Guerre d'Indochine

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Guerre d’Indochine
Une patrouille de légionnaires en zone contrôlée par les Viêt Minh. Le M24 Chaffee a été fourni par les Américains.
Une patrouille de légionnaires en zone contrôlée par les Viêt Minh. Le M24 Chaffee a été fourni par les Américains.
Informations générales
Date 19 décembre 1946 - 21 juillet 1954

7 ans, 7 mois et 2 jours

Lieu Indochine française
Casus belli Bataille d’Haiphong, puis coup de force et prise du maquis du gouvernement de Hô Chi Minh.
Issue Victoire vietminh
Accords de Genève
Fin de la Fédération indochinoise (1954) et de la présence française en Indochine (1956)
Indépendances du Viêt Nam, du Cambodge et du Laos
Changements territoriaux Partition du Viêt Nam entre Nord Viêt Nam et Sud Viêt Nam
Belligérants
Drapeau de la France Union française

Soutenus par :
Drapeau des États-Unis États-Unis[1]

Flag of North Vietnam 1945-1955.svg Viêt Minh
Drapeau du Laos Pathet Lao[2]
Flag of the People's Republic of Kampuchea.svg Khmers issarak[3]

Soutenus par :
Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Drapeau de l'URSS Union des républiques socialistes soviétiques

Commandants
Drapeau de la France Raoul Salan
Drapeau de la France Jean de Lattre de Tassigny
Drapeau de la France Marcel-Maurice Carpentier
Drapeau de la France Marcel Alessandri
Drapeau de la France Jean Étienne Valluy
Drapeau de la France Henri Navarre
Drapeau de la France René Cogny
Drapeau de la République du Viêt Nam Nguyễn Văn Hinh
Flag of North Vietnam 1945-1955.svg Hô Chi Minh
Flag of North Vietnam 1945-1955.svg Võ Nguyên Giáp
Flag of North Vietnam 1945-1955.svg Nguyen Binh
Flag of North Vietnam 1945-1955.svg Phạm Văn Đồng
Drapeau du Laos Souphanouvong
Forces en présence
Union française : 190 000
Auxiliaires locaux : 55 000
État du Viêt Nam : 150 000[4]
Total : ~400 000
125 000 réguliers,
75 000 régionaux,
250 000 forces populaires / irréguliers[5]
Total : 450 000
Pertes
Union française :
75 581 morts,
64 127 blessés,
40 000 prisonniers

État du Viêt Nam : 419 000 morts, blessés ou prisonniers[6]
Total : ~560 000 morts, blessés ou prisonniers

Total :
300 000 morts,
500 000 blessés,
100 000 prisonniers
Total : 900 000 morts, blessés ou prisonniers


+ 150 000 civils tués[7]

Guerre d’Indochine
Batailles
Bataille de Hanoï · Opération Léa · Bataille de Phu Tong Hoa · Bataille de la RC 4 · Bataille de Nghia Lo · Opération Lorraine · Bataille de Na San · Opération Camargue · Opération Hirondelle · Opération Brochet · Opération Mouette · Opération Castor · Bataille de Diên Biên Phu · Opération D · Extension au Laos

La guerre d’Indochine est un conflit armé qui se déroula de 1946 à 1954 en Indochine française. Il aboutit à la dissolution de cette fédération, ainsi qu’à la sortie de l’Empire colonial français des pays la composant et à la division en deux États rivaux du territoire vietnamien. Ce conflit fit plus de 500 000 victimes[8].

En août 1945, le Viêt Minh, mouvement indépendantiste viêtnamien d'obédience communiste, profitant de la prise de contrôle de l'Indochine par les Japonais, cinq mois auparavant, dans le contexte de la Guerre du Pacifique, prit le pouvoir de la colonie française. Si le Gouvernement provisoire de la République française ne tarda pas à envoyer un Corps expéditionnaire afin de reprendre en main son territoire, la situation se mua rapidement, après novembre 1946, en guerre ouverte entre forces du Viêt Minh et Français.

Le conflit peut être divisé en deux phases historiques. La première, entre 1946 et 1949, voit le Viêt Minh appliquer une guérilla meurtrière. La guerre est alors semblable à une simple lutte de décolonisation. Mais l'aspect communiste du Viêt Minh, le déclenchement de la Guerre de Corée en 1950, l'avènement d'une Chine communiste en 1949 qui assura une aide logistique importante au Viêt Minh et la confrontation de plus en plus avouée entre les États-Unis et le monde marxiste-léniniste, achevèrent de procurer à la guerre d'Indochine la figure d'un conflit armé ancré dans la Guerre froide. C'est la seconde phase, qui s'étend de 1949 jusqu'à la fin des combats, en 1954: tout en bénéficiant de l'aide matérielle et logistique des Américains, les Français menèrent lors de cette période une guerre de plus en plus directe et frontale avec leurs ennemis, dont le soutien de la part des Chinois allait leur permettre de mettre sur pied une véritable armée conventionnelle et formée.

Malgré l'intervention indirecte américaine, les forces françaises, exténuées par la résistance adverse et plusieurs années de combats de plus en plus impopulaires en métropole, durent renoncer, surtout après la lourde défaite de Dien Bien Phu de mai 1954. Les Accords de Genève, signés en juillet 1954, consacraient le départ des Français de l'Indochine et la division du Viêt Nam en deux États indépendants et distincts: la République démocratique du Viêt Nam au nord, pro-communiste, et l'État du Viêt Nam au sud, installé par la France. Ce dernier allait être remplacé, après un Coup d'État en 1955, par la République du Viêt Nam, alliée des États-Unis.

Considérée comme la Première Guerre d'Indochine, la guerre entre Français et Viêt Minh, outre un lourd bilan humain et matériel, aura d'importantes conséquences dans l'avenir du Viêt Nam, du Laos et du Cambodge. Le départ des Français laissera en effet Américains et Nord-vietnamiens, soutenus par la Chine et l'URSS, face à face. Très tôt allait éclater la Seconde Guerre d'Indochine (soit la Guerre du Viêt Nam), qui débouchait, en 1975, sur la victoire complète du Nord-Viêt Nam et du communisme dans cette partie de l'Asie, avec l'absorption par le Nord-Viêt Nam de la République du Viêt Nam.

