Groupes ethniques du Sénégal

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Carte des peuplades du Sénégal d'après l'abbé Boilat (1853)
Langues usuelles du Sénégal en 2000 d'après Anne Le Fur

L'origine des groupes ethniques du Sénégal reste controversée et les thèses de l'historien et anthropologue Cheikh Anta Diop ne font pas l'unanimité, dans la communauté scientifique occidentale, mais semble admises par les traditions historiques, orales et écrites, des peuples du Sénégal et plus généralement de toute l'Afrique de l'Ouest.

Cependant Les ethnies sont nombreuses sur un territoire relativement restreint et l'on peut distinguer des sous-groupes à l'intérieur de plusieurs d'entre elles.

Origines[modifier | modifier le code]

Aspects méthodologiques[modifier | modifier le code]

L'usage de catégories ethniques, et a fortiori de comptages les concernant, fait lui-même l'objet d'un débat de société[1] que chaque législation nationale a tranché à sa façon[2], mais qui n'est pas clos pour autant. En préambule on peut donc s'interroger sur l'intitulé même de cet article. Bambaras, Toucouleurs ou Dyulas désignent certes des classes d'individus présentes au sein de la société sénégalaise, mais peut-on vraiment les mettre sur le même plan sans trahir leurs spécificités ?

Même si l'on s'y résout, au Sénégal comme ailleurs les données statistiques disponibles ne rendent compte que très imparfaitement d’une réalité actuelle soumise aux mobilités et aux métissages. La méthodologie des enquêtes a varié dans le temps[3] et le critère linguistique, plus facile à appréhender et moins polémique, est désormais préféré aux classifications ethniques, souvent figées par l’ordre colonial, mais aussi renforcées par les populations qui y puisent un puissant sentiment d’appartenance[4]. Néanmoins, selon une estimation de 2005[5], on peut identifier au Sénégal une vingtaine de groupes, de taille très inégale.

Principaux groupes[modifier | modifier le code]

Wolof du Cayor (gravure de 1890)

Les Wolofs sont les plus nombreux (43,3 %), présents surtout dans l'ouest du pays (Ndiambour au Cayor, Waalo, Baol, Djolof, Saloum), dans le bassin arachidier du centre-ouest et particulièrement dans les grands centres urbains. La plupart sont musulmans, de la confrérie des Mourides, et des tidjanes. Les Lébous de la presqu'île du Cap-Vert et de la Petite-Côte leur sont apparentés, mais représentent moins de 1 % de la population[6]. Le poids des Wolofs dans le pays tend à s'accroître, linguistiquement et politiquement : on a pu parler de « wolofisation » du Sénégal[7].

Les Halpulaaren – ceux qui parlent le peul – constituent le second groupe (23,8 %). Ce chiffre inclut Peuls et Toucouleurs, mais, selon les enquêtes, ces deux populations sont tantôt décomptées ensemble, tantôt séparément. On constate leur présence sur une partie du territoire national plus étendue que les Wolofs, mais il s’agit le plus souvent de régions peu peuplées, comme le Ferlo, la Haute-Casamance, la vallée du fleuve Sénégal, surtout peuplée par les Toucouleurs, et le Badiar. Traditionnellement nomades, ils sont aujourd’hui sédentarisés dans leur grande majorité. De nos jours l'exode rural touche davantage les Toucouleurs que les Peuls.

Le troisième groupe est celui des Sérères qui représentent 14,7 % de la population. Ils sont concentrés dans l’ouest du pays. Ils vivent sur la Petite-Côte et dans le Sine-Saloum, notamment dans les îles du delta du saloum. Les Ndut, les Niominkas, les Safènes et d’autres sous-groupes leur sont proches. Chez les Sérères il y a d'importantes communautés chrétiennes, mais l'islam est majoritaire. Ils ont conservé néanmoins certains aspects de leur religion traditionnelle.

En route pour le boukout de Baïla en pays diola

Les Diolas (3,7 %) vivent pour la plupart en Basse-Casamance où ils pratiquent surtout la riziculture et la pêche. De religion traditionnelle, ils ont résisté[8] plus que d’autres à la pénétration de l’islam et du christianisme et continuent de défendre leur identité[9]. Aujourd'hui ils sont aussi souvent musulmans que chrétiens, tout en y mêlant leurs croyances traditionnelles.

D’autres peuples sont établis dans la même région. Leur mode de vie est assez semblable à celui des Diolas, mais ils s’en distinguent par leurs langues et sont très minoritaires. C’est le cas des Baïnouk, des Balantes, des Manjaques, des Mancagnes, mais aussi des Karones et des Bandials.

Plusieurs ethnies se rattachent au grand groupe des Mandingues (3 %) : Malinkés, Socés, Bambaras, Diakhankés et les Soninkés (1,1 %, dont une grande partie est implantés le long du fleuve Sénégal et de la Falémé, l'ancien Galam). Il existe une importante diaspora, notamment en région parisienne. Les Soninkés ont été islamisés plus tôt que la plupart des autres groupes.

Fillettes bédik à Iwol

Peu nombreux, Bassaris et Bédiks vivent sur les hauteurs du Sénégal oriental, autour de Kédougou. Ils font partie du groupe Tenda, de même que les Coniaguis et les Badiarankés.

Le Sénégal compte parmi sa population beaucoup d'Africains originaires d'autres pays du continent. Il y a de petites communautés ivoriennes à Dakar, ainsi que des Nigérians, appartenant le plus souvent aux ethnies haoussas.Il existe également une importante communauté marocaine plus anciennement implantée que les autres étrangers africains. Les Maliens également sont très présents. Les Cap-verdiens (Sénégalais d'origine cap verdienne, souvent appelés Sénégalo- Cap-verdiens) sont très nombreux à Dakar également. Les Maures, investis depuis longtemps dans les activités commerciales, sont établis dans le nord et dans les villes. Le sous-groupe des Maures Darmanko, quant à lui implanté au Sénégal depuis des siècles, est présent sur tout le territoire. D'ailleurs les Maures sont classés comme un groupe ethnique à part entière du Sénégal.

C'est également en milieu urbain que vivent le plus souvent les Européens et les Libanais.

Une sphère culturelle commune[modifier | modifier le code]

Les ethnies du Sénégal sont toutes issues d'un fond culturel commun, si bien que, à part les langues qui d'ailleurs présentent beaucoup de similitudes, il n'y a pas de véritables barrières culturelles entre elles. Ceci a permis au Sénégal d'éviter les guerres ethniques, car toutes ces ethnies appartiennent à une même sphère culturelle. Les façons de se vêtir, de célébrer les différents événements de la vie, la musique et la philosophie de la vie sont les mêmes chez tous, les différences restant superficielles. C'est pourquoi les mariages interethniques sont très fréquents au Sénégal. Toutes les familles comptent parmi elles, plus ou moins, un membre de chaque ethnie. L'islam, touchant 95 % de la population, n'a fait que resserrer la cohésion et la solidarité entre les ethnies et renforcer cette tolérance, car la plupart obéissent aux mêmes idéaux religieux. Les valeurs chrétiennes de tolérance et de liberté ont aussi contribué à cette cohabitation paisible. Que ce soit au niveau politique, scolaire ou humanitaire ces valeurs ont été largement appuyées. Mention peut être fait de Léopold Sédar Senghor, premier président et catholique, Elisabeth Diouf, épouse catholique du second président, les écoles catholiques et les œuvres humanitaires nombreuses. L'Etat cherche aussi à maintenir cette cohésion en défendant les principes d'un état laïc.

