Guerre civile de 1994 au Yémen

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Page d'aide sur l'homonymie Pour la guerre civile entre royalistes et républicains (1962-1970), voir Guerre du Yémen.
Guerre civile de 1994 au Yémen
Carte du Yémen réunifié.
Carte du Yémen réunifié.
Informations générales
Date 4 mai - 7 juillet 1994
Lieu Sud du Yémen
Casus belli Réunification du Yémen
Issue Victoire du Yémen du Nord ; réunification finale du pays
Belligérants
Flag of Yemen.svg Yémen du Nord Flag of South Yemen.svg Yémen du Sud
Commandants
Flag of Yemen.svg Ali Abdallah Saleh Flag of South Yemen.svg Ali Salim al-Beidh
Forces en présence
36 000 hommes 24 000 hommes
Pertes
931 soldats et civils tués, 5 000 blessés[1]. 6 000 combattants tués
513 civils tués

La guerre civile au Yémen est un conflit ayant opposé les forces armées du Yémen du Nord aux forces armées sécessionnistes du Yémen du Sud en 1994. Elle s'est conclue par la victoire du Nord et l'exil de nombreux membres du Parti socialiste yéménite et d'autres sécessionnistes sudistes, marquant la réunification finale du pays.

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réunification du Yémen.

Réunification du pays[modifier | modifier le code]

La République du Yémen fut déclarée le 22 mai 1990[2]. Ali Abdallah Saleh devint le président du Yémen, Ali Salim al-Beidh le vice-président tandis Haider Aboubaker al-Attas, l’ancien chef d’État du Sud devient premier ministre du Yémen[3]. Une période transitoire de 30 mois fut fixée afin de fusionner les deux systèmes politiques et économiques. Un conseil présidentiel fut élu par les parlements respectifs des deux anciens pays. Un nouveau parlement, commun aux deux pays, le Parlement provisoire unifié, fut fondé. Il était composé de 159 membres originaires du Nord, de 111 membres originaires du Sud et de 31 membres indépendants nommés par le président du conseil.

Une nouvelle constitution fut convenue en mai 1990 et ratifiée par le peuple en mai 1991[4]. Cette constitution prônait un système politique multipartite, des élections libres, le droit à la propriété privée, l'égalité devant la loi, et le respect des droits humains fondamentaux. Des élections législatives eurent lieu le 27 avril 1993 : le parlement résultant fut composé de 143 membres du Congrès général du peuple, de 69 membres du Parti socialiste yéménite, de 63 membres du Islaah (un parti yéménite réformiste composé de divers groupes religieux) et de quelques autres membres de divers partis politiques. Allié au président nordiste, Ali Abdallah Saleh, le dirigeant du Islaah, Abdallah Bin Husayn Al-Ahmar, devint le président du Parlement yéménite. À noter que le Sud était en 1994 peuplé de 3 millions d'habitants contre 12 millions d'habitants au Nord, en raison des migrations massives de la population fuyant le régime marxiste pour rejoindre le Nord[5].

Tensions politiques[modifier | modifier le code]

Les dissensions entre El Bid et Saleh duraient depuis le 19 août 1993, lorsque, au retour d’une tournée à l’étranger, le vice-président avait regagné son fief d’Aden et refusé de se rendre dans la capitale, Sanaa. La découverte de pétrole dans le sud du pays a attisé celles-ci car la réunification en 1990 avait été acceptée sous le poids de la pauvreté[6].

En septembre 1994, Ali Salim El Bid publia une liste en dix-huit points qui était autant de conditions à son retour à Sanaa. Ce programme prévoyait une large décentralisation économique et administrative et de facto une modification de la Constitution dans un sens fédéral, la mise en œuvre d’une série de mesures visant à assainir l’économie du Yémen et les finances de l’État, la lutte contre la corruption, le retrait des bases militaires des principales villes, et l’arrestation des auteurs des attentats qui ont coûté la vie à environ cent cinquante cadres du Parti socialiste yéménite. Ce dernier point était l’un des plus sensibles dans la mesure où ces meurtres sont notoirement commandités par l’entourage du président Saleh.

