre 1865. Pezet et ses plus proches collaborateurs se réfugièrent sur le navire britannique Shearwater, ancré à Callao. Quelques jours plus tard, il embarqua avec sa famille en direction de l’Angleterre.

Dictature de Prado[modifier | modifier le code]

Prado était entré à Lima et le vice-président Pedro Diez Canseco avait pris le pouvoir, mais pour une courte durée puisque dès le 28 novembre 1865, sous la pression d’assemblées populaires et par décision de l’armée péruvienne, le colonel Mariano Ignacio Prado assuma de facto la présidence de la République avec le titre de "Chef Suprême de la Nation". C’est lui qui nouera l’alliance défensive avec le Chili qui entretemps avait déclaré la guerre à l’Espagne.

Déclaration de guerre du Chili à l’Espagne[modifier | modifier le code]

Depuis 1864 et la prise des îles Chincha, les sentiments anti-espagnols n’avaient fait que croître dans d’autres pays de l’Amérique du Sud comme la Bolivie, le Chili et l’Équateur. À l’évidence, les Espagnols n’avaient ni l’intention, ni la force, ni les ressources pour conquérir leurs anciennes colonies. Mais le Pérou et ses voisins nourrissaient quelques doutes sur la possibilité du rétablissement de l’empire espagnol sous une autre forme. Il n’est donc pas surprenant que, lorsque le Vencedora fit relâche dans un port chilien pour s’approvisionner, le président chilien José Joaquín Pérez Mascayano déclara que le charbon était une fourniture de guerre et ne pouvait être vendu à une nation belligérante. Pour les Espagnols, cet embargo ne pouvait pas être considéré comme la preuve de la neutralité chilienne. Deux vapeurs péruviens avaient en effet quitté le port de Valparaíso avec des armes et des volontaires chiliens partis combattre au Pérou. En conséquence, l’amiral Pareja adopta une ligne dure et exigea des sanctions à l’encontre du Chili, plus sévères encore que celles qui avaient été imposées au Pérou. Il fit route ensuite vers le Chili avec une partie de son escadre limitée à 4 navires, pendant que le Numancia et le Covadonga restaient devant Callao.

Le 17 septembre 1865, Pareja arriva à Valparaíso sur son vaisseau-amiral, le Villa de Madrid, et exigea que le drapeau espagnol soit salué par 21 coups de canon. Il avait choisi à dessein le jour précédant l’anniversaire de l’indépendance du Chili (18 septembre) pour présenter cette exigence. Les Chiliens refusèrent et la réponse définitive du président chilien fut la déclaration de guerre à l’Espagne, approuvée par le Congrès chilien le 24 septembre 1865.

Leopoldo O'Donnell, récemment nommé premier ministre en remplacement de Narváez, ordonna à l’amiral Pareja de battre en retraite. Celui-ci ignora ces ordres venus d’Espagne. N’ayant pas de troupes pour tenter un débarquement, il décida d’imposer un blocus aux principaux ports chiliens. Mais pour maintenir un blocus total des côtes chiliennes, Pareja aurait eu besoin d’une flotte bien plus importante que celle dont il disposait. Le blocus du port de Valparaiso fit tout de même subir des pertes économiques au Chili et aux intérêts étrangers, à tel point que les navires de guerre neutres des États-Unis et du Royaume-Uni émirent officiellement une protestation.

Pendant ce temps, les deux seuls navires de guerre du Chili furent envoyés à Chiloé. Il s’agissait de la corvette Esmeralda et du vapeur Maipú, sous le commandement du capitaine de frégate Juan Williams Rebolledo.

Sur le plan diplomatique, le Chili cherchait à former une alliance avec le Pérou, afin de former une escadre combinée pouvant tenir tête aux Espagnols sur la mer. Mais le Pérou était toujours en pleine révolution, et même sa marine de guerre était divisée entre partisans et opposants au gouvernement en place. Par la suite, le ministre plénipotentiaire Domingo Santa María parvint à persuader le colonel Mariano Prado, le chef des révolutionnaires, d’envoyer à Chiloé les navires qui lui étaient fidèles sous la condition que les navires chiliens viennent à la rencontre de leurs alliés péruviens.

Le capitaine Williams reçut l’ordre de quitter Chiloé en direction des îles Chinchas, pour faire jonction avec l’escadre péruvienne puis de revenir au sud avec cette dernière à partir du 21 octobre 1865. Mais il ne rencontra personne au point de rendez-vous. Il décida de partir pour Chilca, au sud de Lima, avec l’Esmeralda et envoya le Maipú à Pisco à la rencontre de la flotte péruvienne. À Chilca, les chiliens trouvèrent la frégate Amazonas et les corvettes Unión et América. Mais les commandants péruviens avaient maintenant décidé d’attendre l’issue de la révolution en cours dans leur pays avant d’envisager toute collaboration contre l’Espagne. Williams dut se résoudre au retour après cette expédition inutile.

