Révolution mexicaine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Guerre civile mexicaine)
Aller à : navigation, rechercher
Révolution de 1910 et guerre civile mexicaine
Collage réalisé à partir de plusieurs photographies ou parties de photographies prises après le départ de Díaz en 1911
Collage réalisé à partir de plusieurs photographies ou parties de photographies prises après le départ de Díaz en 1911
Informations générales
Date 1910-1920
Lieu Drapeau du Mexique Mexique
Issue Démission et départ de Porfirio Díaz, qui mourut en exil à Paris en 1915[1]
Convention d'Aguascalientes entre les chefs révolutionnaires.
Constitution de 1917.
Assassinats de Madero, Zapata, Venustiano Carranza, Francisco Villa. Fondation du Partido Nacional Revolucionario (PNR) en 1929 Parti national révolutionnaire, devenu en 1946 le PRI.

La révolution mexicaine (en espagnol Revolución mexicana) est la suite de coups d'état et de luttes civiles qui se produisirent au Mexique entre 1910 et 1920.

La révolution commença en novembre 1910 par l'appel de Francisco I. Madero à une insurrection contre la réélection à la présidence du général Porfirio Díaz. Après des débuts difficiles, le soulèvement qui avait connu ses premiers succès dans le nord du pays, s'étendit à d'autres régions, notamment au Morelos, où Emiliano Zapata combattait pour la justice agraire. La tournure des événements amena le président Díaz à démissionner en mai 1911.

Après avoir été élu président, Madero dut faire face tant à la désillusion des certains de ses partisans qu'à l'opposition des tenants de l'ancien régime. En février 1913, il fut assassiné après un coup d'état militaire orchestré par le général Victoriano Huerta. Ce dernier, après être devenu président, dut rapidement faire à l'opposition déterminée de Venustiano Carranza gouverneur de l'État de Coahuila, Pancho Villa dans l'État de Chihuahua et Emiliano Zapata au Morelos. Après plusieurs défaites de l'armée fédérale au printemps 1914, Huerta quitta le pays au mois de juillet. Des dissensions apparurent rapidement entre les différentes factions révolutionnaires, carrancistes, villistes et zapatistes.

Réunies lors de la Convention d'Aguascalientes en octobre 1915, ces factions n'arrivèrent pas à un accord durable et les combats reprirent. En 1915, le meilleur général carranciste, Álvaro Obregón, affronta et défit Pancho Villa au cours de plusieurs batailles sanglantes dans le centre du pays. Emiliano Zapata fut également réduit à la défensive.

En 1916, Venustiano Carranza était le seul à pouvoir prétendre au pouvoir suprême, même s'il ne contrôlait pas l'ensemble du pays et qu'il devait faire face à d'énormes problèmes socio-économiques. Après la promulgation d'une nouvelle constitution en 1917, Carranza fut élu président. Devenu progressivement impopulaire, il fut renversé en 1920 par le dernier coup d'état de la révolution, organisé par les partisans d'Obregón, qui fut ensuite élu président.

Les prémices[modifier | modifier le code]

À partir de 1876, la vie politique mexicaine est dominée par Porfirio Díaz, réélu six fois à la présidence de 1884 à 1904. Au cours de cette longue période de stabilité politique, connue sous le nom de «Porfiriat» («Porfiriato» en espagnol), le pays se modernise sous la direction d'un groupe de technocrates positivistes connus sous le nom de científicos. Cette stabilité a un prix. Il s'agit d'un régime autoritaire et oligarchique : le président joue les uns contre les autres ceux qui pourraient lui porter ombrage et réprime toute forme d'opposition. Au début du XXe siècle, la situation économique et sociale se dégrade, tandis que la succession du président vieillissant commence à susciter des inquiétudes.

Les principales causes économiques et sociales qui poussent à la révolution sont :

  • Les lois de colonisation et celles dites « des terres incultes » (à la suite des lois de Réforme promulguées dès 1855 et 1856) par Sebastián Lerdo de Tejada et Benito Juárez et la Constitution de 1857.
  • L'expropriation avec indemnisation du plus grand propriétaire terrien du pays : l'Église. Le but de cette loi étant de mettre à disposition de l'économie mexicaine des terres mal exploitées ou inutilisés. Les propriétés de l'Église sont vendues par le gouvernement aux spéculateurs et grands propriétaires au profit de l'État mexicain, au détriment des petits propriétaires, acculés à la ruine, car ils n'ont pas les moyens d'acquérir de nouvelles terres pour rendre leurs exploitations rentables et concurrentielles. De plus, les nouvelles lois en vigueur, celles du gouvernement de Juárez, ne reconnaissent pas les propriétés collectives des villages qui sont peu à peu absorbées par les grandes entreprises agricoles.
  • L'effondrement du cours de l'argent métal qui passe de 1 à 16, par rapport à l'or avant 1870, à 1 à 39 en 1904, ce qui fait perdre plus de la moitié du pouvoir d'achat aux salariés payés en pesos argent.
  • La panique bancaire américaine de 1907, et la crise qui s'en suivit en Europe provoquèrent une diminution des exportations, le renchérissement des importations, la suppression des crédits industriels et la baisse des revenus en général[2].
  • La sécheresse des années 1908 et 1909 qui obligea le gouvernement a importer pour 27 millions de pesos de maïs (aux prix des cours mondiaux) affecta 85 % de la population dont c'était l'aliment principal (tortilla)[3].
  • La diminutions de l'activité économique réduisit les revenus de l'état, le gouvernement cherchant a diminuer les salaires des fonctionnaires et augmenta les impôts ainsi que la base fiscale, ce qui affecta de plein fouet la classe moyenne tant rurale que citadine, mais aussi la bourgeoisie et la haute société[4].

Au début du XXe siècle, les Cercles libéraux anticléricaux constituent la seule opposition politique quelque peu organisée au pouvoir en place[réf. nécessaire]

Regeneración : programme du Parti libéral mexicain de 1906

L'opposition contre Díaz est aussi le fait d'intellectuels dont les plus connus sont Lázaro Gutiérrez de Lara et Práxedis Guerrero (es) [5] avec ses journaux édités à El Paso Alba Roja 1905, Revolución 1908, Punto Rojo 1909 et qui collabora au journal El hijo del Ahuizote (es), fondé en 1885 par Daniel Cabrera Rivera, Juan Sarabia, l'un des fondateurs du parti libéral mexicain, et Filomeno Mata (es) et sa publication (qui en fait n'était constitué que d'une ou parfois deux pages) Diario del Hogar (es) fondé en 1881 dont le tirage quotidien était de 800 exemplaires[6].

En 1888 et 1892 Emilio Vázquez Gómez (es) publie le manifeste La reelección indefinida, contre la réélection de Díaz, le 16 septembre 1908 le même manifeste est publié dans le journal El Tiempo. Il est l'auteur de deux livres où il exprime son opposition au porfiriat : "Las Aguas de la Nación (1906) et El Pensamiento de la Revolucíon (1908).

Le 7 août 1900, les frères Jesús et Ricardo Flores Magón fondent l'hebdomadaire d'opposition modéré Regeneración (journal mexicain) .

Le prince Agustín de Iturbide y Green petit fils d'Agustín de Iturbide émit en 1890 des critiques portant sur l'administration porfiriste, accusé de sédition il fut condamné a 14 mois (certaines sources disent 11) de prison et une fois sa peine terminée expulsé du pays.

Il faut relativiser l'impact des ces articles dans les journaux ou des publications imprimées à l'étranger. Les journaux, dont le plus grand tirage était celui de El Imparcial n'était que de 36 000 exemplaires quotidiens[7] quels qu'ils soient, n'étaient lus que par une minorité de la population, leur public se limitant principalement à la bourgeoisie et aux classes moyennes éduquées, qui avaient un pouvoir d'achat leur permettant de les acquérir et surtout par le fait que plus de 6 millions de mexicains sur une population d'alors de 12,6 millions étaient analphabètes[8].

Le 5 février 1901 les délégués du premier Congrès libéral se réunissent dans un théâtre de San Luis Potosi. Un autre congrès a lieu en 1902. Simplement anticléricaux au départ, les Libéraux commencent à critiquer les pratiques de Díaz et se radicalisent[9]. La répression s'abatt alors sur eux et leurs organes de presse. Leurs principaux dirigeants vont s'établir aux États-Unis, où ils se radicalisent d'avantage au contact des anarchistes américains.

Le 2 avril 1903, ont lieu à Puebla des manifestations commémorant la victoire sur les Français. Les libéraux y participent et sortent des pancartes reprenant le slogan de Porfirio Díaz à ses débuts : « Suffrage effectif - Pas de réélection ». Cela dégénère en manifestation contre le gouvernement[10].

