Révolution mexicaine

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Révolution de 1910 et guerre civile mexicaine
Collage réalisé à partir de plusieurs photographies ou parties de photographies prises après le départ de Díaz en 1911
Collage réalisé à partir de plusieurs photographies ou parties de photographies prises après le départ de Díaz en 1911
Informations générales
Date 1910-1920
Lieu Drapeau du Mexique Mexique
Issue Démission et départ en exil de Porfirio Díaz pour La Corogne puis Interlaken, Paris, Saint-Sébastien, Madrid, Saragosse, Munich, Biarritz, Le Caire, Naples, Rome, il mourut peu après son arrivée à Paris en 1915[1]
Convention d'Aguascalientes entre les chefs révolutionnaires.
Constitution de 1917.
Assassinats de Madero, Zapata, Venustiano Carranza, Francisco Villa. Fondation du Partido Nacional Revolucionario (PNR) en 1929 Parti national révolutionnaire, devenu en 1946 le PRI.

La Révolution mexicaine (en espagnol Revolución mexicana) est une insurrection armée, menée par Francisco Madero avec l'aide politique et financière des États-Unis et de leur ambassadeur au Mexique Henry Lane Wilson (en)[2],[3],[4] qui commence officiellement le 20 novembre 1910, en réaction à la longue période présidentielle du général Porfirio Díaz et qui se termine avec le départ de celui-ci le 27 mai 1911.

Elle est suivie d'une guerre civile entre factions révolutionnaires qui culmine officiellement avec la promulgation d'une nouvelle constitution en 1917.

Les prémices[modifier | modifier le code]

Les premières raisons qui poussent à la révolution sont :

  • La hausse des prix des biens de consommation courante et la forte diminution des salaires réels.
  • Les lois de colonisation et celles dites « des terres incultes » (à la suite des lois de Réforme promulguées dès 1855 et 1856) par Miguel Lerdo de Tejada et Benito Juárez et la Constitution de 1857.
  • L'expropriation avec indemnisation du plus grand propriétaire terrien du pays : l'Église. Le but de cette loi étant de mettre à disposition de l'économie mexicaine des terres mal exploitées ou inutilisés. Les propriétés de l'Église sont vendues par le gouvernement aux spéculateurs et grands propriétaires au profit de l'État mexicain, au détriment des petits propriétaires qu'elle finit par ruiner, car ils n'ont pas les moyens d'acquérir de nouvelles terres pour rendre leurs exploitations rentables et concurrentielles. De plus, les nouvelles lois en vigueur, celle du gouvernement de Juárez, ne reconnaissent pas les propriétés collectives des villages qui sont peu à peu absorbées par les grandes entreprises agricoles.
  • L'effondrement du cours de l'argent métal qui passe de 1 à 16, par rapport à l'or avant 1870, à 1 à 39 en 1904, ce qui fait perdre plus de la moitié du pouvoir d'achat aux salariés payés en pesos argent.
  • La panique bancaire américaine de 1907.

Les frères Flores Magón, surtout Ricardo, avec l'aide du Parti libéral mexicain (PLM) créent, le 7 août 1900 à Mexico, le journal anti-porfiriste et porte-parole du PLM  : Regeneración[5]. Se déclarant anarchiste, il est un important précurseur de la révolution.

Le 2 avril 1903, ont lieu à Puebla des manifestations commémorant la victoire sur les Français. Les libéraux y participant et sortent des pancartes reprenant le slogan de Porfirio Díaz à ses débuts : « Suffrage effectif - Pas de réélection ». Cela dégénère en manifestation contre le gouvernement[6].

En ce qui concerne le PLM, il publie son « manifeste-programme[7] » le 1er juillet 1906 :

  1. Dans les écoles primaires, le travail manuel devra être obligatoire.
  2. Les maîtres de l'enseignement primaire devront être mieux payés.
  3. Les ejidos et des terres en friches seront restituées aux paysans.
  4. Fondation d'une banque agricole.
  5. Les étrangers ne pourront acquérir des biens immobiliers, sauf s'ils acquièrent la nationalité mexicaine.
  6. La journée de travail sera de huit heures et le travail des jeunes enfants sera interdit.
  7. Un salaire minimum devra être fixé, tant à la ville qu'à la campagne.
  8. Le repos dominical sera considéré comme obligatoire.
  9. Les magasins de vente (tiendas de raya) seront abolis sur tout le territoire.
  10. Il devra être accordé des pensions de retraite et des indemnités pour les accidents de travail.
  11. Une loi devra être édictée pour garantir les droits des travailleurs.
  12. La race indigène devra être protégée.

La majorité des membres du gouvernement est âgée de plus de 60 ans ; et la rupture est marquante entre la jeunesse de la population et l'âge de l'équipe gouvernementale[8]. De plus, Díaz ayant démilitarisé le pays, il ne reste que dix-huit mille soldats avec des généraux de plus de 70 ans, pour dix millions d'habitants.

Alors que les diplômés se multiplient, les débouchés sont de moins en moins présents. Les petits fonctionnaires mécontents mettent leurs espoirs dans une révolution[9], un renouvellement des cadres, mais pas dans un changement social, leur espoir réside surtout dans un avancement de leur carrière.

Avant la révolution, plusieurs événements montrent la volonté de changement. Notamment avec le général Bernardo Reyes qui est l’unique espoir des mécontents mais aussi des ambitieux qui cherchent une place au gouvernement en 1908[10]. Díaz lance contre lui les Cientificos et l’envoie en Europe pour une mission. La vice-présidence revient donc à Corral, déjà à ce poste depuis 1904[11].

Un des événements les plus connus est l’affaire Creelman[12]. En 1908, après avoir obtenu l’accord Díaz, le mensuel américain Pearson’s Magazine l'envoie l’interviewer. Dans cet interview, il prétendait envisager de ne pas se présenter pour les élections de 1910 et créer un parti d’opposition[13]. Cette interview contribue à agiter les esprits et notamment celui d’un propriétaire foncier venant de l'État de Morelos, Emiliano Zapata.

