Gros Bill (jeu de rôle)

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Gros Bill (en deux mots) ou Grosbill (en un seul mot), est un qualificatif péjoratif qui désigne, dans l'univers des jeux de rôle, un joueur qui cherche, par le biais de la tricherie ou non, à rendre son personnage le plus puissant possible, au détriment des autres aspects du jeu, tels que le réalisme ou l'interaction entre les autres personnages joueurs (c'est-à-dire le rôlisme, ou roleplay).

En 1981, la revue de jeu de rôle Casus Belli avait, dans son numéro 4, donné une définition humoristique du « GrosBill » : « la cervelle du canari et la puissance de feu du porte-avions nucléaire »[1].

Apparition du terme[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, à l'école normale supérieure de la rue d'Ulm, un joueur parisien de AD&D, surnommé « Le Gros Bill », se faisait remarquer par sa manière très peu subtile de tricher dans le seul but d'acquérir un personnage surpuissant. Personne ne restait dupe longtemps, mais cela ne l'empêchait pas de continuer à annoter sa fiche de personnage pour améliorer ses statistiques. François Marcela-Froideval, un joueur de l'époque qui côtoya sa table de jeu, a présenté cette nouvelle manière de jouer dans un article ironique de la rubrique Devine qui vient dîner ce soir, paru en 1981 dans Casus Belli no 4. En la ridiculisant, il faisait passer à la postérité cette nouvelle pratique de jeu, qu'il avait par ailleurs faite sienne à l'occasion… En 1985, Casus Belli publie une nouvelle fois un article à ce sujet, car le phénomène s'accentue :

« Depuis quelque temps, une maladie terrible, contre laquelle nous avions tenté de lutter il y a longtemps dans Casus Belli, a tendance à ressurgir : la grosbillite galopante[2]. »

Le terme de « Gros Bill », qui jusque-là permettait de se moquer gentiment des joueurs, devient dès lors plus péjoratif. En effet, cette pratique nuit à « l'expérience de jeu » de ceux pour qui l'histoire et l'ambiance dans un jeu de rôle sont importantes (le rôlisme), et si elle devait se généraliser, les parties de jeu de rôle perdraient tout intérêt, ne devenant que des compétitions pour savoir qui a le personnage le plus puissant.

Évolution du terme et des termes dérivés[modifier | modifier le code]

À l'origine, le terme de « GrosBill » a une connotation de tricherie (sur les dés de caractéristiques de son personnage, les dés jetés au cours de la partie, etc.), mais le terme a perdu cette signification originelle et peut également désormais désigner le personnage virtuel lui-même, ou un désir d'optimisation maximale de ce personnage, notamment avec l'arrivée des MMORPGs.

En effet, l'un des buts principaux des jeux de rôles informatiques est d'acquérir de l'expérience et de découvrir des artefacts magiques, et, de fait, la tricherie est devenue impossible ou beaucoup plus difficile qu'avec un meneur de jeu traditionnel. Le « Gros Bill » désigne alors un joueur très expérimenté qui excelle dans la recherche de la puissance. Le terme est devenu synonyme de Power Gamer (en) (le terme anglais exact pour le « GrosBill » « originel » est plutôt Munchkin) en perdant le sens de tricherie. Il véhicule toutefois encore la notion d'excès, de surpuissance, d'élément potentiellement « déséquilibrant » pour l'univers dans lequel il évolue.

Le terme « GrosBill » a donné le substantif « grosbillisme », qui désigne le fait de « jouer la puissance » plutôt que de « jouer le rôle ». Le terme est péjoratif, car une attitude de « Gros Bill » dans un jeu de rôle traditionnel est proche de l'anti-jeu et gâche souvent le plaisir des autres joueurs.

Lutter contre le grosbillisme[modifier | modifier le code]

Certains meneurs de jeu sont montrés du doigt, car créer des scénarios de type PMT (Porte, Monstres, Trésors) ou des donjons remplis d'objets magiques puissants sert la cause des « Gros Bills ». D'autre part, c'est aux meneurs de jeu de prendre des mesures pour empêcher la tricherie et les abus, car le « Gros Bill » connaît en général très bien (voire par cœur) le livre de règles du maître du jeu, ce qui lui permet de combiner des compétences afin d'obtenir des capacités largement supérieures aux autres joueurs. Les « Gros Bills » ayant tendance à se focaliser sur les chiffres au détriment de l'histoire, le meneur de jeu n'a qu'à ne jamais en donner.

Par ailleurs, certains « Gros Bills » vont jusqu'à lire les scénarios du commerce, pour connaître l'emplacement et la nature de tous les objets magiques composant le scénario. Le jeu Donjons et Dragons 3.5 est tout choisi pour ce style de grobillisme, mais un MD peut choisir de refuser un personnage multi-classé fantaisiste, ou décider de modifier ses scénarios et les objets qu'ils contiennent. Ces scénarios « basiques » sont d'ailleurs évoqués comme excuse, par celui qui est à l'origine de l'expression[3].

En ce qui concerne les MMORPGs, le grosbillisme est moins nuisible, puisque le « Gros Bill » est maintenant surtout quelqu'un qui joue beaucoup pour progresser, comme la plupart des autres joueurs. Dans ces jeux, on retrouve parfois la mise en place de serveurs uniquement « JDR », sur lesquels les joueurs sont invités à se concentrer sur l'histoire et moins sur la progression en niveaux du personnage. Dans de tels jeux, le grobillisme engendre parfois la pratique du ninja looting ou du farming.

Autour du terme[modifier | modifier le code]

  • La Série des Elder scrolls est propice au grobillisme, car il est possible de faire atteindre le plus haut degré de maîtrise à son personnage dans un domaine donné en quelques minutes, en utilisant des astuces de jeu, et en ignorant donc tout réalisme.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]