Guerre d'Ifni

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Guerre d'Ifni
PANDO SIDI-IFNI.jpg
Informations générales
Date 21 novembre 1957
Lieu Ifni
Issue Victoire marocaine
Changements territoriaux Retrait définitif des troupes espagnoles de l'enclave qui retourne au Maroc
Belligérants
Drapeau du Maroc Maroc Drapeau de l'Espagne Espagne
Drapeau de la France France
Commandants
Les Aït Baâmrane et l'armée de liberation du sud L'armée espagnole


La guerre d'Ifni est le nom donné aux opérations militaires menées par l'Armée de libération marocaine entre octobre 1957 et avril 1958 contre les troupes coloniales espagnoles pour libérer Ifni, Tarfaya et le Sahara occidental de l'occupation espagnole. En espagnol, cette guerre est dénommée la guerra olvidada qui signifie "la guerre oubliée".

Cette guerre peut être considérée comme faisant partie du mouvement général de décolonisation qui s'étendit en Afrique durant la deuxième moitié du XXe siècle. La guerre fut dirigée principalement par des éléments de l'armée de libération marocaine, la même formation militaire de libération qui lutta pour l'indépendance contre les Français, dirigée par le général marocain Ben Hammou. Cette formation militaire marocaine lança des opérations militaires dans tout le Sahara occidental et le sud de la Mauritanie qui étaient à l'époque colonie française.

Marrocoprotectorate.png

Contexte[modifier | modifier le code]

Après leur défaite devant les Espagnols à la bataille de Wad-Ras (ou de Vad-Ras, ou de Gualdrás) le 23 mars 1860, les armées irrégulières marocaines demandèrent un cessez-le-feu. Celui-ci déboucha sur le traité de Wad-Ras, signé le 26 avril 1860 à Tétouan entre l'Espagne, représentée par Leopoldo O'Donnell, et le sultan du Maroc Mohammed IV, représenté par son fils. Ce traité mit fin à la Première guerre du Maroc au profit de l'Espagne, qui put agrandir la place de Ceuta et annexer Sidi Ifni.

Article détaillé : Bataille de Wad-Ras.

Au cours des décennies suivantes, le colonisateur espagnol s'est établi massivement sur la côte sud d'Ifni : Cap Juby (Tarfaya), Seguia el-Hamra), Villa Cisneros et La Guera (Rio de Oro), qui formeront plus tard le Sahara espagnol. En 1946, tous les sites de la région ont été regroupés dans ce qu'on appelle l'Afrique occidentale espagnole.

Après avoir obtenu son indépendance en 1956 (sous le règne du sultan Mohammed V), le Maroc a manifesté son intérêt pour la décolonisation des possessions espagnoles et commencé à proclamer qu'elles étaient marocaines, en se fondant sur ses liens historiques et géographiques avec cette région.

Déclenchement[modifier | modifier le code]

Les manifestations hostiles à l’occupation d'Ifni s'intensifient le 10 avril 1957. C'est dans ce climat que se produisent des émeutes et une série d'assassinats de collaborateurs espagnols. En réponse à cette aggravation de la situation, Francisco Franco envoie deux bataillons de la légion espagnole en renfort à Laâyoune en juin.

Pendant ce temps, des troupes marocaines étaient regroupées près d’Ifni. Le 23 octobre, deux villages des environs de Sidi Ifni (Goulimine et Bou Izarguen) ont été repris par les troupes irrégulières marocaines (Armée de libération marocaine). C'est le début du siège d’Ifni.

L'assaut d'Ifni[modifier | modifier le code]

Le 21 novembre, les services de renseignement espagnols d'Ifni rendent compte que l'attaque marocaine sur la région de Goulimine était imminente. Le 23 novembre, les lignes de communications avec les avant-postes espagnols à la frontière ont été coupées, tandis que 2 000 combattants marocains prenaient d'assaut les garnisons du territoire d'Ifni, l'aérodrome et l'arsenal de Sidi Ifni.

L'incursion marocaine à Sidi Ifni a été facilement repoussée, mais tous les avant-postes espagnols ont été perdus ou abandonnés aux Marocains. Les localités de Tiliouine (en espagnol : Tiliuin), Tagragra et Tlat Sbouia se sont retrouvées isolées.

Assaut d'Ifni en chiffres
  • Date : 23 novembre et prend fin le 5 décembre 1957
  • Partie marocaine : La force militaire marocaine composée par 2000 hommes était essentiellement une armée irrégulière formée par les tribus sahraouies (majoritairement de la tribu des Ait Baamrane, tribu à laquelle appartient l'enclave d'Ifni) sous le commandement de Ben Hammou.
  • Partie espagnole : les combattants étaient estimés à 1 500 soldats, 500 paramilitaires (Bataillon Gabardine) et 2 000 guerriers.
  • Résultat : des pertes des deux camps, 200 morts, 128 blessés et plus de 100 personnes disparues.