Les divers partis politiques sont :

  • Le parti ré-électioniste ;
  • Le parti reyiste (partisan du général Reyes comme vice-président) ;
  • Le parti national porfiriste, tous en faveur de Díaz ;
  • Le parti anti-réélectioniste fondé par Francisco I. Madero.

Le parti national démocratique, seul parti à osciller entre le pouvoir et l'opposition[14].

En janvier 1907[15], les grèves dans l'industrie textile dans les États de Veracruz de Tlaxcala et de Puebla se terminent par les massacres de Rio Blanco, à Veracruz, qui fait près de 200 morts. Dès 1908 des soulèvements ont lieu, principalement dans les États de Sinaloa, Yucatán, Coahuila. Ce dernier État où se soulève à Viesca le 24 juin 1908 avec Benito Ibarra, et Chihuahua qui est le fait des frères Florés Magón, José Inés Salazar, Praxedis Guerrero, et Francisco Manrique. Ces révoltes en armes obéissent directement au manifeste de Saint-Louis dans le Missouri et aux plans du parti Libéral[16].

La montée de Madero[modifier | modifier le code]

En décembre 1908, un livre intitulé  : La sucesión présidencial en 1910 paraît avec comme sous-titre  : « El Partido Nacional Democratico ». L’auteur de ce livre est Francisco Ignacio Madero. L’idée centrale de ce livre est la non-réélection du président et le suffrage universel[17]. C'est l'affaire Creelman qui l'encourage à publier son livre[18]. Le 22 mai 1909, Francisco Madero fonde le Parti anti-réélectionniste à Mexico[19]. Le 15 avril, l’Assemblée nationale anti-réélectionniste se réunit et élit candidat à la présidence Madero et à la vice-présidence, Francisco Vásquez Gómez. Dix jours plus tard, leur programme sort avec le slogan « Suffrage effectif, pas de réélection »[19]. Il se lance alors dans une grande campagne contre Díaz. Malgré sa petite taille, sa voix suraiguë et ses tics nerveux, il récolte un réel succès[20]. Le gouvernement réprime cette campagne en l’accusant de monter l’opinion publique contre le président en place et l’arrête à Monterrey dans la soirée du 16 juin[21] 1910, quelques jours avant le vote[22]. Madero est détenu à San Luis Potosí. Le résultat des élections du 26 juin donne la victoire à Díaz[22] et Corral à la vice-présidence[23]. S’en suivirent des fêtes somptueuses pour fêter l’indépendance et le quatre-vingtième anniversaire du président[24]. Après 45 jours de détention, Madero est libéré sous caution et assigné à une résidence surveillée[25]. Mais durant la nuit du 5 au 6 octobre, il s’enfuit à San Antonio, au Texas, où il rejoint ses partisans. Là-bas, il rédige le Plan de San Luis Potosí, daté pourtant du 5 octobre[25]. Dans ce plan de San Luis Potosí, Madero proclame la nullité des élections, la non-réélection et sa présidence provisoire[26]. Ce plan devient vite le programme de la révolution. Il fixe la date de l’insurrection au 20 novembre. Dans son plan, Madero fait des promesses concernent la restitution des terres collectives appartenant aux villages du Morelos. Ce sont ces promesses qui, selon Silva Herzog, vont décider Zapata à s’engager dans la révolution[25].

Début de la Révolution[modifier | modifier le code]

Le 13 novembre, par crainte de révoltes, les autorités mexicaines procèdent à des vagues d’arrestations de madéristes à Mexico. Cinq jours plus tard, la police encercle la maison d’Aquiles Serdán. Dans sa maison, se trouve un important dépôt d’armes et de munitions afin de préparer la révolution. Après une vaine résistance de plusieurs heures, ses amis et lui sont tués[27]. Sa mort semble marquer l’arrêt de la révolution mais, à la date prévue, le 20 novembre, Pascual Orozco prend les armes avec un groupe de mineurs, les «Drapeaux rouges» ou «colorados», tandis que Francisco Villa, un ancien voleur de bétail et chef de bandits[28], est recruté par Madero (contre la promesse de l'oubli de ses fautes et un grade de colonel) près de la ville de Chihuahua[27]. Madero, désespéré, apprit cette nouvelle alors qu’il s’apprête à partir pour l’Europe[29]. La révolte reste néanmoins sporadique[30]. En février 1911, Madero rentre au Mexique et le mois suivant, Emiliano Zapata se soulève pour obtenir la restitution des terres communales confisquées ou achetées à bas prix par les propriétaires terriens du Morelos.

Le 8 mai, les chefs militaires madéristes, dont Orozco et Villa, concentrent leurs troupes et marchent sur Ciudad Juárez[27]. Le 10 mai, après trois jours de combat, Ciudad Juárez tombe aux mains des madéristes[31]. C’est une victoire purement symbolique car cette ville n’est qu’une petite bourgade au Nord, non loin de la frontière et à des milliers de kilomètres de la capitale[32]. C’est avant tout une défaite morale[27]. Selon Jean Meyer, la décision de Díaz était déjà prise. En effet, selon lui, Díaz avait peur de l’intervention des États-Unis qui avaient apporté leur soutien à Madero[33].

Le 15 mai est prise la ville de Torreón où les troupes de Francisco Villa massacrent 303 habitants d'origine chinoise, soupçonnés d'avoir aidé l'armée fédérale.

Le 21 mai, un accord est signé entre les madéristes et les fédéraux dans l’Hôtel des Douanes de Ciudad Juárez. Cet accord, qui met fin aux combats, prévoit la démission de Porfirio Díaz et la constitution d’un gouvernement provisoire. Quatre jours plus tard, Porfirio Díaz et Corral démissionnent et le 27 mai, Díaz embarque à bord de l’Ypiranga de Veracruz pour embarquer pour Le Havre[27]. Díaz voulait en quittant le pays lui éviter une guerre civile ainsi que l'intervention militaire des États-Unis, favorables à Madero.

Après le départ de Díaz[modifier | modifier le code]

Entre-temps, un cabinet provisoire est formé et Francisco León de la Barra assure la présidence par intérim, du 26 mai au 6 novembre, afin de convoquer des élections[34]. Après une marche triomphale, Madero arrive le 7 juin à Mexico[31]. L’ambassadeur américain Harry Lane Wilson, ayant joué un grand rôle dans la chute de Díaz, écrivait à son arrivée « La révolution n’est pas terminée, Madero tombera bientôt. »[35].