Préambule[modifier | modifier le code]

En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le conflit avec l’Empire du Japon aboutit à la désorganisation complète de l’administration coloniale française en Indochine. Le Việt Minh, mouvement nationaliste fondé par le Parti communiste indochinois, en profite pour prendre le contrôle d'une grande partie du territoire vietnamien : Hồ Chí Minh, son chef, proclame le 2 septembre 1945 l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam. Le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) reprend progressivement le contrôle de l’Indochine : l’État Français repense ensuite le statut de la fédération au sein de la nouvelle Union française. Un conflit larvé se poursuit avec le gouvernement indépendantiste vietnamien, tandis qu’une solution diplomatique est recherchée en vain. Le haut commissaire d’Argenlieu suscite en juin 1946 l’autonomie de la Cochinchine ; c’est une entorse aux accords Hô-Sainteny. En novembre 1946 éclate l’affaire d'Haiphong ; ce sont des affrontements liés à un contrôle douanier. Le bombardement du port par la marine française et ses trop nombreuses victimes civiles[9] rendent la paix impossible. La guerre éclate au grand jour à la fin 1946, quand le Việt Minh tente un coup de force contre les Français puis prend le maquis. Plusieurs années de guérilla opposent alors le Corps expéditionnaire à l’Armée populaire vietnamienne, force armée du Việt Minh, qui passe progressivement à une guerre de mouvement de plus en plus audacieuse. La France fonde en 1949 l’État du Viêt Nam, gouvernement central vietnamien proposant une alternative politique à Hồ Chí Minh, et le dote d'une force militaire, l’Armée nationale vietnamienne, afin de « vietnamiser » le conflit. Le Laos et le Cambodge sont également concernés par le conflit, le Việt Minh soutenant des mouvements indépendantistes moins importants, le Pathet Lao et les Khmers issarak. Les États-Unis apportent à partir de 1949 (victoire communiste en Chine) et surtout 1950 (guerre de Corée) un soutien matériel à la France, tandis que la République populaire de Chine aide officieusement le Việt Minh à partir de 1949.

La France, affaiblie par l’instabilité politique de la Quatrième République, doit gérer une guerre de plus en plus coûteuse et impopulaire. Des pourparlers de paix sont entamés à Genève en 1954, alors même que sa défaite lors de la bataille de Diên Biên Phu met la France en situation de faiblesse psychologique. Les accords de Genève mettent fin à l'Indochine française (le Royaume du Cambodge ayant déjà proclamé son indépendance en novembre 1953) et laissent le Viêt Nam divisé en deux États. La fin de cette guerre coïncide sensiblement avec le début de la guerre d'Algérie, qui durera huit ans elle aussi.

La guerre d'Indochine est la première d’une série de guerres qui se sont déroulées sur les territoires de l’ancienne Indochine française : elle a été suivie par la guerre du Viêt Nam (elle-même accompagnée de deux conflits annexes, la guerre civile laotienne et la guerre civile cambodgienne), puis par la guerre sino-vietnamienne. Ces deux derniers conflits sont parfois appelés, respectivement, 2e et 3e guerres d’Indochine.

Origines[modifier | modifier le code]

Situation historique[modifier | modifier le code]

Indochine française.

En 1884, la France réunit la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin (qui composent maintenant le Viêt Nam), ainsi que le Laos et le Cambodge au sein de l'Indochine française.

Lors de la Première Guerre mondiale, les « Annamites », nom donné aux Vietnamiens par les métropolitains jusqu’en 1945, aidèrent à l'effort de guerre sur la ligne de front et dans les usines françaises.

Dans les années 1920 et au début des années 1930, avec la révolte de Vinh et la mutinerie de Yên Bái (évoquées en 1992 dans le film français Indochine), les bagnes, comme le bagne de Poulo Condor, ont contribué à développer des nationalismes de tendances très diverses :

  • Les royalistes de la Cour de Huê, comme la famille de Ngo Dinh Diem : son père fonda l’École nationale « Quoc Hoc » de Huê fréquentée par Ngo Dinh Diem et le futur Hô Chi Minh. Le premier d'entre tous est certainement le prince Vinh San (1899-1945) intronisé sous le nom dynastique d'« Empereur Duy Tân » en 1907, détrôné en 1916, exilé à la Réunion par les autorités coloniales et mort mystérieusement le 26 décembre 1945 dans un accident d'avion en Afrique centrale, peu après la déclaration d'indépendance du Viêt Nam du 2 septembre 1945.
  • Les pro-Japonais, qui fondèrent le Parti « Dai Viêt » à la suite de l’intellectuel nationaliste Phan Boi Chau, pionnier du nationalisme vietnamien du XXe siècle, exilé au Japon par l’administration coloniale française.
  • Les pro-Chinois du Parti nationaliste VNQDĐ (Việt Nam Quốc Dân Đảng), proches du Kuomintang de Sun Yat-sen et Tchang Kaï-chek, qui lancèrent la révolte ratée de Vinh et la mutinerie de Yên Bái dans les années 1920 et 1930.
  • Les pacifistes de Phan Châu Trinh (grand-père de Nguyên Thi Binh).
  • Les communistes du Parti communiste indochinois (PCI) fondé en 1930 par Nguyen Ai Quoc (futur Hô Chi Minh) à Hong-Kong. Au Viêt Nam, le PCI était le plus important des groupes nationalistes.

Conséquences de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'occupation par l'Empire du Japon montra aux Vietnamiens les faiblesses de leur colonisateur : l'administration française, directement liée au gouvernement de Vichy, collabora avec le Japon impérialiste par de multiples concessions économiques et militaires. En effet, la faiblesse de la situation des forces françaises en place et leur isolement face aux Japonais ne laissaient guère le choix : négocier, se démettre ou se lancer dans un affrontement qui ne laissait aucun doute quant à l'issue.

Cela contribua au développement du nationalisme vietnamien, qui luttait à cette époque contre les Japonais aux côtés des Alliés — Hô Chi Minh était alors un agent travaillant avec les États-Unis —, et à la déclaration d'indépendance de septembre 1945, après la Révolution d'août et la capitulation japonaise.

