Grand Bé

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Le Grand Bé vu du fort d'Aleth avec le mole du port de Saint-Malo au premier plan, et le fort de la Conchée en arrière plan à gauche

Le Grand Bé (ou Bey) est une île inhabitée de Saint-Malo située à l'embouchure de la Rance, au pied des remparts de la ville de Saint-Malo. Elle devient presqu'île à marée basse et l'on peut ainsi y accéder à pied depuis la plage de Bon-Secours. Chateaubriand y est enterré.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs hypothèses pour l'étymologie de l'île :

  • Le terme est employé pour désigner deux îlots contigus, ici le Grand Bé et le Petit Bé. Ce terme pourrait venir du latin vadum (« gué »), dont dérive la forme et dont est une déformation. À noter les deux îles étaient accessibles à marée basse, elles étaient aussi sur le passage à gué vers les « prairies de Cézembre » (pré salé qui existèrent jusqu'à la fin du XVe siècle).
  • La forme Bey — le Grand Bey et le Petit Bey — est également utilisée pour désigner les deux îles. Vu la tradition voyageuse de la population locale, le nom pourrait faire allusion au titre du dignitaire de l'Empire Ottoman, le Bey équivalent de gouverneur. Le Grand gouverneur et le Petit gouverneur gardent ici l'entrée du port malouin.
  • La légende d'un géant endormi qui garde un trésor : le terme Be, signifiant tombe en breton, lui est associée.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Grand Bé se situe à environ 500 mètres à l’ouest de la plage de Bon-Secours, au pied des remparts de la ville. Une dépression naturelle sépare l’île de la ville et est rarement sèche, même à marée basse. Une chaussée cimentée surélevée permet d’y accéder. Celle-ci est récente. Au XIXe siècle, on arrivait au Grand Bé par une passerelle en bois et, plus anciennement, en marchant sur des pierres roulantes. Depuis Mars 2011, "le sonneur des Bés" avertit lors de la marée montante, les touristes à l'aide d'une corne de brume lors des grandes marées pour éviter que ceux-ci ne se retrouve pris au piège.

Histoire[modifier | modifier le code]

La découverte d’un silex sur l’îlot lors de la Seconde Guerre mondiale laisse supposer que le Grand Bé était habité dès la Préhistoire.

Au cours du Seconde Guerre mondiale, les Allemands prirent possession de l'îlot et ils décidèrent d'y implanter une batterie d'artillerie côtière afin de protéger la baie de Saint-Malo, en faisant un des éléments de la Festung Saint-Malo (« forteresse Saint-Malo »). Un important point d'appui y fut alors construit: il comprenait des bunkers pour les 4 canons de 105 mm, un poste de direction de tir, des bunkers pour la défense rapprochée, des cuves pour canons antiaériens, des abris pour le personnel, des soutes à munitions et de nombreuses tranchées. Un projecteur antiaérien fut également installé à proximité immédiate de la tombe de Chateaubriand. Le point d'appui fut pris en charge par la 2e batterie du bataillon d'artillerie de marine 608. Pendant la libération de Saint-Malo durant le mois d'août 1944, les artilleurs allemands tirèrent à de nombreuses reprises sur les troupes américaines, ce qui amena celles-ci à bombarder l'îlot afin d'y faire taire les canons allemands. La position fut donc pilonnée par l'aviation et par l'artillerie de nombreuses fois. Après la prise du château de Saint-Malo et du bastion de la Hollande le 14 août 1944, l'intra-muros était aux mains des Américains. Il ne restait plus que 3 positions fortifiées sous contrôle allemand: la cité d'Aleth, l'île de Cézembre et le Grand Bé.

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Bombardement du Grand Bé par des B-24 Liberators de la 8th Air Force américaine en août 1944

Le 16 août 1944, les Américains décidèrent d'attaquer le Grand Bé et demandèrent au responsable du port des informations au sujet des marées. Vers 13h, malgré une marée montante, l'attaque fut menée par la compagnie G du 3e bataillon du 329e régiment d'infanterie, qui prit la position par un assaut à la grenade sous le couvert de fumigènes. La résistance allemande fut sporadique et la garnison se rendit en masse peu après l'attaque. La prise de la batterie allemande avait coûté quelques blessés aux Américains; ceux-ci avaient néanmoins réduit un des points importants de la défense allemande de Saint-Malo et avaient fait 154 prisonniers. La cité d'Aleth se rendit le lendemain, après une résistance plus acharnée et 7 jours et 6 nuits de bombardements américains. Il ne restait plus alors que la position fortifiée de l'île de Cézembre, encore redoutable. Les Américains bombardèrent celle-ci sans relâche. Le 26 août, des artilleurs américains prirent possession des canons allemands encore intacts sur le Grand Bé et commencèrent à tirer sur Cézembre qui riposta en tirant violemment sur l'îlot. Cette terrible réplique stoppa les tirs américains du Grand Bé, qui ne recommencèrent plus. La garnison de Cézembre ne se rendit que le 2 septembre 1944.

Sites de l’îlot[modifier | modifier le code]

  • La tombe de Chateaubriand. Sur un promontoire à l’ouest de l’îlot on peut voir la tombe de François-René de Chateaubriand, écrivain et homme politique, né à Saint-Malo en 1768 et mort à Paris en 1848. C’est en 1823 que celui-ci conçoit l’idée d’être inhumé sur le Grand Bé, mais il ne fait part de ses intentions à la municipalité qu’en 1828, en sollicitant la cession d’« un petit coin de terre ». La mairie oppose un refus pour des raisons de politique locale. C’est l’intervention d’Hippolyte Michel de la Morvonnais qui permettra de faire avancer la demande. Sous l’impulsion du nouveau maire de Saint-Malo, Louis-François Hovius (1788-1873), la municipalité finit par accéder à la demande de Chateaubriand. Ce dernier ne demande aucune inscription sur sa tombe, une croix seulement. « Point d’inscription, ni nom, ni date, la croix dira que l’homme reposant à ses pieds était un chrétien : cela suffira à ma mémoire » (Chateaubriand).La dépouille de l’écrivain quitte Paris le 16 juillet 1848 et, via Dol-de-Bretagne, arrive à Saint-Malo le 18 juillet. La messe en la cathédrale de la ville est grandiose. À 14h10, le cercueil est placé dans sa tombe.
  • La chapelle de Notre-Dame-des-Lauriers. Cette chapelle, aujourd’hui ruinée, s’appela ultérieurement la chapelle Saint-Ouen.


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Voir aussi[modifier | modifier le code]


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48° 39′ 08″ N 2° 01′ 59″ O / 48.65222, -2.03306 ()