Arme chimique

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Symbole actuel des armes chimiques dans les forces armées des États-Unis.
Attaque au gaz durant la Première Guerre mondiale.
Affiche pédagogique militaire alertant les soldats sur les risques de gaz de combat (Gaz asphyxiants en l'occurrence) ciblant selon l'affiche les poumons ; "phosgène (CG) qui sent le foin fraîchement coupé ou le maïs frais, la Chloropicrine (PS) qui a une odeur de papier tue-mouches et le diphosgène (DP) à l'odeur de foin moisi. L'image montre en outre un soldat en train d'inhaler du gaz, portant les mains à la gorge et à la tête, se renversant en arrière, le fusil en train de tomber (Première Guerre mondiale).

Une arme chimique est une arme utilisant des produits chimiques, toxiques pour les êtres humains. L'arme peut être létale ou simplement neutralisante, et peut se révéler toxique pour la faune et la flore.

La recherche et l'emploi d'armes chimiques s'inspirent de ceux d'armes biologiques, dont l'usage est très ancien. L'usage intense et la fabrication industrielle de ces armes se sont développés pendant la Première Guerre mondiale. La charge toxique (chlore dans un premier temps) a d'abord été diffusée sous forme gazeuse emportée par le vent vers l'ennemi, puis transportée par un vecteur (munition), généralement obus ou bombe, mais des grenades chimiques ont été utilisées au moins dès 1914-1918.

Types[modifier | modifier le code]

Les agents chimiques sont des armes de destruction massive. Ils peuvent être classés en trois catégories :

Histoire[modifier | modifier le code]

Utilisation du feu grégeois projeté avec un cheirosiphōn (littéralement « siphon à mains », lance-flammes portable) contre un château. Enluminure des Poliorcétiques de Héron de Byzance, Xe siècle.
Des bonbonnes de gaz chlorés toxiques ont été utilisées avant une production massive d'« obus à gaz » lors de la Première Guerre mondiale.

Il est probable que les sociétés préhistoriques de chasseurs-cueilleurs utilisaient des armes chimiques consistant en des flèches ou des javelots empoisonnés par du venin de serpent, scorpion ou des plantes toxiques[1].

Dès l’Antiquité, en Chine ou en Inde plusieurs siècles avant notre ère, les traités militaires, chroniques ou manuels mentionnent la préparation ou l'emploi d'armes chimiques : bombes irritantes, fumées toxiques. En Grèce antique, Pausanias décrit l’empoisonnement des eaux de la rivière Pleistos (en) avec des racines d’Hellébore lors de la première guerre sacrée en 600 av. J.-C.. Thucydide relate l'emploi de vapeurs sulfureuses lors de la guerre du Péloponnèse grâce à des chevaux que l'on fait courir sur des tapis de cendres toxiques. De même, Polybe rapporte le siège d'Ambracie en -187 au cours duquel le général romain Marcus Flavius envoie sur les assiégés, acculés dans un tunnel, des engins incendiaires faits de fagots de bois imprégnés de poix et de soufre, leurs fumées étant poussées par les vents dans ce couloir souterrain, prototype de la guerre souterraine (en)[2]. Des légionnaires romains auraient été victimes d'une attaque chimique, approximativement vers l'an 100. Selon l'archéologue britannique Simon James qui a revisité les résultats de fouilles réalisées en Syrie au siècle dernier, la mort de légionnaires basés à Doura Europos lors d'une attaque ennemie, s'expliquerait par une amphore contenant du bitume et des cristaux de soufre. Les Perses auraient su que, parce que les Romains se trouvaient à ce moment dans un espace confiné, en leur expédiant cette mauvaise surprise et en bloquant leur sortie, ils les condamnaient à l'asphyxie[3]. L'emploi de ces armes est très tôt condamné par le droit, comme en atteste la formule des juristes romains armis bella non venenis geri (« la guerre est menée par les armes et non par les poisons »)[4].