Le 25 septembre 1905, les libéraux fondent le Parti libéral mexicain et, le 1er juillet 1906, publient à Saint-Louis dans le Missouri leur « manifeste-programme »[11] :

  1. Dans les écoles primaires, le travail manuel devra être obligatoire.
  2. Les maîtres de l'enseignement primaire devront être mieux payés.
  3. Les ejidos et des terres en friches seront restituées aux paysans.
  4. Fondation d'une banque agricole.
  5. Les étrangers ne pourront acquérir des biens immobiliers, sauf s'ils acquièrent la nationalité mexicaine.
  6. La journée de travail sera de huit heures et le travail des jeunes enfants sera interdit.
  7. Un salaire minimum devra être fixé, tant à la ville qu'à la campagne.
  8. Le repos dominical sera considéré comme obligatoire.
  9. Les magasins de vente (tiendas de raya) seront abolis sur tout le territoire.
  10. Il devra être accordé des pensions de retraite et des indemnités pour les accidents de travail.
  11. Une loi devra être édictée pour garantir les droits des travailleurs.
  12. La race indigène devra être protégée.

La majorité des membres du gouvernement est âgée de plus de 60 ans ; et la rupture est marquante entre la jeunesse de la population et l'âge de l'équipe gouvernementale[12]. De plus, Díaz ayant démilitarisé le pays, il ne reste que dix-huit mille soldats avec des généraux de plus de 70 ans, pour une population 15,2 millions d'habitants en 1910.

Alors que les diplômés se multiplient, les débouchés sont de moins en moins présents. Les petits fonctionnaires mécontents mettent leurs espoirs dans une révolution[13], un renouvellement des cadres, mais pas dans un changement social, leur espoir réside surtout dans un avancement de leur carrière.

Malgré l'industrialisation, les ouvriers restent peu nombreux - 195 000 en 1910 - par rapport à l'ensemble de la population, qui compte onze millions de ruraux sur quinze millions d'habitants. Les mouvements de grève sont rares et durement réprimés. En mai 1906, un mouvement de grève éclate à Cananea dans les mines de cuivre. En janvier 1907[14], les grèves dans l'industrie textile dans les États de Veracruz de Tlaxcala et de Puebla se terminent par le massacre de Rio Blanco, à Veracruz, qui fait près de 200 morts.

Dans la nuit du 24 au 25 juin 1908, Benito Ibarra Cuéllar suivi de quelques hommes se soulève à Viesca Coahuila qu'il occupe un jour et demi, puis deux jours plus tard c'est le tour d'Araujo a la Vacas, dans le même état. Le 1er juillet, les frères Flores Magón, José Inés Salazar, Praxedis Guerrero, et Francisco Manrique prennent les armes dans le Chihuahua. Ces mouvements obéissaient aux principes du manifeste de Saint-Louis publié en 1906 et aux plans du Parti libéral mexicain, ces mouvements furent très rapidement étouffés par les troupes du gouvernement[15].

En 1908, alors qu'aucun mouvement d'opposition ne le menace sérieusement, Diaz commet une erreur : il accorde une interview à James Creelman [16], rédacteur du mensuel américain Pearson's Magazine. Dans cette interview, il affirme qu'il ne compte pas se présenter pour les élections de 1910 et qu'il envisage favorablement la création d'un parti d'opposition [17]: Que Diaz soit sincère ou qu'il s'agisse d'une manœuvre de sa part, cette interview contribue à agiter les esprits.

Après l'interview, plusieurs formations politiques naissent en 1909[18]:

  • le Parti démocratique, formé d'intellectuels bourgeois, qui souhaitent voir respectée la Constitution de 1857, n'est pas opposé à la réélection de Díaz, mais verrait d'un mauvais œil la vice-présidence aller à Ramón Corral et, sans pourtant citer de candidat, considère le général Bernardo Reyes comme le plus apte à exercer cette fonction,
  • les clubs « reyistes », c'est-à-dire partisans de Bernardo Reyes, dont le principal était le Club de Soberanía Popular (club de souveraineté populaire), qui souhaitent ouvertement que Reyes soit le vice-président de Diaz,
  • Le Centre Antiréélectionniste, puis le Partido Nacional Antirreeleccionista, fondé le 29 mai, qui œuvre pour l'élection de Francisco I. Madero comme président et de Francisco Vázquez Gómez (es) comme vice-président, ainsi que de Luis Cabrera (es), Toribio Esquivel (es).
  • le Parti National réelectionniste, qui œuvre pour la réélection du tandem Diaz Ramón Corral (es).
  • Le Partido Nacional Unionista avec pour candidat à la présidence Teodoro Dehesa (es)
  • Le Parti indépendant avec pour candidat à la présidence Valentín Reséndis.

C'est Reyes lui-même qui déçoit ses partisans. Produit du porfirisme, il garde le silence, ne déclarant jamais ouvertement sa candidature, et, lorsque Díaz lance contre lui les Cientificos et l'envoie en Europe pour une mission, il s'incline. La vice-présidence devrait donc revenir à Corral, une nullité qui est déjà à ce poste depuis 1904[19]. L'affaire semble entendue, mais les mécontents reportent leurs espoirs sur celui qui semblait n'avoir aucune chance au départ, Francisco Madero.

La montée de Madero[modifier | modifier le code]

En janvier 1909, un livre intitulé : La sucesión présidencial en 1910 paraît avec comme sous-titre : « El 1Partido Nacional Democrático ». L’auteur de ce livre est Francisco Ignacio Madero. L’idée centrale de ce livre est la non-réélection du président [20]. C'est l'affaire Creelman qui l'encourage à publier son livre[21]. Le 22 mai 1909, Francisco Madero fonde le Parti anti-réélectionniste à Mexico[22]. Le 15 avril, l’Assemblée nationale anti-réélectionniste se réunit et élit candidat à la présidence Madero et à la vice-présidence, Francisco Vásquez Gómez. Dix jours plus tard, leur programme sort avec le slogan « Suffrage effectif, pas de réélection »[22], reprenant très habilement le slogan de Diaz en 1871[23]. Il se lance alors dans une grande campagne contre Díaz. Il récolte un réel succès.

Le gouvernement réprime cette campagne en l’accusant de monter l’opinion publique contre le président en place et l’arrête à Monterrey dans la soirée du 16 juin[24] 1910, quelques jours avant le vote[25]. Madero est détenu à San Luis Potosí.

Le résultat des élections fédérales du 26 juin 1910 donne la victoire à Díaz[25] et Corral à la vice-présidence[26], avec respectivement 97,93 % et 91,35 % des suffrages en leur faveur.

Après 45 jours de détention, Madero est libéré sous caution et assigné à une résidence surveillée[27]. Mais durant la nuit du 5 au 6 octobre, il s’enfuit à San Antonio, au Texas, où il rejoint ses partisans. Là-bas, il rédige le Plan de San Luis Potosí, daté pourtant du 5 octobre[27]. Dans ce plan de San Luis Potosí, Madero[28] proclame la nullité des élections, la non-réélection et sa présidence provisoire[29]. Ce plan devient vite le programme de la révolution. Il fixe la date de l’insurrection au 20 novembre. Dans son plan, Madero fait des promesses concernent la restitution des terres collectives appartenant aux villages du Morelos. Ce sont ces promesses qui, selon Silva Herzog, vont décider Zapata à s’engager dans la révolution[27].

Début de la Révolution[modifier | modifier le code]

Le 13 novembre, des maderistes connus furent arrêtés à Mexico[30] Cinq jours plus tard, la police encercle la maison d’Aquiles Serdán (es) à Puebla. Le bâtiment abrite un important dépôt d’armes et de munitions afin de préparer la révolution. Après une vaine résistance de plusieurs heures, ses amis et lui sont tués[31]. Sa mort semble marquer l'arrêt de la révolution en ville mais le mouvement a plus de succès dans les campagnes [32];[33]. À la date prévue, le 20 novembre, dans l'État de Chihuahua, dominé par un grand propriétaire terrien, Luis Terrazas, et son gendre Enrique Creel, Pascual Orozco prend les armes avec un groupe principalement formé de mineurs, tandis que Francisco Villa, un voleur de bétail et chef de bandits recherché par la police, qui a été recruté par le madériste Abraham González - peut-être en échange d'une promesse d'amnistie[34] -, rejoint un groupe de madéristes dirigés par Castulo Herrera qu'il éclipse rapidement, lors de la prise de la petite ville de San Andrès [35]. Le matin du 20 novembre, Madero lui-même, qui a traversé le Rio Grande, s'attendant à être accueilli par plusieurs centaines d'hommes, n'est rejoint que par une poignée de partisans et retourne bredouille aux États-Unis. Alors que, désespéré, il s'apprête à partir pour l'Europe, l'annonce des événements du Chihuahua lui redonne espoir[36]. Le 10 décembre 1910, Villa se joint à Orozco pour attaquer la ville de Cerro Prieto. L'assaut est un échec. Le président Díaz sous-estime les révolutionnaires incapables de remporter une bataille rangée, mais ceux-ci se réfugient dans les sierras et adoptent une tactique de guérilla. Au début de l'année 1911, la révolte reste néanmoins sporadique[37]. Villa, qui opère maintenant indépendamment d'Orozco, alterne succès et échecs, mais ses hommes lui restent loyaux.

