Grande-Bretagne dans la guerre de Sécession

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Officiellement, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande était neutre pendant la Guerre de Sécession en Amérique du Nord : la reine Victoria avait signé de sa main, le 13 mai 1861, le « British Neutrality Act ».

La Confédération comptait largement sur l'intervention de la France et de la Grande-Bretagne pour acquérir son indépendance. Mais ces puissances n'intervinrent pas (du moins ouvertement) dans le conflit : cela aurait signifié la guerre avec l'Union.

Cependant la Grande-Bretagne aida en sous-main la Confédération, ce qui entraîna plusieurs crises diplomatiques. Ainsi un incident naval majeur, l'Affaire du Trent, faillit déclencher dès 1861 la guerre entre la Grande-Bretagne et l'Union ; et la construction en secret par le chantier naval John Laird and Sons d'un navire destiné à devenir le corsaire confédéré « CSS Alabama » déclencha de véhémentes protestations, aussi bien en Amérique qu'au Parlement et dans la presse britanniques.

Les armateurs britanniques (de façon cette fois légale) construisirent et utilisèrent la plupart des forceurs de blocus, risquant (et gagnant souvent) des millions de livres sur le trafic de ces navires rapides, qui allaient livrer des armes, des fournitures de guerre (et des articles de luxe) à la Confédération. Ils en rapportaient du tabac et surtout du coton, matière première indispensable à l'industrie de transformation anglaise, pilier primordial de sa révolution industrielle.

Au total, l'aide britannique resta avant tout prudente, et ne fut assez importante ni pour influencer l'issue de la guerre, ni pour provoquer une déclaration de guerre de la part de l'Union.

D'ailleurs, la mission diplomatique Unioniste, dirigée par Charles Francis Adams, Sr., ministre d'Abraham Lincoln en poste en Grande-Bretagne, fut bien plus efficace que la mission confédérée[1], qui ne fut pas reconnue officiellement par la Grande-Bretagne.

La stratégie de la Confédération[modifier | modifier le code]

Jefferson Davis, président de la Confédération, pensa dès le début du conflit que l'Europe, se voyant totalement dépendante des importations de coton, serait forcée de reconnaitre les États du Sud, et s'interposerait dans le conflit.

L'historien Charles Hubbard écrit en substance [2] que Jefferson Davis laissa le domaine des relations extérieures à d'autres membres de son gouvernement, et, au lieu de mener une intense campagne diplomatique en faveur de la Confédération, eut tendance dans ce domaine à laisser les évènements agir par eux-mêmes. Jefferson Davis, selon Ch. Hubbard, était absolument sûr que les Européens avaient un tel besoin de coton qu'ils reconnaitraient et soutiendraient la Confédération : selon lui, le coton serait plus efficace que la diplomatie. Aussi ne choisit-il pas des diplomates comme représentants officiels et émissaires en Europe, mais préféra-t-il des politiciens et des personnes de son entourage.

D'ailleurs le sénateur James Henry Hammond, de l'État de Caroline du Sud, avait proclamé en 1858 : « Si une nation nous déclare la guerre, nous, sans tirer un coup de fusil, sans dégainer l' épée, nous aurons le monde entier derrière nous...Car qu'arriverait-il si nous privions le monde de coton pendant trois ans ? ...L' Angleterre ferait banqueroute, et (pour éviter cela) elle entrainerait le monde entier avec elle pour venir à notre aide. Non, personne n'oserait faire la guerre au coton. Aucune puissance ne l'oserait. Le Coton est Roi !... »[3]

Selon Hubbard, la « stratégie du Roi Coton » adoptée par Jefferson Davis fut, dans sa rigidité et son entêtement, l'équivalent d'un bras de fer improductif avec les Européens : lui pensait qu'en restreignant les exportations de coton, il les forcerait à « venir le chercher » - et eux, en réaction, résistèrent à la coercition.

Pourtant, certains membres du gouvernement confédéré (comme le Secrétaire à la Guerre Judah Benjamin et le Secrétaire du Trésor Christopher Memminger) pensaient qu'au contraire il fallait exporter le coton en grandes quantités pour se constituer un trésor de guerre. Jefferson Davis les fit taire[4].

