Grand-verdier à ailes d'or

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Rhynchostruthus socotranus

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Rhynchostruthus socotranus

Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Passeriformes
Famille Fringillidae
Genre Rhynchostruthus

Nom binominal

Rhynchostruthus socotranus
P.L. Sclater & Hartlaub, 1881

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Le Grand-verdier à ailes d'or (Rhynchostruthus socotranus) est une espèce de passereau de la famille des fringillidés.

Description[modifier | modifier le code]

Le mâle présente une tête et des ailes à rémiges secondaires jaunes.

La femelle est légèrement plus pâle.

Les juvéniles ont une livrée olivâtre et striée.

Le genre Rhynchostruthus, Sclater & Hartlaub, 1881, est monotypique, ne comptant que l’espèce socotranus. Le mâle présente un plumage unique parmi les carduélinés avec, à la fois, une tête brune à joues blanches et des ailes à rémiges secondaires jaunes. Il existe un léger dimorphisme sexuel, la femelle étant légèrement plus pâle mais le jeune est distinctement strié.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Son bec épais suggère une adaptation à une alimentation de graines dures. Martins (1987) observa un spécimen en train de mâchonner les fruits charnus d’une euphorbe (Euphorbia schimperi) pour en absorber le jus et extraire les petites graines à l’intérieur. Il remarqua que les fruits de Ziziphus et du genévrier (Juniperus procera) sont aussi consommés. Selon Fry (1992) et ses collègues, ils se nourrissent des fruits du Commiphora habessinica. L’oiseau saisit une baie dans son bec, parfois en se contorsionnant et en se positionnant, parfois, la tête en bas. Il la mâchonne et la presse puis il agite vigoureusement la tête pour en extraire la pulpe et l’avale. Des fleurs de l’arbre Carphalea obovate (rubiacée) sont également consommées, photo à l’appui (in Ottaviani 2008).

Mœurs[modifier | modifier le code]

Selon Gallagher & Woodcock (1980), il se déplace seul ou en bandes erratiques en quête de nourriture. Les groupes peuvent atteindre 30 individus mais ne se forment qu’après la saison de reproduction. Ces volées se perchent souvent en petits groupes, à la manière des moineaux, en haut des buissons. Pour le nord du Yémen, Martins (1987) le décrit comme un oiseau vif et actif, s’envolant facilement et souvent sur une distance de plusieurs centaines de mètres. Il le qualifie aussi de grégaire, évoluant souvent en petits groupes aux interactions marquées entre individus. Le chant ou la parade d’un sujet stimule et occasionne un comportement similaire chez les autres. Les oiseaux sont moins actifs la première partie de l’après-midi quand ils se reposent sur les buissons et l’activité maximale reprend environ une heure avant le coucher du soleil quand ils s’assemblent en petits groupes pour jucher dans les arbres.

Gedeon & Neumann (2004) ont mené des études de terrain à Socotra, de janvier à mars 2001. Ils ont trouvé l’espèce commune dans de nombreux secteurs de l’île mais plus particulièrement dans les montagnes du Haggier. Le 24 février, ils ont observé un groupe comprenant sept spécimens adultes, trois en plumage juvénile et trois autres en plumage intermédiaire. Les trois juvéniles, au plumage strié, étaient encore nourris par les adultes au sein du groupe et il semble bien que d’autres adultes que leurs parents présumés participaient au nourrissage de ces jeunes. Les relations sociales au sein du groupe semblaient très marquées avec des couples comprenant un adulte et un subadulte, des parades de nourrissage et des associations mixtes comportant des sujets d’âges différents. Des groupes ont été observés aux points d’eau et d’autres occasionnellement associés à des moineaux de Socotra (Passer insularis).

Parade nuptiale[modifier | modifier le code]

Martins (1987) avait entendu des chants en octobre et en novembre 1985. Il avait vu, à plusieurs reprises, des mâles, en parade nuptiale, exécuter des descentes en plané et des vols papillonnants de type verdier avec les ailes maintenues constamment au-dessus du dos. Il avait également assisté à une parade nuptiale mettant en scène un oiseau perché à trois mètres de hauteur sur une branche d’acacia (Acacia mellifera) tout en agitant les ailes et en faisant trembler la queue face à un congénère pendant environ une minute.

Nidification[modifier | modifier le code]

Le nid et les œufs n’avaient jamais été décrits jusqu’à la publication des deux rapports circonstanciés de Fry (1992) puis de Brown (1993). Fry (1992) rapporte la découverte du tout premier nid à Wadi Hinna, sud d’Oman. Elle décrit le site de nidification comme une vallée escarpée arrosée d’un petit cours d’eau permanent à environ 50 km à l’est de Salalah. Le pied de la vallée est pourvu d’une végétation arborée luxuriante et l’oued est réputé pour ses nombreux baobabs (Adansonia digitata). Quelques grands verdiers fréquentent le secteur malgré la relative rareté des euphorbes auxquels ils sont inféodés ailleurs. Fry et ses collaborateurs étudièrent les grands verdiers pendant plusieurs heures les 17, 18 et 19 avril 1991. Le matin du 17 avril, un couple construisit un nid en seulement 30 visites réparties sur 2 h 30 dans la couronne d’un arbre (Delonyx elata) haut d’environ huit mètres. C’était une coupe grossière et peu profonde constituée de fins rameaux gris de D. elata de 4–6 cm de long et de 1 mm de diamètre. D’autres matériaux provenaient d’un ancien nid de tisserin de Rüppell (Ploceus galbula) qui faisait partie d’une colonie proche. Les grands verdiers apportèrent aussi au moins sept petites formations blanches de 5 mm de long, peut-être des chatons ou des cocons qu’ils incorporèrent au nid. La construction se poursuivit le 18 avril mais peu de visites au nid furent notées le 19.

Brown (1993), en compagnie de Bill Simpson, découvrit un nid le 26 mars 1992 à seulement 200 m du site de 1991. Ils avaient entendu un cri inhabituel provenant d’un arbre penché et y repérèrent deux oiseaux dont l’un était manifestement en train de couver. Ils prirent quelques photos mais de piètre qualité. Quelque temps après, Brown observait seul les oiseaux d’un autre site quand il rencontra M. Gallagher, H. Fry et J. Ash le 17 avril 1992. Il les amena au nid découvert peu avant et, comme il semblait abandonné, Gallagher grimpa à l’arbre peu robuste pour l’enlever. Il était placé dans une fourche à trois branches d’un Anogeissus dhofarica à quatre mètres de hauteur sur un versant boisé, près d’un cours d’eau. Il fut mesuré et photographié puis déposé au muséum d’histoire naturelle d’Oman, Muscat. C’était une coupe grossière de fines brindilles avec un revêtement intérieur de très fines herbes sèches sur une assise de rameaux. Des cocons et une capsule de chrysalide étaient incorporés à la structure. Des restes de fientes au fond du nid suggéraient que des jeunes avaient bien été élevés.

Aire de répartition[modifier | modifier le code]

Elle est très limitée à la corne de l’Afrique, au sud de l’Arabie et à Socotra.

Habitat[modifier | modifier le code]

Gallagher & Woodcock (1980) ont décrit l’habitat comme un ensemble de versants boisés d’acacias, d’euphorbes et de genévriers, de coteaux buissonneux et de zones arides situés sur des hauts plateaux ou en montagne (1050–2 800 m) à Oman, est de l’Arabie. Martins (1987), a mentionné des terrains rocailleux couverts de buissons à moyenne ou haute altitude (aussi bas que 150 m à Socotra) pourvus d’une végétation dominée par des euphorbes (Euphorbia sp.) et des acacias (Acacia sp.). Au sujet de la sous-espèce R. s. louisae dans le nord de la Somalie, Ash & Miskell (1983) ont décrit son habitat comme un terrain rocailleux et escarpé, parsemé de buissons épineux et d’euphorbes candélabres en moyenne montagne. Selon Porter et al. (1996), il est associé aux zones boisées à communautés végétales sèches et décidues de Commiphora – Anogeissus et d’Euphorbia – Acacia à moyenne altitude (1 200 m) et jusqu’à 3 100 m dans les formations de Juniperus.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

Cet oiseau est représenté par trois sous-espèces :

  • R. s. socotranus Sclater et Hartlaub, 1881 : île de Socotra ;
  • R. s. percivali : Ogilvie-Grant, 1900 : sud-ouest de l’Arabie Saoudite (montagnes Assir), nord du Yémen (Hadramaout) et peut-être aussi dans le sud du Yémen, sud-ouest d’Oman ;
  • R. s. louisae Lort & Phillips, 1897 : nord de la Somalie.

Phylogénie[modifier | modifier le code]

Meinertzhagen (1954), en raison de son gros-bec et du dessin du plumage, pensait qu’il est plus proche des fringilles himalayens qu’africains ou même européens tout en admettant la possibilité d’une parenté avec Carduelis. Ripley & Bond (1966) soutenaient la thèse d’une affinité himalayenne. Lees-Smith (1986), par l’étude de la morphologie et de la coloration du plumage, pensait qu’il avait évolué à partir du même stock que les carduélinés mais sans ressemblance avec un quelconque fringille africain. Martins (1987) constatait aussi une ressemblance avec certaines vocalisations de type Verdier d'Europe, Chardonneret élégant ou Linotte du Yémen. Selon Clement et al. (1993), il s’agit d’une espèce relique descendant des fringilles à gros-bec de l’est-asiatique mais Groth (1998), par ses analyses génétiques, a établi que Rhynchostruthus occupe un clade incluant des Serinus, certains Carduelis, les Loxia et Rhodospiza obsoleta. Fry & Keith (2004) considèrent Rhynchostruthus comme proche de Carduelis en raison de similarités morphologiques au point de l’inclure même dans le genre Carduelis.

Ottaviani (2008) ajoute que la description de la parade nuptiale par Martins (1987) rappelle de façon étonnante celle du Verdier d’Europe et donc aussi du Roselin de Lichtenstein. Il remarque néanmoins que le jaune des ailes est disposé différemment chez R. socotranus (rémiges secondaires) et C. chloris (rémiges primaires) mais que les juvéniles se ressemblent étonnamment par leur livrée olivâtre et striée.