Le feu grégeois, développé aux alentours de 672, est utilisé par les Byzantins contre les Turcs pendant cinq siècles. La poudre à canon, dont l'invention est située durant la dynastie Han (206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C), se développe en Occident durant tout le Moyen Âge[5].

La Renaissance voit l'emploi de barriques de chaux vive aveuglante projetée par catapulte, de grenades ou de chiffons imbibés d'arsenic. Le XVIe siècle voit apparaître les bombes arsenicales et au XVIIe se développe l'emploi de « pots puants[6] »[7]. Le premier accord bilatéral interdisant l'utilisation d'armes chimiques lors des conflits est l'Accord de Strasbourg en 1675 tandis que La Déclaration de Bruxelles en 1874 est le premier accord multilatéral à cibler les armes chimiques. Depuis, des accords internationaux reliés aux armes chimiques (en) sont régulièrement signés, le dernier entré en vigueur en 1997 étant la Convention sur l'interdiction des armes chimiques[8].

Cependant, l'emploi de ce type d'armes continue à être condamné moralement, le juriste suisse Emerich de Vattel les considérant « contraires aux lois de la guerre, et unanimement condamné par les lois de la nature et la volonté des nations civilisées », ce qui explique que les autorités politiques ordonnent le plus souvent au XVIIIe siècle d’abandonner les projets militaires et les expériences sur les armes chimiques (à l'arsenic, orpiment, plomb, céruse, minium, vert-de-gris, antimoine avec adjonction de belladone, euphorbe, hellébore)[9].

Bien que la priorité soit donnée aux canons au XIXe siècle, les armes chimiques sont encore envisagées. Lors de la guerre de Crimée entre 1853 et 1856, les belligérants envisagent d’utiliser des obus remplis d’oxyde de souffre. Durant la Guerre de Sécession entre 1861 et 1865, les Nordistes mettent au point des obus de chlore mais n'en font pas usage[10]. La guerre des Boers à la fin du XIXe siècle voit l'utilisation par les Britanniques d'obus d'artillerie de gaz d'acide picrique et donne lieu à la première véritable controverse internationale à propos de l’usage militaire de gaz nocifs entre des belligérants[11].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Tableau consolidé des « pertes » de l'US Army par gaz asphyxiants et toxiques ("guerre chimique") de la première guerre mondiale ; nombre de victimes par unités auxquels elles appartenaient.
N'y figurent que les soldats soignés dans les hôpitaux en France, venant exclusivement des champs de bataille, ainsi que morts et blessés du corps des marines. (Archives US : Otis Historical Archives nat'l Museum of Health & medicine).

Le début de la guerre chimique moderne se situe pendant la Première Guerre mondiale avec la production industrielle d'armes chimiques[5].

Les Français utilisaient déjà, depuis le début de la guerre, des projectiles chargés de produits lacrymogènes et suffocants, des grenades et des projectiles lancés par un pistolet, chargés d’éther bromacétique. Après plusieurs mois d’utilisation, cette substance fut remplacée par de la chloracétone et un deuxième type de grenade suffocante apparaît en avril 1915[12]. Les Allemands, qui disposent alors de la première industrie chimique au monde, expérimentent des projectiles à chargement spécial dès les premiers mois de guerre. Le 29 octobre 1914, ils envoient 3 000 obus « Ni » de 105 mm contenant du chlorosulfonate de dianisidine sur Neuve-Chapelle, lors d’une offensive. Ce produit, irritant pour les yeux et le nez, ne semble pas avoir été suffisamment efficace puisque l’expérience ne sera pas réitérée [12].

Bien que le fait soit rarement évoqué, l'armée allemande employa pour la première fois des obus à gaz, le 31 janvier 1915, sur le front de l'Est en Pologne contre l'armée impériale russe, mais le froid intense les rendit absolument inefficaces[13],[12].

