Grande Dépression

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

(Redirigé depuis Grande dépression)
Pour la crise économique de 1873 à 1896, voir Grande Dépression 1873 à 1896.
Évolution du PIB de quelques pays entre 1929 et 1939
Évolution du PIB de quelques pays entre 1929 et 1939

La Grande Dépression est la période de l'histoire américaine qui suivit le Jeudi noir du 24 octobre 1929, jour où survint le krach boursier (les marchés boursiers new-yorkais s'effondrèrent de manière durable le lundi 28 octobre 1929, le lundi noir). Les événements de cette journée déclenchèrent une crise économique mondiale qui mena à la déflation et à un accroissement significatif du chômage.

Sommaire

[modifier] Histoire

[modifier] Le jeudi noir et ses conséquences directes

La foule se presse devant la Bourse de New York après le krach
La foule se presse devant la Bourse de New York après le krach

Après le Jeudi noir, aux États-Unis, le président Herbert Hoover, tenta sans grand succès de remédier à la crise. L'un des problèmes principaux était qu'avec la déflation, une même somme d'argent permettait d'acquérir de plus en plus de biens au fur et à mesure de la chute des prix. Ses adversaires démocrates le surnommaient le « Do nothing ». Un autre problème fut qu'il n'y avait eu aucune surveillance des marchés boursiers, et qu'au moment de l'effondrement des cours, beaucoup d'actions et plans d'investissements se sont avérés insolvables, voire frauduleux. Malheureusement, de nombreuses banques avaient misé leurs capitaux dans ces affaires douteuses, ce qui entraîna l'effondrement du système bancaire, en 1932. Avec la déconfiture du système bancaire, et la population s'accrochant au peu de monnaie qu'elle possédait encore, il ne resta pas assez de liquidités sur le marché pour qu'une quelconque activité économique puisse inverser la tendance.

[modifier] Conséquences économiques à moyen terme

En 1933, la production industrielle américaine avait baissé de moitié depuis 1929. Entre 1930 et 1932, 773 établissements bancaires firent faillite[1].

[modifier] Diffusion de la crise

Comme les banques américaines ont alors des interêts dans de nombreuses banques européennes et qu'elles rapatrient d'urgence leurs avoirs aux États-Unis, par un phénomène de cascade, la crise se propage dans toute l'Europe. Compte tenu que, à cette époque, les Bourses et, surtout, les économies mondiales ne sont pas encore en aussi étroites relations, la crise verra ses premières répercussions en France à partir du second semestre de 1930, soit six mois plus tard. Elle sera aggravée par les mesures déflationnistes (baisse des prix et des salaires) des gouvernements Tardieu et Laval, bien que ceux-ci tenteront, de façon limitée, quelques grands travaux (dont l'électrification des campagnes). En Allemagne, le taux de chômage atteint des sommets (plus de 25 % de la population active en 1932), alimentant la désillusion et la colère de la population, et c'est en promettant de régler le problème de la crise qu'Adolf Hitler parvint au pouvoir le 30 janvier 1933. En Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, se produit la « crise des produits de dessert » liée à la forte baisse du pouvoir d'achat en Europe et en Amérique du Nord. Au Brésil, pour limiter la mévente et faire grimper les cours, le café est brûlé dans les locomotives. La France et le Royaume-Uni tentent de se replier sur leurs colonies, mettant au point la « préférence impériale », interdite lors de la Conférence de Berlin (1885) mais largement pratiquée après 1914. Le monde entier est touché excepté l'Union soviétique de Staline, protégée par son système économique autarcique.

[modifier] Chômage et misère

[modifier] États-Unis

Aux États-Unis, le taux de chômage augmente fortement au début des années 1930 : il atteint 9 % en 1930[2]. Le pays compte quelque 13 millions de chômeurs en 1932[2]. En 1933, lorsque Roosevelt devient président, 24,9 % de la population active est au chômage[3] et deux millions d’Américains sont sans-abri.

Les manifestations de la faim se multiplient. En mars 1930, 35 000 personnes défilent dans les rues de New York[4]. En juin 1932, les Anciens Combattants réclament le paiement des pensions à Washington DC : ils sont violemment délogés par les soldats. Une grande grève dans le secteur du textile éclate en 1934[5]. Dans les campagnes, la situation économique se dégrade, notamment à cause de la sécheresse et du Dust Bowl (1933-1935). En 1933, la diminution de 60 % des prix agricoles affecte durement les agriculteurs (effet ciseaux). La ruine des fermiers des Grandes Plaines poussent des milliers de personnes à s'installer dans les États de l'Ouest. Face à la misère qui grandit, l'influence communiste progresse dans les milieux populaires[2].

[modifier] Le New Deal (1933)

Icône de détail Article détaillé : New Deal.
Dorothea Lange, Mère migrante (Migrant Mother), 1936. Cette photographie est devenue un des symboles de la Grande Dépression.
Dorothea Lange, Mère migrante (Migrant Mother), 1936. Cette photographie est devenue un des symboles de la Grande Dépression.