À l'époque de l’Armistice de 1940 et de la création du régime de Vichy, l’Indochine française était administrée par le général Georges Catroux (nommé en août 1939), qui tentait de régler les problèmes avec le Siam et le Japon. Mais ses choix déplurent au nouveau gouvernement — notamment les facilités accordées aux Japonais — et il fut remplacé par l'amiral Jean Decoux. Finalement, étant complètement coupé de la France, avec des forces militaires insuffisantes sur l'ensemble de la péninsule, le nouveau gouverneur général de l'Indochine finit par céder, lui-aussi, de plus en plus aux Japonais. Ainsi, les armées japonaises furent autorisées à circuler librement de la frontière de Chine jusqu’au Siam (renommé Thaïlande en 1939). Il est à noter que le général Catroux se joignit au général de Gaulle sur son chemin de retour en France.

En mars 1945, l'administration vichyste, qui était toujours en place, et l'armée française d'Indochine furent attaquées par les Japonais dans une opération appelée le coup de force du 9 mars 1945. Les postes militaires français à travers toute l'Indochine (Viet Nam, Laos, Cambodge) furent touchés. Les troupes japonaises prirent, par exemple, les citadelles d'Hanoï et de Langson et en massacrèrent les Européens et les troupes annamites malgré les promesses faites en cas de reddition. Certaines unités réussirent à se dégager et à entreprendre une remontée vers la Chine (la colonne Alessandri par exemple) ou à tenir la jungle (des hommes des Jedburghs ou de la Force 136, parachutés pour monter des maquis anti-japonais et entrainés par les Britanniques en Inde et en Birmanie, certains de ces hommes reprirent plus tard les villes de Vientiane et Savanaketh au Laos). Le gouvernement américain interdit à ses troupes basées en Chine d'intervenir. Seul le général Claire Lee Chennault, dirigeant les fameux Tigres Volants, tentera, contre les ordres reçus, d'aider les troupes en retraite. Les civils français et les « Indochinois » sympathisants furent enfermés dans des camps de détention dirigés par la Kenpeitai (police ou gendarmerie militaire japonaise), torturés pour nombre d'entre eux, affamés et abandonnés. Les Japonais proclamèrent l'indépendance du Viêt Nam le 10 mars 1945, en maintenant l'autorité de l’empereur Bao Dai et en maintenant Pham Quynh à la tête du gouvernement, puis, en le remplaçant quelques jours plus tard par Tran Trong Kim.

Par ailleurs, pendant la Seconde Guerre mondiale, l'état-major allié (américain) en Asie avait décidé en 1942 de séparer l'Indochine en deux zones géographiques de combat, étant entendu que le Nord du 16e parallèle sera occupé par les Chinois nationalistes de Tchang Kaï-Chek et le Sud du 16e parallèle par les Britanniques. Cette séparation, approuvée ensuite par l'URSS, fut entérinée par les accords de Potsdam.

Retour des forces françaises[modifier | modifier le code]

Commando du C.L.I. (Corps Léger d'Intervention) en Indochine occupée par les Japonais après la capitulation du Japon.
Un parachutiste utilise un FM 24/29 durant une embuscade (05.1952).
Colonne de paras coloniaux dans les hautes herbes (05.1952).
Soldats français utilisant un canon sans recul de 57 mm contre de l'artillerie Viet Minh pendant l'opération Mouette (11.1953).
Les Bearcat de l'Aéronavale larguent du napalm sur la division 320 du Viet Minh pendant l'opération Mouette (11.1953).

Le 24 mars 1945, le Gouvernement provisoire de la République française déclara vouloir créer une Fédération indochinoise au sein de l'Union française. Il envoya dès le début de 1945 trois émissaires (Pierre Messmer, Jean Sainteny et Paul Mus) en Indochine, encore sous le contrôle de l'administration pétainiste. Largués en parachute par les Britanniques de Colombo, seul Paul Mus réussit à s'échapper au Yunnan, les deux autres étant faits prisonniers par les Japonais.

Le 2 septembre 1945, le Japon signe officiellement sa capitulation. La conférence de Potsdam avait confié en Indochine le désarmement japonais aux Chinois nationalistes de Tchang Kaï-chek pour la partie Nord et à la Grande-Bretagne pour la partie Sud. La France doit agir vite pour réaffirmer sa présence. Le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, nomme l'amiral Thierry d'Argenlieu, Haut Commissaire de France et commandant en chef et le général Leclerc, commandant supérieur des troupes, avec pour mission de rétablir la souveraineté française sur l'Indochine libérée, mais, en faisant « du neuf », c'est-à-dire en construisant une Fédération indochinoise autonome au sein de la nouvelle Union française. La Marine est chargée de convoyer en Indochine les forces armées placées sous les ordres de général Leclerc.

Le 2 septembre 1945, à Hanoï, sur la place Ba Dinh, en une cérémonie au rituel confucéen avec tous les corps constitués, Hô Chi Minh lut la déclaration d'indépendance, dont le préambule est copié sur la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen[10]. L’empereur Bao Dai « choisit » de s'associer en tant que « conseiller spécial » du premier gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam, assurant ainsi la continuité du pouvoir vietnamien et la légitimité de ce gouvernement. Ce geste vaudra à Bao Dai d'être exilé à Hong Kong par les autorités françaises, avant que ces mêmes autorités ne le ramènent de cet exil, peu de temps après, pour lui confier, à Saïgon, la création de l'État du Viêt Nam « indépendant »…

Les premiers débarquements alliés ont lieu à Saïgon du 5 au 12 septembre 1945, avec la 20e division indienne du général Douglas David Gracey, complétée d'un détachement français symbolique, sous uniforme britannique, le 5e RIC, ex Corps Léger d'Intervention.

La reconquête française commença vers la fin de l'été 1945, qui fut marqué par une terrible famine. Traditionnellement, le riz du Sud venait faire la soudure entre deux récoltes au Nord. Les destructions et le pillage des Japonais d'une part, et la pénurie des moyens de transport d'autre part, n'ont pas permis de faire venir le riz en provenance du Sud en quantité suffisante.

Octobre 1945 : Leclerc et d'Argenlieu sont à Saïgon.

Quatre mois plus tard l'autorité française est rétablie au Cambodge, au Laos et dans la partie du Viêt Nam appelée Cochinchine du temps de l'ancien Empire colonial français. Pour établir les bases de la Fédération indochinoise voulue par la France, il reste principalement ce que les Français appelaient l'« Annam » et surtout le « Tonkin », où Hô Chi Minh a proclamé à Hanoï le 2 septembre la République démocratique du Viêt Nam. L'amiral Thierry d'Argenlieu a pesé lui-même chaque mot de la convention signée le 6 mars 1946, à sa demande, par Jean Sainteny avec Hô Chi Minh, en plein accord avec le général Leclerc (accords Hô-Sainteny).

