Grammaire de l'espéranto

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L'auteur de l'espéranto, Zamenhof a défini dans son livre "Fundamento de Esperanto" 16 règles. Ces règles constituent un cadre à l'intérieur duquel il y a de la place pour une description de détail.

Règle 1[modifier | modifier le code]

Il n'existe qu'un seul article défini : « la ».

L'article défini « la » est invariable en genre et nombre. Son absence correspond à la présence de l'article indéfini. Son utilisation est la même qu'en français et en allemand.

  • la libro : le livre ;
  • libro : un livre ;
  • la libroj : les livres ;
  • libroj : des livres.

Il y a quand même quelques différences d'usage entre le français et l'espéranto : on n'emploie pas l'article la devant :
- les adverbes : le mieux serait de… : estus plej bone…;
- les noms abstraits et les noms de matériaux : l'or ne rouille pas : oro ne rustas ;

  • cependant, lorsqu'un tel nom est précédé d'un adjectif, il demande l'article :

le fer de Suède ne rouille pas : la fero el Svedujo ne rustas ;
- un substantif épithète qui précède un nom propre : le roi Philippe : Reĝo Filipo ;
- le plus (plej), lorsqu'on ne désigne pas quelque chose d'unique, mais le plus haut degré de qualité ou manière : même un renard extrêmement rusé est pris à la fin : eĉ vulpo plej ruza fine estas kaptata ; mais le plus rusé des renards se fit prendre à la fin : la plej ruza el la vulpoj fine estis kaptita.

• Ne pas confondre en français l'article indéfini avec le numéral un : il y avait là une personne, qui... : estis tie homo, kiu… ; il n'y avait qu'une (seule) personne : estis tie (nur) unu homo.

Règle 2[modifier | modifier le code]

Les substantifs reçoivent la terminaison « -o ».

On forme le pluriel en ajoutant « -j » au singulier. Il existe deux cas : nominatif et accusatif. Ce dernier découle du nominatif en recevant la terminaison « -n ». Les autres cas présents dans certaines langues sont exprimés à l'aide de prépositions (« al », « de », « kun », « per », etc.).

Ex  : patro (père) ; patroj (pères). Les compléments d'objet direct ont la finale « -n ». patron, patrojn

Règle 3[modifier | modifier le code]

Les adjectifs reçoivent la terminaison « -a ».

Ils s'accordent avec le substantif en nombre et en cas. Le comparatif se forme à l'aide du mot « pli » ; le superlatif se forme à l'aide du mot « plej ». Le comparatif est suivi de la conjonction « ol » : pli… ol (« plus… que »).

Ex : bona (bon) bona patro, bonaj patroj, bonan patron, bonajn patrojn' ; pli granda ol : plus grand(e) que

Règle 4[modifier | modifier le code]

Les nombres cardinaux sont invariables.[1]

0 « nul », 1 « unu », 2 « du », 3 « tri », 4 « kvar », 5 « kvin », 6 « ses », 7 « sep », 8 « ok », 9 « naŭ », 10 « dek », 100 « cent », 1000 « mil ».

Les nombres intermédiaires se forment à l'aide de ces nombres de base selon la règle que les nombres de base (de 0 à 9) multiplient les unités supérieures quand ils les précèdent et s'additionnent à elles quand ils les suivent.

Règles d'écriture

  • On écrit en un mot les nombres qui se multiplient, et séparés, ceux qui s'additionnent : kvar kaj dek ok faras dudek du ("quatre plus dix huit font vingt deux").
  • Cependant, les multiples de mille s'écrivent séparés : du mil tricent (2300).
  • Les ordinaux de unu à naŭ, s'ils sont précédés d'un seul autre nombre, prennent le trait d'union : dek-unua, sescent-unua (11e, 601e).
  • Cependant : la jaro mil sepcent tridek dua (l'an 1732[e]).
  • Dans les fractionnaires, chaque élément est lié par un trait d'union : tricentsesdek-kvinono (un 365e).

