Guerre des monnaies

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Une guerre des monnaies implique des pays qui se font compétition sur les marchés monétaires dans le but de parvenir à un taux de change relativement plus bas que les autres pays, cela pour favoriser leurs exportations.

En affaires internationales, la guerre des monnaies, la guerre des devises, la guerre des changes ou la dévaluation compétitive[1] est une situation où des pays appliquent différentes mesures pour abaisser le taux de change de leur monnaie nationale dans le but de favoriser leurs industries domestiques, et par la même occasion, leurs exportations.

Dans l'histoire occidentale, la dévaluation compétitive est plutôt rare. En effet, il n'existait pas jusqu'au XXe siècle de marchés monétaires où échanger les monnaies. Une telle dévaluation est survenue dans les années 1930 suite au krach de 1929. En 2010, une telle dévaluation aurait cours[2].

La guerre des monnaies des années 1930 est vue, au début du XXIe siècle, comme une situation qui a amené son lot de problèmes économiques, tous les pays concernés ayant subi une diminution importante du commerce international. La guerre des monnaies de 2010 est engagée pour des raisons différentes et les mécanismes en jeu sont aussi différents. Les économistes ont des opinions divergentes à propos de son impact sur l'économie mondiale.

Motivations[modifier | modifier le code]

Historiquement, il est rare qu'un gouvernement abaisse le taux de change de sa monnaie. Dans un pays ayant un faible taux de chômage, il est plus habituel d'avoir une « devise forte ». En effet, un taux de change élevé donne aux citoyens un plus grand pouvoir d'achat, tant lorsqu'ils voyagent que lorsqu'ils acquièrent des biens d'origine étrangère. De plus, cela favorise un taux d'inflation bas. Finalement, un taux de change élevé est souvent vu comme prestigieux parmi les nations.

Cependant, lorsque le taux de chômage est élevé dans un pays, les autorités politiques sont souvent tentées d'influer sur la production domestique : un taux de change bas favorise cette croissance. En effet, il fait augmenter le prix des biens importés et diminuer celui des exportations. La dévaluation est souvent vue comme justifiée lorsque d'autres moyens de stimuler l'économie ont été « épuisés », tels augmenter les dépenses publiques ou maintenir une balance commerciale « déficitaire ». Dans les pays dont l'économie est émergente, le maintien d'une monnaie dévaluée permet de créer une réserve en monnaies étrangères, ce qui peut les protéger lors des crises financières.

Mécanismes de dévaluation[modifier | modifier le code]

Les outils qu'un pays possède pour influer sur le taux de change de sa monnaie sont variables et sont souvent liés aux ententes avec le système monétaire international du moment. Pendant les années 1930, les pays avaient un important contrôle de leur monnaie grâce aux banques centrales. Dans les années 1970, plusieurs pays ont cessé d'agir selon les accords de Bretton Woods : le marché monétaire a vu son influence grandir et peu de pays peuvent se targuer au XXIe siècle de contrôler la valeur relative de leur monnaie nationale. Cependant, les banques centrales peuvent échanger la monnaie nationale contre des devises étrangères. Si ces échanges sont intensifs, cela provoque une dévaluation (dans la pratique, cela est possible en achetant par exemple des obligations en devises étrangères). De façon plus discrète, si une banque émet de la monnaie sans une contrepartie économique (par exemple, augmentation de la valeur des biens produits), cela provoque une diminution du taux de change. Une troisième méthode est de faire circuler des rumeurs « négatives », ce qui peut inciter les acheteurs de devises à délaisser la monnaie. Une quatrième méthode est de diminuer le taux directeur. Cependant, cela a un effet limité et depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des banques centrales modifient le taux directeur selon les besoins de leur économie nationale[3].

Quantitative easing[modifier | modifier le code]

Le Quantitative easing (QE) est une pratique réalisée par une banque centrale lorsqu'elle tente de réduire l'incidence d'une récession, réelle ou perçue, en émettant un excédent de monnaie. Habituellement, elle promet de réduire cette masse monétaire lorsque l'économie sera améliorée, dans le but de réduire l'inflation. Au début du XXIe siècle, le QE a surtout été utilisé pour amortir les impacts de la crise financière de 2008-2009 par les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni[note 1]. Théoriquement, la monnaie peut être distribuée parmi la population, mais dans la pratique elle sert surtout à acheter des actifs d'institutions financières, l'idée étant que cet argent va circuler vers d'autres secteurs de l'économie, augmentant les achats et les investissements.

Le QE agit de deux façons sur la valeur de la monnaie nationale. Premièrement, il encourage les spéculateurs à parier sur une dévaluation. Deuxièmement, la plus grande quantité de monnaie en circulation va faire diminuer les taux d'intérêt. Les conditions pour réaliser un carry trade seront alors présentes : des sociétés pourront emprunter l'argent dans le pays et le prêter dans un autre pays où le taux d'intérêt est plus élevé, faisant un bénéfice grâce à la différence des taux. Techniquement, elles vendent la monnaie nationale sur le marché international, ce qui diminue la valeur de celle-ci.

En octobre 2010, plusieurs observateurs de la scène économique s'attendent à ce que les É.-U., le Japon, le Royaume-Uni et peut-être la zone euro tentent d'appliquer un QE[4].

Au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Le 16 octobre 2010, le Fonds monétaire international demande une « réunion de représentants des banques centrales lundi à Shanghaï » pour tenter d'« assurer la stabilité du système financier mondial » suite aux propos du président de la Federal Reserve Bank, Ben Bernanke, sur la possibilité d'une déflation aux États-Unis et de la mise en place d'un assouplissement de la politique monétaire américaine (notamment par le biais de frappe de monnaie)[5]. Les pays du G20 « ont pris des mesures jugées importantes pour éviter une guerre des monnaies », mais la situation est précaire[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour effectuer une QE, la banque centrale doit posséder une quantité notable de devises étrangères, comme les É.-U., le Japon et le Royaume-Uni, sinon il y a un risque que des spéculateurs provoquent une dévaluation de la monnaie au-delà de ce qui est attendu.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Un article contient trois de ces termes : Personnel de rédaction, « Une guerre des devises plane », Radio-Canada,‎ 8 octobre 2010 (lire en ligne)
  2. Voir par exemple :
  3. Paul Wilmott, Paul Wilmott Introduces Quantitative Finance, Wiley,‎ 2007 (ISBN 0470319585), « chp 1 »
  4. Gavyn Davies, « The global implications of QE2 », The Financial Times,‎ 2010-10-04 (consulté le 2010-10-04)
  5. Agence France-Presse, « Guerre des monnaies: réunion d'urgence pour tenter de mettre un terme aux hostilités », Le Devoir,‎ 16 octobre 2010 (lire en ligne)
  6. Reuters, « Paix précaire dans la guerre des monnaies », Le Devoir,‎ 25 octobre 2010 (lire en ligne)