L’éventualité d’un regroupement entre les forces navales péruviennes et chiliennes n’échappa pas aux Espagnols. La goélette Virgen de Covadonga quitta donc Callao le 10 octobre et fut affectée au blocus de Coquimbo.

Le combat naval de Papudo[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Combat de Papudo.
La corvette chilienne Esmeralda

Le capitaine Williams fit escale à Lota pour s’approvisionner en charbon et fut informé de ces derniers événements. Il décida d’attaquer le Virgen de Covadonga avec l’Esmeralda et appareilla en direction du nord le 21 novembre. Le 24 novembre, la corvette Esmeralda mouillait à Tongoy, toujours à la recherche d’informations. Williams apprit alors que la frégate Reina Blanca relevait la goélette Virgen de Covadonga sur le blocus de Coquimbo et que cette dernière levait l’ancre pour aller bloquer San Antonio. L’Esmeralda partit donc se poster à un passage entre Coquimbo et Valparaíso, dans le but d’intercepter la Covadonga.

Le 27 novembre au matin, les chiliens aperçurent ce navire et décidèrent de l’attaquer. Bénéficiant de l’effet de surprise, ils l’endommagèrent suffisamment pour le tenir à leur merci.

À l’issue de ce combat, la corvette chilienne captura la goélette Covadonga avec son équipage et la correspondance de guerre de l’amiral Pareja. Ce dernier, se jugeant atteint dans son honneur, mit fin à ses jours à bord de son navire. Le commandement de la flotte espagnole du Pacifique fut alors confié au commandant Casto Méndez Núñez qui fut promu contre-amiral.

L’élargissement du conflit[modifier | modifier le code]

Déclaration de guerre du Pérou et de l’Équateur à l’Espagne[modifier | modifier le code]

Le général Diez Canseco qui dirigeait le Pérou depuis le début du mois de novembre 1865 avait tenté, tout comme son prédécesseur Pezet, d’éviter la guerre avec l’Espagne. Mais cette position allait causer sa chute : à la fin du mois, le général Mariano Ignacio Prado, chef du mouvement nationaliste et belliciste, l’avait renversé. Le nouveau pouvoir afficha immédiatement sa solidarité avec le Chili et son intention de déclarer la guerre contre l’Espagne pour laver l’honneur national.

Le 5 décembre 1865, le Chili et le Pérou signèrent une alliance contre l’Espagne. Le congrès péruvien ratifia cette alliance le 12 janvier et le Pérou déclara la guerre à l’Espagne le 14 janvier 1866. Une escadre péruvienne commandée par le capitaine Lizardo Montero et composée des vapeurs Amazonas et Apurímac fut formée pour rejoindre la flotte chilienne.

L’Équateur rejoignit l’alliance le 30 janvier 1866 et déclara la guerre à l’Espagne le même jour. La Bolivie, dirigée par le général Mariano Melgarejo, allait suivre le mouvement le 22 mars 1866. Ainsi, tous les ports de la côte pacifique de l’Amérique du Sud furent interdits à la flotte espagnole. L’Argentine et le Brésil refusèrent de rejoindre l’alliance car ils étaient déjà engagés dans la Guerre de la Triple Alliance. Les Péruviens fortifièrent Callao avec l’artillerie expédiée d’Europe par Bolognesi. Les navires Unión et América qui avaient été achetés en Europe étaient arrivés par le détroit de Magellan. Le capitaine de vaisseau Manuel Villar fut nommé chef de l’escadre péruvienne renforcée, composée des navires Amazonas, Apurímac, América et Unión. Ces navires devaient rejoindre les vaisseaux chiliens Esmeralda et Covadonga à Chiloé et y attendre les navires cuirassés Huáscar et Independencia avant d’entreprendre des actions contre la flotte espagnole. Le 3 décembre 1865, les frégates Apurímac et Amazonas étaient déjà parties pour le sud. Les corvettes Unión et América appareillèrent à leur tour 44 jours plus tard. Le capitaine de vaisseau chilien Juan Williams Rebolledo restait au commandement de la flotte alliée. L’Amazonas, le meilleur des navires péruviens, s’échoua en cours de route le 15 janvier à la pointe Quilque et fut perdu.