Le 14 février 1911, Madero rentre au Mexique . Malgré un échec militaire initial à Casas Grandes, son retour suscite l'émergence de groupes de groupes révolutionnaires dans d'autres régions du pays. Au Morelos, Emiliano Zapata se soulève pour obtenir la restitution des terres communales confisquées ou achetées à bas prix par les propriétaires terriens.

Madero a du mal à fédérer les groupes qui luttent contre Diaz de manière autonome, en particulier les partisans des frères Magón, qui refusent de reconnaître son autorité. Contrairement à Orozco, qui reste réticent, Villa embrasse avec enthousiasme la cause de Madero et parvient par une ruse à désarmer les magonistes. En signe de reconnaissance, Madero le nomme major, tout en prenant soin de nommer Orozco colonel pour ne pas se l'aliéner[38].

En avril, les forces madéristes se portent vers Ciudad Juárez. Madero hésite à attaquer la ville, qui se trouve à la frontière, à quelques mètres de la ville américaine d'El Paso : un assaut pourrait entraîner une intervention des États-Unis. Il conclut un cessez-le-feu avec le général Navarro qui commande les troupes fédérales et entame des négociations avec Diaz. Comme elles ne débouchent sur rien, des tensions apparaissent entre Madero d'une part, Orozco et Villa de l'autre. Les chefs militaires estiment que Madero est trop conciliant. Le 8 mai, après la rupture des négociations, des combats sporadiques éclatent, puis s'étendent. Irrités par les hésitations de Madero, Orozco et Villa le mettent devant le fait accompli. Ils lancent un assaut général contre Ciduad Juarez, puis lorsque Madero les appelle à arrêter les combats, ils l'ignorent. Le 10 mai, au terme de trois jours de combats féroces, la ville tombe aux mains des madéristes[39]. C’est une victoire purement symbolique car cette ville n’est qu’une petite bourgade au Nord, à la frontière des États-Unis et à des milliers de kilomètres de la capitale[40]. C’est avant tout une défaite morale[31]. Selon Jean Meyer, la décision de Díaz était déjà prise. En effet, selon lui, Díaz avait peur de l’intervention des États-Unis qui avaient apporté leur soutien à Madero[41].

Tandis que les soulèvements se multiplient partout dans le pays, le 21 mai, un accord est signé entre les madéristes et les fédéraux dans l’Hôtel des Douanes de Ciudad Juárez. Cet accord, qui est un compromis, met fin aux combats, prévoit la démission de Porfirio Díaz et la constitution d’un gouvernement provisoire. Tant les porfiristes que les classes moyennes qui soutiennent Madero, redoutent de voir la révolution échapper à tout contrôle[42]. Madero lui-même est plus soucieux de voir rétablir la légalité par un transfert du pouvoir politique que de satisfaire les revendications économiques de la population. L'accord laisse intacte l'armée fédérale, tandis que les troupes révolutionnaires doivent être licenciées. Madero mécontente ainsi bon nombre de ses partisans, tout en devenant dépendant de l'armée fédérale pour maintenir l'ordre.

En de nombreux endroits, l'effondrement du régime porfiriste donne lieu à des manifestations et des émeutes. Le 15 mai, lors de la prise de la ville de Torreón, des émeutes prennent pour cible les habitants d'origine chinoise, soupçonnés d'avoir aidé l'armée fédérale, et plus de 250 d'entre eux sont massacrés dans des circonstances abominables[43]. Le 24 mai, à Mexico, lorsqu'une foule qui converge vers le Palais national est fauchée par les tirs de mitrailleuses de l'armée fédérale, 250 personnes sont tuées.

Le 25 mai, Porfirio Díaz et Corral démissionnent et le 27 mai, Díaz embarque de Veracruz pour Le Havre à bord de l’Ypiranga[31]. Díaz voulait en quittant le pays lui éviter une guerre civile ainsi que l'intervention militaire des États-Unis, favorables à Madero.

Après le départ de Díaz[modifier | modifier le code]

En attendant les élections, un cabinet provisoire est formé et Francisco León de la Barra, ancien gouverneur de l'État de Mexico et ancien porfiriste, assure la présidence par intérim, du 26 mai au 6 novembre, afin de convoquer des élections[44]. Après une marche triomphale, Madero arrive le 7 juin à Mexico[39]. L'ambassadeur américain Harry Lane Wilson, ayant joué un grand rôle dans la chute de Díaz, écrivait à son arrivée « La révolution n'est pas terminée, Madero tombera bientôt. »[45]. Une fracture apparaît entre Madero et son colistier de 1910 à la vice-présidence, Francisco Vazquez Gomez, qui le trouve trop conciliant avecles anciens porfiristes. Le 9 juillet, Madero décide de dissoudre le Parti anti-réélectionniste et de créer le Parti constitutionnel progressiste. L'assemblée de ce parti décide de désigner Madero comme candidat à la présidence et Pino Suárez à la vice-présidence, en remplacement de Francisco Vásquez Gomez[46].

La présidence éphémère de Madero[modifier | modifier le code]

Le 6 novembre[46], il est élu avec 90 % des voix, tandis que José María Pino Suárez récolte les deux tiers des voix, le reste allant à de la Barra, le candidat du parti Catholique[47].

Le drapeau Tierra y Libertad flotte sur la localité de Tijuana (100 habitants) prise par 18 combattants du Parti libéral mexicain, le 8 mai 1911.

Dès son accession à la présidence, Madero doit faire face à des menaces provenant de tous côtés. Il réprime sans trop de difficultés un soulèvement en Basse-Californie des anarchistes, partisans des frères Magon - commencé sous la présidence de Diaz -, qui s'étaient emparés deTijuana. Certains anciens partisans du régime porfiriste n'ont pas désarmé. En décembre, le général Reyes, rentré au pays, tente de provoquer un soulèvement, mai, sans aucun soutien, ils doit se rendre rapidement. Le 16 octobre 1912, dans le port de Veracruz, le neveu de Porfirio Díaz, Félix Díaz, parvient a soulever le 21e bataillon contre le gouvernement, mais Madero envoie contre lui des troupes placées sous les ordres du général Joaquín Beltrán qui en vient a bout en quelques heures sans combats. Félix Díaz est arrêté et aurait été condamné a mort par fusillade, mais Madero se contente de le faire emprisonner[48].

Les principales menaces pour Madero viennent d'anciens partisans. Fin novembre, Zapata, irrité par le licenciement sans indemnité des troupes révolutionnaires et déçu par la lenteur du gouvernement madériste à rendre aux villageois les terres communales accaparées par les propriétaires terriens, se soulève en proposant son plan de Ayala. Madero envoie le général Victoriano Huerta dans l'État de Morelos réprimer les partisans de Zapata. Comme Huerta mène une guerre de dévastatation, Madero le remplace par le général Felipe Angeles. Dans le nord, Orozco et ses partisans, les colorados, prennent les armes en mars 1912. Publiquement, Orozco reproche à Madero de ne pas appliquer le plan de San Luis et lance son propre plan. Plus prosaïquement, l'homme a besoin d'argent et se compromet avec les Terrazas, la famille de grands propriétaires qui dominaient le Chihuahua sous Díaz[49]. Le général Sala, qui est envoyé réprimer le mouvement, subit une défaite écrasante et se suicide. Madero confie alors le commandement au général Victoriano Huerta, qui écrase la rébellion en mai 1912.

La présidence de Madero tourne court pour plusieurs raisons. Madero est un idéaliste qui croit que le rétablissement de la légalité républicaine résoudra les problèmes et se préoccupe peu des problèmes économiques et sociaux. La classe moyenne qu'il a portée au pouvoir est presque ignorante au point de vue politique tandis que la plupart cadres porfiristes sont toujours en place. On reproche [Qui ?] à Madero d'avoir été trop modéré à l'égard des porfiristes[45]. Les rébellions auxquelles il doit faire face, l'obligent à s'appuyer de plus en plus sur l'armée fédérale.

La décade tragique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Décade tragique.

Après une présidence de 16 mois, Madero est confronté au général Victoriano Huerta qui, pour le renverser, complote avec Henry Lane Wilson. La fin de Madero s’étend sur ce qu’on appelle la decena trágica. Un coup d’État est déclenché le 9 février par un groupe de militaires[50]. Le 18 février, le président est arrêté dans le palais présidentiel. Dans la nuit du 22 février, il est assassiné par balle avec son vice-président[21]. Selon la version officielle, ils ont été tués lors d’une tentative d’évasion[51].

Dictature et chute de Huerta (1913 - 1914)[modifier | modifier le code]

Huerta, à gauche, et Orozco, à droite

L'accession au pouvoir de Huerta est saluée par l'ancienne classe dirigeante porfiriste, l'Eglise catholique et les militaires[52] mais ne résout rien. Une répression impitoyable s'abat sur les madéristes. L'un de leurs principaux dirigeants, Abraham González, est arrêté et sauvagement assassiné dès le 6 mars 1913. Le Congrès se tient coi et lorsqu'un sénateur modéré, Belisario Domínguez, rédige un discours[53] virulent contre le nouveau président, il est enlevé à son domicile le 7 octobre et assassiné. Le seul ralliement notable au dictateur est celui de Pascual Orozco.