Le 9 juillet, il décide de dissoudre le Parti anti-réélectionniste et de créer le Parti constitutionnel progressiste. Au moins, l’assemblée de ce parti décide de désigner Madero comme candidat à la présidence et Pino Suárez à la vice-présidence, en remplaçant Francisco Vásquez Gomez[36]. En attendant les élections, un gouvernement provisoire est dirigé par Francisco León de la Barra, ancien gouverneur de l'État de Mexico.

La présidence éphémère de Madero[modifier | modifier le code]

Le 6 novembre[36], il est élu avec 90 % des voix, tandis que Pino Suárez récolta les deux tiers des voix, le reste allant à de la Barra, le candidat du parti Catholique[37]. Fin novembre, Zapata, déçu par la lenteur du gouvernement madériste à rendre aux villageois les terres communales accaparées par les propriétaires terriens, se soulève en proposant son plan de Ayala. Madero envoie le général Victoriano Huerta dans l'État de Morelos réprimer les partisans de Zapata. En décembre, le général Reyes se révolte ainsi qu’Orozco en janvier 1912[18]. La présidence de Madero tourne court pour plusieurs raisons. La classe moyenne au pouvoir est presque ignorante au point de vue politique tandis que les porfiristes essaye de les contrôler. On reproche également à Madero d’avoir été trop modéré par rapport aux porfiristes[35].

La décade tragique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Décade tragique.

Après une présidence de 16 mois, Madero est confronté au général Victoriano Huerta qui, pour le renverser, complote avec Henry Lane Wilson. La fin de Madero s’étend sur ce qu’on appelle la decena trágica. Un coup d’État est déclenché le 9 février par un groupe de militaires[38]. Le 18 février, le président est arrêté dans le palais présidentiel. Dans la nuit du 22 février, il est assassiné par balle avec son vice-président[18]. Selon la version officielle, ils ont été tués lors d’une tentative d’évasion[39].

Dictature et chute de Huerta (1913 - 1914)[modifier | modifier le code]

Huerta, à gauche, et Orozco, à droite

L'accession au pouvoir de Huerta ne résout rien. Le seul ralliement notable au dictateur est celui de Pascual Orozco.

Opposition de Venustiano Carranza[modifier | modifier le code]

Ex-sénateur porfiriste de l'État septentrional de Coahuila et gouverneur au moment de l'éviction de Madero, Venustiano Carranza est un admirateur de Benito Juarez et un partisan de l'application stricte de la Constitution libérale de 1857. Le 4 mars 1913, il forme l'armée constitutionnaliste (Ejército Constitucionalista), qui tire son nom de cette volonté affichée de respecter la légalité constitutionnelle. Le 26 mars, il publie le plan de Guadalupe, suivi de plusieurs décrets :

  • Décret no 1 du 20 avril : reconnaît les grades de tous ceux ayant combattu dans les armées madéristes, ainsi que ceux des militaires de l'armée fédérale, sauf ceux qui ont participé au soulèvement de Felix Díaz à Veracruz en octobre 1912 et au coup d'État de février 1913.
  • Décret no 2 du 24 avril : désavoue toutes les dispositions et actes qui auraient émané ou qui émaneraient du gouvernement de Victoriano Huerta, de même que des gouvernements locaux.
  • Décret no 3 du 26 avril : autorise l'émission de 5 millions de pesos en papier monnaie ayant cours légal et de circulation forcée.
  • Décret no 4 du 15 mai  : ressuscite la terriclova, reconnaît aux propriétaires tant mexicains qu'étrangers le droit de réclamer, après victoire des révolutionnaires, des indemnités correspondant aux dommages occasionnés pendant la révolution madériste ainsi que de la lutte qui commence.
  • Décret no 5 du 14 mai  : ressuscite la loi Juárez du 25 janvier 1862 contre les traîtres à la patrie, dans le but de l'appliquer aux auteurs du coup d'État de la Ciudadela. Cette loi ne prévoit que deux peines  : huit ans de prison ou la mort.
  • Décret no 6 du 4 juillet  : organise l'armée constitutionnaliste en sept corps avec chacun leur nom et leur zone d'opérations.

Doué de flair politique, Carranza n'a aucun talent militaire. Il est bientôt obligé de quitter le Coahuila et de gagner l'État de Sonora où il établit un gouvernement. Il y fait alliance avec Álvaro Obregón, qui se révèle un brillant stratège doublé d'un politicien froid et dissimulateur. Obregón parvient à discréditer le général Felipe Angeles, son rival parmi les carrancistes. À la tête de 6 000 hommes, dont 2 000 indiens Yaquis, il mène la vie dure aux troupes fédérales dans la région. À la fin de l'hiver 1913-14, il contrôle la plus grande partie de l'État de Sonora.

Retour de Pancho Villa[modifier | modifier le code]

Lorsque Pancho Villa, exilé au Texas, apprend la mort de Madero, il décide de rentrer au Mexique. Le 9 mars 1913, il franchit le Rio Grande à la tête de seulement huit hommes [40]. Il se lance dans la guérilla dans l'État de Chihuahua, dans le nord du pays. Il gagne progressivement la sympathie de la population en s'attaquant aux grands propriétaires, tout en évitant soigneusement de s'en prendre aux Américains, pour ne pas s'aliéner le soutien du président Woodrow Wilson[41]. D'autres groupes de guérilleros se joignent à lui et, à la fin du mois de septembre 1913, à la tête d'une force importante, connue sous le nom de División del Norte, il se sent suffisamment fort pour s'attaquer à la ville de Torreón, un nœud ferroviaire[42].

La prise de la ville consacre sa renommée[43],[44]. Il a mis la main sur d'importantes quantités d'armement, mais surtout du matériel ferroviaire, qui lui permet de se déplacer rapidement dans le nord du pays. Il impose à ses troupes une discipline stricte, qui rassure la population et les résidents américains. Après un échec devant Chihuahua, il s'empare de la ville de Ciudad Juárez au moyen d'une ruse[45]. Huerta, qui prend maintenant la menace au sérieux, envoie contre lui une force supérieure. Du 24 au 25 septembre 1913, Villa remporte cependant la bataille de Tierra Blanca. Après cette victoire particulièrement sanglante - des 12 000 soldats fédéraux engagés, quelque 6 000 sont tués[46] -, il est maître de l'État de Chihuaha et le 8 décembre 1913, il est désigné comme gouverneur par les constitutionnalistes.

Au printemps 1914, l'Ejército del Norte est une machine de guerre bien rodée. Villa attaque la ville de Torreón, que les troupes de Huerta doivent évacuer le 3 avril. Les premières frictions se produisent entre Villa et Carranza, deux hommes que beaucoup de choses séparent : l'âge mais aussi le tempérament. Carranza est froid et calculateur, tandis que Villa est impulsif et émotionnel[47]. Par ailleurs, les manifestations d'indépendance de Villa irritent Carranza, qui le considère comme un rival potentiel.

Guérilla d'Emiliano Zapata[modifier | modifier le code]

Zapata n'a aucune raison de renoncer à son objectif de récupération des terres villageoises selon le Plan de Ayala (es) et le réaffirme dans deux communiqués, le 2 et le 4 mars 1913. Il poursuit la guérilla dans le Morelos et fait exécuter les émissaires que lui envoie Victoriano Huerta. Ce dernier confie la répression au Morelos au général Juvencio Robles. Robles sème la terreur, regroupant les villageois dans les grandes villes et incorporant de force dans l'armée fédérale les hommes en âge de porter les armes[48]. Le seul résultat est de gonfler les rangs des zapatistes. Le 30 mai 1913, Zapata institue une junte de six membres, dont il est le président et le commandant en chef. En août 1913, face à une offensive de Robles qui s'empare de son quartier-général à Huautla, Zapata poursuit la lutte dans les États voisins de Puebla et du Guerrero. Le limogeage de Robles n'améliore pas la situation de Huerta. Le 24 mars 1914, Zapata s'empare de la ville de Chilpancingo, capitale de l'État de Guerrero[49].

Intervention des États-Unis à Veracruz[modifier | modifier le code]

Le 9 avril 1914, des soldats fédéraux arrêtent des marins d'un navire de guerre américain dans le port de Tampico. Cet incident dégénére rapidement. L'amiral américain Henry Mayo exige des excuses, mais le président Huerta lui oppose une fin de non-recevoir. Les États-Unis se servirent alors de cet incident pour intervenir dans le conflit entre les troupes constitutionnalistes de Venustiano Carranza et le gouvernement de Huerta. La nouvelle administration de Woodrow Wilson n'est pas favorable à Huerta et a momentanément cessé d'approvisionner en armes les belligérants. Pour contourner cela, le gouvernement huertiste cherche d'autres fournisseurs et doit recevoir des armes et des munitions achetées par l'intermédiaire du vice-consul de Russie Léon Rast, celles-ci arrivant à Veracruz depuis Odessa via Hambourg, sur le paquebot allemand SS Ypiranga (en)[50].

Pour empêcher la livraison d'armes, une flotte de 44 navires des États-Unis[51],[52] (dont les cuirassés Florida, Utah, Rochester, New York, Texas, Montana, Indianapolis, Dakota et la canonnière Prairie)[53] placée sous le commandement du contre-amiral Frank Friday Fletcher (en)[51],[54] cerne le port de Veracruz ; les marines y débarquent le 21 avril 1914 et l'occupent après un bref combat qui fera entre 152 et 172 morts et entre 195 et 250 blessés du côté mexicain, et 17 morts et 61 blessés du côté des marines[55]. 150 civils mexicains auraient été tués[56] et de nombreux blessés chez les civils non comptabilisés.

Le SS Ypiranga sera brièvement bloqué, avant que la Navy des États-Unis ne laisse partir le navire pour respecter les lois internationales, après les protestations de l'ambassadeur d'Allemagne à Washington[57]. L'Ypiranga finit par décharger sa cargaison d'armes à Puerto México, l'actuelle Coatzacoalcos, le 26 mai 1914[58]. La cargaison, consistant selon un rapport du département de la Justice des États-Unis[59] en 15 770 caisses contenant entre autres des munitions de divers calibres, 250 000 fusils, 20 mitrailleuses, et d'une valeur totale de 607 000 dollars or, est acheminée par train jusqu'à la capitale[60] et finalement livrée au gouvernement de Huerta.

L'occupation de Veracruz dure jusqu'au 23 novembre 1914[50], plusieurs mois après le départ de Huerta.

Chute de Huerta[modifier | modifier le code]

Le président Wilson veut exploiter l'affaire de Veracruz pour obtenir le départ de Huerta par des voies diplomatiques. Avec trois autres pays (l'Argentine, le Brésil et le Chili) qui ont offert leurs bons offices, il entame le 20 mai 1914 à Niagara Falls en territoire canadien, des négociations avec Huerta en l'absence des constitutionnalistes. Elles n'aboutissent finalement pas, vu l'évolution de la situation militaire sur le terrain.

Sur le terrain, l'étau s'est resserré autour de Huerta, Carranza s'efforce d'éviter que Villa ne soit le premier à entrer dans Mexico. Dans un premier temps, il lui ordonne de s'emparer de Saltillo, la capitale du Coahuila. Villa renâcle mais obtempère, puis se dirige à nouveau vers le sud. Le 23 juin 1914, après plusieurs jours de combat, il remporte à Zacatecas une victoire qui lui ouvre la route de Mexico. Carranza coupe alors l'approvisionnement de Villa en charbon, indispensable pour mener ses troupes à Mexico par le train. Les envoyés de Carranza et Villa se rencontrent à Torreón. Le 8 juillet, ils conviennent que Villa reconnaît Carranza comme «Primer Jefe» de la révolution tandis que Villa garde le commandement de la Division del Norte, que Carranza est président intérimaire après la victoire et qu'aucun chef révolutionnaire n'est candidat aux élections présidentielles à venir. C'est le «Pacte de Torreón»,

En avril 1914, Obregón commence à progresser vers le sud le long de l'océan Pacifique. Il évite les assauts frontaux, laissant de côté les villes occupées par des garnisons fédérales, qu'il se contente d'encercler. Au début du mois de juillet, il obtient une victoire significative à Orendain, puis occupe la ville de Guadalajara, évacuée par les troupes fédérales.

Le 15 juillet 1914, Huerta, aux abois, abandonne la présidence. Il quitte le Mexique à destination de la Jamaïque, puis de Barcelone. Francisco Carbajal assure la présidence par intérim. Il essaie de négocier un transfert de pouvoir avec Pancho Villa, qui refuse, puis avec Emiliano Zapata, en échange de la reconnaissance du plan d'Ayala, mais Zapata, qui a atteint les faubourgs de Mexico, rejette également cette proposition[61]. Le 12 août, Carbajal quitte le Mexique à son tour. Le 13, à Teoloyucan, Obregón rencontre Eduardo Iturbide, le gouverneur de Mexico et accepte la reddition de la ville. Une des clauses de l'accord prévoit que les troupes fédérales occuperont leurs positions face aux zapatistes jusqu'à l'arrivée des troupes constitutionnalistes[62]. Obregón fait son entrée à Mexico le 15.

Villa, Zapata, Obregón et Carranza  : guerre entre factions révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

Le 16 août 1914, Venustiano Carranza fait à son tour son entrée à Mexico. Les carrancistes y sont en position de force, puisque les troupes d'Obregón occupent la capitale et en interdisent l'entrée aux zapatistes. Carranza redoute à juste titre une alliance entre Zapata et Villa, qui ont déjà eu des contacts. Les contacts entre carrancistes et zapatistes se heurtent à un obstacle difficilement surmontable : le point 3 du plan d'Ayala désigne Zapata comme chef de la révolution, tandis que, de son côté, Carranza s'en considère comme le «primer jefe». Au mois de septembre 1914, le climat de méfiance entre les chefs révolutionnaires s'exacerbe. Obregón, qui s'est rendu à Chihuahua pour régler un différend dans l'État de Sonora, manque par deux fois d'être fusillé sur l'ordre de Villa, qui l'accuse de duplicité. Le 1er octobre 1914, Carranza convoque à Mexico la «convention des représentants des gouverneurs et des commandants des unités de l'armée constitutionnaliste». Sous la pression de certains généraux, qui souhaitent éviter un affrontement entre Carranza et Villa, il est décidé qu'elle se poursuivra en terrain neutre, à Aguascalientes[63].

Convention d'Aguascalientes[modifier | modifier le code]

Le 10 octobre 1914, la convention commence ses travaux à Aguascalientes au théâtre Morelos. La convention se déclare souveraine. On peut grosso modo diviser les participants en trois groupes : les villistes, les carrancistes et les «indépendants», bien qu'aucun des trois ne soit vraiment homogène[64]. Ce sont les «indépendants» qui émettent l'idée d'inviter à la convention des représentants zapatistes. Bien que Zapata ait initialement montré quelques réticences[65], le 22 octobre, il finit par envoyer à Aguascalientes un groupe d'intellectuels zapatistes, qui convainquent les autres délégués d'adopter tacitement les principaux points du plan d'Ayala. Obregón manœuvre de manière à devenir l'arbitre de la convention. Il est à l'origine, avec Felipe Angeles, d'une proposition présentée le 30 octobre : démettre Carranza, retirer à Villa le commandement de la Division del Norte et désigner un président par intérim[66]. Le1er novembre 1914, Eulalio Gutiérrez est élu président provisoire par la Convention. Carranza, qui a déployé en vain des manœuvres dilatoires et entend soumettre sa démission à certaines conditions, quitte Mexico le 2 novembre pour la ville de Cordoba. Il finit par être déclaré rebelle par la convention le 10 novembre. Obregón, qui considère ceci comme un échec, se rallie à Carranza. La rupture entre les dirigeants révolutionnaires est consommée. Le mouvement est maintenant divisé en «institutionnalistes» et en «conventionnalistes»[67].

Alliance éphémère de Villa et de Zapata[modifier | modifier le code]

Le 24 novembre 1914, les derniers soldats de Carranza quittent Mexico pour le port de Veracruz, que les américains ont évacué la veille. Le même soir, les troupes de Zapata entrent dans la capitale. La bourgeoisie de la capitale, qui craignait les pires débordements, est stupéfaite. Les paysans-soldats de Zapata, « ne pillèrent ni ne saccagèrent, écrit John Womack, mais errèrent dans les rues comme des enfants perdus, frappant aux portes pour demander à manger »[68]. Les troupes de Villa arrivent à leur tour dans les faubourgs de la capitale le 28. Les deux leaders conviennent de se rencontrer le 4 décembre 1914 à Xochimilco. Il reste de la rencontre un compte-rendu, souvent cité, d'un observateur américain, Leon Canova, qui met en relief le contraste saisissant entre les deux hommes : Zapata, le dandy élégant et Villa, en tenue militaire négligée. Les entretiens débutent dans un climat de méfiance, puis les deux hommes se mettent d'accord en termes très généraux : opposition à Carranza et nécessité d'une réforme agraire. Le 6, ils se rencontrent pour la deuxième et dernière fois au palais national de Mexico. C'est l'occasion d'une photo célèbre, sinon la plus célèbre de la révolution : Zapata assis, le regard sombre, à côté d'un Villa jovial installé dans un fauteuil présidentiel[69]. Au-delà de l'anecdote, cette alliance éphémère est vouée à l'échec. Le champ d'action de Zapata, dont les troupes sont mal équipées et que Villa rechigne à approvisionner en armes et en munitions[70], est largement limité au Morelos et à ses environs. En cette fin d'année 1914, Villa est considéré comme le vainqueur probable de la guerre civile. Pourtant, face aux carrancistes, les forces conventionnalistes souffrent d'un défaut qui se révélera fatal : l'absence d'un commandement unique et centralisé[71]. Par ailleurs, le climat politique est délétère : les rapports de Villa avec le président Gutiérrez se détériorent et la rupture est proche.

