Guerre de brousse en Ouganda

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Guerre de brousse en Ouganda, guerre civile ougandaise
Informations générales
Date 1981 - 1986
Lieu Ouganda
Issue Victoire de la rébellion
Belligérants
Drapeau de l'Ouganda Ouganda UNLA - Armée nationale d'Ouganda National Resistance Army (rébellion / guérilla)
Commandants
Drapeau de l'Ouganda Ouganda Milton Obote

Drapeau de l'Ouganda Ouganda General Oyite-Ojok
Drapeau de l'Ouganda Ouganda Brigadier Opon Acak
Drapeau de l'Ouganda Ouganda Brigadier Olara-Okello

Yoweri Museveni

Salim Saleh
Steven Kashaka
Joram Mugume
Pecos Kuteesa
Fred Rwigema

La guerre de brousse ougandaise (Ugandan Bush War, aussi connue sous le nom de Guerre de Luwero, Guerre civile ougandaise ou Guerre de résistance) est la guerre de guérilla menée entre 1981 et 1986 en Ouganda par l'Armée de Résistance Nationale (National Resistance Army - NRA) contre le gouvernement de Milton Obote et ensuite de Tito Okello.

de 1979 à 1981 : contexte[modifier | modifier le code]

Après la fuite d'Idi Amin Dada en 1979, suite à sa défaite dans la Guerre ougando-tanzanienne, s'ouvrit une période de compétition intense et de lutte pour le pouvoir entre les différents groupes d'opposition ougandais qui avaient aidé l'armée tanzanienne contre les troupes d'Idi Amin. Ces groupes, qui s'étaient unis sous le nom d'Armée Nationale de Libération d'Ouganda (Uganda National Liberation Army - UNLA) et de sa branche politique le Front National de Libération d'Ouganda (Uganda National Liberation Front - UNLF), formèrent un organe quasi-parlementaire nommé Commission Consultative Nationale (National Consultative Commission - NCC).

La NCC remplaça le gouvernement intérimaire de Yusuf Lule (après seulement 2 mois) par un gouvernement dirigé par Godfrey Binaisa. Binaisa fut lui-même démis de ses fonctions (après 8 mois) par la Commission Militaire, un puissant organe au sein de l'UNLF dirigé par Paulo Muwanga, dont l'adjoint était Yoweri Museveni (alors leader du Mouvement Patriotique Ougandais (Uganda Patriotic Movement - UPM)). Le pays fut alors dirigé par la Commission Présidentielle comprenant, entre autres, Paulo Muwanga, Oyite Ojok, Yoweri Museveni et Tito Okello, jusqu'aux élections générales de décembre 1980, qui furent remportées par le Congrès du Peuple Ougandais (Uganda People's Congres - UPC) de Milton Obote.

Ces élections, âprement disputées et entachées d'intimidations et de nombreuses irrégularités, dans lesquelles l'UPM de Museveni eut de faibles résultats, furent contestées par Museveni qui déclara une rébellion armée contre l'UNLA (alors armée nationale d'Ouganda) et le gouvernement de Milton Obote.

1981 : début des hostilités[modifier | modifier le code]

Museveni et ses soutiens se retirèrent au sud-ouest du pays et formèrent l'Armée Populaire de Résistance (Popular Resistance Army - PRA), qui fusionna ultérieurement avec les supporters de l'ex-président Lule, les Combattants de la Liberté d'Ouganda (Uganda Freedom Fighters - UFF), devenant l'Armée de Résistance Nationale (National Resistance Army - NRA) et sa branche politique : le Mouvement de Résistance National (National Resistance Movement - NRM)[1].

En parallèle, deux groupes de rebelles, formés à partir des restes de l'armée d'Idi Amin, commencèrent une lutte contre l'UNLA dans la province du West Nile[2].

La guerre débuta le 6 février 1981 par une attaque sur un camp militaire dans le district central de Mubende. Museveni, qui avait acquis une expérience de la guérilla avec le FRELIMO au Mozambique et avec son propre groupe (FRONASA) crée en Tanzanie pour combattre Idi Amin, centra ses activités dans les zones rurales hostiles au gouvernement d'Obote, en particulier dans les régions centre et ouest du Buganda et jusqu'en 1985, la guerre se concentra dans ce qui fut appelé le triangle de Luwero[3] .

La plupart des batailles furent menées par de petites unités mobiles, commandées par Fred Rwigema assisté de Salim Saleh, le frère de Museveni, soutenues par des petites forces locales.

1981 - 1983 : rétorsion, abus et crimes de guerre[modifier | modifier le code]

Afin de réagir contre la NRA, l'armée gouvernementale UNLA riposta dans les zones concernées, au prix de nombreuses pertes civiles. L'UNLA était composée de nombreux soldats issus des ethnies Acholi et Langi et, bien que ces ethnies aient elles-mêmes souffert des purges génocidaires d'Idi Amin dans le nord de l'Ougande, ceux-ci commirent des crimes de guerres semblables à ceux d'Amin.

