Guerre anglo-micmac

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Guerre anglo-micmac
Micmac
Informations générales
Date milieu 18e siècle
Lieu Acadie
Issue Victoire anglaise
Belligérants
Mikmaq State Flag.svg Micmac
Pavillon LouisXIV.svg Nouvelle-France
Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Commandants
Jacques Panaduques
Jean-Louis Le Loutre
Charles Lawrence
Forces en présence
3 000 Micmac 200 Amérindiens
Guerre anglo-micmac

La guerre anglo-micmac, du nom des tribus amérindiennes micmac alliées aux Français, eut lieu de 1749 à 1753 en Acadie, deux ans avant la déportation des Acadiens et trois ans avant la guerre de la Conquête, déclinaison américano-canadienne de la guerre de Sept Ans.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jacques Panaduques, chef des Micmac de l’île Royale, l'île du Cap-Breton, est tué par les Anglais à Boston lors de combats en mai 1744 selon une des « Lettre sur les missions micmaques » de l’abbé Pierre Maillard. Ces lettres laissent supposer que le chef amérindien Étienne Bâtard y participe aussi, en septembre 1750, lorsque les Français tentent d’empêcher l’érection du fort Lawrence, près d’Amherst et du site de Beaubassin, tout en construisant le fort Beauséjour.

L'une des lettres de l'abbé Pierre Maillard précise que les anglais gardent en otage le fils de Jacques Padanuques, en dépit du fait que les Micmac rendent des prisonniers pour sa libération. En 1750, ce fils était toujours prisonnier et l’on n’entend plus parler de lui par la suite[1].

Les contemporains de l'abbé, Thomas Pichon, Jean-Louis de Raymond et Michel Le Courtois de Surlaville, sont unanimes à ne pas mettre en doute ses écrits, mais affirment tous que la guerre anglo-micmac fut provoquée, plus ou moins directement, par le gouvernement français[1].

Les Micmac se réunirent autour de Beauséjour et effectuent des coups de main contre les Anglais. Jean-Baptiste Cope, chef d'un petit groupe de Micmac de la côte Est de la Nouvelle-Écosse, est l'un des dirigeants du conflit, côté Micmac. Il est ensuite à l'origine du traité signé en octobre 1752 avec le gouverneur anglais Peregrine Thomas Hopson, texte qui est encore la base de revendications territoriales amérindiennes au Nouveau-Brunswick[2]. La sédentarisation des Micmac par les Anglais en 1763 et les tentatives de les initier à l'agriculture ont des résultats très mitigés. Environ 15 000 Micmac vivent actuellement au Canada.

Historique[modifier | modifier le code]

Quoique la guerre soit officiellement finie entre l'Angleterre et la France, le conflit en Acadie et en Nouvelle-Écosse continue ; les Anglais et les colons de la Nouvelle-Angleterre se battent contre les Micmac, les Acadiens et les missionnaires français et canadiens. Les Micmac et les Acadiens sont unis par leur appartenance à la religion catholique. Ils sont aussi unis grâce aux mariages mixtes et par les cadeaux donnés par les Français aux Micmac. Malgré la Conquête de l'Acadie en 1710, les Acadiens demeurent des catholiques ne désirant pas devenir des sujets britanniques. Les Acadiens et les Micmac sont donc fortement unis contre l'occupation britannique.

Quoique les Acadiens fassent des échanges commerciaux avant la conquête Britannique, il ne veulent pas être dominés par eux. Les Acadiens résistent lors de l'assaut de Chignecto (1696), et plus tard, durant Deuxième Guerre intercoloniale, les Micmac et les Acadiens résistent à l'assaut sur Grand-Pré, Pisiguit et Chignectou en 1704. Les Acadiens se joignent à Pierre Maisonnat pour assurer les victoires sur la flotte britannique. Les Acadiens assistent les Français durant le siège de Port-Royal (1707) et le siège de Port-Royal (1710). Les Acadiens et Micmac sont vainqueurs dans la bataille du ruisseau sanglant (1711)[3].

Assaut de Canso[modifier | modifier le code]

Le premier conflit militaire de la guerre se situe à Canso (Nouvelle-Écosse). En août 1749, le lieutenant Joseph Gorham et ses troupes sont attaqués par les Micmac qui prennent son navire et font vingt prisonniers qu'ils emmènent à Louisbourg. Trois Anglais et sept Micmac sont tués. Après que Cornwallis se soit plaint au gouverneur de l'Île Royale, seize prisonniers sont relâchés[4],[5].