Ceci est également valable pour les pays de la bande sahélienne, comme le Mali, la Guinée, le Burkina Faso et le Niger qui forme avec le Sénégal une unité culturelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mirna Safi, « L’usage des catégories ethniques en sociologie », Revue Française de Sociologie, 2008, n° 49 (1), p 127—167 [1]
  2. Voir l'article Groupe ethnique
  3. Makhtar Diouf, Sénégal, les ethnies et la nation, Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, Dakar, 1998, 281 p. (ISBN 2-7236-1114-0)
  4. « Le Sénégal imaginé. Évolution d'une classification ethnique de 1816 aux années 1920 » (article de Joël Glasman dans Afrique & histoire, 2004-1, vol. 2, p. 111-139 [2]
  5. Atlas du Sénégal, Éditions J. A., Paris, 2007, p. 72-73
  6. Selon le recensement de 1988 au Sénégal, les Lébous étaient 56 758, sur une population totale de 6 773 417 habitants, soit 0,8 % (chiffres de la Division de la Statistique de Dakar cités dans Peuples du Sénégal, Éditions Sépia, 1996, p. 182)
  7. Donal Cruise O'Brien, « Langues et nationalité au Sénégal. L'enjeu politique de la wolofisation », Année africaine, Pédone, 1979, p. 319-335
  8. Christian Roche, Histoire de la Casamance : Conquête et résistance 1850-1920, Karthala, 2000, 408 p. (ISBN 2-86537-125-5)
  9. Jean-Claude Marut, « Le problème casamançais est-il soluble dans l’Etat-nation ? » dans Momar-Coumba Diop (dir.), Le Sénégal contemporain, Karthala, Paris, 2002 p. 425-458. (ISBN 2-84586-236-9)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liste alphabétique : Badiaranké - Baïnouk - Balantes - Bambaras - Bandials - Bassari - Bayot - Bédik - Coniaguis -Diakhankés - Diola - Européens - Jalonké - Karones - Khassonkés - Laobés - Lébous - Libanais - Malinkés - Mancagnes - Mandingues - Manjaque - Maures - Maures Darmanko - Ndut - Niominka - Nones - Papel - Peuls - Sérères - Soninkés - Toucouleurs - Wolofs

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mara A. Leichtman, « The legacy of transnational lives: Beyond the first generation of Lebanese in Senegal », Ethnic and racial studies, 2005, vol. 28, n° 4, p. 663-686
  • (fr) Peuples du Sénégal (sept conférences pour mieux comprendre les rites, les cérémonies, et la spiritualité des peuples du Sénégal), Éditions Sépia, Saint-Maur, 1996, 187 p. (ISBN 2-907888-97-8)
  • (fr) Danielle Barret, Bilan des hypothèses concernant la question des relations entre l’Égypte antique et l’Afrique occidentale tropicale, Paris, Université de Paris I, 1972 (Mémoire de Maîtrise)
  • (fr) Jean Gabriel Desbordes, L'immigration libano-syrienne en Afrique occidentale française, Poitiers, Renault, 1938, 208 p. (thèse)
  • (fr) Ibnou Diagne, Essai d’identification de quelques faciès néolithiques du Sénégal, Paris, Université de Paris X, 1974, 200 p. + 16 planches h.t. (Mémoire d’Ethnologie-Préhistoire)
  • (fr) A. Diéye, « Questions nationales et ethnie en Afrique noire : le cas du Sénégal », Paris, Afrique et Développement, 1995, vol. 20, n° 3, p. 129-155
  • (fr) Makhtar Diouf, Sénégal, les ethnies et la nation, Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, Dakar, 1998, 281 p. (ISBN 2-7236-1114-0)
  • (fr) Ernest Fallot, Histoire de la colonie française du Sénégal, BiblioBazaar, 2009, 170 p. (ISBN 978-1113060327)
  • (fr) Joël Glasman, « Le Sénégal imaginé. Évolution d’une classification ethnique de 1816 aux années 1920 », in Afrique & Histoire, Verdier, 2004, p. 111-139 (ISBN 2-86432-399-0)
  • (fr) Alexander Keese, « Colons français, politiciens africains et marchands libanais au Sénégal colonial », Africa, 2005, vol. 60, n° 2, p. 221-259
  • (fr) Jacqueline Oddoux, Frontières et ethnies en Afrique de l’Ouest : l’exemple du Sénégal, Paris, Université de Paris I, 1984 (Thèse de 3e cycle).
  • (fr) Ibrahima Sow, Fonctions symboliques et significations symboliques à faire à partir des mythologèmes, rites et coutumes de plusieurs ethnies du Sénégal, 1976 (Thèse)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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