Guerre d'indépendance turque

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Guerre d'indépendance turque
L'Armée turque entrant dans Izmir.
L'Armée turque entrant dans Izmir.
Informations générales
Date 1919 à 1922
Lieu L'Asie mineure
Casus belli Non reconnaissance par les indépendantistes turcs du Traité de Sèvres issu de la défaite de l'Empire lors de la Première Guerre mondiale
Issue Victoire turque
Reconnaissance par le Traité de Lausanne de la République de Turquie dans ses limites actuelles (excepté le Sandjak d'Alexandrette)
Belligérants
Flag of Turkey.svg (Gouvernement républicain de la Grande assemblée nationale) Flag of the Democratic Republic of Armenia.svg République démocratique d'Arménie
Drapeau français France
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
State Flag of Greece (1863-1924 and 1935-1970).svg Royaume de Grèce
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Commandants
Mustafa Kemal Atatürk

La guerre d’indépendance turque (en turc : Kurtuluş Savaşı) est le nom donné aux conflits qui se déroulèrent en Turquie du 19 mai 1919 au 11 octobre 1922, date de la signature de l'armistice : guerre civile turque puis conflits franco-turc, arméno-turc et gréco-turc, qui opposèrent la résistance nationaliste turque menée par Mustafa Kemal aux puissances alliées victorieuses de l'empire ottoman à la suite de la Première Guerre mondiale, et à l'armée du sultan ottoman.

Par leur victoire, les armées kémalistes forcèrent les Alliés à renoncer aux clauses du traité de Sèvres et à négocier le traité de Lausanne en juillet 1923. La guerre d'Indépendance aura pour conséquence de provoquer la chute du sultanat turc et du système monarchique ancestral, lequel sera remplacé aussitôt par la République turque actuelle. Ce changement radical de régime sera l'amorce d'un processus révolutionnaire qui se poursuivra dans les années qui suivent sous la houlette du kémalisme.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les frontières de la Turquie redessinées par le traité de Sèvres.
Milices nationalistes Kuvva-i Milliye.

À l'issue de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman étant l'un des empires centraux, se retrouve dans le camp des pays vaincus, comme ses alliés l'Empire allemand, l'empire d'Autriche-Hongrie et le Royaume de Bulgarie. Le 10 août 1920, le traité de Sèvres, signé entre les alliés et les mandataires du sultan Mehmed VI, ampute l'empire turc d'une grande partie des ses territoires qui deviennent soit indépendants (Arménie), soit autonomes (Kurdistan turc), soit sont placés sous l'influence et l'occupation des puissances victorieuses (accords Sykes-Picot).

Ainsi, les régions arabophones du Proche-Orient s'émancipent et sont placées pour certains d'entre elles, sous mandat de la Société des Nations qui les confie à la France (Liban et Syrie) et au Royaume-Uni (Irak et Palestine). Les vilayets de Van, Bitlis, Trébizonde et Erzurum doivent être intégrés à la République indépendante d'Arménie, la détermination de la frontière étant soumise à l'arbitrage du président américain (articles 88 à 94 du traité). Un « territoire autonome des Kurdes » englobant le sud-est de l'Anatolie est également constitué (articles 62 à 64 du traité), placé sous zone d'influence française pour la partie occidentale et britannique pour la partie orientale.

De plus, d'autres zones d'influence sont également octroyées :

Enfin, Istanbul, les côtes de la mer de Marmara et les Dardanelles sont démilitarisées. Les détroits sont placés sous le contrôle d'une commission internationale.

Il ne reste à l'Empire ottoman que 783 562 km² kilomètres carrés (soit environ 23% des 3 400 000 km² d'avant la guerre)[1], et un système de « garanties » vient limiter sa souveraineté sur ce territoire restant et notamment sur les détroits stratégiques du Bosphore et des Dardanelles. Entre autres, les finances du pays doivent être administrées par des commissions étrangères, et une grande part des ressources doit être affecté en priorité aux frais d'occupation et au remboursement des indemnités dues aux Alliés. Des commissions sont aussi créées afin de dissoudre intégralement l'armée pour la remplacer par une force de gendarmerie. Par ailleurs, la police, le système fiscal, les douanes, la poste, les eaux et forêts, la flotte marchande, les écoles privées et publiques doivent être soumis au contrôle permanent des Alliés.