Les troupes françaises débarquèrent au port de Haïphong et entrèrent dans Hanoï sous la conduite du général Leclerc sans tirer un seul coup de feu, grâce aux négociations avec Hô Chi Minh qui avait été préconisées par Leclerc, qui alla jusqu’à recommander à la France d'utiliser le mot "indépendance" (Doc Lap).

Après le bombardement du port de Haiphong le 23 novembre 1946 par la Marine française, qui marque un revirement total de la politique menée jusqu'alors par le gouvernement français vis-à-vis de la République démocratique du Viêt Nam, il apparaît clairement qu'Hô Chi Minh ne jouera plus l'option de la Fédération indochinoise. Le 19 décembre 1946, l'insurrection de Hanoï marque le début de la guerre : le gouvernement de la République démocratique du Viêt Nam déclenche des hostilités dans tout le nord du Viêt Nam, et entre dans la clandestinité.

La guerre[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Viet Minh et Armée populaire vietnamienne.

La guérilla[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille de Hanoi et Bataille de Phu Tong Hoa.

Le 19 décembre 1946 marque le début de la guerre d'Indochine : après le bombardement du port de Haiphong le 23 novembre 1946 par la Marine française, le Viet Minh, dirigé par Hô Chi Minh (président de la République démocratique du Viêt Nam, dont l'indépendance a été proclamée à Hanoi le 2 septembre 1945), décide de lancer une offensive ayant pour but la libération de la ville de Hanoï. À 20 heures, une explosion dans la centrale électrique de la ville annonce le début de l'insurrection. Des ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Ho Chi Minh appelle tout le peuple vietnamien à se soulever contre la présence française :

« […] Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme. »

Hô Chi Minh chercha alors le soutien des États-Unis par un télégramme à Harry S. Truman, mais celui-ci tournait le dos à la politique de décolonisation de Roosevelt. L'Union soviétique ne disposait pas encore de l'arme nucléaire, et la Chine restait sous la férule de Tchang Kaï-chek. L’Indochine française de 1946 s'est néanmoins ainsi très vite retrouvée au sein des prémisses de ce qui allait devenir plus tard la guerre froide, et c’est dans ce cadre que les États-Unis ont été, d'une certaine façon, impliqués très tôt en Indochine.

Aguerrie dans la guerre du peuple, l’armée populaire vietnamienne se fondait sur la mobilité des dispersions d’évitement et concentrations de frappe pour compenser sa faiblesse matérielle. C’était « le combat du tigre et de l’éléphant » annoncé par Hô Chi Minh : le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se viderait de son sang et mourrait d’épuisement.

Cette fluidité permettait à la jeune armée populaire l’initiative du refus ou de l’acceptation des combats, de fixer ici et déplacer là les troupes françaises qui n’occupaient que les villes, les axes routiers, les voies d’eau et la ligne du chemin de fer trans-indochinois. Les pertes françaises devenaient de plus en plus grandes dans les attaques de convois de ravitaillement, de postes isolés et d’épuisantes patrouilles à la recherche d’un ennemi qui apparaissait et disparaissait comme des fantômes. Souvent, l’attaque d’un poste avait pour but la sortie d’une colonne de secours à détruire.

L’armée populaire vietnamienne était à la base constituée des troupes locales d’autodéfense des hameaux et villages. Ces troupes locales étaient à la fois l’académie militaire et l’école de guerre, dont les membres méritants rejoignaient les troupes régionales qui opéraient dans des districts plus vastes. Une concentration de troupes locales pouvait prêter main forte à un élément des troupes régionales, qui pouvaient également se disperser en troupes locales.

Le tournant de 1949[modifier | modifier le code]

Une patrouille de légionnaires questionne un suspect se cachant dans la jungle.
Un médecin franco-vietnamien donne les premiers soins à un blessé Viet Minh à Hung Yen.

En 1949, la France, voulant créer un contrepoids politique à la République démocratique du Viêt Nam proclamée à Hanoï en 1945 et au Viêt Minh, crée à Saïgon un État du Viêt Nam « indépendant » sous la direction de l'empereur Bao Dai ramené à cet effet de son exil de Hong Kong, afin de tenter de transformer une guerre de reconquête coloniale en une guerre civile[non neutre]. L’empereur Bao Dai a signé les accords franco-vietnamiens avec son nom civique « Vinh Thuy » n’engageant que lui-même en tant que citoyen, et non avec son nom dynastique « Bao Dai » qui pouvait engager tout le pays dont il était le souverain. Du point de vue strictement juridique, l’État du Viêt Nam « indépendant » n'a jamais existé, sinon pour la circonstance[réf. nécessaire].

Lorsque le Parti communiste chinois de Mao Zedong prend le contrôle de la Chine continentale, le Kuomintang de Tchang Kaï-chek se réfugiant à Taïwan, la Chine devient un allié de la République démocratique du Viêt Nam et du Viêt Minh, et lui envoie du matériel militaire pour lutter contre l'armée française. L’arrivée de Mao Zedong à Pékin fournit une base arrière au Viêt Nam, jusqu’alors isolé sur les plans diplomatique et militaire, et amplifie la menace communiste ressentie par les États-Unis. La France concède théoriquement à l'État du Viêt Nam une souveraineté en matière de diplomatie, et crée une « armée nationale » sous commandement français et agissant comme force supplétive des forces françaises d'Indochine.

Le conflit au Viêt Nam s'amplifie. La France accorde leur indépendance aux royaumes du Laos et du Cambodge, de la même façon qu'elle l'a accordé au Viêt Nam.

Avec l'expérience acquise au combat, l'armée populaire vietnamienne inflige une série de revers aux troupes françaises dans la haute région de Cao Bang et Lang Son (bataille de la RC 4). Le projet initial de « reconquête coloniale » s'est épuisé dans un interminable enlisement, a entraîné une grande lassitude dans l'armée française d'Indochine et dans le gouvernement français, ainsi qu'une opposition croissante de l'opinion publique française à une guerre dont les enjeux étaient de moins en moins clairs, dès lors que le Viêt Nam, le Laos et le Cambodge étaient, au moins en théorie, devenus indépendants, et que la « reconquête coloniale » n'était donc plus à l'ordre du jour.