Opposition de Venustiano Carranza[modifier | modifier le code]

Ex-sénateur porfiriste de l'État septentrional de Coahuila et gouverneur au moment de l'éviction de Madero, Venustiano Carranza est un admirateur de Benito Juarez et un partisan de l'application stricte de la Constitution libérale de 1857. Le 4 mars 1913, il forme l'armée constitutionnaliste (Ejército Constitucionalista), qui tire son nom de cette volonté affichée de respecter la légalité constitutionnelle. Le 26 mars, il publie le plan de Guadalupe, suivi de plusieurs décrets :

  • Décret no 1 du 20 avril : reconnaît les grades de tous ceux ayant combattu dans les armées madéristes, ainsi que ceux des militaires de l'armée fédérale, sauf ceux qui ont participé au soulèvement de Felix Díaz à Veracruz en octobre 1912 et au coup d'État de février 1913.
  • Décret no 2 du 24 avril : désavoue toutes les dispositions et actes qui auraient émané ou qui émaneraient du gouvernement de Victoriano Huerta, de même que des gouvernements locaux.
  • Décret no 3 du 26 avril : autorise l'émission de 5 millions de pesos en papier monnaie ayant cours légal et de circulation forcée.
  • Décret no 4 du 15 mai : ressuscite la terriclova, reconnaît aux propriétaires tant mexicains qu'étrangers le droit de réclamer, après victoire des révolutionnaires, des indemnités correspondant aux dommages occasionnés pendant la révolution madériste ainsi que de la lutte qui commence.
  • Décret no 5 du 14 mai : ressuscite la loi Juárez du 25 janvier 1862 contre les traîtres à la patrie, dans le but de l'appliquer aux auteurs du coup d'État de la Ciudadela. Cette loi ne prévoit que deux peines : huit ans de prison ou la mort.
  • Décret no 6 du 4 juillet : organise l'armée constitutionnaliste en sept corps avec chacun leur nom et leur zone d'opérations.

Doué de flair politique, Carranza n'a aucun talent militaire. Il est bientôt obligé de quitter le Coahuila et de gagner l'État de Sonora où il établit un gouvernement. Il y fait alliance avec Álvaro Obregón, qui se révèle un brillant stratège doublé d'un politicien froid et dissimulateur. Obregón parvient à discréditer le général Felipe Angeles, son rival parmi les carrancistes. À la tête de 6 000 hommes, dont 2 000 indiens Yaquis, il mène la vie dure aux troupes fédérales dans la région. À la fin de l'hiver 1913-14, il contrôle la plus grande partie de l'État de Sonora.

Retour de Pancho Villa[modifier | modifier le code]

Lorsque Pancho Villa, exilé au Texas, apprend la mort de Madero, il décide de rentrer au Mexique. Le 9 mars 1913, il franchit le Rio Grande à la tête de seulement huit hommes[54],[55]. Il se lance dans la guérilla dans l'État de Chihuahua, dans le nord du pays. Il gagne progressivement la sympathie de la population en s'attaquant aux grands propriétaires, tout en évitant soigneusement de s'en prendre aux Américains, pour ne pas s'aliéner le soutien du président Woodrow Wilson[56]. D'autres groupes de guérilleros se joignent à lui et, à la fin du mois de septembre 1913, à la tête d'une force importante, connue sous le nom de División del Norte, il se sent suffisamment fort pour s'attaquer à la ville de Torreón, un nœud ferroviaire[57].

La prise de la ville consacre sa renommée[58],[59]. Il a mis la main sur d'importantes quantités d'armement, mais surtout du matériel ferroviaire, qui lui permet de se déplacer rapidement dans le nord du pays. Il impose à ses troupes une discipline stricte, qui rassure la population et les résidents américains. Après un échec devant Chihuahua, il s'empare de la ville de Ciudad Juárez au moyen d'une ruse[60]. Huerta, qui prend maintenant la menace au sérieux, envoie contre lui une force supérieure. Du 24 au 25 septembre 1913, Villa remporte cependant la bataille de Tierra Blanca. Après cette victoire particulièrement sanglante - des 12 000 soldats fédéraux engagés, quelque 6 000 sont tués[61] -, il est maître de l'État de Chihuaha et le 8 décembre 1913, il est désigné comme gouverneur par les constitutionnalistes.

Au printemps 1914, l'Ejército del Norte est une machine de guerre bien rodée. Villa attaque la ville de Torreón, que les troupes de Huerta doivent évacuer le 3 avril. Les premières frictions se produisent entre Villa et Carranza, deux hommes que beaucoup de choses séparent : l'âge mais aussi le tempérament. Carranza est froid et calculateur, tandis que Villa est impulsif et émotionnel[62]. Par ailleurs, les manifestations d'indépendance de Villa irritent Carranza, qui le considère comme un rival potentiel.

Guérilla d'Emiliano Zapata[modifier | modifier le code]

Zapata n'a aucune raison de renoncer à son objectif de récupération des terres villageoises selon le Plan de Ayala (es) et le réaffirme dans deux communiqués, le 2 et le 4 mars 1913. Il poursuit la guérilla dans le Morelos et fait exécuter les émissaires que lui envoie Victoriano Huerta. Ce dernier confie la répression au Morelos au général Juvencio Robles. Robles sème la terreur, regroupant les villageois dans les grandes villes et incorporant de force dans l'armée fédérale les hommes en âge de porter les armes[63]. Le seul résultat est de gonfler les rangs des zapatistes. Le 30 mai 1913, Zapata institue une junte de six membres, dont il est le président et le commandant en chef. En août 1913, face à une offensive de Robles qui s'empare de son quartier-général à Huautla, Zapata poursuit la lutte dans les États voisins de Puebla et du Guerrero. Le limogeage de Robles n'améliore pas la situation de Huerta. Le 24 mars 1914, Zapata s'empare de la ville de Chilpancingo, capitale de l'État de Guerrero[64].

Intervention des États-Unis à Veracruz[modifier | modifier le code]

Le 9 avril 1914, des soldats fédéraux arrêtent des marins d'un navire de guerre américain dans le port de Tampico. Cet incident dégénére rapidement. L'amiral américain Henry Mayo exige des excuses, mais le président Huerta lui oppose une fin de non-recevoir. Les États-Unis se servirent alors de cet incident pour intervenir dans le conflit entre les troupes constitutionnalistes de Venustiano Carranza et le gouvernement de Huerta. La nouvelle administration de Woodrow Wilson n'est pas favorable à Huerta et a momentanément cessé d'approvisionner en armes les belligérants. Pour contourner cela, le gouvernement huertiste cherche d'autres fournisseurs et doit recevoir des armes et des munitions achetées par l'intermédiaire du vice-consul de Russie Léon Rast, celles-ci arrivant à Veracruz depuis Odessa via Hambourg, sur le paquebot allemand SS Ypiranga (en)[65].

Pour empêcher la livraison d'armes, une flotte de 44 navires des États-Unis[66],[67] (dont les cuirassés Florida, Utah, Rochester, New York, Texas, Montana, Indianapolis, Dakota et la canonnière Prairie)[68] placée sous le commandement du contre-amiral Frank Friday Fletcher (en) [66],[69] cerne le port de Veracruz ; les marines y débarquent le 21 avril 1914 et l'occupent après un bref combat qui fera entre 152 et 172 morts et entre 195 et 250 blessés du côté mexicain, et 17 morts et 61 blessés du côté des marines[70]. 150 civils mexicains auraient été tués[71] et de nombreux blessés chez les civils non comptabilisés.

Le SS Ypiranga sera brièvement bloqué, avant que la Navy des États-Unis ne laisse partir le navire pour respecter les lois internationales, après les protestations de l'ambassadeur d'Allemagne à Washington[72]. L'Ypiranga finit par décharger sa cargaison d'armes à Puerto México, l'actuelle Coatzacoalcos, le 26 mai 1914[73]. La cargaison, consistant selon un rapport du département de la Justice des États-Unis[74] en 15 770 caisses contenant entre autres des munitions de divers calibres, 250 000 fusils, 20 mitrailleuses, et d'une valeur totale de 607 000 dollars or, est acheminée par train jusqu'à la capitale[75] et finalement livrée au gouvernement de Huerta.

L'occupation de Veracruz dure jusqu'au 23 novembre 1914[65], plusieurs mois après le départ de Huerta.

Chute de Huerta[modifier | modifier le code]

Le président Wilson veut exploiter l'affaire de Veracruz pour obtenir le départ de Huerta par des voies diplomatiques. Avec trois autres pays (l'Argentine, le Brésil et le Chili) qui ont offert leurs bons offices, il entame le 20 mai 1914 à Niagara Falls en territoire canadien, des négociations avec Huerta en l'absence des constitutionnalistes. Elles n'aboutissent finalement pas, vu l'évolution de la situation militaire sur le terrain.