La stratégie de l'Union[modifier | modifier le code]

Elle fut à l'opposé de la stratégie Confédérée : le gouvernement Nordiste chercha (avec à la fois souplesse et pragmatisme) à éviter que la Grande-Bretagne ne reconnaisse l'indépendance du Sud, ce qui aurait entrainé à sa suite la France et les autres nations.

Les relations entre les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient soigneusement été améliorées au cours de la décennie précédant le début de la Guerre de Sécession en 1861. Certes les féniens étaient bien installés en Amérique du Nord (ce qui irritait fort Lord Palmerston), mais les conflits qui avaient surgi entre les deux puissances (au nord à propos du territoire d'Oregon, et sur le tracé des frontières avec le Canada, ainsi qu'au Texas) avaient été apaisés par des négociations.

D'ailleurs le Secrétaire d'État William H. Seward, bras droit de Lincoln (qui lui confia entre autres la gestion de la politique extérieure américaine pendant la guerre) affirmait vouloir perpétuer le principe qui avait bien servi les États-unis depuis la Révolution : « non-intervention dans les affaires des autres états - et résistance à l'intervention d'autres états dans les affaires des Etats-Unis[5] ».

La stratégie Britannique[modifier | modifier le code]

Carte du blocus qui, selon le "plan Anaconda" de Winfield Scott, devait étrangler la Confédération en fermant aussi bien les mers que le Mississippi.

Dès avant la Guerre de Sécession, Lord Palmerston avait pris position en faveur de la neutralité britannique, qui, pensait-il, ménagerait au mieux (au moins dans un premier temps) les intérêts de la Grande-Bretagne. Ensuite, le principe britannique consistant à faire passer avant tout les intérêts de la Grande-Bretagne (intérêts aussi bien stratégiques qu'économiques) fut à nouveau de rigueur.

En fait, l'évolution politique en Europe préoccupait aussi Lord Palmerston : en particulier les ambitions de Napoléon III et la montée en puissance de l'Allemagne sous Otto von Bismarck menaçaient l'équilibre européen ardemment recherché par les Britanniques.

En ce qui concerne le blocus (le "plan Anaconda" ) décrété par l'Union contre la Confédération, la Grande-Bretagne, la plus forte et la plus ancienne puissance maritime, ne pouvait que demander par principe que l'on respecte ce genre de mesure [6]. Elle cherchait aussi à continuer à améliorer ses relations avec l'Union. L'attitude officiellement prudente qu'elle dut adopter dès le début du conflit entraina donc colère et frustration dans les États du Sud étranglés par le blocus unioniste[7]

Comme l'a écrit James Baxter : « Le gouvernement britannique, tout en défendant les intérêts de ses négociants et de ses armateurs, gardait un œil sur les précédents – et un œil sur les futurs intérêts de la Reine des Mers [la Grande-Bretagne] »[8].

Les diplomates étrangers qui observaient la situation voyaient bien que les Britanniques voulaient ménager chacun des deux antagonistes, tout en sauvegardant leurs propres intérêts. Ainsi :

  • L'ambassadeur de Russie à Washington, Edouard de Stoeckl (ami du secrétaire d'État William H. Seward, avec qui il négociera au mieux des intérêts américains la vente de l'Alaska en 1867) note : « Le Cabinet de Londres surveille attentivement les dissensions en Amérique du Nord, et en attend l'issue avec une impatience qu'il a peine à déguiser... » Et De Stoeckl avisa Saint-Pétersbourg que, selon lui, la Grande-Bretagne reconnaitrait la Confédération à la première opportunité.
  • Cassius Clay, ambassadeur de Lincoln auprès du tsar de Russie, déclara : « J'ai lu du premier coup d'œil les pensées des britanniques : ils espèrent notre ruine ! Ils sont jaloux de notre puissance. Ils ne sont ni pour le Nord, ni pour le Sud, ils haïssent les deux[9]. »
  • Charles Francis Adams, Sr. fut l'ambassadeur de Lincoln en Grande-Bretagne de 1861 à 1868. Sa mission était surtout de bien démontrer aux Britanniques que la rébellion n'avait aucune consistance sur le plan juridique international, que la guerre n'était qu'une entreprise de rétablissement de l'ordre, une simple affaire interne qui ne devait en aucun cas entrainer la moindre tendance à reconnaitre les sécessionnistes, et que cette reconnaissance serait considérée par Washington comme un acte d'hostilité déclarée.