Après des transactions, la signature du document intervint le 20 février 1994 à Amman en Jordanie car la confiance ne régnait pas entre les parties mais Ali Salim El Bid exigea de Ali Abdallah Saleh l’arrestation immédiate de ses frères. Quant au cheikh Abdallah El Ahmar, président du Parlement et chef du parti Islah, il conditionnait sa signature au retour de M. El Bid à Sanaa. Mais au lieu de rentrer dans la capitale yéménite, Ali Salim El Bid et ses principaux lieutenants entamèrent aussitôt une tournée diplomatique dans le monde arabe. Le 21 février 1994, au lendemain de cette réconciliation avortée, ont lieu les premiers combats, dans la province d’Abyan, à l’est d’Aden, opposant la brigade nordiste Al Amaliqa (signifiant « les géants ») à la brigade sudiste Al Wahda (signifiant « l’unité ») basée en Hadramaout.

Le vice-président Ali Salim El Bid n’a rien fait pour faciliter le compromis. À chaque exigence acceptée, il en ajoutait une nouvelle, faisant perdre la face au président Saleh. Selon les milieux nordistes, cette stratégie de la tension visait à provoquer un refus dont il aurait tiré argument pour proclamer la sécession. En accédant à toutes ses demandes, Ali Abdallah Saleh aurait privé son adversaire du prétexte qu’il recherchait. Des sources indépendantes à Sanaa partagent cette analyse, mais la complètent : en acceptant formellement les concessions demandées, le président Saleh n’avait aucune intention de les respecter, cherchant seulement à gagner du temps, persuadé qu’il ne parviendrait pas à résoudre politiquement la crise qui l’opposait à son vice-président. Selon ces sources, Ali Abdallah Saleh aurait, dès décembre 1993, choisi l’option militaire, alors même qu’il acceptait publiquement les projets de réforme constitutionnelle qui, mis en œuvre, l’auraient privé de l’essentiel de ses prérogatives. L’impréparation de l’armée sudiste lors des premières semaines de combat semble confirmer cette thèse[7].

Début de la guerre[modifier | modifier le code]

La guerre éclate en mai 1994 suite à la détérioration des relations entre marxistes et unionistes. Les dirigeants sud-yéménites proclament la création de la République démocratique du Yémen dirigé par Ali Salim al-Beidh, vice-président depuis la réunification du pays et secrétaire général du Parti socialiste yéménite. Cet État qui n'est officiellement reconnu par aucun pays de la communauté internationale mais implicitement par le Conseil de coopération du Golfe[8] correspond au territoire de l'ancien Yémen du Sud (soit la majeure partie du pays)[9] ; la décision des dirigeants de la République du Yémen d'appuyer l'Irak de Saddam Hussein lors de la première guerre du Golfe et l'antagonisme territorial de longue date avec l'Arabie saoudite expliquent entre autres cette position.

Au début du conflit, le Nord aligne 36 000 hommes contre 24 000 au Sud.

Effectifs militaires Yémen du Nord Yémen du Sud
Effectifs totaux 36 000 h. 24 000 h.
Brigades blindés 8 2
Brigades mécanisée 1 2
Brigades d’artillerie ou de commandos 3 1
Brigades d’infanterie 12 8
Chars de combat 800 530
Véhicules de reconnaissance 50 130
Véhicules blindés de combat d’infanterie 230 150
Véhicules blindés de transport de troupes 370 325
Autres véhicules blindés 230 240
Canons 600 250
Artillerie tractée 332 225
Effectifs de l'aviation 2 000 h. 1 200 h.
Aéronefs 114 83
Effectifs de la marine 500 h. 1 000 h.
Patrouilleurs 8 10
Navires amphibie 4 5

Déroulement[modifier | modifier le code]

La guerre commença le 4 mai 1994 lorsque l'armée de l'air sudiste bombarde Sanaa, la capitale du Yémen du Nord. L'armée de l'air nordiste répond à ces actes en bombardant Aden, la capitale du Yémen du Sud. Ce sont les premiers combats de la guerre.

Le Sud perd un tiers de son armée dans les combats initiaux lorsque ses forces se soulèvent au Nord, où elles sont stationnées. Les forces nord-yéménites ont en effet opéré une attaque préventive en détruisant ces unités sudistes avant que les livraisons d’armes acquises n’arrivent au Sud-Yémen, de ce fait, les partisans du parti socialiste yéménite se sont trouvés désemparés dès le départ[10].

Le président nordiste, Ali Abdallah Saleh, déclara un état d'urgence pour une période de 30 jours. Simultanément, les ressortissants étrangers commencent à évacuer le pays[11]. Des missiles balistiques Scud sont également lancés par l'armée sudiste contre Sanaa, tuant des dizaines de civils parmi la population locale[12].

