Grand Architecte de l'Univers

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Dieu, Grand Architecte,
dans une enluminure médiévale (c.1250).

Bien que fréquemment utilisé en franc-maçonnerie et compagnonnage, le concept de Grand Architecte de l'Univers n'est pas d'origine maçonnique. Il relève de la philosophie des religions et de la théologie et seulement accessoirement de la maçonnologie.

Histoire du concept de Grand Architecte de l'Univers[modifier | modifier le code]

L'idée d'un Être Suprême dont l'intelligence ordonnerait l'univers, comme pourrait le faire un « grand architecte » ou un « grand horloger », est constitutive de ce qu'on nomme la Religion naturelle[1]. On la trouve déjà chez Cicéron :

« Quoi de plus manifeste et de plus clair, quand nous avons porté nos regards vers le ciel et contemplé les corps célestes que l'existence d'une divinité d'intelligence absolument supérieure qui règle leurs mouvements ? [...] non seulement la demeure céleste et divine a un habitant, mais celui qui l'habite exerce sur le monde une action directrice, il est en quelque sorte l'architecte d'un si grand ouvrage et veille à son entretien [...][2] »

On la retrouve aussi chez Jean Calvin qui, dans son traité « Institution de la religion chrétienne », appelle à plusieurs reprises Dieu « Grand Architecte » ou « Architecte de l'Univers ».

Mais la métaphore selon laquelle Dieu pourrait être conçu comme étant le « Grand Architecte de l'Univers » se rapporte surtout à l'une des idées-clés de la philosophie des Lumières. Elle est particulièrement liée à Leibniz (1646-1716) qui, après la philosophie cartésienne, l’empirisme de Locke et la science newtonienne affirme par exemple :

« Il résulte de la perfection suprême de Dieu qu’en produisant l’univers, il a choisi le meilleur plan possible [...] »

Après lui, son disciple Wolff (1679-1754) expose aussi l'idée selon laquelle Dieu serait avant tout un être de raison, savant ordonnateur du monde[3].

Questions philosophiques et théologiques[modifier | modifier le code]

En affirmant que Dieu, étant parfait, a nécessairement créé le monde « le plus parfait qui soit possible », Leibniz défend une vision optimiste de l'Univers qui semble escamoter le problème de l'existence du mal. Voltaire ne manquera pas de le relever avec ironie, en particulier dans Candide.


Le Grand Architecte de l'Univers en franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, les premiers francs-maçons étaient tous soit catholiques, soit protestants. Les plus anciens manuscrits maçonniques connus, même dans les loges d'inspiration calviniste, n'utilisent cependant jamais l'expression « Grand Architecte de l'Univers », sauf le manuscrit Dumfries n° 4 de 1710 qui mentionne l'expression « honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du ciel et de la terre ».

C'est semble-t-il en 1723 dans les Constitutions of the free-masons qu'on retrouve ensuite cette expression.

On retrouve également dans la divulgation « Three distinct Knocks », publiée à Dublin et à Londres en avril 1760 une expression proche des termes « Grand Architecte de l'Univers » : Il s'agit d'une prière à « notre Seigneur Jésus-Christ » qui commence par ces termes :

« Ô Seigneur Dieu, Grand et Universel Maçon du Monde, et premier constructeur de l'Homme comme s'il était un temple [...] »

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle, la franc-maçonnerie s'ouvre à d'autres religions et à d'autres conceptions, en particulier déistes. L'expression « Grand Architecte de l'Univers » fut alors de plus en plus souvent utilisée, souvent en remplacement du mot « Dieu », car étant plus générale, elle convenait aussi bien aux déistes qu'aux théistes des différentes religions.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la question de l'admission des athées en franc-maçonnerie s'est posée, particulièrement en France et en Belgique, alors que la franc-maçonnerie anglo-américaine, fidèle aux Constitutions d'Anderson et à certains de ses textes fondateurs suivants[4], continuait d'interdire l'entrée de ses loges aux athées. Il s'en est suivi, dans certaines loges libérales, l'abandon de l'expression « Grand architecte de l'Univers » dans les rituels ainsi qu'une querelle qui sépare encore aujourd'hui différentes obédiences maçonniques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Chirpaz, La religion naturelle (consulté le 15 mars 2008)
  2. Cicéron, De la nature des dieux, livre II, §2
  3. Aline Le Berre, Article Aufklärung, dans le Dictionnaire International des Termes Littéraires (consulté le 14 mars 2008)
  4. Notamment le Ahiman Rezon

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Ressources bibliographiques[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article[modifier | modifier le code]

  • Aline le Berre, article « Aufklärung », dans le Dictionnaire International des Termes Littéraires [1] (consulté le 14 mars 2008)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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