Sur le terrain, l'étau s'est resserré autour de Huerta, Carranza s'efforce d'éviter que Villa ne soit le premier à entrer dans Mexico. Dans un premier temps, il lui ordonne de s'emparer de Saltillo, la capitale du Coahuila. Villa renâcle mais obtempère, puis se dirige à nouveau vers le sud. Le 23 juin 1914, après plusieurs jours de combat, lui et les généraux Pánfilo Natera (es) et Felipe Angeles prennent Zacatecas, une victoire qui ouvre la route de Mexico.

Carranza coupe alors l'approvisionnement de Villa en charbon, indispensable pour mener ses troupes à Mexico par le train. Les envoyés de Carranza et Villa se rencontrent à Torreón. Le 8 juillet, ils conviennent que Villa reconnaît Carranza comme «Primer Jefe» de la révolution tandis que Villa garde le commandement de la Division del Norte, que Carranza est président intérimaire après la victoire et qu'aucun chef révolutionnaire n'est candidat aux élections présidentielles à venir. C'est le «Pacte de Torreón»,

En avril 1914, Obregón commence à progresser vers le sud le long de l'océan Pacifique. Il évite les assauts frontaux, laissant de côté les villes occupées par des garnisons fédérales, qu'il se contente d'encercler. Au début du mois de juillet, il obtient une victoire significative à Orendain, puis occupe la ville de Guadalajara, évacuée par les troupes fédérales.

Le 15 juillet 1914, Huerta, aux abois, abandonne la présidence. Il quitte le Mexique à destination de la Jamaïque, puis de Barcelone. Francisco Carbajal assure la présidence par intérim. Il essaie de négocier un transfert de pouvoir avec Pancho Villa, qui refuse, puis avec Emiliano Zapata, en échange de la reconnaissance du plan d'Ayala, mais Zapata, qui a atteint les faubourgs de Mexico, rejette également cette proposition[76]. Le 12 août, Carbajal quitte le Mexique à son tour. Le 13, à Teoloyucan, Obregón rencontre Eduardo Iturbide, le gouverneur de Mexico et accepte la reddition de la ville. Une des clauses de l'accord prévoit que les troupes fédérales occuperont leurs positions face aux zapatistes jusqu'à l'arrivée des troupes constitutionnalistes[77]. Obregón fait son entrée à Mexico le 15.

Villa, Zapata, Obregón et Carranza : guerre entre factions révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

Le 16 août 1914, Venustiano Carranza fait à son tour son entrée à Mexico. Les carrancistes y sont en position de force, puisque les troupes d'Obregón occupent la capitale et en interdisent l'entrée aux zapatistes. Carranza redoute à juste titre une alliance entre Zapata et Villa, qui ont déjà eu des contacts. Les contacts entre carrancistes et zapatistes se heurtent à un obstacle difficilement surmontable : le point 3 du plan d'Ayala désigne Zapata comme chef de la révolution, tandis que, de son côté, Carranza s'en considère comme le «primer jefe». Au mois de septembre 1914, le climat de méfiance entre les chefs révolutionnaires s'exacerbe. Obregón, qui s'est rendu à Chihuahua pour régler un différend dans l'État de Sonora, manque par deux fois d'être fusillé sur l'ordre de Villa, qui l'accuse de duplicité. Le 1er octobre 1914, Carranza convoque à Mexico la «convention des représentants des gouverneurs et des commandants des unités de l'armée constitutionnaliste». Sous la pression de certains généraux, qui souhaitent éviter un affrontement entre Carranza et Villa, il est décidé qu'elle se poursuivra en terrain neutre, à Aguascalientes[78].

Convention d'Aguascalientes[modifier | modifier le code]

Le 10 octobre 1914, la convention commence ses travaux à Aguascalientes au théâtre Morelos. La convention se déclare souveraine. On peut grosso modo diviser les participants en trois groupes : les villistes, les carrancistes et les «indépendants», bien qu'aucun des trois ne soit vraiment homogène[79]. Ce sont les «indépendants» qui émettent l'idée d'inviter à la convention des représentants zapatistes, dont le principal, Díaz Soto y Gama provoqua un très grave incident dit Incidente de La Bandera (es) en refusant de signer sur le drapeau national, ce qui provoqua la colère et l'indignation de l'assistance et faillit lui coûter la vie car plusieurs centaines d'armes a feu furent braquées contre lui. Bien que Zapata ait initialement montré quelques réticences[80], le 22 octobre, il finit par envoyer à Aguascalientes un groupe d'intellectuels zapatistes, qui convainquent les autres délégués d'adopter tacitement les principaux points du plan d'Ayala. Obregón manœuvre de manière à devenir l'arbitre de la convention. Il est à l'origine, avec Felipe Angeles, d'une proposition présentée le 30 octobre : démettre Carranza, retirer à Villa le commandement de la Division del Norte et désigner un président par intérim[81]. Le1er novembre 1914, Eulalio Gutiérrez est élu président provisoire par la Convention. Carranza, qui a déployé en vain des manœuvres dilatoires et entend soumettre sa démission à certaines conditions, quitte Mexico le 2 novembre pour la ville de Cordoba. Il finit par être déclaré rebelle par la convention le 10 novembre. Obregón, qui considère ceci comme un échec, se rallie à Carranza. La rupture entre les dirigeants révolutionnaires est consommée. Le mouvement est maintenant divisé en «institutionnalistes» et en «conventionnalistes»[82].

Alliance éphémère de Villa et de Zapata[modifier | modifier le code]

Zapatistes au restaurant Sanborns de Mexico en décembre 1914

Le 24 novembre 1914, les derniers soldats de Carranza quittent Mexico pour le port de Veracruz, que les Américains ont évacué la veille. Le même soir, les troupes de Zapata entrent dans la capitale. La bourgeoisie de la capitale, qui craignait les pires débordements, est stupéfaite. Les paysans-soldats de Zapata, « ne pillèrent ni ne saccagèrent, écrit John Womack, mais errèrent dans les rues comme des enfants perdus, frappant aux portes pour demander à manger »[83]. Les troupes de Villa arrivent à leur tour dans les faubourgs de la capitale le 28. Les deux leaders conviennent de se rencontrer le 4 décembre 1914 à Xochimilco. Il reste de la rencontre un compte-rendu, souvent cité, d'un observateur américain, Leon Canova, qui met en relief le contraste saisissant entre les deux hommes : Zapata, le dandy élégant et Villa, en tenue militaire négligée. Les entretiens débutent dans un climat de méfiance, puis les deux hommes se mettent d'accord en termes très généraux : opposition à Carranza et nécessité d'une réforme agraire.

Villa et Zapata défilent dans les rues de Mexico le 6 décembre 1914

Le 6, ils se rencontrent pour la deuxième et dernière fois au palais national de Mexico. C'est l'occasion d'une photo célèbre, sinon la plus célèbre de la révolution : Zapata assis, le regard sombre, à côté d'un Villa jovial installé dans un fauteuil présidentiel[84]. Au-delà de l'anecdote, cette alliance éphémère est vouée à l'échec. Le champ d'action de Zapata, dont les troupes sont mal équipées et que Villa rechigne à approvisionner en armes et en munitions[85], est largement limité au Morelos et à ses environs. En cette fin d'année 1914, Villa est considéré comme le vainqueur probable de la guerre civile. Pourtant, face aux carrancistes, les forces conventionnalistes souffrent d'un défaut qui se révélera fatal : l'absence d'un commandement unique et centralisé[86]. Par ailleurs, le climat politique est délétère : les rapports de Villa avec le président Gutiérrez se détériorent et la rupture est proche.

Pancho Villa, Eulalio Gutiérrez et Emiliano Zapata

Villa menace même d'exécuter Gutiérrez mais hésite. Le 16 janvier 1915[87],[88], le président rassemble les troupes qui lui restent fidèles, quelque 10 000 hommes, quitte la capitale et rejoint San Luis Potosi. Il publie un manifeste, écrit par José Vasconselos, dénonçant les agissements de Villa[89]. Ses troupes sont cependant rapidement défaites par les villistes. La «troisième voie», celle des Conventionnalistes, est balayée de l'échiquier.

Succès militaires d'Obregón[modifier | modifier le code]

Faisant fi de l'avis de Felipe Angeles, le meilleur stratège parmi ses lieutenants[90],[91], qui lui suggère d'attaquer le port de Veracruz, où Carranza, fort affaibli, s'est réfugié, Villa prend une décision : il quitte la capitale pour réduire les poches de résistance carrancistes dans le nord et l'ouest. Obregón, qui s'est réconcilié avec Carranza, se trouve à la tête des troupes constitutionnalistes, il saisit les occasions que ses adversaires lui offrent. Comme les troupes zapatistes ont abandonné la ville de Puebla, il occupe la ville le 5 janvier 1915 sans rencontrer beaucoup de résistance. Ensuite, il occupe Mexico que Villa a abandonnée, séparant ainsi les villistes des zapatistes. Carranza a l'habileté de faire des concessions politiques et d'adapter son programme : le 6 janvier 1915, il promulgue une loi de réforme agraire. Sa portée est limitée mais elle atteint son but : aliéner une partie de la base paysanne de Villa. Il se rapproche également des ouvriers de la Casa del Obrero Mundial, qui concluent avec lui un pacte prévoyant notamment la création de six «Bataillons Rouges», qui participeront aux batailles contre Zapata.

D'avril à juillet 1915, les batailles les plus sanglantes de la révolution mexicaine vont se livrer au centre du Mexique, entre Querétaro et Aguascalientes. Le chemin de fer, qui permet l'acheminement en hommes et en munitions, joue un rôle déterminant. Villa manque de munitions - un fait souvent avancé pour expliquer les défaites qu'il subira - mais les lignes d'approvisionnement d'Obregón sont étirées et vulnérables. Villa n'en tirera pourtant pas parti pour les couper, ou alors trop tard.

Obregón, qui a étudié les batailles de la Première Guerre mondiale, qui fait rage en Europe au même moment, mettra en application les enseignements qu'il en a tirés. Villa, aveuglé par son mépris pour Obregón qu'il appelle «El Perfumado» (le Parfumé)[92], ne prend pas la mesure de son adversaire. Il s'en tient à sa méthode habituelle, l'offensive, et disperse ses forces tandis qu'Obregón pratique la défensive et concentre ses troupes.

Obregón fait mouvement vers le nord et transforme la ville de Celaya en camp retranché. Lors de la première bataille de Celaya, les 6 et 7 avril, ses troupes ont creusé des tranchées protégées par des barbelés et fauchent à la mitrailleuse les charges frontales de cavalerie que Villa a lancées contre les positions adverses sans attendre l'artillerie de Felipe Angeles. Lors de la deuxième bataille de Celaya, les 14 et 15 avril, Villa, qui n'a rien appris, revient à la charge avec des résultats encore plus désastreux. La lutte a pris un caractère inexpiable : au terme de la bataille, Obregón fait fusiller tous les officiers villistes qu'il a capturés[93]. Villa se retire alors vers le nord, poursuivi par son adversaire. Lors d'une troisième bataille, à Trinidad, les adversaires s'observent et se livrent à des escarmouches du 29 avril au 2 juin. Villa décide finalement d'attaquer. Obregón, dont le bras droit est emporté par l'explosion d'un obus, est à deux doigts de la défaite et faillit se suicider[94]. Mais le 5, ses troupes lancent une contre-offensive victorieuse. La dernière bataille a lieu à Aguascalientes. Elle commence dans de mauvaises conditions pour Obregón, encerclé dans le désert et manquant de munitions et de vivres. Le 10 juillet, il rompt pourtant l'encerclement et met les villistes en déroute.

Les défaites de Villa ont anéanti son aura d'invincibilité et entamé sa crédibilité financière. La valeur du papier-monnaie qu'il a émis dans les zones qu'il contrôle, s'effondre. Villa a de plus en plus de difficultés à se procurer des armes et des munitions, d'autant plus que les prix ont augmenté à cause de la guerre en Europe. Financièrement aux abois, il en est réduit à pressurer les hommes d'affaires de la zone qu'il occupe encore en les contraignant à lui accorder des prêts. Les sociétés étrangères, notamment américaines, qu'il a toujours ménagées, n'apprécient guère. De leur côté, les carrancistes ont des atouts non négligeables : ils contrôlent les ports de Veracruz et de Tampico, par où ils peuvent exporter du pétrole et du sisal, qui leur assurent d'importantes rentrées financières.

Déclin du villisme[modifier | modifier le code]

Villa est progressivement abandonné par ses lieutenants et ses conseillers, notamment Felipe Angeles, qui se réfugie aux États-Unis[95]. Il fait exécuter un des ses plus proches collaborateurs, Tomás Urbina, lorsque celui-ci veut se retirer dans son hacienda[96]. Sous la pression des armées carrancistes, Villa se replie vers le nord, et quitte l'État de Chihuahua. En novembre 1915, avec les quelque 12 000 hommes qui lui restent[97], il franchit les cols de la Sierra Madre et passe dans l'État de Sonora, où il pense pouvoir rejoindre son allié le gouverneur Maytorena et poursuivre la lutte dans de meilleures conditions. Il lance ses troupes à l'assaut de la ville-frontière d'Agua Prieta, dont la garnison carranciste est commandée par le futur président Plutarco Calles. Ce dernier a reçu des renforts que les autorités américaines ont autorisés à transiter par le territoire de l'Arizona[98]. L'assaut est un échec sanglant, tout comme celui contre Hermosillo, la capitale du Sonora. Villa se replie à nouveau vers le Chihuahua. Au cours de la retraite, la désintégration de la Division del Norte se poursuit.

Arrivé à Chihuahua, Villa, qui comprend que ses généraux ne le suivront plus et que la lutte organisée est devenue vaine, laisse tous ceux qui le souhaitent libres de s'en aller[99]. Le 20 décembre 1915, lui-même se retire dans les montagnes et reprend la guérilla[100].

Le 19 octobre 1915, les États-Unis ont reconnu de facto Carranza, qui, malgré son anti-américanisme leur paraît représenter la solution la plus rassurante dans l'imbroglio mexicain. Ils provoquent ainsi la colère de Pancho Villa, qui massacre des ressortissants américains au Mexique, puis organise le 9 mars 1916 un raid sur la ville-frontière américaine de Columbus dans le Nouveau-Mexique. La bataille de Columbus fait quelque cent morts parmi les troupes de Villa et dix-sept américains y perdent la vie[101],[102]. Le président Wilson envoie au Mexique une expédition punitive commandée par le général John Pershing.

Expédition punitive[modifier | modifier le code]

Le 15 mars 1916, Pershing pénètre en territoire mexicain à la tête de 5 000 hommes. Le président Wilson, qui ne souhaite pas déclencher une guerre avec le Mexique, a averti Carranza que l'expédition n'est pas le prélude à une annexion du pays. Les instructions de Pershing sont simplement de capturer Villa. L'expédition s'enfonce profondément dans l'État de Chihuahua dans un environnement difficile. Carranza, qui a officiellement rejeté la demande américaine s'abstient néanmoins de toute action armée contre les troupes américaines. Pershing se heurte par contre à l'hostilité de la population locale[103],[104]. Il quitte le Mexique en février 1917, sans être parvenu à capturer Villa.

Même si la tension a parfois été très grande et que les deux pays se sont trouvés un bref instant au bord d'une guerre en juin 1916, ni le président Wilson, ni Carranza, en dépit de son intransigeance officielle et sa rhétorique anti-américaine, ne la souhaitaient[105]. Pancho Villa, qui se pose en champion de la lutte contre l'envahisseur américain, est le principal bénéficiaire de la situation : son mouvement de guérilla connaît un regain d'activité[106].

Zapata dans le sanctuaire du Morelos[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1915, Zapata se tient à l'écart du combat sans merci entre les carrancistes et les villistes. Il contrôle l'État de Morelos et entreprend d'y mettre en œuvre le plan d'Ayala. La réforme agraire mise en œuvre par Manuel Palafox, qui est devenu secrétaire à l'agriculture dans le gouvernement conventionnaliste, ne se borne pas à la restitution des terres qui appartenaient jadis aux communautés villageoises[107]

Au Morelos, Zapata et ses partisans, faisant valoir les titres de propriété datant de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne et qui n'étaient plus reconnus depuis la loi dite Ley Lerdo (es) qui ne reconnaissait pas la propriété collective toutes les terres accaparées par les grandes exploitations privées sont restituées au villageois.

Zapata fait appel à des agronomes pour arpenter et répartir les terres entre les villages. Ensuite, ces derniers peuvent les cultiver sous le régime communal ou les distribuer à des particuliers([108].

Le principal danger que constituait Villa étant écarté, Carranza peut se retourner contre Zapata. Il envoie le général Pablo González Garza (es) au Morelos.

Les partisans de Zapata, mal armés, ne sont pas de taille à s'opposer à l'armée constitutionnaliste. Le 2 mai 1916, González prend Cuernavaca, puis occupe progressivement le reste du Morelos. Cette occupation s'accompagne d'atrocités. En juin, lors de la prise de Tlaltizapan, il fait fusiller 286 personnes, parmi lesquelles 112 femmes et 42 enfants[109].

Victoire et chute de Carranza (1916-1919)[modifier | modifier le code]

Un pays en proie au désordre[modifier | modifier le code]

En 1916, plus aucun chef de faction révolutionnaire n'est en mesure de contester le pouvoir de Carranza à l'échelon national, comme en témoigne la pragmatique reconnaissance de facto de son gouvernement par les États-Unis en octobre 1915[110].

