Graoully

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Le Graoully de Metz vu par Horace Castelli, 1872.

Le Graoully est un animal mythique à l'apparence d'un dragon, vivant dans l'arène de l'amphithéâtre de Metz, qui aurait dévasté la ville avant d’être chassé hors du pays par saint Clément de Metz, premier évêque de la ville au IIIe siècle. Cette légende représentait la destruction des religions païennes par le christianisme. Le nom du Graoully, dont la graphie se décline encore en Graouli, Graouilly, Graouilli ou Graully, trouve son étymologie dans l’allemand gräulich qui signifie « monstrueux »[1].

Légende[modifier | modifier le code]

Saint Clément, premier évêque de Metz, conduit le Graoully sur les bords de la Seille.

La première version de la légende de saint Clément de Metz date de la fin du Xe siècle. Saint Clément est envoyé par saint Pierre évangéliser Metz. Mais des serpents installés dans l'amphithéâtre empoisonnent l'air de leur souffle venimeux et interdisent ainsi l'accès à la ville. Après avoir dit la messe et communié, saint Clément se rend à l'amphithéâtre, soumet les serpents d'un signe de croix, puis il lie le plus grand de son étole et le conduit au bord de la Seille. Là, il lui ordonne de quitter les terres habitées avec les siens. Depuis ce jour il n'y a plus aucune bête nuisible dans l'amphithéâtre. Ce dernier élément de la légende est une tradition locale rapportée par Paul Diacre dans ses Gesta episcoporum mettensium, écrits entre 783 et 786. L'auteur de la légende de saint Clément s'inspire de plusieurs vies de saints sauroctones pour écrire l'épisode du combat contre les serpents[2].

La légende évolue entre le XIe siècle et le XVIe siècle. Le « plus grand des serpents » devient un dragon buveur de sang envoyé par Dieu pour punir les Messins de leurs débauches. Saint Clément, envoyé pour délivrer Metz du monstre, le noie purement et simplement dans la Seille[3].

Représentation[modifier | modifier le code]

Ce Graoully présent dans la Chambre lorraine du Haut-Kœnigsbourg est la reproduction d'un original placé dans la crypte de la cathédrale de Metz
Sur le blason du Sablon (commune sur laquelle l'amphithéâtre se trouvait et où le dragon aurait été terrassé), figure la représentation héraldique du Graoully, transpercé de la crosse de Saint-Clément

Entre le XIIe siècle et la Révolution française, la légende de saint Clément était commémorée par une procession à la Saint-Marc[4] et aux rogations, adaptation locale de la tradition romaine du Manducus. Son effigie, sous la forme d’un dragon était promenée dans toute la ville avant d’être fouettée par les enfants.

« C’était une effigie monstrueuse, ridicule, hideuse et terrible aux petits enfants, ayant les yeux plus grands que le ventre, et la tête plus grosse que tout le reste du corps, avec amples, larges et horrifiques mâchoires bien endentelées, tant au-dessus comme au-dessous, lesquelles, avec l’engin d’une petite corde cachée dedans le bâton doré, l’on faisait l’une contre l’autre terrifiquement cliqueter, comme à Metz l’on fait du dragon de saint Clément. » (François Rabelais, Quart Livre) L'appellation de « Graully » pour désigner cette effigie est attestée dès 1546.

On peut aujourd’hui le voir représenté dans la crypte de la Cathédrale Saint-Étienne de Metz. Il figure aussi sur les blasons du Football Club de Metz, du Rugby Club de Metz Moselle et du Hockey Club de Metz, de l’École nationale d'ingénieurs de Metz et du lycée Louis Vincent. La plus vieille sculpture connue à ce jour se situe au 10 rue Chêvremont, sur la maison du serpent[5].

On trouve de manière quasi permanente une effigie du Graoully suspendue au-dessus de la rue Taison, non loin de la cathédrale. L'on invoque le Graoully, comme origine potentielle de la toponymie de cette rue qui effrayait des générations d’enfants. Aussi les habitants n’osaient sortir dans cette rue la nuit, de peur de rencontrer le terrible dragon, avertissant : « Taisons, taisons-nous, voilà le Graoully qui passe ! ».[réf. nécessaire]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La légende du Graoully. – Metz, Dembour et Gangel, 1850, 11 p. (Revue d’Austrasie).
  • André Bellard, « Le Graoully de Metz à la lumière de la paléontologie » dans les Mémoires de l’Académie de Metz, 1965-1966, p. 139-146.
  • Eugène Grellois, « La plus populaire de nos légendes (le Graoully de Metz) » dans L’Austrasie, tome III, 1841, pp. 276-284.
  • Marie-Alexandre Lenoir, « Mythologie celtique du dragon de Metz nommé Graouilli » dans les Mémoires de l’Académie celtique, 1808, tome II, pp. 1-20.
  • Lucien Roger, Le Grawli. Étude étymolo­gique. – Nos Traditions, 1947, 1, pp. 34-38.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation du Graouli
  2. Jean-Marie Privat, Dans la gueule du dragon, Pierron éditions,‎ 2000
  3. ibid.
  4. René Bour, Histoire de Metz, Éditions Serpenoise,‎ 1978 [détail de l’édition] p34
  5. http://www.ac-nancy-metz.fr/IA57/MontignyPeupion/Netscolaire99/Graoully/graoully.gif Petite sculpture du Graoully sur la maison du serpent.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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