Le sultan Mehmed VI voyant son autorité s'effriter, met à prix la tête Mustafa Kemal, dont la popularité ne cesse de grandir en raison de son refus intransigeant de ce traité. Dès lors, Kémal considère le sultan comme une marionnette des Alliés et propose l'abolition du régime monarchique. Les nouveaux députés élus lors d'un scrutin organisé par Kémal se réunissent à Ankara et le 23 avril 1920, un nouveau pas vers la création de la république turque est accompli avec la fondation de la Grande assemblée nationale de Turquie (Türkiye Büyük Millet Meclisi). Le 29 avril 1920, un Comité exécutif est élu. Ce comité déclare que le nouveau parlement est le gouvernement légal et provisoire du pays. Celui-ci refuse catégoriquement alors les clauses du traité de Sèvres. Menacé, le sultan signe avec les Alliés un accord secret plaçant l'Empire ottoman tout entier sous mandat britannique et stipulant que le sultanat « met la puissance morale et spirituelle du Califat au service du Royaume-Uni dans tous les pays musulmans où s'exerce son influence. »[2].

Article détaillé : Armée du Calife.

Le sultan, relayé par les Hodja et les religieux, exhorte alors les Turcs à prendre les armes contre les nationalistes de Kémal, présentés comme les « ennemis de Dieu ». L'inévitable guerre civile éclate dans toute sa brutalité. À Konya, les loyalistes arrachent les ongles et écartèlent les partisans de Kémal. En représailles, les notables de la ville sont pendus publiquement par les forces kémalistes.

Au début, les nationalistes essuient plusieurs défaites, et l'armée du Sultan se rapproche d'Ankara, siège du nouveau parlement. Des désertions ont lieu dans les troupes de Mustafa Kemal. Ce dernier se voit contraint de se replier. Des militaires nationalistes qui devaient reprendre la ville d'Hendek aux loyalistes, fraternisent avec ceux-ci. Quelques jours plus tard, une division kémaliste entière est exterminée par l'Armée du Calife qui vient de conquérir une douzaine de grandes villes turques. Une mutinerie éclate au sein d'une milice kémaliste qui passe sous le contrôle du sultan. De son côté le général kémaliste Kazım Karabekir a du mal à tenir son armée.

Miliciens nationalistes (kémalistes) turcs

Face à l'avancée des forces gouvernementales, Mustafa Kemal se replie avec ses gardes du corps dans les bâtiments d'une ancienne école d'agriculture, où il vit en état d'alerte permanente, pour se protéger des agents du sultan voulant l'assassiner.

Mais à mesure que les clauses du traité de Sèvres, signé l'été 1920 et qui consacre le dépècement de l'Empire, sont connues (et aussi à mesure que les armées Alliées et les Commissions de contrôle prennent position dans le pays), le gouvernement du sultan perd le soutien des Turcs qui se tournent de plus nombreux vers les nationalistes. Le mouvement s'inverse, et les soldats de l'Armée du Calife décident l'arrêt des combats. Mustafa Kémal amnistie tout militaire qui se joindrait (ou qui reviendrait) à lui, charge ses généraux d'organiser la défense nationale et constitue un gouvernement de « salut public ». L'Armée du Calife se désagrège d'elle-même et l'on assiste dans certaines unités à des violences où des chefs se font égorger par leurs propres hommes qui estiment avoir été trahis. Début septembre 1920, elle a pratiquement disparu, sauf à Izmit où elle sert de couverture à la garnison britannique.