Le Mexique est cependant loin d'être pacifié. De grandes parties du territoire échappent aux carrancistes. Non seulement ni Villa ni Zapata ne sont définitivement écrasés, mais bon nombre de leurs partisans deviennent des bandits de grand chemin, dont l'un des plus célèbres, José Inés Chávez García, un ancien villiste[111] qui sévit au Michoacan, et parvient à réunir une véritable armée de quelque deux mille hommes[112], capable de résister à l'armée régulière. Face à ces bandes qui font preuve d'une grande cruauté, les populations s'organisent localement en groupes appelés «défenses sociales» (Defensa Social)[113].

En 1916, profitant de ce désordre, Felix Díaz revient au Mexique et constitue en 1917 une véritable menace pour Carranza[114]. Il se propose d'unifier des groupes hétérogènes, parmi lesquels figurent bon nombre d'anciens porfiristes[115]. Actifs dans le sud du pays, ces groupes ont pour point commun de considérer les administrateurs carrancistes comme des intrus venus du nord[116].

Une nouvelle constitution[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Constitution mexicaine de 1917.
Assemblée constituante réunie à Querétaro

Du 20 novembre 1916 au 31 janvier 1917, Carranza réunit à Querétaro une assemblée constituante qui doit fournir un cadre légal à la révolution. Vu la situation confuse dans laquelle le pays est encore plongé, les élections chargées de désigner les députés ont un taux de participation très faible. La nouvelle constitution, qui s'inspire de celle de 1857[117], accroît notablement les pouvoirs du président, bien que son mandat ne soit pas renouvelable.

Une reconstruction difficile[modifier | modifier le code]

Le bilan économique de la guerre civile est contrasté selon les secteurs et la population n'en ressent les effets pleinement qu'en 1917, alors que les opérations militaires les plus importantes sont terminées.

Le secteur le plus touché est celui des transports. Alors que le Mexique possédait un excellent réseau ferroviaire sous Porfirio Díaz, la situation est catastrophique en 1917 : le dynamitage de trains et l'arrachage systématique de rails par les différentes factions, ainsi que les attaques de trains par des bandits, limitent le commerce intérieur et le ravitaillement des populations.

La situation monétaire est également très préoccupante. Toutes les factions ont émis leur propre monnaie pour financer leurs opérations et en ont rendu la circulation obligatoire dans les territoires qu'elles contrôlaient, entraînant une hyperinflation et provoquant la quasi disparition de la monnaie métallique. Même après avoir éliminé ses rivaux, Carranza n'arrive pas à maîtriser le problème. En mai 1916, il émet une nouvelle monnaie, le « peso infalsifiable », qui perd rapidement toute valeur. Cette hyperinflation accélère les bouleversements sociaux dus à la révolution : elle permet à certains entrepreneurs de s'enrichir et provoque la ruine d'une partie des classes aisées[118].

Les secteurs d'exportation souffrent peu de la guerre. La production de pétrole est en hausse : elle passe de 3 millions de barils en 1910 à 157 millions en 1920[119]. Il en va de même du secteur commercial agricole : entre 1915 et 1918, même si la production diminue, le prix du henequen triple. Le café et le coton connaissent le même boom. Ces produits rentables sont sous le contrôle de monopoles aux mains des carrancistes, qui s'en servent pour financer leurs activités.

Chute de Carranza[modifier | modifier le code]

Carranza réussit à éliminer en 1919 le chef de l'armée du Sud, Emiliano Zapata, en le faisant assassiner, mettant ainsi fin à une longue guerre dans le Morelos. En juin 1919, à l'approche des élections présidentielles, Álvaro Obregón, son ancien ministre de la guerre et de la marine, qui s'était retiré dans son état natal de Sonora, présente sa candidature. En août 1919, il conclut un pacte secret avec la Confederacion Regional Obrera Mexicana (CROM), le syndicat fondé en 1918 par Luis Morones, dont l'émanation politique, le Partido Laborista, oeuvre pour son élection[120]. Carranza, qui ne veut pas d'un militaire à la présidence[121], tente de lui barrer la route. Comme la constitution ne lui permet pas de se représenter, il appuie la candidature d'un personnage inconnu de tous, Ignacio Bonillas, qu'il pourra manœuvrer. Les tracasseries auxquelles Obregón est soumis par Carranza, pendant la campagne électorale, lui attirent la sympathie. Lorsqu'il est accusé de trahison, il se réfugie au Guerrero[122]. Le 23 avril 1920, les «Sonoriens» - Adolfo de la Huerta et Plutarco Elías Calles, tous deux natifs de l'état de Sonora, comme Obregón, auquel ils sont très liés - proclament le plan d'Agua Prieta appelant à renverser Carranza.

Abandonné par la plupart de ses partisans, Carranza prend le chemin de Veracruz pour y établir son gouvernement, pour la seconde fois. Il est tué le 21 mai 1920 après avoir abandonné son train immobilisé.

La prise de pouvoir d'Obregón[modifier | modifier le code]

Le 24 mai 1920, le congrès élit Adolfo de la Huerta président par intérim.

En dépit de l'opposition d'Obregón, ce dernier entama des négociations avec Pancho Villa et parvint à le convaincre de déposer les armes et de licencier les dernières troupes qui lui étaient encore fidèles en lui proposant en échange une rente à vie, la reconnaissance de son grade de général de division de l'armée fédérale et la propriété de l'hacienda de Canutillo. Il en alla de même pour les chefs zapatistes, qui furent incorporés dans l'armée

À l'élection présidentielle de septembre 1920, Álvaro Obregón fut élu avec plus d'un million de voix. Le 1er décembre 1920, il accéda officiellement au poste de président. Obregón fut le dernier dirigeant révolutionnaire à avoir renversé son prédécesseur par un coup d'état et le premier à exercer son contrôle sur l'ensemble du pays. Il démontra qu'il était un politicien adroit, s'appuyant sur les syndicats (CROM).

Obregón voulait se faire réélire, contrairement aux dispositions de la Constitution de 1917, mais il fut assassiné en 1928 par un extrémiste catholique. Il eut pour successeur le général Plutarco Elías Calles qui, en appliquant à la lettre la Constitution de 1917 et les lois sur la laïcité de la société qui en découlent, provoqua la réaction des conservateurs et des catholiques qui engendra la guerre des Cristeros (Guerra Cristera).

En mars 1929, Calles fonda le PNR qui deviendra plus tard le Partido Revolucionario Institucional (PRI). Ce parti a gouverné le pays jusqu'à nos jours, sauf durant un intervalle de 12 ans pendant lequel le PAN fut au pouvoir (de 2000 à 2012) .