En novembre 1932, les États-Unis élirent Franklin Delano Roosevelt pour remplacer Hoover à la tête de l'État. Avec un taux de chômage approchant les 25% de la population active, Roosevelt qui prend ses fonctions en mars 1933 lança plusieurs programmes nationaux afin d'accroître le volume de liquidités et réduire le chômage (c'est ce que l'on nomma le New Deal). La cour suprême s'opposa dans un premier temps à cet interventionnisme économique très fort, contraire à sa jurisprudence précédente, avant de s'y rallier en 1937, par l'arrêt West Coast Hotel Co. v. Parrish. Le New Deal est souvent crédité d'avoir permis de surmonter la crise. Ce point de vue est contesté, notamment par les économistes classiques, surtout à partir des années 1960. Il permit en tout cas de limiter les conséquences sociales dramatiques de la crise, décrites par des œuvres comme Les Raisins de la colère. Il fournit aussi aux États-Unis des infrastructures - routes, aménagements hydroélectriques - encore utilisées à l'heure actuelle. Il redonne espoir aux Américains et Roosevelt sera réélu en 1936, 1940 et 1944, dans le contexte de la guerre il est vrai pour 1944. Par la première forte intervention d'un État dans l'économie, certains pensent même qu'il a sauvé le capitalisme lui-même.

[modifier] Les effets du New Deal

Franklin Delano Roosevelt en 1933
Franklin Delano Roosevelt en 1933

Étant donné que les États-Unis étaient encore en pleine crise lorsque survint la Seconde Guerre mondiale, il est difficile de se prononcer de façon fiable sur le succès qu'eut le New Deal sur l'économie américaine. Le débat reste ouvert. Certains affirment que l'instabilité inhérente des marchés économiques causa une crise si profonde, que même les interventions du New Deal, aussi pertinentes soient-elles, n'auraient pas pu rétablir rapidement la situation. D'autres estiment que, la crise de 1929 correspondant à la période de l'histoire américaine où l'intervention du gouvernement fut la plus forte, on pourrait raisonnablement penser que l'action du gouvernement n'a fait qu'accentuer la dépression, plutôt que d'y remédier. Ils tirent entre autres arguments du fait qu'après un redressement initial, l'économie a replongé à partir de 1936, à peu près au moment où la Cour suprême a permis au New Deal de prendre plus d'ampleur.

Beaucoup pensent que ce sont les dépenses de guerre des gouvernements qui relancèrent la croissance économique mondiale, mais en fait, cette affirmation n'est qu'à moitié vraie. L'Allemagne et l'Italie étaient sorties de la crise avant la Seconde Guerre mondiale en se lançant dans des dépenses massives en infrastructure et en armement. Les États-Unis revinrent à un taux d'activité normal durant la guerre grâce aux importants investissements militaires, mais également en employant une part importante de la population active dans l'armée. Bien que cette situation fût dictée par les événements, cela ne signifiait pas - au contraire - que l'Amérique était sortie de la crise. Et lorsque la guerre arriva à son terme, le retour des millions de soldats dans leurs foyers imposa une période de réajustement de l'économie. C'est cette transition qu'était censée faciliter le G.I. Bill. Dans d'autres pays, tels que la France, la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, la guerre avait bien sûr causé des dégâts considérables, plutôt que d'être un moteur de la relance économique. Si la guerre put s'avérer profitable pour certains secteurs de l'économie, elle causa généralement une dislocation économique et sociale telle qu'elle contrecarra le moindre de ses effets positifs. Par contre, la mésentente entre les États sur les règlements financiers et économiques de la crise est un facteur favorable à l'éclosion du repli sur soi des États capitalistes.

De nombreux historiens économiques pointent comme raison de la sortie de la crise la modification de la politique monétaire de la Fed, qui cessa d’être restrictive.

[modifier] Les causes

De nombreux économistes pensent que la Grande Dépression fut à la fois causée et prolongée par l'attitude du gouvernement américain. Bien que l'événement déclencheur de la crise ne soit peut-être pas dû à une action du gouvernement, beaucoup estiment que la politique économique incorrecte a transformé ce qui aurait dû être un krach passager en une crise économique qui dura une décennie. Deux politiques ont particulièrement été montrées du doigt par les économistes :

  • la première est la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine, qui restreignit la quantité de monnaie sur le marché, après l'avoir laissé s'étendre de façon douteuse (notamment avec le passage de l'étalon or "gold exchange" au "gold standard exchange" consistant à ne pas ajuster les stocks d'or des banques centrales avec les devises quittant les pays, alors même qu'à l'issue de lère guerre mondiale des capitaux immenses regagnaient l'Europe),
  • la seconde est le recours à des mesures protectionnistes telles que le Hawley-Smoot Tariff Act, qui augmenta les tarifs à l'importation dans le but de protéger les producteurs locaux mis en danger par la compétition internationale. En réponse à cette politique, d'autres pays augmentèrent à leur tour leurs tarifs, mettant en très mauvaise posture les sociétés américaines qui vivaient de l'exportation. Ce qui conduisit à une suite d'augmentations des tarifs qui fragmenta l'économie mondiale.

