Groupe X-CRISE

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Groupe X-CRISE
Création 1931
Personnes-clés Gérard Bardet, André Loizillon et John Nicolétis

Le Groupe X-Crise est un cercle de réflexion et de débats sur l'économie, rassemblant des anciens élèves de l'École polytechnique. Conséquence de la Grande Dépression qui suit le krach de 1929, ce groupe fondé par Gérard Bardet, André Loizillon et John Nicolétis est né à l'automne 1931 et est transformé en 1933 en Centre polytechnicien d'études économiques. On compte parmi les acteurs de ce groupe Raymond Abellio, Alfred Sauvy, Louis Vallon, Jean Coutrot, Jules Moch.

Il adopte plutôt une approche planiste antilibérale. On le considère aussi comme un creuset de la technocratie. La Seconde Guerre mondiale divisera le groupe puisque certains rejoignent la Résistance (Jules Moch, Louis Vallon) tandis que d'autres s'engagent auprès du régime de Vichy ou dans la Collaboration (Raymond Abellio, Jean Coutrot, Gérard Bardet).

Ce n’est donc pas seulement un rassemblement de polytechniciens, car X-Crise organise également des réunions publiques en accueillant des personnalités non polytechniciennes. Le groupe fonctionne aussi comme un lieu de rencontre entre des techniciens engagés et des personnalités politiques ou intellectuelles.

La presse d'extrême droite (Minute) accuse de nos jours[Quand ?] X-Crise de proximités avec le prétendu « complot synarchique »[1].

Historique[modifier | modifier le code]

1931-1935 : le développement[modifier | modifier le code]

Le 25 août 1931, parait un article dans le bulletin de l’École Polytechnique, X-Information, un article d'un jeune polytechnicien nommé Gérard Bardet, intitulé « Réflexions sur le monde présent ». Cet article interpelle les polytechniciens sur la nécessité d'engager une réflexion et des études pour résoudre les graves problèmes posés par la crise économique, conséquence de la Grande Dépression, à laquelle le gouvernement d'alors semble porter peu d'attention.

Le numéro d'octobre appelle les polytechniciens à rejoindre le noyau initial d'un groupe d'étude nommé X-Crise et constitué des polytechniciens Gérard Bardet, André Loizillon et John Nicolétis. Leur intention est de fonder un véritable groupe de réflexion, indépendant de toute idéologie politique et respectueux des opinions de chacun, consacré à une étude scientifique, mathématique et rigoureuse des problèmes économiques et sociaux[X 1].

Une douzaine de polytechniciens sont présent dès les premières réunions, dont Jean Coutrot - personnage majeur du groupe X-Crise - mais le nombre d'ingénieurs désirant participer croît rapidement, attirés par une atmosphère créative et tolérante, et par un programme de conférences et de recherche de qualité. Après dix-huit mois, en 1933, le nombre de participants atteint les 500.

À l'automne 1933, le groupe X-Crise se transforme en une association de loi 1901 : Centre polytechnicien d'études économiques (C.P.E.E.) qui s'ouvre officiellement aux non-polytechniciens[X 2]. Rejoignent alors le groupe des enseignants, des administrateurs, des technocrates et des entrepreneurs. Le centre organise des études, des conférences, des notes de lecture et des débats, relayés par un bulletin mensuel[2].

1936-1939 : la maturité[modifier | modifier le code]

En 1936, le C.P.E.E est devenu une institution familière et prestigieuse au sein des cercles économiques et politiques[A 1]. À cette époque, on compte 2 000 adhérents au C.P.E.E., parmi lesquels 700 non-polytechniciens[X 2].

Le groupe est dissous par la défaite de 1940[3].

Héritage[modifier | modifier le code]

Le groupe X-Sursaut est créé en juillet 2005 par 60 polytechniciens afin de « proposer au gouvernement une stratégie macroéconomique pour la croissance et d'apporter un éclairage sur les obstacles structurels qui entravent le dynamisme de [l'] économie [française] »[4]. La constitution du groupe s'apparente à un retour à la forme originelle, non académique, d'X-Crise. En revanche la posture de ses membres est résolument libérale, à l'inverse de l'interventionnisme voire du planisme souvent défendu au sein d'X-Crise[5].