La désagrégation de l'Armée du Calife réduit à néant le pouvoir du sultan en Turquie, met fin à la guerre civile et inaugure les débuts de la guerre d'indépendance contre les troupes d'occupation.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mustafa Kemal Atatürk, Discours du Gazi Mustafa Kemal, président de la République de Turquie, Leipzig, K. F. Koehler Verlag, 1929 ; Ankara, Centre de recherches Atatürk, 2003 (traduction révisée par Azmi Süslü).
  • Şevket Süreyya Aydemir, Tek Adam Mustafa Kemal (« Mustafa Kemal, l'homme seul »), Istanbul, Remzi Kitabevi, tome II, 1919-1922, 1964.
  • Houri Berberian, « The Delegation of Integral Armenia: From Greater Armenia to Lesser Armenia », Armenian Review, 44-3, automne 1991, p. 39-64.
  • Paul Bernard, Six mois en Cilicie, Aix-en-Provence, éditions du Feu, 1929.
  • Paul Dumont, Mustafa Kemal invente la Turquie moderne, Bruxelles, Complexe, 1983 ; deuxième édition, 1997, rééd. 2006.
  • Paul Dumont et Jean-Louis Bacqué-Grammont (dir.), La Turquie et la France à l'époque d'Atatürk, Paris, ADET, 1981.
  • Halidé Edib (Halide Edip), The Turkish Ordeal, New York-Londres, The Century C°, 1928.
  • Claude Farrère, Turquie ressuscitée, Paris, Cahiers libres, 1930.
  • Maxime Gauin, « Logiques d'une rupture : les relations entre la République française et les comités arméniens, de l'armistice de Moudros au traité de Lausanne », dans Tolga Başak and Mevlüt Yüksel (dir.), First International Symposium on Turkish-Armenian Relations and Great Powers, Erzurum, Atatürk Üniversitesi, 2014.
  • Maurice Gehri, « Mission d'enquête en Anatolie (12-22 mai 1921) », Revue internationale de la Croix rouge, tome LII, n° 227, 15 juillet 1921, pp. 721-735.
  • Berthe Georges-Gaulis, Angora, Constantinople, Londres. Moustafa Kémal et la politique anglaise en Orient, Paris, Armand Colin, 1922.
  • Kazım Karabekir, İstiklal Harbimiz (« Notre guerre d'indépendance »), Istanbul, 1938, nouvelle édition, complète, 1960.
  • Jacques Kayser, L'Europe et la Turquie nouvelle, Paris, Presses universitaires de France, 1922.
  • Elie Kedourie, England and the Middle East. The Destruction of the Ottoman Empire, 1914-1921, Londres, 1956, nouvelle édition, Londres-Boulder, Mansell Publishing/Westview Press, 1987.
  • Lord Patrick Kinross, Atatürk. The Rebirth of a Nation, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1964, nouvelle édition, 1965, réédition, Phoenix Press, 2001.
  • Dimitri Kitsikis, Propagande et pressions en politique internationale. La Grèce et ses revendications à la Conférence de la Paix, 1919-1920, Paris, Presses Universitaires de France, 1963.
  • Andrew Mango, Atatürk, Paris, CODA, 2006.
  • Justin McCarthy, The Ottoman Peoples and the End of Empire, Londres-New York, Hodder Arnold/Oxford University Press, 2001.
  • Id., Population History of the Middle East and the Balkans, Istanbul, Isis Press, 2002.
  • Jean Pichon, Le Partage du Proche-Orient, Paris, Jean Peyronnet, 1938.
  • Clair Price, The Rebirth of Turkey, New York, Thomas Seltzer, 1923.
  • Alain Quella-Villéger, La Politique méditerranéenne de la France, 1870-1923 : un témoin, Pierre Loti, Paris, L’Harmattan, 1992.
  • Haluk Selvi, Armenian Question, From the First World War to the Treaty of Lausanne, Sakarya University Press, 2007.
  • Stanford Jay Shaw, From Empire to Republic: The Turkish War of National Liberation, Ankara, TTK, sept volumes, 2000.
  • Salâhi R. Sonyel, Turkish Diplomacy, 1918-1923, Londres, Sage Publications, 1988.
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  • Jacques Thobie, « De Constantinople à Ankara : d’un empire piétiné à une république respectée », Relations internationales, XXXI, 1982, p. 263-282.
  • Arnold J. Toynbee, The Western Question in Greece and Turkey, Londres-Bombay-Sydney, Constable & C°, 1922.
  • Stéphane Yérasimos, « La question du Pont-Euxin (1912-1923) », Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 153, janvier 1989, p. 9-34.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Klaus Kreiser: Der Osmanische Staat 1300–1922. Oldenbourg, Munich, 2008, ISBN 3-486-58588-6, S. 8.
  2. Jacques Ancel, La Question d'Orient, p. 287.

Liens externes[modifier | modifier le code]