Le 22 avril 1915, la première attaque chimique massive a eu lieu lors de la deuxième bataille d'Ypres durant la Première Guerre mondiale par l'armée allemande. 6 000 bouteilles d'acier ouvertes sur place (30 000 selon d'autres auteurs) libèrent 180 tonnes de chlore sous forme de nuage dérivant sur les lignes alliées. L'attaque fit environ 10 000 victimes (morts ou hors de combat).
Il s'ensuivit une course aux protections (masques anti-gaz) et aux produits de plus en plus toxiques avec une accumulation de stocks considérables (qui n'ont que peu été utilisés après 1919). La ville d'Ypres a ainsi donné son nom à l'un des plus célèbres gaz de combat, l'ypérite ou gaz moutarde, utilisé pour la première fois sur le front le 11 juillet 1917 lors de la troisième bataille d'Ypres, ou bataille de Passchendaele[14]. Le 31 mai 1915 : des attaques plus meurtrières se font avec des mélanges chlore-oxyde de carbone ou phosgène (12 000 bouteilles de gaz) sur le front russe, sur la Bsura-Rumka, qui font environ 9 000 victimes, dont 6 000 morts. Dès le mois de mai 1915, les Allemands introduisent de nouvelles substances agressives. Le brome en premier lieu, chargé en grenades et en projectiles de Minenwerfer. D’autres substances, comme l’éther bromacétique et surtout un mélange d’anhydride sulfurique et de l'acide chlorosulfonique, sont également utilisés. C’est également à la fin du mois de juin que les Allemands utilisent pour la première fois la substance qui restera la plus dangereuse de toutes celles utilisées en projectile, pendant l’année 1915. Ce nouveau produit, extrêmement toxique est le chloroformiate de méthyle chloré, envoyé dans des obus de 170 mm, le 18 juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast. C’est un dérivé du phosgène qui constitue un lacrymogène énergique et qui possède des effets suffocants puissants. On considère que sa toxicité est environ dix fois supérieure à celle du chlore. Le produit utilisé par les Allemands n’est pas le chloroformiate de méthyle chloré pur, mais un mélange de celui-ci avec des dérivés plus chlorés qui accroissent les propriétés lacrymogènes. Les lésions déterminées par ces produits sur les poumons, apparaissent soit immédiatement, soit au contraire assez tardivement, mais, dans un cas comme dans l’autre, sont en général très graves[15],[16]. Juillet 1915 : 100 000 obus « T » (bromure de benzyle) sont tirés au canon de 155 en Argonne[15],[16]. La deuxième partie de l’année 1915 est marquée par l’utilisation des obus spéciaux de type T (bromure de benzyle et de xylyle) et par ceux de type K (K1 : dérivés bromés et dibromés de méthyléthylcétone (Bn Stoff) et K2 : chloroformiate de méthyle chloré ou palite (K Stoff)), de façon sporadique [17]. Ces deux dernières substances possèdent des propriétés lacrymogènes et suffocantes importantes, leur conférant un pouvoir létal. Puis, à partir d’octobre 1915 par le retour des vagues gazeuses dérivantes sur le front Ouest [18]. Cette même année 1915, la plupart des pays riches lancent une production industrielle de gaz de combat et d'armes chimiques. Par exemple en France, la « Société du Chlore Liquide » construit à Pont-de-Claix dans la vallée du Drac, une usine qui produira industriellement du chlore et ses dérivés afin de fabriquer des armes chimiques (en réponse à ceux de l'armée allemande). C'est ce site qui deviendra l'actuelle plate-forme chimique Rhodia qui conserve de lourdes séquelles de pollution (pollutions du sol, pollution de l'eau, engins militaires abandonnés[19],[20]).

En février 1916, les Français introduisent des obus de 75 mm chargés au phosgène, premières munitions alliées avec un effet létal. Les troupes allemandes furent fortement impressionnées par cette réplique française et demandèrent à disposer de munitions aussi toxiques, relançant ainsi la production des munitions chimiques allemandes. Les obus K2 utilisés par l'Allemagne depuis juin 1915 avaient cependant un pouvoir létal équivalent. Le 29 juin 1916, première attaque au gaz sur le front italien de la part de l'Autriche-Hongrie sur le Monte San Michele (Vénétie), faisant au moins 6 000 victimes dans l'armée italienne dont 5 000 morts. Juillet 1916 : la bataille de la Somme inaugure l'usage de nouveaux obus à l'acide cyanhydrique. Juillet 1917, l'ypérite est massivement utilisée dans la région d'Ypres - d'où son nom. Elle induit des brûlures intolérables avec un effet psychologique important (9 500 t de ce gaz sont fabriquées). En septembre 1917, les « Clarks » à base d'arsines apparaissent, non filtrés par les cartouches des masques, ils provoquent des vomissements dans les masques que les soldats sont obligés d'ôter, ce qui les force à respirer sans masque.

Soldats de la 55e division de la British Army, aveuglés par les gaz de combats durant la Bataille de la Lys le 10 avril 1918.

En 1918, la dernière année de guerre voit l'utilisation d'un nombre croissant de munitions chimiques (25 % environ des projectiles utilisés de part et d'autre sont des obus chimiques). Avant l'armistice, un obus sur quatre sortait des chaînes de fabrication muni d'une charge chimique. À la fin de ce conflit, de 110 000 à 130 000 tonnes d’agents de guerre chimiques avaient été utilisés sur le front de l'Ouest, causant 1,2 million de victimes et de 90 000 à 100 000 morts [21],[22] tandis que l'on estime les pertes humaines à 180 000 sur le front de l'Est[23]. Grâce aux masques anti-gaz et à un assez mauvais pouvoir de dispersion, seuls 7 % des tués furent victimes de ces armes sur le front de l'Ouest contre 11 % de tués dans l'armée impériale russe mal équipés, mais elles ont fait de nombreux blessés, et on s'est rendu compte plusieurs décennies après que l'ypérite était également cancérigène, comme probablement les arsines et d'autres toxiques, qui pourraient par ailleurs être un facteur supplémentaire de risque pour la Maladie d'Alzheimer ou de Parkinson, ou responsables de troubles de la fertilité et de la reproduction. L'horreur inspirée par ces armes s'est traduite par des dispositions visant leur interdiction dans les traités internationaux, dont notamment l'article 171 du Traité de Versailles et l'article V du Traité relatif à l'emploi des sous-marins et des gaz asphyxiants en temps de guerre qui prohibent l'usage des gaz toxiques, sans paradoxalement en interdire la fabrication et le stockage en masse, qui fut une réalité jusqu'à la fin de la guerre froide dans nombre de nations.

Entre les deux Guerres mondiales[modifier | modifier le code]

Bombardement du cuirassé américain USS Alabama (BB-8) lors d'un test d'une bombe au gaz 300 livres le 23 septembre 1921 (gaz asphyxiants et toxiques).
  • Selon les historiens Seiya Matsuno et Yoshiaki Yoshimi[25], l'empereur Showa autorisa en dépit de ces traités et dès 1937, durant la guerre sino-japonaise, l'usage d'armes chimiques contre les troupes ennemies et les populations civiles. À titre d'exemple, des gaz toxiques furent autorisés à 375 reprises par le prince Kotohito Kan'in lors de la bataille de Wuhan, d'août à octobre 1938, et ce, en dépit de la résolution du 14 mai de la Société des Nations condamnant l'usage de gaz toxiques par l'armée impériale japonaise. Ces armes ne furent toutefois jamais autorisées sur le champ de bataille contre des nations occidentales mais seulement contre les populations locales jugées « inférieures » et des prisonniers de guerre. Dès 1937, l’Allemagne exploite les propriétés neurotoxiques d'un insecticide organophosphoré, le tabun ; puis en 1939, le sarin ; et en 1944, le soman. Après guerre, les amitons furent développés, les trois derniers produits agissant même à travers l’épiderme. L’ypérite a continué à être utilisée dans des conflits «périphériques» malgré les dénégations de leurs utilisateurs.

La France a également poursuivi un programme de recherche sur les armes chimiques durant l'entre-deux-guerres, ce programme s’intensifiant progressivement à partir des années 1930, avec le durcissement des relations internationales. De nouvelles substances, toujours plus toxiques furent découvertes et synthétisées, comme le trichloréthylamine (vésicant et suffocant insidieux puissant), de nombreux dérivés proches des arsines, et une substance proche des organophosphorés aux propriétés neurotoxiques, un éther carbamique de la choline.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Des soldats de l'armée impériale japonaise portent des masques à gaz lors d'un assaut chimique pendant la bataille de Shanghai.

En 1940, un stock important de munitions chimiques avait été constitué dans l’objectif de mener une guerre chimique. Ce stock était essentiellement constitué de munitions d’artillerie et de bombes d’aviation, chargées en phosgène, en ypérite, en trichloréthylamine, en léwisite, en adamsite.

Plus de 2 300 000 tirs d'obus étaient disponibles pour les Alliés au mois de mai 1940, reliques de la Première Guerre mondiale. Un groupement spécialisé dans ce genre d’opérations fut rendu opérationnel à partir du mois d’avril 1940 ; la suite précipitée de la campagne mit fin à ce projet[26].

Les infrastructures de production d'engrais et de pesticides ont respectivement pu fournir de grandes quantités d'explosif (nitrates) et de neurotoxiques et autres produits chimiques pour la guerre. Le non-emploi des produits stockés, pendant la Seconde Guerre mondiale est mal expliqué : efficacité du Protocole de Genève ? Les Allemands pensaient-ils que les Alliés avaient eux aussi découvert les organophosphorés[27]? Ils ont en tous cas laissé des stocks importants qui attendent qu'on les traite ou qui n'ont pas jusqu'à un passé récent[Quand ?] été correctement éliminés (c'est-à-dire éliminés sans impacts écologiques ou sanitaires ni définitivement pour les toxiques non dégradables).

Depuis 1945[modifier | modifier le code]

Depuis 1945, de nombreux pays ont fait des recherches sur les possibilités d'utiliser des produits chimiques dans le cadre militaire. Ils ont donc développé, étudié et stocké des quantités, parfois très importantes, de ces substances toxiques qui sont souvent très délicates à détruire.

Ainsi la France a continué de produire des armes chimiques jusqu'en 1987. Un des sites les plus sensibles, géré par la Société Nationale des Poudres et Explosifs (Groupe SNPE)[28], ne fut toutefois définitivement rasé qu'en 1995[29]. Il se trouvait à l'extrémité sud-est de l'usine AZF de Toulouse qui a explosé le 21 septembre 2001.

L'utilisation d'armes chimiques après la Seconde Guerre mondiale fut relativement limitée, quoique les arsenaux des grandes armées du Monde en soient toujours pourvus

Opération Ranch Hand. Officiellement, les États-Unis ont mis fin à l'épandage de défoliants par l'agent orange en 1970 sous la pression de l'ONU. En 1971, ils se poursuivirent officieusement par des avions de l'armée sud-vietnamienne.
  • L'épandage de défoliant chimique par l'agent orange[31] (herbicide contaminé à la dioxine dosé à 40 fois son emploi en usage civil, pour détruire les cultures vivrières) lors de la guerre du Viêt Nam visait à affamer la population vietcong. En termes de quantité mise en œuvre sur les rizières du delta du Mékong, cette guerre est considérée comme la plus grande guerre chimique de l'Histoire[32]. C'est un véritable écocide qui a détruit les mangroves, les rizières et les forêts. La population a subi de graves brûlures à l'épiderme, et engendré des enfants handicapés affligés d'anomalies[33]. Les épandages se sont étendus sur les terres du Laos et du Cambodge. Plus de 3000 villages ont été arrosés, et certaines personnes ont mangé des céréales enduites d'herbicide ; les conséquences génétiques sur les populations ayant été en contact avec la défoliation se sont transmises aux générations ultérieures, engendrant des enfants subissant des anomalies considérables lors de leur développement in utero[34].
  • En 2013, dans le cadre de la guerre civile syrienne, divers usages ponctuels et limités au gaz sarin sont répertoriés, donnant lieu à une timide réaction internationale. Puis, le 21 août, un bombardement important à l'arme chimique a lieu dans l'est de Damas, faisant plusieurs centaines de morts. La Syrie posséderait plus de 1 000 tonnes d'armes chimiques, dont 300 tonnes de gaz moutarde ainsi que du gaz sarin, des agents innervants et des composés d'éléments chimiques liquides[39] issus d'un programme chimique débuté dans les années 1970 avec l'aide de l'Égypte puis de la Russie[40].

Principaux produits toxiques utilisables[modifier | modifier le code]

Écorché d'une ogive de missile sol-sol Honest John. Les sous-munitions M139 devant contenir du sarin sont bien visibles.

Il existe de nombreux produits toxiques pouvant être employés comme armes. Ils sont classés dans divers types, en fonction de leur mode d'action. On distingue ainsi les vésicants, les suffocants, les plus dangereux étant les neurotoxiques. Ces produits se présentent généralement sous forme de gaz ou d'aérosols largués dans des bombes ou pulvérisés par des avions spécialement équipés.

S'il n'était pas utilisé comme gaz de combat, l'insecticide Zyklon B, à base d'acide cyanhydrique, peut être considéré comme arme chimique dans le sens où il était détourné de sa fonction première pour gazer en masse des populations déportées.

L'agent orange est un défoliant qui peut également être considéré comme une arme chimique en raison de sa toxicité à long terme.

Effets[modifier | modifier le code]

Les chiffres du tableau sont exprimés en hectares couverts par tonne de produit toxique répandue à densité uniforme sur des objectifs matériels ou du personnel sans protection. Par exemple, par une journée chaude et un temps couvert, 5 kg de Sarin par hectare, mettraient hors de combat 50 % des personnes supposées sans masque (attaque surprise).

Type de gaz Effets de contamination sur les matériels et le terrain Effets directs de mise hors de combat des personnel
Gaz moutarde (Ypérite-Lewisite) 5 ha/t 30 ha/t
Tabun (GA américain) 7 ha/t 50 ha/t
Sarin (GB américain) et Soman (GD américain) fugace 200 ha/t
Gaz VX, VR 65 (soviétique), SOMAN épaissi 25 ha/t 25 ha/t

Parades[modifier | modifier le code]

Équipement NBC (Nucléaire Biologique Chimique) - Armée française - 1997.

Pour se protéger des agents chimiques, il n'existe que trois types de parades :

  • la combinaison étanche de protection comprenant un masque à gaz adapté aux risques NBC (Nucléaire, Biologique, Chimique), c’est-à-dire conçue pour empêcher l'inhalation ou le contact avec les agents de l'un ou de l'autre type (hormis le rayonnement radioactif). Il faut porter l'équipement de protection préventivement. Or, plusieurs types de gaz de combat n'ont ni goût ni odeur, ou n'induisent des symptômes évidents qu'après un certain temps (plusieurs heures pour l'ypérite).
  • Curativement : Ingérer ou injecter un antidote (s'il en existe un) dans les minutes qui suivent l'exposition.
  • Décontaminer le corps, les objets et lieux avec des produits adaptés (ce qui demande de connaitre l'agent en question)

Armes chimiques dites non conventionnelles[modifier | modifier le code]

Personnels de l'USAF en tenue NBC durant un exercice sur un aéroport en 1985.

Depuis les années 1990, il existe des recherches sur une arme chimique capable de dissoudre les caoutchoucs, naturel et synthétique. La destruction des pneus, des joints et des durits entraînerait la paralysie d’une armée. En 1914-1918, l'ypérite était déjà capable de passer au travers du caoutchouc naturel (latex). Dans la même logique, des agents aptes à dégrader le cuivre ou le silicium auraient des effets similaires en détruisant les systèmes de communications. Les armes phéromoniques ont également été évoquées ; un laboratoire de l'US Air Force aurait demandé un financement en 1994 pour une arme capable de plonger les troupes visées dans un véritable état de transe sexuelle, celui-ci a été refusé par le Département de la Défense[42].