Les nombres peuvent se dériver :

  • en substantifs (« -o ») ;
    • ex : nulo, unuo (unité), duo (paire), trio (triplet)
  • en adjectifs ordinaux (« -a ») ;
    • ex : tria (troisième), sesa (sixième)
  • en fractionnaires (« -on- ») ;
    • duono (un demi)
  • en collectifs (« -op- ») ;
    • duope (à deux)
  • en multiplicatifs (« -obl- ») ;
    • duobla (double)
  • en distributifs (préposition « po »).
    • po kvin (à raison de 5)

Règle 5[modifier | modifier le code]

Les pronoms personnels sont : « mi » (« je »), « vi » (« tu », « vous »), « li » (« il »), « ŝi » (« elle »), « ĝi » (« il » ou « elle » pour les êtres vivants de sexe indéterminé ou les choses), « si » (« soi » ou « se » possessif), « ni » (« nous »), « ili » (« ils », « elles » ou « eux » pour tous les cas) et « oni » (« on »).

Les adjectifs possessifs correspondants se forment au moyen du « -a » de l'adjectif.

Ex : mia, via, lia mon, ton, son, le mien…

« son », « sa » et « leur(s) » se rendent par « sia(j) » lorsqu'ils se rapportent au sujet.

Les pronoms se déclinent comme le substantif. Ex. : min = moi, me (accus.)

Règle 6[modifier | modifier le code]

Les verbes sont réguliers.

Ils ne varient ni pour les personnes ni pour les nombres[2] . Ils ne varient que pour les temps et les modes. Il y a douze formes verbales.

  • L'infinitif a la finale -i.
    • Ex : fari (faire)
  • Le présent a la finale -as.
    • Ex : mi faras (je fais)
  • Le passé a la finale -is.
    • Ex : ni faris (nous faisions/nous fîmes).
  • Le futur a la finale -os.
    • Ex : li faros (il fera).
  • Le conditionnel a la finale -us.
    • Ex : vi farus (vous feriez)
  • L'impératif a la finale -u.
    • Ex : Faru ! (Fais !)

participes actifs

  • -ant-
    • ex : faranta : faisant
  • -int-
    • ex : farinta : ayant fait
  • -ont-
    • ex : faronta : sera faisant

participes passifs

  • -at-
    • ex : farata : en train d'être fait
  • -it-
    • ex : farita : étant fait
  • -ot-
    • farota : étant à faire

« Esti » (Être) est le seul verbe auxiliaire.

  • Ex : Mi estas faranta. (Je suis en train de faire.)

Règle 7[modifier | modifier le code]

L'adverbe dérivé reçoit la terminaison « -e ».

Ses degrés de comparaison se marquent de la même manière que ceux de l'adjectif.

  • ex : rapide (rapidement)

mia frato pli bone kantas ol mi—mon frère chante mieux que moi.

L'adverbe de lieu en -e indique le locatif (le lieu où l'on est). L'adverbe de lieu se met à l'accusatif en -en pour indiquer la direction (voir règle 13).

Règle 8[modifier | modifier le code]

Toutes les prépositions sont suivies du nominatif.[3]

Règle 9[modifier | modifier le code]

Chaque mot se prononce comme il s'écrit et s'écrit comme il se prononce.[4]

Règle 10[modifier | modifier le code]

L'accent tonique est toujours sur l'avant-dernière syllabe.

  • ex : labori (travailler), familio (famille)

(dans les mots bisyllabiques, il tombe sur la première syllabe ; dans les mots trisyllabiques, il tombe sur la deuxième syllabe ; dans les mots quadrisyllabiques, il tombe sur la troisième syllabe ; dans les mots quintisyllabiques, il tombe sur la quatrième syllabe ; etc)

Règle 11[modifier | modifier le code]

Les mots composés se forment par simple juxtaposition, en accolant les racines ; le mot principal qui donne la signification essentielle se trouve à la fin.

  • ex : Birdokanto (Chant d'oiseau). Junulasocio (association de jeunes).

Règle 12[modifier | modifier le code]

La négation s'exprime par un seul mot.

Donc lorsque dans une phrase il y a un mot au sens négatif, l'adverbe de négation « ne » est alors supprimé.

  • Mi neniam fumas (Je ne fume jamais)

Règle 13[modifier | modifier le code]

Pour indiquer le mouvement, les mots reçoivent la terminaison « -n » de l'accusatif.