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Le bilan des pertes humaines est estimé a 2 000 000 de morts, pour une population de 15 169 369 d'habitants en 1910[123],[124].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Carlos Tello Díaz, El exilio : Un relato de familia, éd. Cal y Arena, México, 1993 (ISBN 968-493-246-4)
  2. Cumberland C. - Madero y la revolución mexicana (1991) - pages 17 et suivantes-(ISBN 968-231-631-6)
  3. Diego J. García - La revolución mexicana, crónica, documentos, planes y testimonios (2005 UNAM (ISBN 970-320-685-9)
  4. Diego J. García - la revolución mexicana etc. idem que précédent
  5. David Doillon, Portrait de l'anarchiste dans l’œuvre littéraire de Ricardo Flores Magón, Belphégor, Littérature populaire et culture médiatique, vol. VI, n°2, juin 2007, texte intégral.
  6. [1]
  7. Idem que 6.
  8. INEGI, Cifras del Censo general de la República Mexicana (1895) - Estadísticas históricas - México - 2010.
  9. Knight 1990, p. 45
  10. A. Nunes, Les Révolutions du Mexique, Flammarion, Paris, 1975, page 60
  11. pour le manifeste-programme entier (de 1 à 12) voir La Révolution mexicaine, Jesus Silva Herzog, FM/petite collection Maspero, Paris, 1977 (ISBN 2-7071-0191-5), page 54
  12. Meyer 1973, p. 15 et 33
  13. Ibidem, p. 16
  14. A. Nunes, op. cit., p. 57
  15. Silva Herzog 1977, p. 85
  16. James Creelman est un journaliste américain né le 12 novembre 1859 à Montréal et décédé à Berlin le 12 février 1915.Dictionary of American biography, éd. Malone D., vol. 4, Londres, 1936, p. 533
  17. Silva Herzog 1977, p. 57
  18. Silva Herzog 1977, p. 61-66
  19. Ibidem, p. 29-30
  20. A. Nunes, op. cit., p. 69
  21. a et b Encyclopedia of Mexico, p. 765-767
  22. a et b A. Nunes, op. cit., p. 70
  23. Luis Pazos - Historia sinóptica de México de los olmecas a Salinas - page 101 - (ISBN 968-13-2560-13[à vérifier : ISBN invalide])
  24. Selon Americo Nunes, il aurait été arrêté le 7 juin pour incitation à la rébellion. A. Nunes, op. cit., p. 71
  25. a et b M. Plana, op. cit., p. 26
  26. Encyclopedia of Mexico, éd. Werner S. Michael, Dearborn, Chicago, 1997, p. 765-767
  27. a, b et c A. Nunes, op. cit., p. 71
  28. [2]
  29. Meyer 1973, p. 37
  30. Jesus Silva Herzog, la Révolution mexicaine, page 87 (ISBN 2-7071-0191-5)
  31. a, b et c A. Nunes, op. cit., p. 73
  32. Meyer 2010, p. 39
  33. Oudin 1989, p. 52
  34. Katz 1998, p. 73-74
  35. Katz 1998, p. 77
  36. Parkes 1939, p. 329
  37. M. Plana, Pancho Villa et la révolution mexicaine, traduction de B. Gaudenzi, Casterman, s.l., 1993, p. 27
  38. McLynn 2001, p. 83
  39. a et b E. Jauffret, op. cit., p. 13
  40. Meyer 1973, p. 39
  41. Meyer 1973, p. 38 et 39
  42. McLynn 2001, p. 98
  43. Knight 1990, p. 208
  44. Meyer 1973, p. 309
  45. a et b Meyer 1973, p. 40
  46. a et b A. Nunes, op. cit., p. 74
  47. Meyer 1973, p. 41
  48. Silva Herzog 1977, p. 145
  49. Meyer 2010, p. 45
  50. M. Plana, op. cit., p. 30
  51. M. Plana, op. cit., p. 31
  52. Knight 1990, p. 1-3
  53. Peut-être pas prononcé. Les historiens sont divisés sur ce pointSilva Herzog 1977, p. 174
  54. Katz 1998, p. 206
  55. Taibo II 2012, p. 282
  56. McLynn 2001, p. 169
  57. Plana 1993, p. 43
  58. Katz 1998, p. 218
  59. Knight 1990, p. 41
  60. Gilly 1995, p. 94
  61. Knight 1990, p. 168
  62. McLynn 2001, p. 231
  63. Womack 1997, p. 218
  64. Womack 1997, p. 236
  65. a et b (en) Mexican Revolution: Occupation of Veracruz - Military History, About.com
  66. a et b (es) Recuerdan la Defensa de Veracruz - Periódico Express de Nayarit, 22 avril 2010
  67. (es) Casi el paraíso - El Occidental, 10 octobre 2010
  68. (es) Navegaciones - Pedro Miguel, La Jornada, 17 février 2011
  69. (es) Daniel Cosío Villegas, Historia general de México, Colegio de México, 1981 (ISBN 9-6812-0080-2)
  70. (en) The United States Armed Forces and the Mexican Punitive Expedition: Part 1 - The U.S. National Archives and Records Administration
  71. (es) Gastón García Cantú, Las Invasiones Norte Americanas en México, Fondo de Cultura Económica, Mexico, 1996 (ISBN 978-9681650834), page 276
  72. (en) Thomas Baecker, The Arms of the Ypiranga: The German Side, The Americas, vol. 30, no 1 (Jul., 1973), Academy of American Franciscan History, page 552 [lire en ligne]
  73. (en) Thomas Baecker, The Arms of the Ypiranga: The German Side, The Americas, vol. 30, no 1 (Jul., 1973), Academy of American Franciscan History, page 554 [lire en ligne]
  74. Département de la Justice des États-Unis, document RDS 812.00/10284 rapport du 17 décembre 1913.
  75. (en) Ypiranga and Bavaria Unloaded Cargoes at Puerto Mexico.; FIRST HAD 10,000 RIFLES - The New York Times, 28 mai 1914 [PDF]
  76. McLynn 2001, p. 243
  77. Cumberland 1972, p. 149
  78. Nunes 1975, p. 93
  79. Katz 1998, p. 381
  80. Womack 1997, p. 277
  81. Gilly 1995, p. 120
  82. Nunes 1975, p. 96
  83. Womack 1997, p. 283
  84. Oudin 1989, p. 89
  85. Womack 1997, p. 286
  86. Gilly 1995, p. 152
  87. Knight 1990, p. 307
  88. Cumberland 1972, "january+16" p.191.
  89. Katz 1998, p. 463
  90. Plana 1993, p. 53
  91. Katz 1998, p. 279
  92. Katz 1998, p. 489
  93. McLynn 2001, p. 300
  94. Katz 1998, p. 496
  95. McLynn 2001, p. 306
  96. Knight 1990, p. 336
  97. McLynn 2001, p. 308
  98. Gilly 1995, p. 170
  99. Plana 1993, p. 91
  100. Meyer 2010, p. 77
  101. McLynn 2001, p. 324
  102. Katz 1998, p. 566
  103. Katz 1998, p. 570
  104. Knight 1990, p. 348
  105. Katz 1998, p. 569
  106. McLynn 2001, p. 334
  107. Knight 1990, p. 188
  108. Womack 1997, p. 300
  109. McLynn 2001, p. 318
  110. Knight 1990, p. 329
  111. Meyer 2010, p. 92
  112. Knight 1990, p. 398
  113. Meyer 2010, p. 93
  114. McLynn 2001, p. 407
  115. Knight 1990, p. 381
  116. Knight 1990, p. 383
  117. Plana 1993, p. 100
  118. Knight 1990, p. 411
  119. Meyer 2010, p. 113
  120. Knight 1990, p. 488
  121. McLynn 2001, p. 380
  122. Meyer 2010
  123. Hamnett, Brian - Martínez, Gimeno : Historia de México - AKAK Ediciones (ISBN 8483231182)
  124. Gutiérrez, Harim - Historia de México de la era revolucionaria al sexenio del cambio - 2007 - Pearson Education - (ISBN 9702609569)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • I. Blasco, La Révolution mexicaine et la dictature militaire, trad. L. Fonges, Vuibert, Paris, 1923.
  • F. Chevalier, "Un facteur décisif de la révolution agraire au Mexique : le soulèvement de Zapata, 1911-1919", dans Annales : * Économies, sociétés, civilisations, vol. 16, no 1, Paris, 1961, p. 66-82.
  • (en) Charles C. Cumberland, Mexican Revolution : Gensis under Madero, vol. 1, University of Texas Press,‎ 1972
  • (en) Charles C. Cumberland, Mexican Revolution : the Constitutionnalist Years, vol. 2, University of Texas Press,‎ 1972
  • Dictionary of American biography, éd. D. Malone, Vol. 4, Londres, 1936.
  • Encyclopedia of Mexico, éd. Werner S. Michael, Dearborn, Chicago, 1997.
  • Adolfo Gilly (trad. Pierre-Luc Abramson et Jean-Pierre Paute), La révolution mexicaine. 1910-1920 : une révolution interrompue, une guerre paysanne pour la terre et le pouvoir, Editions Syllepse,‎ 1995
  • M. Humbert, Le Mexique, Que sais-je, PUF, Paris, 1976.
  • E. Jauffret, Révolution et sacrifice au Mexique, Les éditions du Cerf, Paris, 1986.
  • (en) Friedrich Katz, The Life and Times of Pancho Villa, Stanford University Press,‎ 1998
  • (en) Alan Knight, The Mexican Revolution : Porfirians, Liberals and Peasants, vol. 1, University of Nebraska Press,‎ 1990
  • (en) Alan Knight, The Mexican Revolution : Counter-revolution and Reconstruction, vol. 2, University of Nebraska Press,‎ 1990
  • (en) Frank McLynn, Villa and Zapata. A Biography of the Mexican Revolution, Pimlico,‎ 2001
  • Jean Meyer, La Révolution mexicaine. 1910-1940, Texto,‎ 2010
  • Jean Meyer, La Révolution mexicaine., Paris, Calmann-Lévy,‎ 1973
  • A. Musset, Le Mexique, Que sais-je, PUF, Paris, 2004.
  • Americo Nunes, Les révolutions du Mexique, Flammarion,‎ 1975
  • H. B. Parkes (trad. J. Soustelle), Histoire du Mexique, Payot,‎ 1939
  • Bernard Oudin, Villa, Zapata et le Mexique en feu, Gallimard,‎ 1989
  • Manuel Plana (trad. Bruno Gaudenzi), Pancho Villa et la révolution mexicaine, Casterman,‎ 1993
  • Jesús Silva Herzog (trad. Raquel Thiercelin), La Révolution mexicaine, Maspero,‎ 1977
  • Paco Ignacio Taibo II (trad. Claude Bleton), Pancho Villa. Roman d'une vie, t. 1, Payot,‎ 2012
  • John Womack (trad. FrédéricIllouz), Emiliano Zapata, La Découverte,‎ 1997
  • S. Zavala, Aperçus sur l’histoire du Mexique, Société des langues néo-latines, Paris, 1963.
  • Pier Francesco Zarcone, Les anarchistes dans la révolution mexicaine, Anarkismo, 3 mars 2005, texte intégral en espagnol, traduction en français.
  • Israël Renov, Les anarchistes et la révolution mexicaine, Noir & Rouge, n°24, mai-juin 1963, texte intégral.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]