Seward avait donné comme instructions à Adams de bien faire comprendre à Londres que les Britanniques eux-mêmes, avec leurs nombreuses colonies largement disséminées de par le monde, et avec de plus à leur porte deux communautés à problèmes (l'Irlande et l'Écosse), n'avaient pas intérêt à favoriser les menées indépendantistes en général, ce qui pourrait « établir un dangereux précédent[10]. »

Les Iles San Juan furent en 1859 l'objet d'un conflit entre les USA et la Grande-Bretagne : la "Guerre du cochon et des patates"[11]
  • Richard Lyons (ultérieurement Lord Lyons) arriva comme ambassadeur à Washington en avril 1859. Diplômé d'Oxford, fort de deux décennies d'expérience diplomatique[12], il eut comme première tache d'apaiser la tension qui s'était réveillée entre Américains et Britanniques au sujet des petites Iles San Juan (« Guerre du cochon et des patates »[11]).

L'ambassadeur Lyons, comme beaucoup d'hommes politiques britanniques, se méfiait de Seward et faisait part de ses impressions négatives dans sa correspondance (que les ministres du Cabinet lisaient volontiers [13]). Ainsi, le 7 janvier 1861, avant même que l'administration de Lincoln ne se soit mise en place, il écrivait à Lord Russel, alors Secrétaire du Foreign Office :

« Je ne peux m'empêcher de penser qu'il sera un dangereux ministre des affaires étrangères. Il a toujours pensé que les épisodes de tension dans les relations entre les USA et la Grande-Bretagne étaient un bon tremplin pour sa carrière politique. Certes, je ne vais pas jusqu'à penser que Mr Seward envisage vraiment de nous faire la guerre, mais il pourrait être disposé à jouer le vieux jeu consistant à augmenter sa popularité ici (en Amérique du Nord) en se montrant brutal envers nous[14]. »

Les impressions de Lyons se trouvèrent d'ailleurs vérifiées pour une part après la guerre de Sécession : Seward ne fit pas grand chose pour empêcher ou prévenir plusieurs raids fenians contre le Canada.

Pourtant Seward (peut-être bridé par Lincoln) s'était montré plutôt raisonnable lorsqu'avait éclaté en 1861 l'affaire du Trent, qui faillit entrainer la Grande-Bretagne dans la guerre de Sécession débutante. Sa modération du moment et la diplomatie « calme et mesurée [12] » de l'ambassadeur britannique Lyons (et peut-être aussi l'influence sédative du Prince Albert sur son épouse la Reine Victoria, qui se jugeait fortement offensée) contribuèrent en tous cas à apaiser la crise.

La question de l'esclavage[modifier | modifier le code]

La Confédération naquit lorsque 15 états esclavagistes refusèrent d'accepter les réformes de Lincoln : lui et son parti (les Républicains) s'étaient déclarés résolument contre l'esclavage – esclavage sur lequel les États du Sud producteurs de coton avaient basé leur économie.

Réunion de l'Anti-Slavery Society en 1840 à Londres. Un demi-siècle avant la Guerre de Sécession, le mouvement anti-esclavagiste britannique était déjà puissant et bien organisé. Noter les Noirs émancipés qui assistent aux débats sur un pied d'égalité avec les blancs (et en particulier au 1° plan (de dos)

Cependant, jusqu'à la fin de l'année 1862, l'abolition immédiate et totale de l'esclavage n'avait pas été envisagée par le gouvernement de l'Union, et quelques États de l'Union (Kentucky, West Virginia, Maryland, Missouri et Delaware) le pratiquaient encore. D'ailleurs selon la "Résolution Crittenden-Johnson" de juillet 1861, la guerre n'était pas menée contre les états esclavagistes (et ceci les rassurait et les inclinait à rester dans l'Union), mais contre les états sécessionnistes.