Batailles de Chignecto[modifier | modifier le code]

À l'isthme de Chignectou en août 1749, les Micmac attaquent deux navires britanniques pour empêcher les Acadiens de rejoindre l'exode acadien de Beaubassin à l'isle Saint-Jean[5]. Sept Micmac sont tués ainsi que trois Britanniques[6]. Le 18 septembre, plusieurs Micmac et Malécites tuent trois soldats britanniques à Chignecto. Sept amérindiens sont tués dans la mêlée[7].

Assaut sur Dartmouth[modifier | modifier le code]

Les Micmac voyaient mal la fondation d'Halifax sans leurs consentement, ce qui aurait été une violation des ententes précédentes avec les Britanniques. Le 24 septembre 1749, les Micmac déclarent la guerre aux Britanniques au prétexte de leurs plans d'établissement sans négociations formelles[8]. Le 30 septembre 1749, quarante Micmac attaquent six hommes du major Gilman, à Dartmouth (Nouvelle-Écosse). Quatre sont tués, un fait prisonnier, alors que le dernier s'échappe[9],[10]. Deux des hommes sont scalpés et la tête des autres coupée. Le Major Gilman et les autres s'échappent et donnent l'alarme aux autres. Un détachement de rangers est envoyé et coupe les têtes de deux Micmac et scalpe l'autre[11]. Cet assaut est le premier de huit contre Dartmouth durant cette guerre.

Assaut sur Lunenburg[modifier | modifier le code]

Au mois de juin 1749, les Acadiens et les Micmacs de Mirligueche (aujourd'hui Lunenburg) se déclarent en paix avec les Britanniques[12]. Quatre mois plus tard, et trois jours après qu'une somme soit ordonnée, le 5 octobre, le gouverneur Edward Cornwallis envoie le commandant White avec des troupes et une chaloupe de guerre de 20 canons, le Sphinx, à Mirligueche (Lunenburg) et fait détruire le village[13],[14].

Siège de Grand-Pré[modifier | modifier le code]

Deux mois plus tard, le 27 novembre 1749, trois cents Micmac, Malécites et Acadiens attaquent le Fort Vieux Logis, récemment établi par les Britanniques dans la communauté de Grand Pré. Les Amérindiens et la milice acadienne tuent les gardiens qui faisaient feu sur eux[15]. Les Amérindiens capturent le lieutenant John Hamilton et dix-huit de ses hommes en dehors du fort. Plusieurs tentatives d'assiéger le fort sont sans succès[16],[17],[18],[19],[20].

1750-1751[modifier | modifier le code]

Bataille de Sainte-Croix[modifier | modifier le code]

Au printemps suivant, le 18 mars 1750, John Gorham et ses Rangers quittent le Fort Sackville sous les ordres du gouverneur Cornwallis, et marchent sur Pisiguit. La mission de Gordon est d'établir un fortin militaire à Pisiguit, devenu le Fort Edward et de saisir la propriété des Acadiens qui avaient participé au siège de Grand-Pré.

Bataille de Chignecto[modifier | modifier le code]

En mai 1750, Lawrence ne peut s'établir à Chignecto car le père Le Loutre incendie le village de Beaubassin, empêchant Lawrence d'utiliser les approvisionnements du village pour établir un fort[21]. Lawrence se retire et ne reviendra qu'en septembre 1750.

Le 3 septembre 1750, sept cents Rangers de la Nouvelle-Angleterre, sous le commandement de John Gorham, se rendent à l'isthme de Chignecto. Les Micmac et les Acadiens s'opposent à leur débarquement et en tuent vingt. Plusieurs Micmac sont tués, ils quittent et incendient leurs maisons et leurs cultures[22].

Le Loutre et le chef de la milice acadienne, Joseph Broussard, résistent à l'assaut des Britanniques. Mais les Britanniques gagnent sur la résistance et construisent le Fort Lawrence, non loin du village acadien incendié de Beaubassin[23]. Le travail sur le fort avance rapidement. Pour limiter l'accès des Britanniques à la haute Acadie, les Français fortifient Chignecto et ses approches, construisent le Fort Beausejour et deux forts satellites, le Fort Gaspareaux et le Fort Menagoueche[24].

Durant cette période, trente-cinq Micmac et Acadiens attaquent le Ranger Francis Bartelo, le tuant ainsi que six de ses hommes, et font sept captifs[22].

Assauts sur Halifax[modifier | modifier le code]

Il y a quatre assauts contre la ville d'Halifax durant la guerre. Le premier assaut a lieu en juillet 1750, lorsque les Micmac tuent six Britanniques, dont le fils de Cornwallis[25].

En 1751, deux attaques ont lieu contre les fortins militaires autour d'Halifax[26],[27].

Bataille de Baie Verte[modifier | modifier le code]

En août 1750, il y a une bataille navale proche de Baie Verte entre le capitaine britannique Le Cras, du navire Trial et la chaloupe de guerre Le Londre de soixante-dix tonnes. Le Londre est saisi et on découvre qu'il apporte des armes et des munitions de Québec au père Le Loutre et à ses Micmac. Mr Bigot, intendant du Canada, avait donné les instructions au capitaine français de suivre les ordres du père Le Loutre ou La Corne, ses papiers sont trouvés à bord du Londre, et le tout est envoyé à Halifax[28].

Bataille de Port La Tour (1750)[modifier | modifier le code]

Au milieu de septembre 1750, l'officier français Louis Du Pont Duchambon de Vergor (qui sera le commandant du Fort Beausejour)[29] est envoyé à bord du brigantine Saint-François pour se joindre à la chaloupe de guerre l'Aimable Jeanne, qui transporte des munitions et des approvisionnements de Québec à la rivière Saint-Jean pour Boishebert à Fort Boishébert. Le 16 octobre, à dix lieues à l'ouest de Cap de Sable, aujourd'hui Port La Tour, le capitaine britannique John Rous, à bord du HMS Albany, prend possession des navires français[30],[31],[32].

Bataille de Fort Beauséjour[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Fort Beauséjour.
Fort Beauséjour et la cathédrale (vers 1755)

En 1749, les Anglais commencent à établir des colons protestants en Nouvelle-Écosse en fondant Halifax. En réplique, la base d'opération de Le Loutre est déménagée de Shubénacadie à Pointe-à-Beauséjour, désormais proche de Sackville (Nouveau-Brunswick).

Lorsque Le Loutre arrive à Beauséjour, il y a une dispute entre la France et l'Angleterre, concernant la propriété de l'actuel Nouveau Brunswick. Un an après l'établissement d'Halifax en (1749), les Anglais construisent le Fort Edward (Nouvelle-Écosse) à Pisiguit, et le fort Lawrence à Beaubassin, le long de la frontière de la Nouvelle-Écosse, pour contrer la construction de plusieurs forts par les Français au Nouveau Brunswick. Les Anglais sont aussi intéressés à construire des forts dans plusieurs communautés acadiennes pour contrôler les populations locales.

Le Loutre mène la résistance à la construction de forts anglais dans les villages acadiens. Le Loutre et les Français sont établis à Beauséjour, opposé à[pas clair] Beaubassin. Lawrence tente de prendre le contrôle de Beauséjour et de Beaubassin au début de 1750, mais est repoussé par Le Loutre, les Acadiens et les Micmac. Pour empêcher Lawrence de construire le fort Lawrence à Beaubassin, et déménager les Acadiens au Nouveau Brunswick, Le Loutre fait brûler Beaubassin[33]. En même temps que Le Loutre incendie Beaubassin pour des fins militaires, l'officier français Boishébert fait brûler le fort Ménagoueche sur la rivière Saint-Jean, pour l'empêcher de tomber aux mains des Anglais, et pour permettre aux Acadiens de fuir vers la forêt[34]. Aussi, les Anglais brûlent-ils les résidences de leurs officiers au siège de Port Royal en (1744) pour pouvoir vaincre les Français, les Acadiens et les Micmac[35]. Après avoir quitté Beaubassin vaincu, Lawrence arrive à Pisiguit, et commence la construction du fort Edward, en forçant les Acadiens à détruire leur église et à la remplacer par un fort anglais[36]. Lawrence revient par la suite dans les environs de Beaubassin, pour y construire le fort Lawrence. À Pisiguit, il y a peu de résistance à la construction du fort Edward, mais à Beaubassin, Charles Lawrence fait face à une résistance à la construction du fort Lawrence. Après avoir incendié le village, lorsque Lawrence revient, les Acadiens et les Micmac sont enfermés dans ce qui reste de leur village de Beaubassin, qu'ils sont prêts à défendre. Le Loutre rejoint le chef de la milice acadienne, Joseph Broussard. Ils sont accablés par les forces de la milice de la Nouvelle-Angleterre, et les Anglais parviennent à finir la construction du fort Lawrence à Beaubassin.

Au printemps de 1751, en réplique à la construction du fort Lawrence, les Français construisent le Fort Beauséjour. Comme beaucoup d'Acadiens de Cobéquid, les Acadiens de Beaubassin qui pensaient mieux vivre du côté français et songeaient à quitter leurs demeures, supportent la décision de Le Loutre. Il est fort probable, cependant, qu'il y eut des Acadiens qui préféraient prendre le risque de vivre sous l'occupation des protestants anglais, afin de pouvoir garder leurs maisons.