Convention sur l'interdiction[modifier | modifier le code]

Lorsque ce type d'armes est destiné à être utilisé sur un périmètre important pour tuer de nombreuses personnes, elle est désignée comme arme de destruction massive, au même titre qu'une arme nucléaire. Actuellement, ce type d'armes fait l'objet d'une interdiction par une convention entrée en vigueur en 1997, par laquelle les pays signataires s'interdisent leur utilisation et promeuvent leur destruction.

Au 3 juillet 2010, seuls les pays suivants n'avaient pas encore ratifié cette convention[43] incluant Angola, Corée du Nord, Égypte, Somalie, Syrie, Israël (signée mais non ratifiée) et Myanmar (signée mais non ratifiée). L'agence des matériels chimiques de l'armée des États-Unis a annoncé que les États-Unis ont détruit, au 1er juillet 2010, 75 % de leur stock qui était en 1997 de 31 100 tonnes.

Problèmes environnementaux[modifier | modifier le code]

Certains de ces produits ne se dégradent pas, ou ne se dégradent que très lentement et les amorces des munitions anciennes contiennent par ailleurs du mercure toxique (sous forme de 2 grammes de fulminate de mercure) et un explosif souvent également toxique. Les stocks de munitions chimiques ou de toxiques de guerre sont un danger permanent exposant à un risque croissant de fuites et de contacts dans le cas des munitions anciennes qui se dégradent inéluctablement. De nombreuses munitions non explosées ont été détruites dans de mauvaises conditions après guerre sur terre, ou en mer, ou persistent dans les sols, notamment en Belgique et en France, dans la zone rouge la plus touchée par la Première Guerre mondiale. Les stocks de munitions non explosées ou non utilisées ou immergées, avec plusieurs dépôts de dizaines de milliers de tonnes, contribuent aux séquelles durables des guerres mondiales et de la guerre froide (eau, air et sols pollués, écosystèmes dégradés, menace permanente pour les ressources en eau potable et en produits de la mer, problèmes de santé).