Combat naval d’Abtao[modifier | modifier le code]

La goélette Covadonga, prise aux Espagnols par les Chiliens

Les navires de la flotte alliée mouillèrent dans le golfe d’Ancud, précisément dans la baie d'Abtao, une île de l'archipel de Calbuco sur la rive nord du canal Chacao. Juan Williams Rebolledo avait aménagé entretemps une base navale à Abtao, dans deux criques de l’île. Cette base était défendue par de l’artillerie et il avait prévu d’y installer un chantier de réparation pour les navires des alliés.

L’amiral espagnol Núñez voulait récupérer la goélette Covadonga. Le 10 et le 14 janvier, les frégates Villa de Madrid et Blanca partirent de Valparaíso à sa recherche.

Le 7 février, les frégates espagnoles furent repérées au large d’Abtao. Elles affrontèrent les quatre navires alliés. Le combat consista en un duel d’artillerie à distance, sans résultats décisifs. Les Espagnols se retirèrent vers Valparaíso sans avoir pu récupérer la Covadonga.

Article détaillé : Combat d'Abtao.

Après cet affrontement, l’escadre espagnole fit une deuxième tentative pour détruire l’escadre alliée, cette fois avec la participation des frégates blindées Numancia et Blanca. Mais le capitaine de vaisseau Juan Williams Rebolledo avait envisagé cette hypothèse et jugé préférable d’évacuer la base d’Abtao vers le canal de Huito, en face de Calbuco, qui offrait un refuge plus sûr car plus difficile d’accès.

Núñez trouva Abtao vide et poursuit sa route au sud. Il repéra la fumée des navires alliés à Huito mais refusa de s’y aventurer devant les difficultés à manœuvrer en cas de combat dans cet espace restreint.

Le bombardement de Valparaíso[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bombardement de Valparaíso.

La situation de la flotte espagnole devenait difficile. Quatre pays étaient officiellement en guerre, la flotte alliée allait recevoir le renfort de deux unités importantes (le Monitor Huascar et l’Independencia), et la logistique (charbon, vivres…) ne suivait pas. Enfin, le blocus maritime avec un nombre trop faible de vaisseaux ne donnait pas les résultats escomptés. Le commandant de la flotte espagnole avait reçu l’ordre du gouvernement en Espagne de bombarder Valparaíso et Callao jusqu’à ce que la goélette Covadonga soit récupérée, puis de retourner en Espagne. Le 27 mars, Núñez fit savoir au gouverneur de Valparaíso qu’il bombarderait la ville dans quatre jours. Après d’ultimes et vaines tractations par l’intermédiaire des britanniques et des américains, il ordonna le bombardement de Valparaíso au matin du 31 mars 1866, causant de grands dommages au port. Il n’y eut pas de victimes car la population s’était mise à l’abri, et les bombardements visaient principalement les bâtiments publics.

Combat naval du 2 mai 1866[modifier | modifier le code]

Batterie péruvienne dans le port de Callao, le 2 mai 1866.
Article détaillé : Bataille de Callao.

Méndez Núñez fit ensuite route vers Callao, le port le mieux défendu de l’Amérique du Sud. Le gouvernement péruvien attendait toujours le renfort des navires commandés en Europe. En attendant, la marine et l’armée furent chargées de l’organisation des défenses du port. Une cinquantaine de canons furent regroupés dans diverses batteries et tous les hommes furent mobilisés. Les étrangers se portèrent volontaires dans les brigades de pompiers et les postes de secours. Núñez rejoignit l’île San Lorenzo à bord du Numancia le 26 avril 1866 ; il annonça le jour suivant au corps diplomatique à Lima qu’il bombarderait Callao sous un délai de quatre jours. En réalité, l’affrontement n’eut lieu que le 2 mai 1866. Pendant plusieurs heures, les Espagnols bombardèrent les positions péruviennes qui répliquèrent non sans quelques succès.

Retraite de l’escadre espagnole[modifier | modifier le code]

En fin de journée, les Espagnols se retirèrent sur l’île San Lorenzo qu’ils quittèrent le 10 mai 1866, les uns en direction du cap Horn, les autres vers la Polynésie et l’océan Indien. L’Espagne estimait avoir atteint son objectif qui était de punir le Pérou et non de l’envahir. Le Pérou revendiquait cette victoire puisque les Espagnols avaient battu en retraite.

Fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Un accord d’armistice fut signé le , a Washington, pour une durée indéfinie entre l’Espagne, la Bolivie, le Chili, l’Équateur et le Pérou.

L’Espagne reconnut l’indépendance du Pérou en 1880, établit des relations diplomatiques et signa un traité de paix et d’amitié définitif la même année. La paix définitive entre l’Espagne et le Chili fut signée en 1883, à Lima, après la fin de l’occupation chilienne.