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Sinclair & Ryan (2003) ont proposé de considérer louisae et socotranus comme deux espèces distinctes, percivali sortant du champ de leur livre. Fry & Keith (2004) ont suggéré de reconnaître deux espèces : louisae sur le continent africain et socotranus (y compris percivali) en Arabie et Socotra. Kirwan et al. (2007), en utilisant les données de la morphologie et des mensurations proposent de distinguer « trois allo-espèces, peut-être même trois espèces à part entière ». Ces évaluations taxonomiques, probablement abusives selon Ottaviani (2008) demandent une clarification par des analyses moléculaires.

Statut, conservation[modifier | modifier le code]

L’espèce présente une répartition très limitée et fait l’objet d’une surveillance depuis longtemps comme le suggérait déjà son classement dans le Red Data Book de l’ICBP/IUCN (Collar & Stuart 1985) mais elle est considérée comme « non menacée » par BirdLife International (2010) avec une distribution atteignant 50 000-100 000 km². La plus forte densité connue se trouve à Wadi Ayhaft, Socotra (Kirwan et al. 1996) mais il a été localement répertorié à une densité exceptionnelle de 40,2 individus par km² à Mahrah/Dhofar (Gallagher & Woodcock 1980). Dans le nord du Yémen, Martins (1987) avait signalé que l’espèce est associée aux euphorbes (Euphorbia sp.). Les euphorbes de grande taille ne sont pas menacées mais leur régénération est fortement limitée par le surpâturage des chèvres. De plus, le développement de l’agriculture empiète sur cet habitat d’où la nécessité de protéger en priorité les zones à formation végétale mature. L’île de Socotra, avec une population de plus de 6000 individus, abrite probablement la plus grande concentration de grands verdiers à ailes dorées et ce n’est pas un hasard si son habitat est encore préservé (Simon Aspinall in Porter 2003). Un aspect essentiel de l’action de BirdLife sur Socotra est de sensibiliser les enfants à la conservation de la biodiversité. Sur le terrain et notamment dans les écoles, Ahmed Said du Socotra Biodiversity Programme explique aux enfants l’intérêt de la protection de l’avifaune et de la flore en s’appuyant sur le livre The Birds and Plants of Socotra (coécrit par BirdLife) (Porter 2003).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Brown, I. J. A. (1993). Description of nest of Golden-winged Grosbeak. Orn. Soc. Middle Bull. 31:27-28.
  • Collar, N. J. & Stuart, S. N. (1985). Threatened Birds of Africa and Related Islands. The ICBP/IUCN, Cambridge, UK.
  • Fry, C. H. (1992). Nests of Golden-winged Grosbeak in Oman. Phoenix 9: 28-30.
  • Fry, C. H. & Keith, S. K. (2004). The Birds of Africa. Vol. 7. Academic Press, UK, London.
  • Gallagher, M. & Woodcock, M. (1980). The Birds of Oman. Quarter Books, London.
  • Gedeon, K. & Neumann, V. (2004). Notes on the behaviour of the Golden-winged Grosbeak Rhynchostruthus socotranus. Sandgrouse 26(2): 140-141.
  • Groth, J. G. (1998). Molecular phylogenetics of finches and sparrows: consequences of character state removal in cytochrome b sequences. Mol. Phylogenet. Evol. 10: 377-390.
  • Kirwan, G. M., Grieve, A. & Atkinson, P. W. (2007). Studies of Socotran birds II. One, two or three species: towards a rational taxonomy for the Golden-winged Grosbeak Rhynchostruthus socotranus. Bull. ABC, vol. 14 no 2: 159-169.
  • Kirwan, G. M, Martins, R. P., Morton, K. M. & Showler, D. A. (1996). The status of birds in Socotra and Abd Al-Kuri and the records of the OSME survey in spring 1993. Sandgrouse 17: 83-101.
  • Lees-Smith, D. (1986). Composition and origins of the South-West Arabian, Avifauna: a preliminary analysis. Sandgrouse 7: 70-91.
  • Martins, R. P. (1987). The Golden-winged Grosbeak in North Yemen. Sandgrouse 9: 106-110.
  • Meinertzhagen, R. (1954). The Birds of Arabia. Edinburgh.
  • Ottaviani, M. (2008) Monographie des Fringilles (fringillinés – carduélinés) – Histoire Naturelle et photographies, Volume 1. Éditions Prin, Ingré, France, 488 p.
  • Porter, R. F. (2003). Socotra and its unique wildlife. World Birdwatch 25/2.
  • Ripley, S. D. & Bond, G. M. (1966). Birds of Socotra and Abd-el-Kuri. Smithsonian Misc. Coll. 151 no 7.
  • Sinclair, I. & Ryan, P. (2003). Birds of Africa South of the Sahara. Struik, Cape Town.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Ouvrage de référence[modifier | modifier le code]

  • Ottaviani, M. (2008) Monographie des Fringilles (fringillinés – carduélinés) – Histoire Naturelle et photographies. Volume 1, 488 pages. Éditions Prin, Ingré, France.