Le Loutre conserve la cloche de l'église Notre-Dame de l'Assomption de Beaubassin, et la place dans la cathédrale construite à côté du Fort Beauséjour (1753–1755). En 1752, Le Loutre propose un plan à la cour française, qui consiste à détruire le fort Lawrence et a ramener les Acadiens et les Micmac à Beaubassin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Padanuques Jacques », sur Dictionnaire biographique du Canada
  2. Standing committee on fisheries and oceans / Comité permanent des pêches et des océans, « Témoignages », sur Parlement du Canada,‎ 25 nov. 1999
  3. (en) John Mack Faragher, A Great and Noble Scheme, New York, W. W. Norton & Company,‎ 2005 (ISBN 0-393-05135-8), p. 110–112
  4. (en) Akins, History of Halifax, p. 18
  5. a et b Wicken, p. 179
  6. (en) Archibald MacMechan, "The Indian Terror" in Red Snow on Grand Pre, McClelland & Stewart,‎ 1931, p. 163
  7. Grenier, p. 149
  8. Griffith, p. 390
  9. (en) Harry Chapman, In the Wake of the Alderney: Dartmouth, Nova Scotia, 1750-2000, Dartmouth Historical Association,‎ 2000, p. 23
  10. (en) The Far Reaches of Empire: War in Nova Scotia, 1710-1760,‎ 2008, p. 150. Pour les sources primaires de ce document, les assauts sur Darmouth, voir le journal : (en) John Salusbury, Expeditions of Honour: The Journal of John Salusbury in Halifax ; voir aussi (en) John Wilson, A genuine narrative of the transactions in Nova Scotia since the settlement, June 1749, till August the 5th, 1751, microform. Voir enfin (en) « History of Nova Scotia, Book 1 : Acadia, part. 5 : The intermission, Chapter 7 : The Indian Threat (1749-58) »
  11. (en) Thomas Beamish Akins, History of Halifax, Brookhouse Press,‎ 2002 (1re éd. 1895), p. 18
  12. (en) Thomas Beamish Akins, History of Halifax, Brookhouse Press,‎ 2002 (1re éd. 1895), p. 331
  13. (en) John Grenier, The Far Reaches of Empire: War in Nova Scotia, 1710-1760, University of Oklahoma Press, Norman,‎ 2008, p. 152
  14. (en) Expeditions of Honour: Journal of John Salusbury in Halifax, Nova Scotia, 1749-53, Ronald Ropkey, University of Delaware Press,‎ 1982, p. 68
  15. (en) Brebner, New England's Outpost, p. 174
  16. Faragher p. 262
  17. Griffith, p. 392
  18. Murdoch, p. 166-167
  19. Grenier, p. 153
  20. (en) « Fort Vieux Logis », sur Northeast Archeological Research
  21. Frank Harris Patterson, History of Tatamagouche, Halifax, Royal Print & Litho.,‎ 1917
  22. a et b Grenier, p. 159
  23. Hand, p. 20
  24. Hand, p. 25
  25. (en) Thomas Atkins, History of Halifax City, Brook House Press,‎ 2002 (1re éd. 1895), p. 334
  26. (en) Harry Piers, « The Evolution of the Halifax Fortress, Halifax, PANS, Pub. #7, 1947 », dans Peter Landry, The Lion and the Lily, vol. 1, Trafford Press,‎ 2007 (lire en ligne), p. 370
  27. (en) « Map of Halifax Blockhouses »
  28. (en) Beamish Murdoch, A History of Nova Scotia, vol. 2, p. 188
  29. Beamish Murdoch, p. 197
  30. (en) « Du Pont Duchambon de Vergor, Louis », sur Dictionary of Canadian Biography Online
  31. (en) Diane Marshall, Heroes of the Acadian Resistance,‎ 2011, p. 93
  32. (en) Beamish Murdoch, A History of Nova Scotia, vol. 2, p. 191
  33. La pratique d'incendier sa demeure pour des fins militaires est courante à l'époque.
  34. (en) John Grenier, The Edge of Empire, Oklahoma Press,‎ 2008, p. 179
  35. (en) Brenda Dunn, A History of Port-Royal/Annapolis Royal 1605–1800, Halifax (NS), Nimbus Press,‎ 2004
  36. Stephan Bujold, L'Acadie vers 1550 : Essai de chronologie des paroisses acadiennes du bassin des Mines (Minas Basin, NS) avant le Grand dérangement, SCHEC Études d'histoire religieuse,‎ 2004, p. 59-79

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Micheline Dumont-Johnson, Apôtres, ou agitateurs : la France missionnaire en Acadie,‎ 1970