Conséquences de la guerre[modifier | modifier le code]

La guerre contre l’Espagne marquait pour ses anciennes colonies d’Amérique du Sud la consolidation leur indépendance, pour le Pérou la récupération des îles Chincha, pour le Chili des pertes économiques importantes. Quelques années après l'accord d'armistice, les marines chiliennes et péruviennes, qui avaient combattu ensemble et avaient renforcé leurs flottes dans le face-à-face avec les Espagnols, s’affrontèrent au cours d’une autre guerre du Pacifique.

Forces navales comparées[modifier | modifier le code]

Espagne[modifier | modifier le code]

  • Frégates blindées
    • Numancia - construction en 1863, tonnage 7 500 tonnes, vitesse 12 nœuds, armement 34 canons de 200 mm, équipage 620 hommes. À l’époque un des plus puissants navires de guerre du monde. Premier navire cuirassé à effectuer un tour du monde
  • Frégates à vapeur
    • Villa de Madrid - construction en 1862, tonnage 4 478 tonnes, vitesse 15 nœuds, armement 30 canons de 200-mm, 14 canons de 160 mm, 2 canons de 120 mm plus 2 obusiers de 150 mm et 2 canons de 80 mm pour les opérations de débarquement.
    • Resolución - construction en 1861; tonnage 3 100 tonnes; vitesse 11 nœuds, armement 20 canons de 200 mm, 14 canons de 160 mm, un canon de 220 mm sur tourelle, 2 obusiers de 150 mm, 2 canons de 120 mm et 2 canons de 80 mm pour les opérations de débarquement.
    • Triunfo - construction en 1861, tonnage 3 100 tonnes, vitesse 11 nœuds, armement 20 canons de 200 mm, 14 canons de 160 mm, un canon sur tourelle de 220-mm et 2 obusiers de 150 mm, 2 canons de 120-mm et deux canons de 80 mm pour les opérations de débarquement. Ce navire fut perdu dans un incendie accidentel au tout début de la guerre.
    • Almansa - construction en 1864, tonnage 3 980 tonnes, vitesse 12 nœuds, armement 30 canons de 200 mm, 14 canons de 160 mm et 2 canons de 120 mm plus 2 obusiers de 150 mm et 2 canons de 80 mm guns pour les opérations de débarquement. Ce navire arriva dans le Pacifique en avril 1866, peu de temps avant la bataille de Callao.
    • Reina Blanca - Tonnage 3 800 tonnes, armement 68 canons.
    • Berenguela - Tonnage 3 800 tonnes, armement 36 canons.
  • Goélettes
    • Virgen de Covadonga - construction en 1864, tonnage 445 tonnes, vitesse 8 nœuds, Armement 2 canons sur tourelle de 200 mm guns sur les côtés et 1 canon sur tourelle de 160 mm en proue. Navire capturé par les Chiliens en 1865.
  • Corvettes
    • Vencedora - construction en 1861, tonnage 778 tonnes, vitesse 8 nœuds, armement 2 canons sur tourelle de 200 mm et 2 canons de 160 mm.
  • Transports
    • Marques de la Victoria - 3 canons
    • Paquete del Maule – pris aux Chiliens
    • Consuelo
    • Mataure

Pérou[modifier | modifier le code]

  • Frégates
    • Amazonas – construction en 1852, tonnage 1 743 tonnes, vitesse 9,43 nœuds, armement 6 canons de 68 livres, 10 canons de 32 livres, 1 canon de 84 livres, 1 canon de 12 livres, 16 canons de 32 livres
    • Apurímac – construction en 1854, tonnage 1 666 tonnes, vitesse 7 nœuds, armement 12 canons de 32 livres, 8 canons de 68 livres
    • América - construction en 1863 aux chantiers Dubigeon de Nantes (France) en 18, tonnage 2 016, 66 tonnes, vitesse 13,7 nœuds, armement 12 canons rayés de 68 livres (162 mm), 1 canon de 9 livres. Initialement construit pour la flotte confédérée.
    • Unión – construction en 1863 aux chantiers Dubigeon de Nantes (France) en 18, tonnage 2 016, 66 tonnes, vitesse 13,7 nœuds, armement 12 canons rayés de 68 livres (162 mm), 1 canon de 9 livres.
  • Goélettes
    • Loa
    • Tumbes

Chili[modifier | modifier le code]

  • Corvettes
    • Esmeralda – Construction en 1854 en Angleterre, tonnage 854 tonnes, vitesse 8 nœuds, armement 20 canons de 32 livres
  • Goélettes
    • Covadonga - navire pris aux Espagnols (voir plus haut)
    • Maipú – Construction en 1855, tonnage 450 tonnes, vitesse 8 nœuds, armement 1 canon de 68 livres et 4 canons de 32 livres

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]