Début 1983, afin d'éliminer le soutien des populations rurales à la guérilla de la NRA, la zone du district de Luwero fut ciblée pour une campagne massive de déplacement de populations affectant près de 750'000 personnes. Les camps de réfugiés résultants furent soumis à un contrôle militaire et furent le théâtre de nombreuses atteintes aux droits de l'homme. Les civils restés hors des camps furent considérés comme sympathisants de la guérilla et traités en conséquence.

La NRA commit également des crimes, notamment en employant des mines terrestres ayant occasionné des pertes civiles[4]. L'utilisation d'enfants soldats fut commune dans les rangs de la NRA, et continua même lorsqu'elle devint l'armée nationale. Néanmoins la politique de la NRA était de s'attirer les bonnes grâces de la population civile et les troupes de la NRA étaient instruites des motivations de leur guérilla et étaient encouragées à respecter les populations civiles parmi lesquelles ils vivaient sans s'adonner au pillage[1].

1983 - 1985 : déliquescence de l'UNLA[modifier | modifier le code]

Devant la dégradation de la situation économique et militaire, Obote subordonna la conduite du pays à une victoire militaire contre la NRA. Des conseillers militaires nord-coréens furent invités pour soutenir la guerre contre la NRA. Mais l'armée était fatiguée et, après la mort du chef d'état-major, le général Oyite Ojok, dans un accident d'hélicoptère, des fractures ethniques apparurent :

  • les soldats Acholi se plaignaient d'être plus fréquemment envoyés au front avec peu de récompenses,
  • de plus, Obote s'attira l'opposition du corps des officiers (dominé par les Acholi, notamment le général Tito Okello et le lieutenant-général Bazilio Olara-Okello, en nommant le brigadier Smith Opon Acak, un Lango, chef d'état-major et en augmentant l'importance des forces spéciales, dominées par les Langi.

Le 27 juillet 1985, une brigade de l'UNLA, composée majoritairement d'Acholis, dirigée par Olara-Okello déclencha un coup d'état contre le gouvernement d'Obote et s'empara du pouvoir. Milton Obote s'enfuit en exil en Zambie[3].

En parallèle, les efforts de la NRA de propagande et de mise en place des structures politiques de soutien à la guérilla s'intensifièrent, permettant de gagner le soutien des populations civiles[1]. La guérilla ouvrit un second front dans le sud-ouest du pays, dans les régions occidentales d'Ankole et du Bunyoro.

1985-1986 : prise de pouvoir de la NRA[modifier | modifier le code]

Avant la mort d'Oyite Ojok, la NRA était presque battue et Museveni s'était exilé en Suède. Néanmoins, en raison des luttes intestines de l'UNLA et après le coup d'état contre Obote, la guérilla de la NRA reprit en force.

En décembre 1985, le gouvernement de Tito Okello signa un accord de paix à Nairobi avec la NRA. Le cessez-le-feu fut cependant quasi-immédiatement rompu et, en janvier 1986, Salim Saleh commanda l'assaut de la NRA sur Kampala, qui entraina la chute du régime de Tito Okello et l'accession de Museveni à la présidence, le 29 janvier 1986.

La NRA devint l'armée nationale et fut ultérieurement renommée Forces de Défense du Peuple Ougandais (Uganda People's Defence Force - UPDF).

Bilan de la guerre[modifier | modifier le code]

  • Pertes humaines

Le bilan des pertes humaines pourrait atteindre le 500'000 victimes[3].

  • Situation économique

Le pays sortait exsangue du conflit : la situation économique du pays, déjà ruinée par les politiques fantasques d'Idi Amin, ne put se remettre lors de la période d'instabilité et, malgré les tentatives d'Obote pour corriger l'économie, la prolongation de la guerre civile et la détérioration de son image auprès des bailleurs de fonds empêcha tout redressement[3].

Les infrastructures étaient en piteux état, après près de 15 années d'incurie, de négligences et de combats et une partie du pays (centre et ouest) avait été durement touchée par les pillages, dégradations et déplacements de populations.

  • Insurrection de la LRA

Suivant la prise de pouvoir de la NRA, les Acholi furent considérés comme les responsables des atrocités ayant eu lieu dans le triangle de Luwero. Les crimes commis par la NRA dans le Nord du pays, la défiance des populations envers le nouveau gouvernement tenus par des "hommes du Sud" et la présence des soldats démobilisés de l'UNLA contribua a créer des petits groupes de rébellion dans le nord du pays, dont la LRA qui continuera une rébellion particulièrement sauvage jusque dans les années 2000[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c "Library of Congress Study / Uganda : The Ten-Point Program"
  2. a et b "Causes and consequences of the war in Acholiland", Ogenga Otunnu, de Lucima et al., 2002
  3. a, b, c et d "Library of Congress Study / Uganda : The Second Obote Regime: 1981-85"
  4. "Landmine & Cluster Munition Report : Uganda"