Succès militaires d'Obregón[modifier | modifier le code]

Faisant fi de l'avis de Felipe Angeles, le meilleur stratège parmi ses lieutenants[72],[73], qui lui suggère d'attaquer le port de Veracruz, où Carranza, fort affaibli, s'est réfugié, Villa prend une décision : il quitte la capitale pour réduire les poches de résistance carrancistes dans le nord et l'ouest. Obregón, qui s'est réconcilié avec Carranza, se trouve à la tête des troupes constitutionnalistes, il saisit les occasions que ses adversaires lui offrent. Comme les troupes zapatistes ont abandonné la ville de Puebla, il occupe la ville le 5 janvier 1915 sans rencontrer beaucoup de résistance. Ensuite, il occupe Mexico que Villa a abandonnée, séparant ainsi les villistes des zapatistes. Carranca a l'habileté de faire des concessions politiques et d'adapter son programme : le 6 janvier 1915, il promulgue une loi de réforme agraire. Sa portée est limitée mais elle atteint son but : aliéner une partie de la base paysanne de Villa. Il se rapproche également des ouvriers de la Casa del Obrero Mundial, qui concluent avec lui un pacte prévoyant notamment la création de six «Bataillons Rouges», qui participeront aux batailles contre Zapata.

D'avril à juillet 1915, les batailles les plus sanglantes de la révolution mexicaine vont se livrer au centre du Mexique, entre Querétaro et Aguascalientes. Le chemin de fer, qui permet l'acheminement en hommes et en munitions, joue un rôle déterminant. Villa manque de munitions - un fait souvent avancé pour expliquer les défaites qu'il subira - mais les lignes d'approvisionnement d'Obregón sont étirées et vulnérables. Villa n'en tirera pourtant pas parti pour les couper, ou alors trop tard.

Obregón, qui a étudié les batailles de la Première Guerre mondiale, qui fait rage en Europe au même moment, mettra en application les enseignements qu'il en a tirés. Villa, aveuglé par son mépris pour Obregón qu'il appelle «El Perfumado» (le Parfumé)[74], ne prend pas la mesure de son adversaire. Il s'en tient à sa méthode habituelle, l'offensive, et disperse ses forces tandis qu'Obregón pratique la défensive et concentre ses troupes.

Obregón fait mouvement vers le nord et transforme la ville de Celaya en camp retranché. Lors de la première bataille de Celaya, les 6 et 7 avril, ses troupes ont creusé des tranchées protégées par des barbelés et fauchent à la mitrailleuse les charges frontales de cavalerie que Villa a lancées contre les positions adverses sans attendre l'artillerie de Felipe Angeles. Lors de la deuxième bataille de Celaya, les 14 et 15 avril, Villa, qui n'a rien appris, revient à la charge avec des résultats encore plus désastreux. La lutte a pris un caractère inexpiable : au terme de la bataille, Obregón fait fusiller tous les officiers villistes qu'il a capturés[75]. Villa se retire alors vers le nord, poursuivi par son adversaire. Lors d'une troisième bataille, à Trinidad, les adversaires s'observent et se livrent à des escarmouches du 29 avril au 2 juin. Villa décide finalement d'attaquer. Obregón, dont le bras droit est emporté par l'explosion d'un obus, est à deux doigts de la défaite et faillit se suicider[76]. Mais le 5, ses troupes lancent une contre-offensive victorieuse. La dernière bataille a lieu à Aguascalientes. Elle commence dans de mauvaises conditions pour Obregón, encerclé dans le désert et manquant de munitions et de vivres. Le 10 juillet, il rompt pourtant l'encerclement et met les villistes en déroute.

Les défaites de Villa ont anéanti son aura d'invincibilité et entamé sa crédibilité financière. La valeur du papier-monnaie qu'il a émis dans les zones qu'il contrôle, s'effondre. Villa a de plus en plus de difficultés à se procurer des armes et des munitions, d'autant plus que les prix ont augmenté à cause de la guerre en Europe. Financièrement aux abois, il en est réduit à pressurer les hommes d'affaires de la zone qu'il occupe encore en les contraignant à lui accorder des prêts. Les sociétés étrangères, notamment américaines, qu'il a toujours ménagées, n'apprécient guère. De leur côté, les carrancistes ont des atouts non négligeables : ils contrôlent les ports de Veracruz et de Tampico, par où ils peuvent exporter du pétrole et du sisal, qui leur assurent d'importantes rentrées financières.

Déclin du villisme[modifier | modifier le code]

Villa est progressivement abandonné par ses lieutenants et ses conseillers, notamment Felipe Angeles, qui se réfugie aux États-Unis[77]. Il fait exécuter un des ses plus proches collaborateurs, Tomás Urbina, lorsque celui-ci veut se retirer dans son hacienda[78]. Sous la pression des armées carrancistes, Villa se replie vers le nord, et quitte l'État de Chihuahua. En novembre 1915, avec les quelque 12 000 hommes qui lui restent[79], il franchit les cols de la Sierra Madre et passe dans l'État de Sonora, où il pense pouvoir rejoindre son allié le gouverneur Maytorena et poursuivre la lutte dans de meilleures conditions. Il lance ses troupes à l'assaut de la ville-frontière d'Agua Prieta, dont la garnison carranciste est commandée par le futur président Plutarco Calles. Ce dernier a reçu des renforts que les autorités américaines ont autorisés à transiter par le territoire de l'Arizona[80]. L'assaut est un échec sanglant, tout comme celui contre Hermosillo, la capitale du Sonora. Villa se replie à nouveau vers le Chihuahua. Au cours de la retraite, la désintégration de la Division del Norte se poursuit.

Arrivé à Chihuahua, Villa, qui comprend que ses généraux ne le suivront plus et que la lutte organisée est devenue vaine, laisse tous ceux qui le souhaitent libres de s'en aller[81]. Le 20 décembre 1915, lui-même se retire dans les montagnes et reprend la guérilla[82].