Une convention internationale engage ses pays signataires à éliminer leurs stocks d'armes chimiques avant 2007, cette date n'a pas été respecté par plusieurs pays ayant des stocks importants. Des pays ont construit des usines spécialisé dont le SECOIA en France pour éliminer ces munitions chimiques. la résolution du problème des nombreux dépôts immergés en mer - et dont on ne connaît pas toujours l'emplacement exact ni l'état de dégradation - n'est pas incluse dans la convention. La Commission OSPAR et la Commission HELCOM y travaillent également dans le cadre de deux conventions régionales, mais sans que ce sujet semble prioritaire pour leurs états membres, bien que les pays de la Baltique s'en inquiètent sérieusement depuis la découverte par les pêcheurs d'un nombre important d'obus ou de contenants fuyants dans leurs filets (au Danemark notamment, où 400 pêcheurs au moins auraient été brûlés par de l'Ypérite).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) S.k. Prasad, Biological Weapons, Discovery Publishing House,‎ 2009, p. 125
  2. Olivier Lepick, La Grande Guerre chimique : 1914-1918, Presses universitaires de France,‎ 1998, p. 17
  3. (en) Simon James, « Stratagems, Combat, and "Chemical Warfare" in the Siege Mines of Dura-Europos », American Journal of Archaeology, vol. 115, no 1,‎ 2011, p. 69–101
  4. Annales de droit international médical, no 34, 1987, p. 140
  5. a et b Daniel Iagolnitzer, Vincent Rivasseau, La science et la guerre : la responsabilité des scientifiques, Éditions L'Harmattan,‎ 2006, 265 p.
  6. À noter que ces pots fumigènes sont toujours utilisés dans les manœuvres militaires.
  7. Marc Lemaire, De la menace terroriste au traitement des victimes, Editions L'Harmattan,‎ 2003, p. 26-27
  8. Accords internationaux reliés aux armes chimiques. Les premiers efforts de contrôle des armements
  9. Les armes chimiques avant 1914, sur defense.gouv.fr
  10. Michel Veuthey, Guérilla et droit humanitaire, Comité international de la Croix-Rouge,‎ 1983, p. 83
  11. Olivier Lepick, op. cité, p. 23
  12. a, b et c La guerre des gaz - Prélude à la Guerre chimique
  13. Histoire de la guerre terrestre, Elsevier Séquoia, Bruxelles,‎ 1977, 248 p. (ISBN 2-8003-0227-5)
  14. Daniel Riche, La Guerre chimique et biologique, Belfond, Paris, 1982 (ISBN 2-7144-1518-0), p. 104
  15. a et b La guerre des gaz – Les munitions chimiques allemandes 1914 - 1915
  16. a et b La guerre des gaz – La diversification des substances agressives
  17. Les munitions chimiques allemandes en 1915
  18. Les vagues gazeuses dérivantes allemandes
  19. Fiche Rhodia sur Basol,
  20. La plate-forme chimique du Pont de Claix, vue par des riverains
  21. Les armes chimiques dans l'Histoire Page sur la Non prolifération, IRSN (consulté le 25 janvier 2009)
  22. Dossier de présentation du groupe Australie
  23. Maurice Bresson, « Les armes de destructions massive », Science et vie, no Trimestriel 157,‎ décembre 1986, p. 65
  24. Kunz et Müller 1990
  25. Yoshimi and Seiya Matsuno, Dokugasusen Kankei Shiryō II, Kaisetsu, Hōkan 2, Jūgonen sensō gokuhi shiryōshū, Funi Shuppankan, 1997
  26. La Guerre des gaz - Un bref aperçu de la question des gaz de combat pendant la campagne de 1939-1940
  27. « Guerre chimique et bactériologique », sur France Culture,‎ 1er juillet 2010 (consulté le 3 juillet 2010)
  28. [1]
  29. [2]
  30. « Les armes chimiques dans l'Histoire », sur http://non-proliferation.irsn.fr/, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (consulté le 28 octobre 2009)
  31. développé par la contribution de sept entreprises chimiques dont les multinationales Monsanto et Dow Chemicals.
  32. Source : Patrick Pesnot, L'Agent Orange au Viêt Nam.
  33. Voir : UN OU DEUX VIETNAM ? L’HISTOIRE, émission le Dessous des cartes, sur Arte.
  34. 200 000 naissances anormales en 1975 au Viêt Nam.
  35. « Armes chimiques, un vieil usage de guerre », sur La Croix,‎ 5 juin 2013
  36. Françoise Brié : L’utilisation des armes chimiques contre les Kurdes, in Le livre noir de Saddam Hussein, Chris Kutschera (sous la dir.), On Édition, 2005, p. 408.
  37. L’Irak gaze les Kurdes in Libération du 21 mars 1988
  38. Irak : nouveaux attentats à Bagdad, 25 février 2007, RTBF
  39. Ces composés étant stockés sous forme binaire, c'est-à-dire sous la forme de deux produits chimiques appelés précurseurs, qui sont mélangés juste avant l'emploi.
  40. Arielle Thedrel, « Syrie : le démantèlement de l'arsenal chimique s'annonce à hauts risques », sur Le Figaro,‎ 30 septembre 2013
  41. « Quelles armes chimiques détient la Syrie et comment les détruire ? », sur liberation.fr,‎ 12 septembre 2013
  42. (fr) Quand l'armée américaine planchait sur une bombe gay, Le Figaro
  43. Quinzième session de la Conférence des parties, 2 juillet 2010

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Lepick, La Grande Guerre chimique 1914-1918, PUF, coll. « Histoires  »,‎ 1998
  • André Bouny (préf. Howard Zinn), Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam, éditions Demi-Lune
  • (de) Rudibert Kunz et Rolf-Dieter Müller, Giftgas Gegen Abd El Krim: Deutschland, Spanien und der Gaskrieg in Spanisch-marokko, 1922-1927, Verlag Rombach,‎ 1990, 239 p. (ISBN 3-7930-0196-2, résumé)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]