L'aveuglement des acteurs économiques est assez remarquable. Bien que le taux de croissance du PIB ait été nul de janvier à août, le président de la Bourse de Wall Street s’exprime ainsi (septembre 1929) : « Bien des gens n’ont pas compris que c’en est apparemment fini des cycles économiques tels que nous les avons connus. Quant à moi, je suis convaincu de l’essentielle et fondamentale solidité de la prospérité américaine. »…[réf. nécessaire]

[modifier] Théories

  • Le point de vue libéral sur la crise des années 1930 a été défendu par Lionel Robbins dans son ouvrage La Grande Dépression 1929-1934. Pour Robbins, la crise était inévitable: les dettes des agents économiques étaient devenues au cours des années 1920 trop importantes et la spéculation boursière excessive. Il dénonce l'intervention excessive de l'État et des syndicats dans le fonctionnement des marchés, en particulier dans le mode de fixation des salaires, et la passivité de la banque centrale face a la spéculation sur les marchés boursiers. Robbins défend l'idée libérale que la crise vient assainir la situation économique et permettre a l'activité économique de repartir sur des bases plus solides. La crise économique est vue comme une purge, et l'État doit laisser celle-ci se faire en laissant jouer les mécanismes du marché[6]. Cette politique libérale a été appliquée par la plupart des gouvernements au début de la crise, dont l'administration Hoover.
  • Les marxistes ont insisté sur les défaillance propres au système capitaliste. Il reprennent les thèses de Marx de la suraccumulation du capital et de la baisse du taux de profit qui sont a l'origine des multiples crises survenant dans le système capitaliste: la suraccumulation du capital entraine une surproduction de biens de production par rapport aux biens de consommation.[7]
  • La théorie keynésienne est plus une théorie de la sortie de crise qu'une analyse de la crise en elle-même et de ses causes. dans la théorie générale, Keynes explique que la sortie de crise doit s'effectuer grâce a une intervention active de l'État dans l'activité économique. L'État doit redistribuer les revenus en faveur des classes sociales les plus défavorisées, (car elles ont la propension a consommer la plus élevée). L'État doit également mettre en place une politique monétaire de faibles taux d'intérêt afin de favoriser l'investissement. Il doit distribuer du pouvoir d'achat par l'augmentation des salaires, des prestations sociales et des dépenses publiques, car la demande effective détermine le niveau de production et donc l'emploi. Le déficit budgétaire doit permettre, grâce a l'effet multiplicateur, d'injecter de la liquidité.
  • Les monétaristes, représentés par Milton Friedman, dénoncent la politique monétaire restrictive mise en place par la fed à partir de 1928, qui entraîne une pénurie de crédits. Cette erreur serait à l'origine de la crise. La fed aurait au contraire dû fournir des liquidités au système bancaire: le renchérissement du crédit a forcé les spéculateurs boursiers à retirer leur épargne, ce qui a entrainé la faillite de près de 5000 banques aux États-Unis.[8]
  • Plus tard, les théoriciens de la régulation montrèrent que les économies développées ont été déstabilisées par les progrès de l'organisation scientifique du travail. Le taylorisme a en effet permis une augmentation très importante de la production: Robert Boyer a ainsi calcule que la production par tête a augmente en France de 6% par an entre 1920 et 1960. En revanche, les salaires réels ont progressé seulement de 2% par an en France sur la même période, ce qui explique l'apparition d'une situation de surproduction et le déclenchement de la crise.[9]

[modifier] Notes et références

  1. A. Kaspi, Franklin Roosevelt, Paris, Fayard, 1988, p.20
  2. abc Jacques Binoche, Histoire des États-Unis, Paris, Ellipses, 2003, (ISBN 2729814515), p.174
  3. Lester V. Chandler, America’s Greatest Depression 1929-1941, New York, Harper and Row, 1970, p.24 et sq.
  4. Jacques Binoche, Histoire des États-Unis, Paris, Ellipses, 2003, (ISBN 2729814515), p.175
  5. Jacques Binoche, Histoire des États-Unis, Paris, Ellipses, 2003, (ISBN 2729814515), p.176
  6. Lionel Robbins, La Grande Dépression 1929-1934, Payot, 1935
  7. Eugène Varga, La crise économique, sociale, politique, Ed. Sociales.
  8. M.Friedman et AnnaSchwartz, A monetary history of the United States, 1867-1960
  9. Robert Boyer, La crise actuelle est-elle la répétition de celle de 1929 ?, CEPREMAP, 1982

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes