Grande expédition

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Mouvements des groupes celtes de la Grande expédition.
Le massif central, au sud duquel sont originaires les celtes de la Grande expédition

La Grande expédition désigne la campagne militaire d’une coalition de peuples celtes divers formés autour d’un noyau de Galates[1]du sud du Massif central. Ces peuples entreprennent un certain nombre d’expéditions guerrières de pillage au sud-est de l’Europe, dans des lieux qu’ils fréquentaient pacifiquement auparavant. Les raisons de leur hostilité ne sont pas élucidées, mais peut-être sont-elles liées à une dégradation climatique ayant compromis leurs ressources agricoles habituelles[2].

Historique[modifier | modifier le code]

La tête d'un Galate, sur un objet d'art thrace en or, IIIe siècle av. J.-C.

Avant le IIIe siècle av. J.-C. les relations entre les Celtes et le monde grec sont pacifiques, les chefs celtes étant des invités de marque des grands sanctuaires grecs d’Apollon. En -335, une ambassade gauloise est reçue par Alexandre le Grand. Selon l’anecdote, à la question de ce dernier leur demandant ce qu’ils craignent le plus, les Gaulois répondent que la seule chose qu’ils redoutent est que le ciel leur tombe sur la tête… alors qu’il s’attendait à ce qu’ils répondent qu’ils le craignaient lui. On ne sait pas si cette réponse (si la légende dit vrai) est un trait d’humour ou bien une allusion à un évènement naturel (chute de météorite, péjorations climatiques…). En -324[3], une députation celte aurait été accueillie à Babylone. Alors que le monde celte apparaît globalement stable au milieu du Ier millénaire av. J.‑C., les IVe et IIIe siècles av. J.-C. voient d'importants groupes celtes se mettre en mouvement vers la Plaine padane, le bassin des Carpates, les Balkans et la Grèce puis l'Anatolie [4].

À la fin du IVe siècle av. J.-C. se produit l’expansion celtique en Pannonie, première étape d’une migration plus vaste en direction du Bassin du bas-Danube et des Carpates dont témoignent de nombreuses tombes découvertes sur les territoires des actuelles Hongrie et Roumanie. Vers -300 les Celtes affrontent les Illyriens et Péoniens. En -298, ils pénètrent en Macédoine et Thrace où ils affrontent les Triballes. Forte de 85 000 guerriers[5], l’armée celte commandée par Brenn et Aquihor envahit en -279 la Macédoine et la Thessalie ; puis elle force le Passage des Thermopyles et marche sur le sanctuaire de Delphes.

Le groupe conduit par Brenn parvient à Delphes à la tête d’une armée de 65 000 hommes[6]. Selon Trogue Pompée, les Celtes échouent dans leur tentative de la prise de Delphes à cause d’une tempête de neige résultant d'une intervention divine (mais compatible avec l’hypothèse de la dégradation climatique). Une légende veut que la cité ait été pillée et dépouillée de son trésor que les Volques Tectosages auraient rapporté dans l’actuelle région de Toulouse. Cette légende est connue sous le nom d’Or de Toulouse (aurum Tolosanum). Après l’invasion de l’est de l’Étolie, le groupe celte parti envahir la Grèce met à sac Kallion (Callium) avant d’être expulsé par le roi de Macédoine Antigone II Gonatas. Brenn meurt de blessures reçues au combat tandis que les rescapés s’installent au confluent de la Save et du Danube : ce sont les Scordiques[7].

Une partie de l’armée emmenée par Léonor et Lutor ayant pénétré en Thrace, prend la direction de la mer Noire sous le commandement de Commontor. Ce groupe fonde en -277, aux porte des Byzance, le Royaume de Tylis qui sera conquis par les Thraces vers -212. Un dernier groupe, le plus important, passe au service de Nicomède Ier, roi de Bithynie, qui l'installe en Anatolie : ce sont les Galates (« à la peau laiteuse » en grec) qui y fondent la Galatie.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Galates et Galatie sont les termes qu’utilisent les géographes grecs pour désigner les Gaulois, à partir du IIIe siècle avant notre ère - voir Venceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire, pages 268 à 282, chapitres « Les Galates, Celtes d'Asie mineure » et « Les Galates IIIe-Ier siècle avant notre ère »
  2. Jean Chaline : Histoire de l'homme et des climats au quaternaire, Doin, Paris, 1985, ISBN 2-7040-0489-7 et Monica Rotaru, Jérôme Gaillardet, Michel Steinberg, Jean Trichet : Les Climats passés de la terre, Vuibert, 2007, ISBN 978-2-7117-5394-9, 195 pp.: les péjorations climatiques se manifestent en Europe par un Gulf Stream plus intense qui fait du Groenland un pays vert mais augmente la pluviosité en Europe occidentale, compromettant les récoltes et la pêche et décimant les troupeaux.
  3. [1]
  4. Venceslas Kruta & Paul-Marie Duval, Les mouvements celtiques du Ve au Ier siècle avant notre ère, CNRS, 1978
  5. Venceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire, page 493 ; Hervé Abalain dans Les Celtes avance le chiffre de 150 000 guerriers qui se réduira avec la scission des deux chefs et les pertes militaires.
  6. Venceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire, p. 572
  7. Henri Hubert, Les Celtes et l'expansion celtique jusqu'à l'époque de La Tène, Albin Michel à Paris, collection « Évolution de l'humanité », 1989 (ISBN 2-226-00077-1)

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]