Travaux et orientation politique[modifier | modifier le code]

Toutes les tendances politiques sont représentées au sein du groupe X-Crise, même si - dès les premiers travaux - la tendance générale du groupe est de remettre en cause l'économie libérale dont la crise révèle les faiblesses, et de promouvoir une « économie coordonnée »[X 3] avec une forte tendance technocratique.

Trois tendances se dessinent : une tendance libérale rassemble à droite ce qui se définissent comme les « partisans de la liberté » comme Clément Colson, Jacques Rueff, René Duchemin et François Divisia, au centre les partisans d'une économie capitaliste dirigée comme Bardet, Loizillon, Branger, Coutrot ou Auguste Detœuf qui sont majoritaires et l'aile gauche est formé par des socialistes comme Charles Spinasse, John Nicolétis, Jules Moch, Louis Vallon, Barthélémy Montagnon, Marc Bloch, Alfred Sauvy ou Netter, qui sont pour certains tentés par les expériences collectivistes d'Europe de l'Est[2].

Au terme de six mois de discussions et de travaux, Bardet présente les premières orientations générales des travaux du groupe qui allaient être représentatives des travaux futurs. Bardet dénonce l'incompétence des politiques en matière de planification technique et économique et leur tendance à vouloir préserver à tout prix les anciens modèles économiques plutôt qu'à rechercher et corriger les problèmes ayant sucité la crise[A 2].

Suit une analyse de la crise, déclinée en causes structurelles et conjoncturelles. Si les secondes semblent d'après le groupe aisément surmontables, les premières nécessitent une réforme en profondeur de la société, avec d'avantage d'implication de l'état dans l'économie et le développement d'une protection sociale. Au niveau de l'organisation du gouvernement, Bardet préconise une articulation entre un corps législatif et un corps d'experts techniques supervisant les projets économiques, et ayant un rôle de conseil et de documentation[A 2].

Membres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catégorie:Membre de X-Crise.

Parmi ses membres, on peut citer Jacques Barnaud, Louis Vallon, Pierre Pucheu, Jules Moch, Jean Coutrot[1]. Jacques Rueff en a également fait partie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Minute, Hors-série nº 6, La Synarchie ente mythe et réalité, par Aymon de Lestrange, p. 15
  2. a et b Bruno Belhoste (dir.), Amy Dahan Dalmedico (dir.), Antoine Picon (dir.), Michel Armatte et al., La formation polytechnicienne 1794-1994, Paris, Dunod,‎ 1994, ill. 25 cm, 469 p. (ISBN 2-10-002060-9 et 978-2-100-02060-7, OCLC 463916249, notice BnF no FRBNF35717226d, présentation en ligne), « L'économie à l'École polytechnique », p. 375-396
  3. X-Crise, présentation sur le site du groupe X-Sursaut.
  4. Présentation, sur le site du groupe X-Sursaut.
  5. De X-Crise (1931-1939) à X-Sursaut (2005- ?) L'apport des Polytechniciens à la réflexion sur le rôle de l'État dans la vie économique

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • X-Crise (Centre polytechnicien d'études économiques), De la récurrence des crises économiques. Son cinquantenaire, Economica,‎ 1982 :
  1. p. 21
  2. a et b p. 8
  3. p. 22
  • (en) Nimrod Amzalak, Facists and Honourable men : Contingency and Choice in French Politics, 1918-45, Blackwell Publishing,‎ 2011 :
  1. p. 116
  2. a et b p. 115
  • Olivier Dard, « Voyage à l'intérieur d'X-Crise », in Vingtième siècle, no 47, juillet-septembre 1995, p. 132-147, [lire en ligne].
  • Guy Desaunay, X-Crise, Contribution à l'étude des idéologies économiques d'un groupe de polytechniciens durant la grande crise économique (1931-1939), thèse dirigée par Raymond Aron, Paris, 1965.
  • Jean Meynaud, La Technocratie, mythe ou réalité, Paris, Payot, 1964.

Articles connexes[modifier | modifier le code]