  • La kato saltas sur la tablon (Le chat saute sur la table)
  • Kien vi iras ? (Où allez-vous ?)
  • Iri antaŭen - iri supren… (Aller vers l'avant - aller vers le haut)
  • Esti antaŭe - esti supre… (Être devant - être en haut)

On emploie l'accusatif :

  1. avec le complément d'objet direct (COD) : Oni batis la malbonfarintan knabon ;
    • cependant, lorsque l'on cite (par exemple, le nom d'un livre), on ne l'emploie pas : mi legas "Privilegia Vojo" ; li diris la vorton "libro" (il dit le mot "livre" : le mot cité, "livre", reste au nominatif).
  2. avec un complément de lieu où l'on va :
    1. avec des prépositions qui ne donnent pas par elles-mêmes l'idée de mouvement :
        • la muso estas sub la tablo : la souris est sous la table ;
        • la muso kuras sub la tablo : la souris court sous la table (mais elle ne va pas ailleurs) ;
        • la muso kuras sub la tablon : la souris court sous la table (elle n'y était pas, elle s'y sauve).
      • Le passage à un nouvel état est considéré comme un mouvement : la feino transformis lin en birdon  : la fée le transforma en oiseau.
      • Cependant, les prépositions qui donnent déjà l'idée de mouvement, n'admettent pas l'accusatif: 'mi iras al (à, vers) la lernejo.
    2. avec des adverbes de lieu, pour exprimer le mouvement:
      • kie estas Riko ? –Riko estas hejme: où est R.? –R. est à la maison;
      • kien iras Riko ? – Riko iras hejmen : (vers) où va R. ? – R. va à la maison ;
  3. à la place des prépositions, si le sens reste clair ; mais, couramment, pour marquer
    • la distance : homo, tri paŝojn distanca de mi : une personne, éloignée de moi (de) trois pas ;
    • le temps : mi laboris multajn jarojn : j'ai travaillé (pendant) beaucoup d'années ;
    • la date : la 15an (dekkvinan) de julio 2002 : (au) 15 juillet 2002 ;
    • la mesure : la plej grandaj sableroj estas du milimetrojn longaj : les plus gros grains de sable sont longs de deux millimètres.

On n'emploie pas l'accusatif :

  1. Avec les copules : esti, iĝi, ŝajni, aspekti… : Riko estas koko. Tiu aeroplano ŝajnas libelo : cet avion paraît une libellule.
  2. Lorsqu'un nom ou un adjectif identifie ou décrit un nom précédant comme s'il était le prédicat d'une copule implicite : on l'élut (pour être) président
    • Nom qui suit immédiatement un autre, à l'accusatif ou non : oni elektis lin prezidanto : on l'élut président (mais : oni elektis lin kiel prezidanton). Li diris la vorton "libro". Ni vizitis la urbon Parizo.
    • Adjectif : Mi trovis la vinon bona : je trouvai le vin bon (= que le vin était bon ; mais mi trovis la bonan vinon : je trouvai le bon vin).

Règle 14[modifier | modifier le code]

La signification des prépositions est univoque.[5]

La préposition universelle « je » a, seule, un sens variable et indique surtout le temps, l'heure et les dimensions. Elle peut être utilisée dans les cas douteux.

  • ex : Mi parolas pri vi (Je parle de vous)
  • ex : Je kioma horo ? (À quelle heure ?)
  • ex : Kredi je io (Croire en quelque chose)

Règle 15[modifier | modifier le code]

Les mots internationaux, c'est-à-dire adoptés par un très grand nombre de langues sont employés en espéranto en leur appliquant l'orthographe et la terminaison espérantistes correspondantes.

Mais quand, dans une catégorie, plusieurs mots différents dérivent de la même racine, il vaut mieux n'employer que le mot fondamental, sans altération, et former les autres d'après les règles de la langue internationale.

  • ex : teatro (théâtre), lifto (ascenseur), radaro (radar)…

Règle 16[modifier | modifier le code]

Le substantif singulier sans accusatif et l'article défini peuvent perdre leur dernière voyelle qui est alors remplacée par une apostrophe.

Cette règle s'applique principalement en versification.