Situation à Tiliuin[modifier | modifier le code]

À Tiliuin, 60 soldats du corps de tirailleurs d’Ifni ont défendu les avant-postes contre plusieurs centaines de Marocains. Le 25 novembre, une tentative de sauvetage a été menée par les autorités espagnoles. Les Espagnols ont utilisé durant cette opération des armes allemandes (5 bombardiers Heinkel He 111 ou CASA 2111 et 5 Junkers) pour attaquer les positions marocaines avant le véto des États-Unis (allié du Maroc).

Début décembre, les membres de la Sixième Légion espagnole ont brisé l’étau autour de la ville et repris une fois encore l’aérodrome pour une opération de sauvetage. Tous les civils et militaires ont été évacués par la route vers Sidi Ifni, où ils sont arrivés le 6 décembre.

Après la destruction complète des fortifications, Tiliuin a été complètement abandonné.

Le siège de Sidi Ifni[modifier | modifier le code]

Les premières attaques de l’armée de libération marocaine avaient eu un certain succès. En l’espace de deux semaines, elle s'était emparée de l'essentiel de la région et avait isolé les unités espagnoles dans la capitale Sidi Ifni. Les assaillants avaient lancé un ensemble attaques simultanées à travers le Sahara occupé (territoire situé à 200 km au sud d’Ifni), pour s’y approvisionner en interceptant des garnisons et en piégeant des convois et des patrouilles ennemis.

Les unités marocaines, ravitaillées et renforcées, assiégèrent Sidi Ifni dans l’espoir d’inciter à un soulèvement populaire. La ville résista à ce siège sans grand incident jusqu’en 1958.

Bataille d’Edchera[modifier | modifier le code]

Le 12 janvier 1958, le Maroc attaqua sans succès la garnison espagnole de Laâyoune. Vaincus et forcés à la retraite par les Espagnols, les combattants marocains ont concentré leurs efforts dans le sud-est de la colonie. Mais l’occasion de la revanche se présenta dès le lendemain à Edchera, lorsque 350 hommes de deux compagnies espagnoles effectuant une mission de reconnaissance ont été pris sous le feu de 500 combattants marocains invisibles dans les dunes.

Campagne du Sahara occidental[modifier | modifier le code]

En février 1958, les troupes franco-espagnoles ont lancé une offensive de grande envergure qui a permis de démanteler l'Armée de libération marocaine au Sahara occidental. Pour la première fois, des attaques aériennes ont été lancées, la France et l'Espagne déployant 130 appareils (60 espagnols et 70 français). Sur le sol sont intervenus 9 000 soldats espagnols et 5000 français. Le lieutenant-général Lopez Valencia, capitaine général des îles Canaries, commandait les forces espagnoles.

Attaquée par air et au sol, l'Armée de libération marocaine a déploré 150 morts. Le 10 février, l’armée espagnole organisée en colonne motorisée a expulsé les Marocains qui occupaient Edchera puis Tafurdat et Smara.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le 2 avril, des accords sont signés entre le gouvernement espagnol et le Maroc. Celui-ci obtient la rétrocession de région de Tarfaya (Cap Juby), entre le Drâa et le parallèle 27º 40', à l'exclusion de Sidi Ifni et du reste du Sahara espagnol.

L'Espagne a abandonné Ifni en 1969, conformément à la résolution 2072 de l'Organisation des Nations unies (1965), qui appelle à la décolonisation d'Ifni et du Sahara occidental. Mais elle a conservé le Sahara occidental jusqu'au début de la marche Verte (1975).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Ramiro Santamaría Quesada, Ifni-Sahara, la guerra ignorada, Madrid, Ediciones Dyrsa,‎ 1984 (ISBN 84-86169-08-9)
  • (es) Rafael Casas de la Vega, La última guerra de África (Campaña de Ifni-Sáhara), Madrid, Ejército de Tierra. Servicio de Publicaciones del Estado Mayor,‎ 1985 (ISBN 84-505-2267-6)
  • (es) José Ramón Diego Aguirre, La última guerra colonial de España. Ifni-Sahara (1957-1958), Málaga, Editorial Algazara, S.L., coll. « África propia »,‎ 1994 (ISBN 84-87999-17-4)
  • (es) Gastón Segura Valero, Ifni. La guerra que silenció Franco, Madrid, Ediciones Martinez Roca, S.A.,‎ 2006 (ISBN 84-270-3242-0)
  • (es) Francesco Tamburini, Ifni-Sahara, 1957-1958: una guerra coloniale dimenticata, en "Eserciti e Storia", n. 42, a. VII, julio-agosto 2007

Références[modifier | modifier le code]

La guerre de Sidi Ifni-Sahara, José Manuel Azcona, Agustin Gonzalo Rodriguez et Azaola. Sciences sociales, études, VII, 1994. Ifni, la guerre secrète Guerre oubliée Franco 1956 - 1976 Sahara espagnol (en anglais) 1956-1961: Le retrait de l'armée espagnole du Maroc