Les dirigeants sudistes (Ali Salim al-Beidh) déclarèrent la sécession et la mise en place de la République démocratique du Yémen le 21 mai 1994[13], qui ne fut reconnue officiellement par aucun gouvernement de la communauté internationale. À la mi-mai, les forces nordistes, soutenues par des moudjahidines vétérans de la guerre d'Afghanistan contre le régime communiste[14] lancèrent une offensive avec pour objectif de prendre le contrôle de Aden. La ville clé de Ataq, contenant la majeure partie des champs pétrolifères du pays, fut prise le 24 mai 1994, permettant ainsi le ravitaillement des véhicules blindés et autres véhicules mécanisés de l'armée nordiste[15]. Le Conseil de sécurité des Nations unies adopta le 1er juin 1994 la résolution 924 appelant à la fin des combats et à un cessez-le-feu[16], demande renouvelée avec la résolution 931 du 29 juin 1994[17]. Un cessez-le-feu fut déclaré le 6 juin 1994 mais ne dura seulement qu'une période de 6 heures alors que les pourparlers de paix qui avaient lieu au Caire en Égypte s'effondrèrent progressivement[11]. L'armée nordiste entre dans Aden le 4 juillet 1994. Les poches de résistance tombent une par une au fur et à mesure que l'armée nordiste entre dans la ville, elle est finalement sous contrôle le 7 juillet 1994, marquant la fin de la guerre alors que des milliers de combattants et les dirigeants sudistes partent en exil, notamment en Arabie saoudite mais également en Syrie[18].

Presque tous les combats se déroulèrent dans la partie sud du pays, en dépit des attaques aériennes et de missiles Scud contre les villes et les grandes installations dans le Nord.

Les sudistes sollicitèrent l'appui des pays voisins : des équipements militaires et de l'aide financière estimés à une valeur totale de quelques milliards de dollars furent offerts par l'Arabie saoudite qui se sentait menacée par un Yémen unifié. Elle aurait en autre aurait financé certains achats d'armement, comme des MiG-29 russes arrivés pendant le conflit ; elle accueillera d'ailleurs les principaux chefs sudistes une fois la défaite consommée. Oman, Bahrein, les Émirats arabes unis, la Syrie et l'Égypte penchent plutôt pour le sud, cette dernière pour s'opposer au Soudan qui est du côté du président Saleh.

Le Nord reçoit le soutien du régime bassiste de Saddam Hussein qui aurait offerts plusieurs pilotes, et de la Jordanie qui participe à l'entretien des chasseurs Northrop F-5 Freedom Fighter. Le Qatar, qui a connu des affrontements frontaliers avec l'Arabie saoudite en 1992, appuie également le président Saleh.

Les États-Unis, qui ménagent au départ l'allié saoudien, veulent finalement aboutir à un règlement et appuie l'offensive nordiste et appelèrent à plusieurs reprises à un cessez-le-feu mais ces demandes furent infructueuses, même par des envoyés spéciaux de l'ONU.

Les pertes totales du conflit sont estimées de 7 000 à 10 000 morts selon les sources[19].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Par la suite, le gouvernement yéménite engagea des poursuites judiciaires contre les dirigeants sudistes : Ali Salim al-Baidh, condamné à mort par contumace qui vit depuis en exil à Oman, Haydar Abu Bakr Al-Attas (premier ministre), Abd Al-Rahman Ali Al-Jifri (vice-président du conseil présidentiel) et Salih Munassar Al-Siyali, pour détournement de fonds publics[20]. Les autres membres du gouvernement sudiste, dont les généraux d'armée, furent amnistiés par les autorités.

Au lendemain de la guerre civile, le conseil présidentiel créée lors de la réunification du Yémen fut supprimé par des amendements constitutionnels. Le président Ali Abdallah Saleh fut élu par le Parlement le 1er octobre 1994 pour un mandat de 5 ans[21]. La Constitution du pays prévoit désormais que le président sera élu par le vote populaire à partir d'au moins deux candidats choisis par le législateur. Le Yémen tint ses deuxièmes élections législatives en avril 1997[22].

