Grande conjonction

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La Grande Conjonction est le rapprochement maximal apparent des planètes Jupiter et Saturne. Ce phénomène astronomique se produit environ tous les 20 ans. L'éloignement physique minimal entre ces planètes pendant une intervalle de temps relativement court est défini de façon unique mais il ne correspond que par exception au moment de l'observation. N'étant donné qu'en perspective, parfois le rapprochement parait se répéter sur quelques mois.

La grande conjonction est un phénomène remarquable que les anciens observateurs du ciel ont remarqué assez tôt. Une interprétation astrologique plutôt catastrophique liée à la périodicité des grandes conjonctions se répand en Europe pendant le Haut Moyen Âge ou l'on retrouve des allusions dans un grand nombre de textes non seulement à prétention savante mais aussi littéraires ou populaires.

Kepler est notamment l'un des premiers astronomes qui a essayé d'expliquer que l'Étoile de Bethléem était en fait une grande conjonction[1].

La grande conjonction vue dans le ciel au Sud de Jérusalem du 12 novembre au 7 novembre

Données astronomiques[modifier | modifier le code]

Partant des données approchées, on peut noter que la période orbitale de Saturne est proche de 30 ans tandis que celle de Jupiter est de 12 ans, ainsi on estimera qu'il lui faut environ 20 ans pour qu'il rattrape Saturne dans sa course autour du Soleil. Au bout de 60 ans leur configuration initiale se répétera dans le ciel, l'un ayant accompli deux tours et l'autre cinq. En tenant compte des nombres exacts, on obtient une valeur de 59,4 ans et un décalage de 7°3 de la position initiale. La position changeante de l'observateur terrestre introduit d'autres facteurs et l'on doit prendre en compte tous les paramètres des orbites [2].

Grandes conjonctions en ascension droite entre 1960 et 2100[modifier | modifier le code]

Date Heure (UTC) Planète Distance angulaire Élongation du Soleil
18 février 1961 14 h 42 min 37 s UTC Jupiter 14' au Sud de Saturne 34,6° Ouest
14 janvier 1981 h 58 min 37 s UTC Jupiter 1°09' au Sud de Saturne 103,9° Ouest
19 février 1981 h 12 min 10 s UTC Jupiter 1°09' au Sud de Saturne 141,2° Ouest
30 juillet 1981 21 h 32 min 22 s UTC Jupiter 1°12' au Sud de Saturne 57,9° Est
31 mai 2000 10 h 13 min 27 s UTC Jupiter 1°11' au Nord de Saturne 16,9° Ouest
21 décembre 2020 13 h 48 min 52 s UTC Jupiter 6' au Sud de Saturne 30,3° Est
5 novembre 2040 13 h 19 min 46 s UTC Jupiter 1°14' au Sud de Saturne 24,8° Ouest
10 avril 2060 h 1 min 25 s UTC Jupiter 1°09' au Nord de Saturne 39,8° Est
15 mars 2080 h 29 min 24 s UTC Jupiter 6' au Nord de Saturne 43,8° Ouest
24 septembre 2100 h 40 min 38 s UTC Jupiter 1°18' au Sud de Saturne 25,1° Est

Les grandes conjonctions et l'histoire[modifier | modifier le code]

C'est par les ouvrages du savant arabe Albumasar que l'Europe a appris la double périodicité et la signification des grandes conjonctions. L'idée a connu une telle vogue que des ouvrages contre l'astrologie conjonctiste furent écrits[3].

Aux douze divisions du zodiaque les astrologues ont assigné successivement les quatre éléments, air, feu, terre, eau. Ainsi à chacun des quatre correspondent sur le ciel trois signes, formant un trigone ou un triangle équilatéral. Comme chaque apparition de la grande conjonction dans le même signe est décalée d'environ 7°3, après quelques retours, elle se fait dans le signe voisin qui appartient à un autre trigone. L'accomplissement d'un cycle complet de trigones a été considéré comme une marque certaine pour des évènements de grande importance, tels que la création d'empires ou la venue d'un messie.

Une série de grandes conjonctions dans le livre de Kepler

Avec le perfectionnement de l'astronomie on s'est aperçu que le cycle complet de conjonctions est plus bref de ce que les auteurs anciens ont affirmé[2]. Kepler a calculé qu'il dure 805 ans, et non pas 960, et que l'année 1603 marque le début d'un nouveau trigone de feu[1].

On relève des mentions et des allusions aux grandes conjonctions et aux trigones non seulement dans les œuvres de Tycho Brahe ou Kepler mais aussi dans celles de Dante ou de Shakespeare.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b voir Kepler J., De Stella nova in pede Serpentarii (1606)
  2. a et b Etz D., (2000), Conjunctions of Jupiter and Saturn, Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, Vol. 94, p.174
  3. Heinrich von Langenstein,Tractatus contra astrologos conjunctionistas de eventibus futurorum (1373), Studien zu den astrologischen Schriften des Heinrich von Langenstein, Leipzig-Berlin, 1933 pp. 139-206

Bibliographies[modifier | modifier le code]

(en) Etz D., (2000), Conjunctions of Jupiter and Saturn, Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, Vol. 94, p.174 [1]