La « bataille des Routes Coloniales » sème la panique dans l’état-major français en Indochine et au sein du gouvernement français à Paris. Le général de Lattre de Tassigny est envoyé en Indochine pour redresser la situation mais doit immédiatement faire face à des offensives vietminh. Il parvient à vaincre trois fois ses ennemis, notamment aux batailles de Vinh yen et de Mao khê, écartant définitivement toute menace sur Hanoï, mais ne peut les anéantir. Ayant assuré la construction d'une ligne de défense, de Lattre commence à chasser les vietminh du delta du Fleuve Rouge et décide de lancer une contre-offensive qu'il pense pouvoir être décisive mais, malade, il doit repartir pour la France. Sous l'égide de son successeur Raoul Salan, cette offensive, concluante au début, s'épuise d'elle-même et doit être arrêtée sans résultat décisif. En France, de Lattre, qui doit défendre son projet d'envoyer des renforts en Extrême-Orient, voit sa santé se dégrader et meurt en janvier 1952.

Guerre contre le communisme[modifier | modifier le code]

Vietnamiens catholiques fuyant une zone occupée par les Viet Minh.
Les marines française et américaine ont évacué 293 000 réfugiés vietnamiens fuyant la zone nord, où la souveraineté de la République démocratique du Viêt Nam a été rétablie. (octobre 1954)

Avec la guerre de Corée qui a focalisé l’anti-communisme vers l’Extrême-Orient, la France tente alors de transformer une guerre de reconquête coloniale dont elle a elle-même reconnu l'échec en proclamant l'indépendance du Viêt Nam, du Laos et du Cambodge, en croisade anticommuniste, cette fois-ci pour la « défense de l’Occident sur le Rhin et le Mékong ». Dès lors, la France fait en Indochine une guerre avec les dollars américains et le sang des troupes françaises et coloniales. Le président Harry Truman signe avec l'État du Viêt Nam des accords d’aide militaire, que la France se charge de mettre en œuvre. Ainsi, les États-Unis, pourtant profondément anti-colonialistes mais agissant maintenant dans le cadre de la guerre froide, mettent le doigt dans un engrenage qui s'avèrera fatal (cette aide militaire continuera d'ailleurs après le départ des Français en 1955). Avec l’afflux de matériels militaires des deux côtés, les combats se sont évidemment intensifiés.

Avec l'argent et le matériel américains et le sang des légionnaires et des troupes d'Afrique, la France continue à mener une guerre s'inscrivant maintenant dans le cadre de la guerre froide, dans une suite de « scandales » et d'« affaires », comme l'affaire des piastres.

« En revanche, l’économie française tirait profit indirectement de la guerre. Grâce aux apports en devises américaines, non seulement elle n’était plus obérée par les charges militaires, mais encore elle pouvait poursuivre son effort d’investissement et ses achats à l’étranger. La plus grande partie des dollars donnés pour l’Indochine était affectée à l’équilibre des comptes. C’est ce qui faisait dire à un expert qu’on "avait transformé l’armée en une industrie d’expansion”. C’est une des raisons pour laquelle le gouvernement français s’opposait fermement à ce que l’aide financière américaine fût versée directement aux États associés, comme les Américains le souhaitaient…" »

— Yves Gras, Histoire de la guerre d’Indochine p. 489, Plon, Paris, 1979

En 1952, l’armée populaire vietnamienne lance des attaques contre les fortins de la « Ligne de Lattre » derrière laquelle se sont retranchées les troupes françaises. Tout en continuant les coups de main et les embuscades, l’armée populaire se retire pour se préparer à des opérations sur une plus grande échelle. Le général Dwight Eisenhower devient président des États-Unis en 1953 ; il est le premier à avancer la « théorie des dominos », et continue à soutenir la défense de l'Indochine contre le communisme.

De son côté, la menace sur les centres importants étant écartée, le général Salan entreprend de prendre l'initiative. Il lance une série d'offensives, et ne connait guère de défaites tactiques, mais le CEF doit systématiquement se replier faute de moyens et d'avoir pu porter un coup décisif.

Le général Navarre rapporte au gouvernement français qu’il n’y a pas de possibilité d’une victoire militaire étant donnée la faiblesse des moyens du CEF, mais promet une grande offensive avec l’opération « Castor », qui consiste à occuper l’ancienne piste d’aviation japonaise de Dien Bien Phu pour verrouiller le passage au Laos de l’armée populaire, opération militaire qui avait pour but politique de permettre à la France de négocier à Genève la fin de la guerre en position de force. En dépit de l'héroïsme dont font preuve le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient et l’Armée nationale vietnamienne, la bataille de Dien Bien Phu est perdue en 57 jours. Les combats continuent avec intensité pendant trois mois. Le nouveau gouvernement, dirigé par Mendès France promet alors de conclure les accords de Genève au plus tard au mois de juillet 1954, ce qui advient le 22 juillet 1954.

Le général Gras conclut au sujet de Dien Bien Phu :

« il n'y a pas de places fortes imprenables lorsqu'on renonce à les secourir. Le camp retranché a fini par tomber, comme sont tombées, au cours de l'histoire, toutes les forteresses assiégées abandonnées à leur sort »

— Général Yves Gras, Histoire de la guerre d'Indochine, Éditions Denoël, 1992, p. 561.

La guerre vue de la métropole française[modifier | modifier le code]

Pour l'essentiel, l'opinion publique française était largement indifférente à cette guerre lointaine, menée par des professionnels dans des contrées lointaines, comme le démontre Jean-Pierre Rioux en se fondant notamment sur les travaux de Charles-Robert Ageron, d'Alain Ruscio et les sondages de l'IFOP de la période, 75 % d'entre eux s'en désintéressaient[11]. Au demeurant, à l'exception du Mouvement républicain populaire qui y est favorable, aucun parti politique français n'en fait son cheval de bataille, pas même le Parti communiste français[12], seule une partie de ce parti (et de la CGT) qualifiée de « marges les plus engagées » par ce même historien, eurent parfois recours à des actions violentes comme ou à des actions de propagande, comme Henri Martin dont le procès mobilisera bien plus que la lutte contre la guerre, notamment chez les intellectuels, au premier chef chez les « compagnons de route ».

Parmi les actes d'opposition à la guerre, on peut citer :

  • Manifestations et blocage de trains de munitions en partance pour l'Indochine par des communistes, sabotage de munitions et propagande pacifiste[13].
  • « La sale guerre »
  • Affaire Henri Martin (Sartre) de 1950-1953
  • La chanson « Quand un soldat » de Francis Lemarque est censurée en 1953.
  • La chanson "Le déserteur" de Boris Vian, censurée en 1954.

On peut également noter le très pessimiste rapport Revers sur la situation militaire française en Indochine, qui vaudra à son auteur d'être mis à la retraite d'office en 1950 — décision annulée par le Conseil d'État en 1962 — tant son ébruitement auprès du Vietminh fera scandale, peut-être sur fond de rivalités de services entre le SDECE (armées) et la DST(police)[14].

L'indifférence de la population métropolitaine eut des conséquences importantes :

  • la population ne se mobilisa pas pour la guerre ;
  • les volontaires étaient relativement peu nombreux ;
  • l'état-major et le gouvernement ne purent jamais engager le contingent comme ils le firent plus tard en Algérie.

Ceci fut un facteur décisif dans la décision de l'état-major de créer une armée vietnamienne, ce qui était précisément l'une des préconisations du général Revers et celle du gouvernement d'entamer des négociations.

La sortie de guerre[modifier | modifier le code]

Réfugiés vietnamiens transbordant d'un LSM français au bâtiment américain USS Montague (AKA-9) durant l'opération Passage to Freedom. (août 1954)

Les accords de Genève du 24 juillet 1954 reconnaissent l'indépendance du Laos, du Cambodge et le partage temporaire du Viêt Nam en deux zones de regroupement militaire (l'Armée populaire vietnamienne au Nord du 17e parallèle, et le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient au Sud de cette zone de démarcation militaire), pour une évacuation totale et complète de toute l'Indochine en 1955. La souveraineté de la République démocratique du Viêt Nam était reconnue par ces accords au nord du 17e parallèle, celle de l'État du Viêt Nam au sud de ce parallèle, et la réunification entre les deux zones était envisagée pour 1956, après référendum. Une Commission Internationale de Contrôle (CIC) avait été créée pour surveiller l'application des accords d'armistice. Elle était constituée par le Canada, la Pologne et l'Inde.

Les accords de Genève prévoyaient des élections en 1956, afin de former un gouvernement unifié pour tout le Viêt Nam. Toutefois, en parallèle de la conférence de Genève en juin 1954, l’empereur Bao Dai, chef de l'État du Viêt Nam a rappelé des États-Unis Ngô Dinh Diêm pour en faire son Premier ministre. À la suite des accords de Genève, dont l'État du Viêt Nam et les États-Unis n'avaient pas signé la déclaration finale, et ainsi libéré des obligations de respecter ces accords, Ngô Dinh Diêm organisa avec l'aval des États-Unis un référendum manifestement truqué, avec plus de voix favorables que d’électeurs, et créa la République du Viêt Nam le 26 octobre 1955, avec lui comme chef d’État. C'est contre cette dictature du régime de Diêm que s'est formé le Front national de libération du Sud Viêt Nam (dit également Viêt Cong) en 1956. Des éléments du Viêt Minh résidents au Sud ont alors repris le combat contre ce gouvernement, menant alors à la deuxième guerre d'Indochine de réunification, plus communément appelée guerre du Viêt Nam, qui durera de 1954 à 1975.

Otages du Việt Minh et camps de rééducation[modifier | modifier le code]

Durant le conflit, le Việt Minh effectue de nombreuses prises d'otage, incluant des civils. Beaucoup de prisonniers militaires français passent dans des camps d'internement, situés dans les régions sous contrôle indépendantiste. Il semble que jusqu'en 1949 environ, la grande majorité des prisonniers ait été tuée. Ensuite, le Việt Minh conserve les captifs dans des camps en Haute région. Selon les sources militaires, le nombre de captifs varie, à l'été 1954, entre 22 474 et 21 526. 40 % ne reviendront jamais : les enquêtes n'ont permis d'identifier avec certitude que 3768 décès au plus, le sort des autres prisonniers restant un mystère. Certains otages, comme l'administrateur colonial René Moreau capturé en 1946, sont gardés prisonniers durant huit ans. Les prisonniers du Corps expéditionnaire sont soumis à une tentative de « rééducation » par des commissaires politiques, qui tentent de leur inculquer le marxisme. Quelques communistes étrangers, dont des Français, prêtent main-forte au Việt Minh dans cette entreprise. Dans certains camps, de juillet à août 1954, le taux de décès atteint les 50 %[15].

Le sort des prisonniers dans les camps de rééducation a longtemps été méconnu du grand public : l'affaire Georges Boudarel a contribué à la rappeler à l'opinion dans les années 1990[16].

Une Association nationale des anciens prisonniers internés déportés d'Indochine (ANAPI) a été créée[17].

Opération « Passage to Freedom » (août 1954-mai 1955)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Passage to Freedom.

Suite aux persécutions des Vietnamiens catholiques et loyalistes par le Viet Minh s'ensuivit la plus importante opération d'évacuation de l'Histoire[18].

Aide américaine[modifier | modifier le code]

En septembre 1950, les États-Unis créent le Military Assistance Advisory Group (MAAG) pour regrouper les demandes d'aide française, conseiller en stratégie et entraîner les soldats vietnamiens[19]. L'aide américaine s'accroît au fil des années, tant en proportion des dépenses totales qu'en valeur absolue. Pour l'année fiscale américaine 1951-1952, le financement américain se monte à 330 millions de dollars, soit 20 % du coût de la guerre, en 1953-1954, ce financement est monté à 785 M$ soit 41 % de l'effort de guerre. En tout, entre 1951 et 1954, les États-Unis déboursent 1,525 milliard de dollars[20] .

Il y a également des discussions entre les Français et les Américains sur la possibilité d'utilisation de trois armes nucléaire tactiques, bien que les rapports sur le niveau de probabilité et sur proposition de qui soient vagues et contradictoires[21],[22]. Une des versions du plan proposé Opération Vulture prévoyait d'envoyer 60 B-29, B-36 et B-47 depuis des bases américaines, appuyés par 150 chasseurs lancés depuis des porte-avions de la septième flotte pour bombarder les positions du commandant Viet Minh Vo Nguyen Giap, avec l'option d'utiliser jusqu'à trois armes atomiques. L'amiral Arthur W. Radford, chef d'état-major des armées des États-Unis donne son accord à l'option nucléaire[23].

Forces françaises en Indochine[modifier | modifier le code]

Effectifs[modifier | modifier le code]

Le CEFEO (Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient) a été constitué d'unités provenant de l'ensemble de l'Union française, aidé par les forces des états associés d'Indochine[24],[25]. Les soldats coloniaux représentaient une part très importante des effectifs. Entre 1947 et 1954, 122 900 Maghrébins et 60 340 Noirs d'Afrique débarquèrent en Indochine soit 183 240 Africains au total. Le 1er février 1954, ils représentaient 43,5 % des 127 785 hommes des Forces terrestres (autochtones non compris)[26],[27].

De septembre 1945 au cessez-le-feu en juillet 1954, 488 560 hommes et femmes débarquèrent en Indochine[28] :

  • 223 467 Français de métropole,
  • 122 920 Algériens, Tunisiens ou Marocains,
  • 72 833 Légionnaires,
  • 60 340 Africains
  • 8 000 militaires déjà basés en Indochine en 1945, non rapatriés.
Commandants en chef du CEFEO
général Philippe Leclerc août 1945 - 19 juillet 1946
général Jean-Étienne Valluy 19 juillet 1946 - février 1948
général Raoul Salan 10 février 1948 - avril 1948 (intérim)
général Blaizot avril 1948 - septembre 1949
général Marcel-Maurice Carpentier septembre 1949 - décembre 1950
général Jean de Lattre de Tassigny décembre 1950 - janvier 1952
général Raoul Salan 9 avril 1952 - 28 mai 1953
général Henri Navarre mai 1953 - juin 1954
général Paul Ély juin 1954 - juin 1955
Effectifs du corps expéditionnaire français 1946-1949
Origine effectifs Pourcentage
Métropolitains 43 700 38 %
Nord-Africains 13 800 12 %
Africains 8 050 7 %
Indochinois 35 650 31 %
Légionnaires 13 800 12 %
TOTAL 115 000 100 %

Maurice Vaïsse donnent les effectifs suivants en juin 1954[29] :

Effectifs du corps expéditionnaire français 1954
Origine effectifs Pourcentage
Métropolitains 50 000 28 %
Nord-Africains 35 000 20 %
Africains 19 000 11 %
Légionnaires 14 000 8 %
Indochinois 59 000 33 %
TOTAL 177 000 100 %
Allée dans le mémorial des guerres en Indochine

Pertes[modifier | modifier le code]

L'ouvrage Guerre d'Indochine estime le nombre de tués et disparus, hors Indochinois, à 47 674 hommes répartis comme suit[30] :

Origine Tués Pourcentage
Métropolitains 20 524 43 %
Nord-Africains 12 256 26 %
Légionnaires 11 493 24 %
Africains 3 401 7 %
TOTAL 47 674 100 %

Jacques Dalloz[31], annonce un total des pertes du CEFEO égal à 37 800 réparties comme suit :

Origine Tués Pourcentage
Métropolitains 18 000 48 %
Nord-Africains 8 000 21 %
Légionnaires 9 000 24 %
Africains 2 800 7 %
TOTAL 37 800 100 %

Une autre source donne les estimations suivantes[réf. nécessaire] :

Tués Blessés Disparus
CEFEO 40 000 (1 600) 70 000 9 000 (314)
dont Légion étrangère 10 068 (340) 1 000
dont Nord-Africains 8 350[32]

Les valeurs entre parenthèses indiquent le nombre d'officiers compris dans chacune des rubriques.

Le Mémorial des guerres en Indochine se trouve à Fréjus ; environ 34 000 noms y sont inscrits.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. France honors CIA pilots
  2. Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine 1945–1954, Paris, Seuil,‎ 1987, p. 129–130, 1206
  3. Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine 1945–1954, Paris, Seuil,‎ 1987, p. 129–130
  4. (en) Martin Windrow, The French Indochina War 1946–1954 (Men-At-Arms, 322), London, Osprey Publishing,‎ 1998 (ISBN 978-1-85532-789-4), p. 11
  5. Windrow 1998, p. 23
  6. France's world newspaper, 15 juillet 1954
  7. Smedberg, M (2008), Vietnamkrigen: 1880–1980. Historiska Media, p. 88
  8. (en) Spencer C. Tucker, Vietnam, University Press of Kentucky,‎ 1999, p. 78
  9. De 300 selon L'État-Major français à 6000 selon l'amiral Batter, chiffre mis en cause par le général Gras en raison de la puissance de feu insuffisante, Histoire de la guerre d'Indochine p. 148
  10. Déclaration d'indépendance de la République démocratique du Viêt nam (Hanoi, 2 septembre 1945)
  11. Maurice Vaïsse et Alain Bizard, L'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954) : adaptation ou inadaptation ?, Bruxelles : Complexe, 2000. (OCLC 44883311), page 24
  12. Idem, p. 27
  13. indre-et-loire.pcf.fr Pourquoi une rue du 23 février 1950 à Saint-Pierre-des-Corps ?
  14. « Bagarre sur un autobus, citant Une histoire politique de l'armée, Jean Planchais, Edition du Seuil, 1967 » (consulté le 25 mars 2013)
  15. Jacques Valette, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, pages 398–399
  16. L'affaire Boudarel sur le site de l'ANAPI
  17. Site officiel
  18. Ronald B. Frankum, département Histoire de l'université de Pennsylvanie
  19. Herring, George C.: America's Longest War, p. 18.
  20. Hugues Tertrais, La piastre et le fusil, le coût de la guerre d'Indochine 1945 - 1954, Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, Comité pour l'histoire économique et financière de la France,‎ 2002, 634 p. (ISBN 9782110910554), p. 270
  21. Vietnam The Ten Thousand Day War, Thames 1981, Michael Maclear, p. 57.
  22. Vietnam at War: The History: 1946–1975, ISBN 978-0-19-506792-7, p. 263.
  23. Dien Bien Phu, Air Force Magazine 87:8, August 2004.
  24. Maurice Vaïsse, L'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation?, Éditions Complexe, 2000, p. 146
  25. (fr) « Chehada, North African units in Indochina. », sur Indochine54 (consulté le 16 avril 2010)
  26. Michel Bodin, LES AFRICAINS DANS LA GUERRE D'INDOCHINE 1947-1954, l'Harmattan, 2000, p.10
  27. (en) North African units in Indochina
  28. Les Forces Françaises en Extrême-Orient
  29. Maurice Vaïsse, L'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation?, Éditions Complexe, 2000, p. 146
  30. Collectif, Guerre d'Indochine - 1945-1954, éditions Trésors du Patrimoine, 2004, p. 200. Les pertes comprennent les tués au combat, les décès en Indochine ainsi que les disparus au 1/09/54
  31. In Dictionnaire de la guerre d'Indochine, page 194
  32. "dont 1 350 décédés de maladie ou par accident", Général Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie : des soldats sacrifiés, Éditions L'Harmattan, 1995, p. 13