Les deux proclamation d'émancipation de Lincoln, (septembre 1862 et janvier 1863), en montrant nettement que l'abolition de l'esclavage était le but à la guerre, provoquèrent un revirement dans l'opinion étrangère : la cause sudiste parut soudain moins belle, en particulier en Grande-Bretagne, où des députés anti-esclavagistes comme Richard Cobden menaient une campagne vigoureuse au nom du droit à la liberté. D'ailleurs la Grande-Bretagne avait officiellement aboli l'esclavage dans son empire, autour des années 1830, et depuis 1852 le roman social « Uncle's Tom Cabin »(La case de l'Oncle Tom) de Harriet Beecher Stowe était au deuxième rang des ventes en librairie, derrière La Bible[15] . Par ailleurs le livre de souvenirs de l'ancienne esclave Harriet Jacobs connaissait aussi un grand succès de librairie en Grande-Bretagne, que ce soit la version intégrale Incidents in the Life of a Slave Girl - ou A Tale of Slavery, la version expurgée, où avaient été supprimés la description des abus sexuels que son maître avait essayé pendant 10 ans de lui faire subir.

Signature de la proclamation d'émancipation. Assis, Lincoln, et, de profil en face de lui, Seward.

En conséquence, les hommes politiques britanniques qui militaient en faveur de la Confédération se mirent à proposer plutôt une médiation visant à la paix qu'une intervention active – tout en occultant le fait qu'après la paix la Confédération accèderait à l'indépendance, et maintiendrait l'esclavage[16].

L'affaire du Trent[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire du Trent.

Le 8 novembre 1861, le capitaine Charles Wilkes (un marin réputé pour sa dureté et son inflexibilité), commandant de la frégate unioniste « San Jacinto », prend l'initiative d'arraisonner le paquebot anglais « RMS Trent » qui sortait de La Havane, et d'arrêter deux passagers : des émissaires du gouvernement confédéré, James M. Mason de Virginie et John Slidell de Louisiane, qui allaient prendre leur poste respectivement en Angleterre et en France. Pendant que les masses nord-américaines jubilaient, l'indignation éclatait en Grande-Bretagne, qui se mettait sur le pied de guerre et envoyait 30 000 soldats au Canada.

Mais la crise fut apaisée en haut lieu, en particulier grâce à l'intercession de la France[17], et les émissaires libérés au bout d'un mois finirent par traverser l'Atlantique : l'Union ne pouvait pas soutenir une guerre à la fois contre la Confédération et contre la Grande-Bretagne[18].

De toute façon, la guerre entre ces deux puissances était matériellement improbable : l'Union fournissait à la Grande-Bretagne 40 % de ses importations en blé (et presque autant à la France), car les récoltes céréalières avaient été très mauvaises en Europe. Quant au coton confédéré, il fut assez rapidement remplacé par le coton égyptien et indien. De plus, l'Union importait beaucoup de munitions fabriquées en Angleterre[19].

Un effet bénéfique de la collaboration entre Lyons et Seward pendant la crise du Trent fut le Traité Lyons-Seward signé en 1862, qui fit collaborer la U.S. Navy et la Royal Navy dans une lutte maritime commune contre les navires négriers se livrant à la traite des noirs.

1862, année critique[modifier | modifier le code]

À la fin de l'été 1862, les observateurs européens avaient toute raison de croire que le Sud allait l'emporter : les Nordistes avaient été battus lors de la première bataille de Bull Run (21 juillet 1861), et n'avaient pu prendre ensuite la capitale confédérée, Richmond (Virginie). Les Unionistes avaient été battus à nouveau lors de la seconde bataille de Bull Run, le 28 et 30 août 1862.

À Londres, le premier ministre Lord Palmerston, voyant les succès confédérés, pensait qu'ils allaient obliger Lincoln à accepter la médiation anglaise[20]. Il ne se précipitait pas, cependant, et pratiquait la politique du « wait and see »; il avait toutefois demandé à Lord Russel, chef du Foreign Office, d'annoncer à James M. Mason, le représentant de la Confédération à Londres, que si les succès sudistes se confirmaient, la question de la médiation pourrait être favorablement envisagée lors de la prochaine réunion du cabinet, à l'automne [21] : l'influence du remuant représentant de l'Union , Charles Francis Adams, Sr était manifestement plus grande que celle du représentant de la Confédération, James M. Mason [22] .

Cependant le représentant de Lincoln, Charles Francis Adams, Sr. s'activait, et pesait de tout son poids pour empêcher la Grande-Bretagne d'imposer sa médiation et la paix, qui entérinerait l'indépendance de la Confédération. Il menaçait la Grande-Bretagne à mots couverts : si elle prenait parti pour la Confédération, l'Union mènerait contre elle une guerre totale sur toutes les mers du globe, envahirait le Canada, cesserait ses exportations de blé (dont la Grande-Bretagne avait un besoin vital), et se fournirait ailleurs en machines, armes et produits industriels divers [23].

Une partie du champ de bataille d'Antietam.

Mais après que l'offensive sudiste ait été arrêtée à la bataille d'Antietam (le 17 septembre 1862), Lincoln fit savoir au monde que la guerre n'avait dorénavant plus pour but unique la sauvegarde de l'intégrité de l'union des États-Unis (comme l'avait annoncé la « Résolution Crittenden-Johnson » de juillet 1861), mais aussi l'abolition de l'esclavage. Tandis que cette 1reproclamation d'émancipation des noirs (22 septembre 1862), suivie d'une amplification, la 2de proclamation du 1er janvier 1863, empêchait la Grande-Bretagne de prendre ouvertement parti pour la Confédération, la France préférait attendre le résultat des élections au Congrès (en novembre) pour statuer définitivement[24]. La Grande-Bretagne ne pouvait pas prendre parti officiellement pour un régime esclavagiste, contre un régime anti-esclavagiste qui venait de remporter une grande victoire.

L'opinion publique britannique était en grande majorité hostile à la Confédération, aussi bien la "middle-class" que la classe laborieuse, et ce, qu'il s'agisse des employés des filatures (qui étaient frappés par la « Cotton Famine »), des ouvriers des chantiers navals (qui construisaient les coques des futurs corsaires confédérés et des forceurs de blocus), ou encore des ouvriers des arsenaux (qui fabriquaient les munitions et les armes exportées aussi bien vers l'Union que vers la Confédération).

Lord Palmerston rejeta même l'offre de l'empereur Napoléon III, qui offrait son concours à l'Angleterre pour exercer sur l'Union une pression diplomatique conjointe [25].

Quelques aspects diplomatiques[modifier | modifier le code]

  • Bien que son prolétariat des grandes villes de filatures ait souffert de la « Cotton Famine » (surtout dans le Lancashire), la Grande-Bretagne résista à la coercition exercée par la Confédération qui appliquait sa stratégie du « King Cotton » : d'une part elle avait des stocks de coton, d'autre part elle s'en procura assez vite en Egypte, Inde et Argentine. Par contre, l'embargo sur les grosses exportations de blé vendu par l'Union à la Grande-Bretagne aurait été bien plus préoccupant : la famine aurait été générale en Grande-Bretagne[19]. Les arguments du Nord étaient donc dans ce cas plus convaincants que ceux du Sud.
  • En 1863, la Confédération, par mesure de rétorsion, expulsa tous les consuls britanniques et français de son territoire : ils recommandaient à leurs ressortissants de ne pas s'engager contre l'Union[26]. Il pouvait s'agir soit de marins britanniques (qui auraient été tentés par les bonnes soldes et parts de prises offertes par les prestigieux corsaires confédérés, comme le CSS Alabama), soit des soldats aguerris émanant du corps expéditionnaire français au Mexique.
  • Il n'y eut pas d'ambassadeur officiel européen à Richmond. En particulier, ni la Grande-Bretagne ni la France n'en nommèrent. Ces pays considérèrent cependant l'Union et la Confédération comme des belligérants et appliquèrent les règlements internationaux prévus dans ce cas. Le Canada Britannique autorisa les agents des deux belligérants à travailler ouvertement sur son territoire[27].

Quelques "éclairages latéraux"[modifier | modifier le code]

Les Colstream Guards sont le plus ancien régiment de la Garde du souverain britannique. Leur tenue n'avait probablement pas varié beaucoup entre 1861 et 1913.
  • Début juillet 1863, le jeune lieutenant-colonel Arthur Fremantle, des Coldstream Guards de la Reine, assista (en tant qu'observateur) à la bataille de Gettysburg. Il avait traversé tout le Sud, du Texas au Maryland, puis était arrivé à New York juste au moment où les Draft Riots l'ensanglantèrent. Dans le livre qu'il fit paraitre en 1865 (« Three months in the Southern States » ), il annonçait "que le Sud allait certainement gagner la guerre"[28]... Il est à noter que Fremantle, qui occupait alors le poste d'assistant du secrétaire militaire du gouverneur de Gibraltar Sir W.J. Codrington (l'ancien commandant-en-chef des forces britanniques pendant la Guerre de Crimée) avait rencontré début 1862 le "flamboyant confederate captain" Raphael Semmes pendant la relâche forcée du CSS Sumter à Gibraltar, et qu'il avait été impressionné par sa personnalité [29] .
  • Le 6 novembre 1865 (5 mois après la fin des hostilités), dans l'estuaire de la Mersey, en vue de Liverpool, le capitaine James Iredell Waddell rendit son corsaire, le CSS Shenandoah à l'Amirauté britannique. Il avait parcouru 9 000 miles (14 500 km) depuis le nord de l'Océan Pacifique, théâtre de ses dernières actions de destructions de la flotte baleinière unioniste. Le CSS Shenandoah fut rendu aux États-Unis et vendu aux enchères par le consulat américain.
  • Conséquences sur les relations entre les USA et la Grande Bretagne : l'anglophobie qu'avait créée dans les États du Nord victorieux l'aide apportée par la Grande-Bretagne au Sud mit longtemps à s'apaiser, et renforça l'isolationnisme des USA pendant plus de cinquante ans.

Dans l'immédiate aprés-guerre, le gouvernement américain, frustré par le refus obstiné de Lord Palmerston d'entendre ses demandes de réparations (les Alabama Claims) ne réagit guère lorsque des agitateurs irlandais attaquèrent le Canada (alors colonie britannique), lors d'une série de raids fenians.

Une convention internationale réunie à Genève procéda à un arbitrage (jetant du même coup les bases du droit international) , et le successeur de Palmerston, William Gladstone, accepta en 1872 de régler 15 millions et demi de dollars US aux États-Unis. Gladstone présenta aussi les excuses de la Grande-Bretagne, sans toutefois reconnaitre la culpabilité britannique[30].

Le traité de Washington de 1871 ratifia le jugement de la cour de Genève, ainsi que divers arrangements frontaliers et territoriaux (comme l'attribution des Iles San Juan aux USA), droits de pêche, etc.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Martin B. Duberman, Charles Francis Adams, 1807-1886 (1961).
  2. p.7 de son livre "The burden of Confederate Diplomacy'"" (« Le fardeau de la diplomatie Confédérée »).
  3. (en)King Cotton
  4. Hubbard, p.21-25.
  5. Jones (1992) p. 2-3; Hubbard p. 17; Mahin p. 12.
  6. La Grande-Bretagne avait en effet utilisé l'arme du blocus : contre la France et ses alliés durant la Révolution française et les guerres napoléoniennes, et contre les USA pendant la Guerre de 1812.
  7. Berwanger p. 874; Hubbard p. 18.
  8. Baxter, The British Government and Neutral Rights, p. 9.
  9. Graebner p.60-61.
  10. Mahin p.47; Taylor p.177.
  11. a et b Guerre du cochon et des patates : la « Oregon Territory dispute » entre USA et Grande-Bretagne, sur les limites respectives de leurs territoires entre l'île Vancouver et la « British North America » avait en principe été résolu par le « Oregon Treaty » de 1846. Mais la ligne de séparation passait-elle à l'est ou à l'ouest des Iles San Juan, situées au milieu du Détroit de Juan de Fuca ? La Hudson Bay Company, de son propre chef, établit sur San Juan une bergerie et quelques colons. Mais un fermier américain s'y installa aussi, argüant de son bon droit, selon le « U.S. Donation Land Claim » de 1850. Et en 1859 il tua d'un coup de fusil le porc d'un employé irlandais de la Hudson Bay Company, car il dévorait les patates de son jardin. L'incident prit de l'ampleur, au point que plusieurs bateaux de guerre et des unités de soldats et marins des deux puissances (environ 2500 hommes et 85 canons en tout) se trouvèrent face à face, se criant des injures et attendant que le vis-à-vis tire le premier coup de feu. Des négociations à Washington et sur place permirent à la tension de s'apaiser, et aboutirent à la création de deux camps militaires d'observation, habités chacun par un effectif de 100 soldats environ, l'un au nord de l'ile, l'autre au sud. Après la Guerre de Sécession, la Conférence de Genève qui se réunit pour trancher les Alabama Claims eut à juger aussi (entre autres cas semblables de petits litiges territoriaux) du devenir de l'ile San Juan : elle fut attribuée aux USA, et la décision figura dans le Traité de Washington de 1871 ((en)Pig War).
  12. a et b Dubrulle p.1234.
  13. Warren pg. 82.
  14. Mahin p.7. Mahin note que, dans les années 1850, Seward avait parlé d'annexer le Canada (p. 6), et, en février 1861, il avait évoqué la possibilité de réunir le Nord et le Sud dans une guerre contre la Grande-Bretagne (p. 7).
  15. Sur l'ambiance socio-politico-économique en Grande-Bretagne et les sentiments partagés des britanniques vis-à-vis de la Confédération, voir Alabama Claims#L'aide britannique apportée à la Confédération.
  16. Howard Jones, Abraham Lincoln and a New Birth of Freedom: the Union and Slavery in the Diplomacy of the Civil War, 1999
  17. S.Sainlaude, Le gouvernement impérial et la guerre de Sécession, p. 61-68.
  18. Norman B. Ferris, The Trent Affair: A Diplomatic Crisis, 1977.
  19. a et b Ginzberg (1936).
  20. Ephraim Douglass Adams, Great Britain and the American Civil War, 1925.
  21. Jones (1992) ch. 8-10.
  22. La tiédeur des relations entre le pouvoir britannique et l'« ambassadeur » confédéré était perçue jusque dans le Sud : Arthur Fremantle, dans son livre 3 mois dans les États du Sud fait état (en date du 1° mai 1863) de la préoccupation des Confédérés à ce sujet : « Le général Hardee (William Joseph Hardee) me demanda si Mr Mason avait été (aussi) bien reçu en Angleterre (que je l'étais par les officiers confédérés) . Je répondis que oui, tout au moins par des personnes privées. Les confédérés sont très sensibles à ce problème. »
  23. Martin B. Duberman, Charles Francis Adams, 1807-1886 (1961); Van Deusen (1967)
  24. S.Sainlaude, Le France et la Confédération sudiste, p. 137.
  25. (en) Lord Palmerston, référence venant du livre de Jasper Ridley : « Lord Palmerston », Constable, 1970, (ISBN 0094559309), p.559.
  26. Berwanger (1994).
  27. Graebner (1960).
  28. Arthur J. L. Fremantle, The Fremantle Diary: A Journal of the Confederacy (1954).
  29. selon l'article de WP:en sur Arthur Fremantle
  30. Merli (2004).

Annexes[modifier | modifier le code]

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