Le Congrès général du peuple (à majorité nordiste) est jusqu'à la révolution yéménite de 2011 le parti dominant et doit faire face à de nombreuses reconstructions suite aux dégâts provoqués par la guerre. Depuis 2007, un groupe armé, le Mouvement du Yémen du Sud (MYS, également appelé le Mouvement pacifique du Sud ou encore le Mouvement séparatiste du Sud), est fondé, appelant à la sécession du sud et le rétablissement d'un État indépendant au Sud. Ce mouvement a gagné en force dans de nombreuses régions dans le sud du pays, conduisant à une augmentation des tensions et parfois à de violents affrontements avec l'armée gouvernementale[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Yemen Civil War Caused Almost 6,000 Northern Casualties. » Associated Press, 12 juillet 1994
  2. (en) Unification of Yemen, 1990, Al-BAB. Mis en ligne le 28 mai 2009, consulté le 24 octobre 2010
  3. (fr) Olivier Da Lage, « Le Yémen entre démocratisation et guerre civile »,‎ décembre 1992 (consulté le 29 octobre 2010)
  4. (fr) 22 mai 1990 - Réunification du Yémen, Perspective Monde. Consulté le 24 octobre 2010
  5. (fr) François Burgat, « Normalisation du Yémen », Le Monde diplomatique,‎ février 2003 (lire en ligne)
  6. (fr) Elaph.com, « Elaph.com : Yémen / L’ancien président du Yémen du Sud appelle l’Iran à soutenir le mouvement indépendantiste », MediArabe.info,‎ 30 septembre 2009 (consulté le 5 novembre 2010)
  7. (fr) Olivier Da Lage, « Les rêves brisés de l’unité yéménite »,‎ juillet 1994 (consulté le 28 octobre 2010)
  8. (fr) Olivier Da Lage, « L’Arabie et ses voisins : la revanche des vassaux »,‎ 2e trimestre-2006 (consulté le 28 octobre 2010)
  9. (fr) Histoire du Yémen durant la guerre froide. Consulté le 24 octobre 2010
  10. Les malheurs de l’Arabie heureuse (3/3)-La guerre civile Nord/Sud de 1994, Stéphane Mantoux, 15 décembre 2010
  11. a et b (en) The Middle East and North Africa, par Clive H. Schofield et Richard N. Schofield, p. 1221
  12. (en) Five Scuds fired at Yemeni capital as war worsens, AL-BAB. Mis en ligne le 21 mai 2009, consulté le 25 octobre 2010
  13. (en) Proclamation of the Democratic Republic of Yemen, AL-BAB. Mis en ligne le 8 juin 2009, consulté le 3 novembre 2010
  14. (en) John F. Burns, « Yemen Links to bin Laden Gnaw at F.B.I. in Cole Inquiry », The New York Times,‎ 26 novembre 2000 (lire en ligne)
  15. (en) North Yemeni Troops Seize Oil Field Center; Region Controls Country's Chief Resource , The Washington Post, 25 mai 1994. Consulté le 25 octobre 2010
  16. (fr) Résolution 924 (1994), 1er juin 1994. Consulté le 3 novembre 2010
  17. (fr) Résolution 931 (1994), 29 juin 1994. Consulté le 3 novembre 2010
  18. (en) Yemen: Civil war and political unrest, Britannica Online Encyclopedia. Consulté le 25 octobre 2010
  19. (en) « Saleh down plays Yemeni war death toll. », Agence France-Presse, 12 juillet 1994.
  20. (en) « Verdicts in the Yemen treason trial », AL-BAB,‎ Mis en ligne le 9 juin 2009 (consulté le 29 octobre 2010)
  21. (en) The presidential Elections, SABA News. Mis en ligne le 8 janvier 2004, consulté le 24 octobre 2010
  22. (en) Yemen elections, 1997 : findings by the Joint International Observer Group in Yemen (JIOGY) AL-BAB. Mis en ligne le 8 juin 2009, consulté le 25 octobre 2010
  23. (en) Policemen killed in south Yemen in clash with rebels, BBC News. Mis en ligne le 1er mars 2010, consulté le 25 octobre 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ahmed Noman Kassim Almadhagi, Yemen and the United States: a study of a small power and super-state relationship, 1962-1994, Tauris Academic Studies, Londres, New York, 1996 (ISBN 1-85043-772-6)
  • (en) Sheila Carapico et Jemera Rone, Human rights in Yemen during and after the 1994 war, Human Rights Watch, New York, 1994, 21 p.
  • (fr) Bernard Rougier, Yémen 1990-1994 : la logique du pacte politique mise en échec, université Saint-Joseph, Beyrouth, 1997

Liens externes[modifier | modifier le code]