Tabel-vortoj[modifier | modifier le code]

Tabel-vortoj signifie « mots du tableau », ce qui n'a pas d'équivalent satisfaisant en français. Il s'agit d'une série limitée de mot-outils, présentés individuellement dans la partie « dictionnaire » du Fundamento (et non sous forme de tableau comme ci dessous – bien qu'incontestablement, c'est sous cette forme que ces mots ont été construits).
On a parfois donné le nom de « corrélatifs » à ces mots[6], ce qui est abusif, car seuls les mots en « ki- » et en « ti- » sont corrélatifs (c'est-à-dire qui s'utilisent en relation l'un avec l'autre), et qu'il existe d'autres corrélatifs qui ne sont pas dans le tableau.

interrogatif/relatif
(que, quoi)
démonstratif
(ce, ça)
indéfini
(quelque)
collectif
(chaque)
négatif
(non, rien, aucun)
ki– ti– i– ĉi– neni–
chose ou situation –o kio(n)
(que, quoi)
tio(n)
(cela, ça, ce)
io(n)
(quelque chose)
ĉio(n)
(tout, chaque chose)
nenio(n)
(rien, aucune chose)
individu ou désignation –u kiu(j, n)
(qui, lequel, quel)
tiu(j, n)
(celui-ci, celui-là, cet)
iu(j, n)
(quelqu'un, un certain)
ĉiu(j, n)
(tous, chacun, chaque)
neniu(j, n)
(personne, aucun)
possession –es kies
(de qui, dont)
ties
(de celui-là)
ies
(de quelqu'un)
ĉies
(de tous)
nenies
(de personne)
qualité –a kia(j, n)
(de quelle espèce de)
tia(j, n)
(tel, cette espèce de)
ia(j, n)
(une espèce de)
ĉia(j, n)
(toute espèce de)
nenia(j, n)
(aucune espèce de)
lieu –e kie(n)
(où)
tie(n)
(là)
ie(n)
(quelque part)
ĉie(n)
(partout)
nenie(n)
(nulle part)
manière –el kiel
(comment, comme)
tiel
(ainsi, tellement)
iel
(en quelque sorte)
ĉiel
(de toute manière)
neniel
(nullement)
cause –al kial
(pourquoi)
tial
(pour cette raison)
ial
(pour quelque raison)
ĉial
(pour toute raison)
nenial
(pour aucune raison)
temps –am kiam
(quand, lorsque)
tiam
(alors)
iam
(un jour)
ĉiam
(toujours)
neniam
(jamais)
quantité –om kiom
(combien)
tiom
(tant, autant)
iom
(un peu, a)
ĉiom
(tout)
neniom
(rien du tout)

(les j, n entre parenthèses indiquent la possibilité pour les relatifs en question de se mettre à l'accusatif (n), au pluriel (j), ou aux deux en même temps (jn).)

Les termes en -u peuvent être employés comme pronoms (iu, quelqu'un, une certaine personne), auquel cas ils désignent toujours des êtres humains, ou comme adjectifs (iu ideo, une certaine idée).
Les termes en -o peuvent exprimer un objet (kio estas?, qu'est-ce ? ; à comparer avec kiu estas?, qui est-ce ?) ou une situation (tio estas neebla, c'est impossible).

Kiel peut, à la différence des autres formes en ki-, être adverbe et introduire des groupes nominaux (kiel ci comme toi).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Exceptés miliono million et miliardo milliard quand ils sont multipliés, et qui sont des substantifs lorsqu'ils ne sont pas suivi d'un autre nombre : du milionoj da vortoj deux millions de mots, mais du milionoj unu vortoj deux millions un mots.
  2. les participes et les formes composées varient néanmoins en nombre.
  3. cette règle, étrangement, est fausse. Depuis Zamenhof, les prépositions peuvent être suivies de l'accusatif pour indiquer un mouvement.
  4. notons cependant les affriquées c et ĉ dont la différence avec ts et n'est pas forcément claire.
  5. Cependant, les prépositions peuvent avoir plusieurs sens, ainsi la préposition de qui introduit le complément du nom, le complément d'agent, le complément de temps (origine).
  6. Dictionnaire de poche et Dictionnaire Pratique (2000) de SAT-AMIKARO. Toutefois ce terme est abandonné dans les rééditions en cours de révision.