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amiral Thierry d'Argenlieu, Chronique d'Indochine (1985 Albin Michel)
  • Bernard B. Fall.
    • The Vietminh Regime (1954), Le Vietminh (1960, traduction française, Colin)
    • The Two Vietnams (1963), Les deux Viêt Nam (1962, traduction française, Payot)
    • Indochine 1946-1962 (1962, Laffont)
    • Viêt Nam Witness, 1953-66 (1966)
    • "Les Soldats Blancs d'Hô Chî Minh" de Jacques Doyon, 1973 chez Fayard
    • Hell in a Very Small Place: The Siege of Dien Bien Phu (1966), Dien Bien Phu, un coin d’enfer (1968, traduction française posthume, Laffont)
    • Anatomy of a Crisis: The Laotian Crisis of 1960-1961 (publié 1969)
  • Lucien Bodard, La guerre d'Indochine, cinq tomes :
    • L'Enlisement, tome I, Gallimard, 1963
    • L'Illusion, tome II, Gallimard, 1965
    • L'Humiliation, tome III, Gallimard, 1965
    • L'Aventure, tome IV, Gallimard, 1967
    • L'Épuisement, tome V, Gallimard, 1967
  • Michel Bodin, Dictionnaire de la Guerre d'Indochine 1945-1954, Paris, Economica, Hautes Études Militaires, ISC, 2004.
    • Les Combattants français face à la Guerre d'Indochine, Paris, L'Harmattan, 1998.
    • Les Africains dans la guerre d'Indochine 1947-1954, Paris, L'Harmattan, 2000.
    • La France et ses soldats, Indochine 1945-1954, Paris, L'Harmattan, 2000.
    • Soldats d'Indochine, Paris, L'Harmattan, 1996.
  • Robert Bonnafous, Les Prisonniers de guerre du Corps expéditionnaire français dans les camps du Viêt Minh, 1945-1954, 1991, CNRS-ESID
  • Laurent Cesari, L'Indochine en guerres, Belin-Sup Prepa, Paris, 1995
  • Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine, Seuil, Paris, 1987
  • Philippe Devillers, Histoire du Viêt-Nam de 1940 à 1952, Seuil, 1952
  • Général Ély, Les enseignements de la guerre d’Indochine (1945-1954) [Tome 1], Service Historique de la Défense,‎ 2011, 404 p. (ISBN 978-2-1109-8059-5, présentation en ligne)
  • Général Michel Fleurence, Rotors dans le ciel d’Indochine - L’épopée des hélicoptères de l’armée de l’Air en Extrême-Orient (1950-1997), Service Historique de la Défense
  • Philippe Franchini, Les Guerres d'Indochine (2 tomes), Pygmalion-Gérard Watelet, Paris, 1988
  • Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d'Indochine, Perrin, Paris, 2005, ISBN 2-262-02345-X
  • Patrice Gélinet, Indochine 1945-1954, Chronique d'une guerre oubliée, Acropole, 2014
  • Jean Lacouture, Hô Chi Minh, Seuil, col. Politique, Paris, 1967
  • Pierre Montagnon, La France coloniale, tome 2, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990
  • Paul Mus, Viêt Nam. Sociologie d’une guerre, Seuil, Paris, 1952.
  • Jules Roy, La Bataille de Dien Bien Phu: Julliard, 1963 ; Albin Michel, 1989.
  • Général Yves Gras, Histoire de la guerre d'Indochine, Plon, 1979.http://www.erudit.org/revue/ei/1987/v18/n3/702231ar.pdf
  • Jacques Valette, La guerre d'Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994.
  • Aldo Bragagnolo, Transports de troupes vers l'Indochine, 1999.
  • Alain Gandy, La légion en Indochine 1885-1955, Presses de la cité, 1988.
  • Erwan Bergot, Indochine 1951, l'année de Lattre, Presses de la cité, 1987.
    • Indochine 52-53, Presses de la cité, 1990.
  • René Bail et Jean Pierre Bernier, Indochine 1945-1954, quatre tomes :
    • 1re partie : La reconquête, éditions Heimdal, 1988.
    • 2e partie : Haiphong-Hanoi…, éditions Heimdal, 1988.
    • 3e partie : La guerre, éditions Heimdal, 1988.
    • 4e partie : Le tournant, éditions Heimdal, 1989.
  • Christophe Dutrone, Indochine 1945-1946 le rendez-vous raté, Batailles hors série no 1, Histoire & Collections, 2004.
  • Christophe Dutrone, Indochine 1947 la guerre coloniale, Batailles hors série no 7, Histoire & Collections, 2005.
  • Les troupes aéroportées françaises en Indochine 1945-1956, Gazette des uniformes hors série no 17, 2004.
  • Alain Crosnier et Jean Michel Guhl, L'armée de l'air en Indochine, volume 1: Transport et bombardement 1945-1954, Sup Air, 1981.
  • Vital Ferry, Les ailes du dragons tome 1: dix ans d'aviation civile en Indochine (1946-1955), Le trait d'union no 162, 1995.
  • Revue historique des armées no 177, guerre d'Indochine, SHAT, 1989.
  • Jean Claude Soumille, L'aviation militaire française en Indochine 1946-1954, tomes 1 et 2, Association Airdoc, 1994-1996.
  • Général Marcel Bigeard, Ma guerre d'Indochine, Hachette, 1994.
  • Colonel Jean Leroy, avec Pierre Demaret, Fils de la rizière, Robert Laffont, 1977
  • Éric Roussel, Pierre Mendès France, Gallimard, 2007
  • Paul Bonnecarrère, Par le Sang Versé, éditions Fayard, 2000
  • André Fournier, Baroud d'honneur, imprimerie Cauquil, 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Vidéos 
  • (en) Rencontre entre Marius Moutet et Jacques Leclerc suite aux évènements survenus en Indochine (Actualités américaines, 16 janvier 1947) :