Le 19 octobre 1915, les États-Unis ont reconnu de facto Carranza, qui, malgré son anti-américanisme leur paraît représenter la solution la plus rassurante dans l'imbroglio mexicain. Ils provoquent ainsi la colère de Pancho Villa, qui massacre des ressortissants américains au Mexique, puis organise le 9 mars 1916 un raid sur la ville-frontière américaine de Columbus dans le Nouveau-Mexique. La bataille de Columbus fait quelque cent morts parmi les troupes de Villa et dix-sept américains y perdent la vie[83],[84]. Le président Wilson envoie au Mexique une expédition punitive commandée par le général John Pershing.

Expédition punitive[modifier | modifier le code]

Le 15 mars 1916, Pershing pénètre en territoire mexicain à la tête de 5 000 hommes. Le président Wilson, qui ne souhaite pas déclencher une guerre avec le Mexique, a averti Carranza que l'expédition n'est pas le prélude à une annexion du pays. Les instructions de Pershing sont simplement de capturer Villa. L'expédition s'enfonce profondément dans l'État de Chihuahua dans un environnement difficile. Carranza, qui a officiellement rejeté la demande américaine s'abstient néanmoins de toute action armée contre les troupes américaines. Pershing se heurte par contre à l'hostilité de la population locale[85],[86]. Il quitte le Mexique en février 1917, sans être parvenu à capturer Villa.

Même si la tension a parfois été très grande et que les deux pays se sont trouvés un bref instant au bord d'une guerre en juin 1916, ni le président Wilson, ni Carranza, en dépit de son intransigeance officielle et sa rhétorique anti-américaine, ne la souhaitaient[87]. Pancho Villa, qui se pose en champion de la lutte contre l'envahisseur américain, est le principal bénéficiaire de la situation : son mouvement de guérilla connaît un regain d'activité[88].

Zapata dans le sanctuaire du Morelos[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1915, Zapata se tient à l'écart du combat sans merci entre les carrancistes et les villistes. Il contrôle l'État de Morelos et entreprend d'y mettre en œuvre son idéal de vie : une communauté de villages, libérés de l'emprise des propriétaires d'haciendas. La réforme agraire mise en œuvre par Manuel Palafox, qui est devenu secrétaire à l'agriculture dans le gouvernement conventionnaliste, ne se borne pas à la restitution des terres qui appartenaient jadis aux communautés villageoises [89]. Au Morelos, toutes les haciendas sont expropriées. Zapata fait appel à de jeunes agronomes pour arpenter et répartir les terres entre les villages. Ensuite, ces derniers peuvent les cultiver sous le régime communal ou les distribuer à des particuliers([90].

Le principal danger que constituait Villa étant écarté, Carranza peut se retourner contre Zapata. Il envoie le général Pablo Gonzalez au Morelos. Les zapatistes, mal armés, ne sont pas de taille à s'opposer à l'armée constitutionnaliste. Le 2 mai 1916, Gonzalez prend Cuernavaca, puis occupe progressivement le reste du morelos. Cette occupation s'accompagne d'atrocités. Lors de la prise de Tlaltizapan, il fait fusiller trois cents personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants.

Victoire et chute de Carranza (1916-1919)[modifier | modifier le code]

Un pays en proie au désordre[modifier | modifier le code]

En 1916, plus aucun chef de faction révolutionnaire n'est en mesure de contester le pouvoir de Carranza à l'échelon national, comme en témoigne la pragmatique reconnaissance de facto de son gouvernement par les États-Unis en octobre 1915[91].

Le Mexique est cependant loin d'être pacifié. De grandes parties du territoire échappent aux carrancistes. Non seulement ni Villa ni Zapata ne sont définitivement écrasés, mais bon nombre de leurs partisans deviennent des bandits de grand chemin, dont l'un des plus célèbres, José Inés Chávez García, un ancien villiste[92] qui sévit au Michoacan, et parvient à réunir une véritable armée de quelque deux mille hommes[93], capable de résister à l'armée régulière. Face à ces bandes qui font preuve d'une grande cruauté, les populations s'organisent localement en groupes appelés «défenses sociales» (Defensa Social)[94].

En 1916, profitant de ce désordre, Felix Díaz revient au Mexique et constitue en 1917 une véritable menace pour Carranza[95]. Il se propose d'unifier des groupes hétérogènes, parmi lesquels figurent bon nombre d'anciens porfiristes[96]. Actifs dans le sud du pays, ces groupes ont pour point commun de considérer les administrateurs carrancistes comme des intrus venus du nord[97].

Une nouvelle constitution[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Constitution mexicaine de 1917.

Du 20 novembre 1916 au 31 janvier 1917, Carranza réunit à Querétaro une assemblée constituante qui doit fournir un cadre légal à la révolution. Vu la situation confuse dans laquelle le pays est encore plongé, les élections chargées de désigner les députés ont un taux de participation très faible. La nouvelle constitution, qui s'inspire de celle de 1857[98], accroît notablement les pouvoirs du président, bien que son mandat ne soit pas renouvelable.

Une reconstruction difficile[modifier | modifier le code]

Le bilan économique de la guerre civile est contrasté selon les secteurs et la population n'en ressent les effets pleinement qu'en 1917, alors que les opérations militaires les plus importantes sont terminées.

Le secteur le plus touché est celui des transports. Alors que le Mexique possédait un excellent réseau ferroviaire sous Porfirio Díaz, la situation est catastrophique en 1917 : le dynamitage de trains et l'arrachage systématique de rails par les différentes factions, ainsi que les attaques de trains par des bandits, limitent le commerce intérieur et le ravitaillement des populations.

La situation monétaire est également très préoccupante. Toutes les factions ont émis leur propre monnaie pour financer leurs opérations et en ont rendu la circulation obligatoire dans les territoires qu'elles contrôlaient, entraînant une hyperinflation et provoquant la quasi disparition de la monnaie métallique. Même après avoir éliminé ses rivaux, Carranza n'arrive pas à maîtriser le problème. En mai 1916, il émet une nouvelle monnaie, le « peso infalsifiable », qui perd rapidement toute valeur. Cette hyperinflation accélère les bouleversements sociaux dus à la révolution : elle permet à certains entrepreneurs de s'enrichir et provoque la ruine d'une partie des classes aisées[99].

Chute de Carranza[modifier | modifier le code]

Carranza réussit à éliminer en 1919 le chef de l'armée du Sud, Emiliano Zapata, en le faisant assassiner, mettant ainsi fin à une longue guerre dans le Morelos. En juin 1919, à l'approche des élections présidentielles, Álvaro Obregón, son ancien ministre de la guerre et de la marine, qui s'était retiré dans son état natal de Sonora, présente sa candidature. Carranza, qui ne veut pas d'un militaire à la présidence[100], tente de lui barrer la route. Comme la constitution ne lui permet pas de se représenter, il appuie la candidature d'un personnage inconnu de tous, Ignacio Bonillas, qu'il pourra manœuvrer. Les tracasseries auxquelles Obregón est soumis par Carranza, pendant la campagne électorale, lui attirent la sympathie. Lorsqu'il est accusé de trahison, il se réfugie au Guerrero[101]. Le 23 avril 1920, les «Sonoriens» - Adolfo de la Huerta et Plutarco Elías Calles, tous deux natifs de l'état de Sonora, comme Obregón, auquel ils sont très liés - proclament le plan d'Agua Prieta appelant à renverser Carranza.

Abandonné par la plupart de ses partisans, Carranza prend le chemin de Veracruz pour y établir son gouvernement, pour la seconde fois. Il est tué le 21 mai 1920 après avoir abandonné son train immobilisé.

La prise de pouvoir d'Obregón[modifier | modifier le code]

Le 24 mai 1920, le congrès élit Adolfo de la Huerta président par intérim.

Ce dernier entama des négociations avec Pancho Villa et parvint à le convaincre de déposer les armes et de licencier les dernières troupes qui lui étaient encore fidèles en lui proposant en échange une rente à vie, la reconnaissance de son grade de général de division de l'armée fédérale et la propriété l'hacienda de Canutillo.

À l'élection présidentielle de septembre 1920, Álvaro Obregón fut élu avec plus d'un million de voix. Le 1er décembre 1920, il accéda officiellement au poste de président. Obregón assuma le pouvoir et démontra non seulement qu'il était un militaire habile en achevant de pacifier militairement la majeure partie du pays, mais aussi un politicien adroit qui fut le mandataire des multiples syndicats et centrales ouvrières[réf. nécessaire].

Obregón voulait se faire réélire, contrairement aux dispositions de la Constitution de 1917, mais il fut assassiné en 1928 par un extrémiste catholique. Il eut pour successeur le général Plutarco Elías Calles qui, en appliquant à la lettre la Constitution de 1917 et les lois sur la laïcité de la société qui en découlent, provoqua la réaction des conservateurs et des catholiques qui engendra la guerre des Cristeros (Guerra Cristera).

En mars 1929, Calles fonda le PNR qui deviendra plus tard le Partido Revolucionario Institucional (PRI), et qui se maintiendra à la présidence des États-Unis du Mexique pour plus de 70 ans.

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Le bilan des pertes humaines est estimé entre 500 000 et 1 million de morts, dont 200 000 combattants, pour une population de 16 millions d'habitants en 1910[102].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  5. Le journal se déplaça dans beaucoup de villes jusqu’en 1904 où il installa ses bureaux à Los Angeles jusqu'à ce que les autorités américaines le suppriment. Encyclopedia of Mexico, éd. Werner S. Michael, Dearborn, Chicago, 1997, pp. 492-493
  6. A. Nunes, Les Révolutions du Mexique, Flammarion, Paris, 1975, page 60
  7. pour le manifeste-programme entier (de 1 à 12) voir La Révolution mexicaine, Jesus Silva Herzog, FM/petite collection Maspero, Paris, 1977 (ISBN 2-7071-0191-5), page 54
  8. Meyer 1973, p. 15 et 33
  9. Ibidem, p. 16
  10. Ibidem, p. 28
  11. Ibidem, p. 29-30
  12. James Creelman est un journaliste américain né le 12 novembre 1859 à Montréal et décédé à Berlin le 12 février 1915.Dictionary of American biography, éd. Malone D., vol. 4, Londres, 1936, p. 533
  13. M. Humbert, Le Mexique, Que sais-je, PUF, Paris, 1976, page 106
  14. Luis Pazos, Historia sinóptica de México, Editorial Diana, Mexico, 1994 (ISBN 968-13-2560-5) page 109
  15. A. Nunes, op. cit., p. 57
  16. Silva Herzog Jesús, La Révolution mexicaine, trad. de l'espagnol par Thiercelin Raquel, Paris, Maspero, 1977, page 85 et suivantes
  17. A. Nunes, op. cit., p. 69
  18. a, b et c Encyclopedia of Mexico, p. 765-767
  19. a et b A. Nunes, op. cit., p. 70
  20. M. Plana, op. cit., 1993, p. 25 et 27
  21. Selon Americo Nunes, il aurait été arrêté le 7 juin pour incitation à la rébellion. A. Nunes, op. cit., p. 71
  22. a et b M. Plana, op. cit., p. 26
  23. Encyclopedia of Mexico, éd. Werner S. Michael, Dearborn, Chicago, 1997, pp. 765-767
  24. M. Humbert, Le Mexique, Que sais-je, PUF, Paris, 1976, p. 107
  25. a, b et c A. Nunes, op. cit., p. 71
  26. Meyer 1973, p. 37
  27. a, b, c, d et e A. Nunes, op. cit., p. 73
  28. M. Humbert, op. cit., p. 109
  29. H. B. Parkes, Histoire du Mexique, trad. Soustelle J., Paris, 1939, p. 329
  30. M. Plana, Pancho Villa et la révolution mexicaine, traduction de B. Gaudenzi, Casterman, s.l., 1993, p. 27
  31. a et b E. Jauffret, op. cit., p. 13
  32. Meyer 1973, p. 39
  33. Meyer 1973, p. 38 et 39
  34. Meyer 1973, p. 309
  35. a et b Meyer 1973, p. 40
  36. a et b A. Nunes, op. cit., p. 74
  37. Meyer 1973, p. 41
  38. M. Plana, op. cit., p. 30
  39. M. Plana, op. cit., p. 31
  40. Katz 1998, p. 206
  41. McLynn 2001, p. 169
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]