Grammaire contextuelle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Une grammaire contextuelle (en anglais context-sensitive grammar) est une grammaire formelle dans laquelle les substitutions d'un symbole non terminal sont soumises à la présence d'un contexte gauche et d'un contexte droit. Elles sont plus générales que les grammaires algébriques. Les langages formels engendrés par les grammaires contextuelles sont les langages contextuels. Ils sont reconnus par les automates linéairement bornés.

Les grammaires contextuelles ont été décrites par Noam Chomsky[1]. Ce sont les grammaires de type 1 dans la hiérarchie de Chomsky. Elles peuvent servir à décrire la syntaxe de langages naturels où il apparaît qu'un mot est approprié dans un certain contexte, mais ne l'est pas par ailleurs.

Définition formelle[modifier | modifier le code]

Une grammaire formelle G=(V,A,P,S), (où V est l'ensemble des variables ou symboles non terminaux et A est l'alphabet terminal ou l'ensemble des symboles terminaux) est contextuelle si toutes les règles de P sont de la forme

uXv\to uxv

u, v et x sont des mots quelconques, avec x non vide, et X est une variable. Ainsi, le remplacement de X par x se fait en présence du « contexte » (u,v).

Variante[modifier | modifier le code]

Parfois, on permet la règle

S\to\varepsilon

\varepsilon désigne le mot vide, sous réserve que S n'apparaisse pas dans un membre droit de règle. Cette convention technique permet de considérer les langages contextuels comme un sur-ensemble des langages algébriques, sans devoir préciser que l'inclusion est limitée aux langages ne contenant pas le mot vide.

Grammaire croissante[modifier | modifier le code]

Une grammaire est croissante ou monotone si, pour toute règle \alpha\to\beta, la longueur de \alpha est inférieure ou égale à la longueur de \beta. On sait transformer une grammaire croissante en une grammaire contextuelle (voir ci-dessous). Par conséquent, Les langages engendrés par les grammaires croissantes sont exactement les langages contextuels ne contenant pas le mot vide.

Une grammaire est en forme normale de Kuroda si les règles sont de l'une des formes suivantes :

XY\to ZT
X\to ZT
X\to Y
X\to a

X,Y,Z,T sont des variables et a est une lettre terminale. Les grammaires en forme normale de Kuroda sont croissantes. Réciproquement, on sait transformer une grammaire croissante en une grammaire en forme normale de Kuroda. Par conséquent, ces grammaires engendrent exactement les langages contextuels ne contenant pas le mot vide. Elles sont nommées ainsi d'après Sige-Yuki Kuroda (en).

Exemples[modifier | modifier le code]

  • La grammaire suivante engendre le langage non algébrique  \{ a^n b^n c^n | n \ge 1 \}  :
  1. S \to aSBC
  2. S \to aBC
  3. CB \to HB
  4. HB \to HC
  5. HC \to BC
  6. aB \to ab
  7. bB \to bb
  8. bC \to bc
  9. cC \to cc

Les deux premières règles servent à engendrer les mots a^n(BC)^n. Les trois règles suivantes permettent de remplacer CB par BC. La dérivation pour aaa bbb ccc est la suivante :



\begin{align}
S &\Rightarrow_1 aSBC \Rightarrow_1 a\boldsymbol{aSBC}BC \Rightarrow_2 aa\boldsymbol{aBC}BCBC\\
&\Rightarrow_3 aaaB\boldsymbol{HB}CBC\Rightarrow_4 aaaB\boldsymbol{HC}CBC\Rightarrow_5 aaaB\boldsymbol{BC}CBC\\
&\Rightarrow_3 aaaBBC\boldsymbol{HB}C\Rightarrow_4 aaaBBC\boldsymbol{HC}C\Rightarrow_5 aaaBBC\boldsymbol{BC}C\\
&\Rightarrow_3 aaaBB\boldsymbol{HB}CC\Rightarrow_4 aaaBB\boldsymbol{HC}CC\Rightarrow_5 aaaBB\boldsymbol{BC}CC\\
&\Rightarrow_6 aa\boldsymbol{ab}BBCCC\Rightarrow_7 aaa\boldsymbol{bb}BCCC\Rightarrow_7 aaab\boldsymbol{bb}CCC\\
&\Rightarrow_8 aaabb\boldsymbol{bc}CC\Rightarrow_9 aaabbb\boldsymbol{cc}C\Rightarrow_9 aaabbbc\boldsymbol{cc}
\end{align}


Le même langage peut être engendré par la grammaire croissante suivante :

  1. S \to abc
  2. S \to  aSBc
  3. cB \to  Bc
  4. bB \to bb


  • La grammaire croissante suivante engendre le langages non algébrique des carrés C = \{ x x | x \in \{a,b\}^+ \}  :
  1. S \rightarrow aAS | bBS | a\bar A|b\bar B
  2. Aa \rightarrow aA
  3. Ba \rightarrow aB
  4. Ab \rightarrow bA
  5. Bb \rightarrow bB
  6. A\bar A \rightarrow \bar A a
  7. B\bar A \rightarrow \bar B a
  8. A\bar B \rightarrow \bar A b
  9. B\bar B \rightarrow \bar B b
  10. a\bar A \rightarrow aa
  11. b\bar A \rightarrow ba
  12. a\bar B \rightarrow ab
  13. b\bar B \rightarrow bb


La dérivation de abaaba est la suivante :


\begin{align}
S&\Rightarrow_1 aAS\Rightarrow_1 aAbBS\Rightarrow_1 aAbBa\bar A \\
&\Rightarrow_4 abABa\bar A \Rightarrow_3 abAaB\bar A \Rightarrow_2 abaAB\bar A\\
&\Rightarrow_7 abaA\bar B a \Rightarrow_8 aba\bar Aba  \Rightarrow_{10} abaaba   
\end{align}

Grammaires croissantes et grammaires contextuelles[modifier | modifier le code]

Voici comment on peut transformer une grammaire croissante en une grammaire contextuelle[2]. Quitte à introduire de nouvelles règles de la forme X\to a, où a est une lettre, on peut supposer toutes les règles de la forme

X_1X_2\cdots X_n\to Y_1Y_2\cdots Y_m

m\ge n\ge1 et tous les symboles sont des variables. On remplace une telle règle par l'ensemble suivant :


\begin{align}
X_1X_2\cdots X_n&\to Z_1X_2\cdots X_n\\
Z_1X_2\cdots X_n&\to Z_1Z_2\cdots X_n\\
         &\cdots\\
Z_1Z_2\cdots Z_{n-1}X_n&\to Z_1Z_2\cdots Z_{n-1} Y_nY_{n+1}\cdots Y_m\\
Z_1Z_2\cdots Z_{n-1}Y_nY_{n+1}\cdots Y_m&\to Z_1Z_2\cdots Z_{n-2}Y_{n-1} Y_nY_{n+1}\cdots Y_m\\
&\cdots\\
Z_1Z_2Y_3\cdots Y_m&\to Z_1Y_2Y_3\cdots Y_m\\
Z_1Y_2\cdots Y_m&\to Y_1Y_2\cdots Y_m\,.
\end{align}

Par exemple, la règle suivante :

X_1X_2X_3\to Y_1Y_2Y_3Y_4Y_5

est transformée en


\begin{align}
X_1X_2X_3&\to Z_1X_2X_3\\
Z_1X_2X_3&\to Z_1Z_2X_3\\
Z_1Z_2X_3&\to Z_1Z_2Y_3Y_4Y_5\\
Z_1Z_2Y_3Y_4Y_5&\to Z_1Y_2Y_3Y_4Y_5\\
Z_1Y_2Y_3Y_4Y_5&\to Y_1Y_2Y_3Y_4Y_5
\end{align}


Problèmes de décision[modifier | modifier le code]

Le problème de savoir si un mot x appartient au langage engendré par une grammaire contextuelle donnée est décidable, mais il est complet dans la classe PSPACE, au sens de la complexité algorithmique. Le problème de décider si le langage engendré par une grammaire contextuelle est vide est indécidable.

Applications[modifier | modifier le code]

On a constaté que les langues naturelles peuvent être décrites, en général, par des grammaires contextuelles. Toutefois, la classe des langages contextuels est bien plus large que celle des langues naturelles. De plus, comme le problème de décision est complet pour PSPACE, cette description n'est pas utilisable en pratique. C'est pourquoi la linguistique s'est orientée vers l'élaboration de modèles de grammaires plus spécifiques, comme les grammaire d'arbres adjoints, les grammaires catégorielles combinatoires (en), ou d'autres systèmes. Les langages engendrés par ces grammaires sont légèrement contextuels (en) et se rangent strictement entre les langages algébriques et les langages contextuels.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Noam Chomsky, « Three models for the description of language », IRE Transactions on Information Theory, no 2,‎ 1956, p. 113–124 (lire en ligne)
  2. Carton (2008), page 158-159

Références[modifier | modifier le code]

  • Pierre Wolper, Introduction à la calculabilité, Paris, Dunod,‎ 2006, 3e éd. (ISBN 2-10-049981-5)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Traduction[modifier | modifier le code]